‹ Vie d'Alfred-le-Grand, roi d'AngleterreChapitre 22 sur 215 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

dans l'avant dernière année de son règne. Pendant sept campagnes consécutives , Agricola se montra grand capitaine , et en même temps administrateur sage, vigilant, humain et juste. Il porta la terreur des aigles romaines jusque dans le pays inculte des Calédoniens, et adoucit par Tintroduction des arîs et des sciences les mœurs de la province si considérablement agrandie par ses victoires. Puis, pour la mettre à l'abri des incursions des Calédoniens, il fit élever un rempart en terre, depuis le golfe de Forth jusqu'à l'embouchure de la Clyde; et de distance en distance des forts furent construits sur ce rempart ^ Ho-

' Ces travaux prodigieux étoient exécutés par les soldats romains ; plusieurs inscriptions qui subsistent encore nous apprennent quelles légions y coopérèrent et quelle part elles y prirent respectivement. La puissance romaine a disparu depuis if> siècles ; mais le voyageur étonné rencontre encore aujourd'hui

34 VIE r)'ALFF.F.D-LE-ORAiNn.

noré par Vespasien et Titus , il fut rappelé dans la quatrième année du règne de Domitien , instinctivement ennemi de tout mérite, qui le combla de vains honneurs ', tout en l'arrêtant au milieu de sa glorieuse carrière , et qui n'a pu échapper au soupçon de s'être défait de cet homme vertueux.

éparsçà et là eu Europe les débris imposants des monumenls qu'élevoit le peuple-roi aux jours de sa gloire et de sps prospérités : ot si l'histoire étoil muelte , ces débris seuls suffiroient pour lui apprendre qu'une civilisation élégante a régné, qu'un pouvoir colossal a pesé là où il n'aperçoit maintenant que des ronces et des ruines. ( Note du traducteur. ^j

' Rappelé par l'empereur , Agricola résigna son commandement entre les mains de Lurnllus et vint recevoir à Rome les ornements An triomphe, récompense équivoque que la jalousie de Domitien lui décerna au lien des )»onneur? du triomphe qu'il avait incontestablement mérités. {Note du traducteur.)

CHAPl'lRK I.

34. Ce ne fut que sous le gouvernement d'Agricola que les Romains acquirent la certitude que la Bretagne étoit une île, ainsi que l'avoient dit César et Strabon.

35. Une cohorte germaine de la tribu des Ussipiens qui liabitaient les bords du Rhin, cantonnée en Bretagne, égorgea son chef et les officiers subalternes chargés de l'instruire dans la tactique des Romains. Les Germains s'emparèrent de trois petites embarcations , pour retourner dans leur patrie. Puis leurs pilotes leur étant devenus suspects, ils les égorgèrent à leur tour , et se trouvèrent bientôt dans le plus grand embarras ; ignorant qu'ils étolent et de la géographie des côtes et de l'art de la navigation. Ils longèrent la terre et eurent souvent de sanglants combats à soutenir contre les habitants du littoral pour se procurer des vivres. Ils se virent réduits à une extrémité telle qu'ils dévorèrent d'abord les plus faibles, puis

36 VIE n'ALFRED-LE-GRANI).

après ceux d'entr'eux que le sort désigna. Enfin, après avoir doublé la côte septentrionale de la Bretagne , ils furent pris dans la mer d'Allemagne par des pirates. Quelques-uns furent ensuite vendus comme esclaves en Italie, où ils racontèrent leurs aventures. Agricola en ayant appris les principales circonstances, équipa une escadre destinée à vérifier les rapports de ces Germains. Dans cette expédition, les Romains découvrirent et conquirent les Orcades , et crurent même avoir aperçu l'ile de Thulé célébrée comme l'extrémité du globe ^ , que beaucoup de personnes probablement à tort, prennent pour l'Irlande, quand il est plus présumable que ce sont les côtes de la Norwège , ou plutôt quelques-unes des îles situées à la pointe septentrionale de l'Ecosse.

Page 1