‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 206 sur 215 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

que Dieu lui avoit confié, pour le salut et la direction duquel Dieu l'avoit élu. D'abord sa position fut pleine de dangers, et plus tard pleine de dégoûts. Cependant Alfred sut allier les mortifications et la méditation des vérités éternelles avec les exigeances de ses devoirs.

6. Quelle mortification pouvoit être plus grande que les efforts continuels de cet homme luttant constamment contre une si douloureuse maladie.

7. Dans la vie d'un des plus grands et des plus^ aimables héros de la Grèce, de Timoléon, Plutarque lui applique un vœu de Sophocle qui dit d'un de ses héros : « Quelle Vénus , quel Cupidon mit la main « à tout ce qu'il fit ? >> * Les grâces sont

* £1 Qsot f Ttç àpoc '/.uzrpsLÇ j Yi TLç luspoç T»oe ^uvr^i/a^o ( Plut, in vila Timoleontis)- Plutarque excepte avec raison la participation au I) rannicitle , parce que le tjran étoit frère

/ij8 vie d'alfred-le-gkand.

rarement le partage de ceux dont la vie est laborieuse et les efforts continuels , car la légèreté est leur élément. Mais ici encore Alfred fait exception à la règle générale, et son commerce étoit plein de gaieté, d'affabilité et d'une douce confiance. Les anciens donnent à la déesse de l'amour les Grâces pour compagnes. Il y a dans cette vaine fable une vérité profonde. Le parfait amour de Dieu', quand il a banni la crainte, est accompagné de ces ineffables grâces qui furent le caractère dislinctifde celui dont toute la vie fut remplie par la souffrance et la douleur, dont « la magnificence étoit la « magnificence du fils unique du Père, » qui étoit plein de bonté et de vérité. ')^ 8. Alfred avoit consacrée Dieu la moitié de tous ses revenus, que les collecteurs

de Timoléon. Ce fut une action grande et admirable^ mais d'une affligeante nécessité.

' 1. Job. IV. 18.

^ Joh. I, i4

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des taxes publiques étoient tenus de diviser en deux parts. Il partageoit ensuite de nouveau cette moitié en quatre parties égales. Il faisoit distribuer la première en aumônes aux pauvres , Saxons ou étrangers , sans distinction d'origine. Il est vraisemblable qu'un grand nombre de réfugiés français , frisons , brabançons et d'autres pays dévastés par les rois de mer Scandinaves, vinrent chercher un asyle en Angleterre , où grâce, à sa sagesse et à sa justice , régnoit une paix profonde. Il veilloit à ce que ses aumônes fussent distribuées avec discernement et avoit habitude de citer souvent le précepte du saint pape Grégoire : « Ne donne pas peu à » celui qui a besoin de beaucoup; ne donne » pas beaucoup à celui qui n'a besoin que » de peu. Ne refuse pas à celui qui a be- » soin ; ne donne pas à celui qui n'a pas » besoin. »

ij. Il consacroil la seconde partie â

l'entretien des monastères qu'il avoit fondés.

10. La troisième partie étoit appliquée à l'entretien des écoles qu'il avoit établies, et parmi lesquelles j'en citerai tout à l'heure particulièrement une où on élevoit un grand nombre d'enfants de toutes les provinces de l'empire.

1 1. La quatrième, moitié aux monastères indigens du royaume, moitié à ceux des pays de Galles et de Cornouailles, de France, de Bretagne et d'Irlande. Car cet liomme qui ne vivoit que pour son pays, étoit bien éloigné du soi-disant palriotitme qui n'est que l'égoïsme appliqué à la politiqiie; et il semoit aussi à l'étranger des bénédictions pour sa patrie.

1 2 Ayant compris que de toutes les choses temporelles, le temps est le don le plus précieux de Dieu (et qui jamais sut mieux l'apprécier et mieux le mettre à profit que lui !), il consacroit à Dieu la moitié de son

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