CHAPITRE III. l
paroît exiger cet isolement du tumulte du monde , il est encore bien plus nécessaire à ceux qui se vouent à la contemplation de ce qui est invisible et impérissable , qui cherchent à mettre à l'abri non-seulement leur tête de la distraction , mais leur cœur de l'impureté; qui sont convaincus que sans pureté et sans humilité on ne peut découvrir les choses supérieures , et que la hauteur à laquelle l'esprit peut s'élever sans pureté et sans humilité , le conduit à un dangereux abîme.
I02. Cet isolement ne les rendoit point étrangers aux biisoins de leurs semblables ; tout au contraire , il leur permettoit d'être d'une extrême utilité aux hommes de toutes les conditions. Dans leurs écoles , les enfants des puissants comme des foibles , des riches comme des pauvres , venoient indistinctement recevoir une instruction solide. Ces pieux solitaires employoient leurs loisirs à se familiariser avec les poètes
l66 VIE UALFRED-LE -GRAND.
et les philosophes de R.orae et de la Grèce ; avec une patience qu'on ne saura jamais trop admirer, ils reproduisoient de nombreuses copies de lenrs immortels ouvrages , et déroboient ainsi les chefs-d'œuvre du génie aux outrages du temps. Les moines étoient les consolateurs des malheureux , les intermédiaires entre les puissants et les foibles , quelquefois de roi à roi , quelquefois de roi à peuple. Dans des temps de guerres dévastatrices et de violentes commotions , d'illustres malheureux trouvoient un refuge certain dans l'asyle ;sacré d'un monastère. Voilà pourquoi plusieurs princes rentrés en possession de leur tiône , se montrèrent si reconnoissants de ce qu'aux jours de l'adversité , ils avoient trouvé parmi les fils de la solitude une protection efficace contre leurs ennemis , dos consolations dans leurs infortunes et de sages leçons ; de ce que grâce aux loisirs dont ils y avoient joui , ils avoient pu faire
CHAPllTxE III. 167
des réflexions sur leur vie jusqu'alors déréglée , et avoient été amenés et encouragés à prendre une ferme résolution de se mieux conduire à l'avenir.
io5. Adonnés exclusivement au travail , au jeûne , aux mortifications et à la propagation de la foi , les moines de cette époque faisoient un noble usage des libéralités que la pieuse reconnoissance des fidèles avoit faites à l'Église. Ils remplissoient alors dans l'organisation sociale les mêmes fonctions que le cœur dans le corps Immain. Dispensateurs des biens des riches et des puissants , ils faisoient incessamment par leurs bienfaits circuler la vie jusqu'aux extrémités du corps social.
104. Les rois de ce siècle donnèrent à l'Église un grand nombre de terres conquises sur les païens ; et les ecclésiastiques méritèrent l'amour et la vénération des sprfs en leur accordant la liberté *. C'est ainsi
' Burke.
l68 VIE D*ALFRED-LE-GRANU.
que la religion apparut dans ces contrées donnant la main à la liberté !
io5. Une loi de l'Église prohiba la vente des biens ecclésiastiques , à moins que le produit n'en dût être appliqué au rachat des serfs. Quelle sublime exception î
106. Souvent le tribunal de la pénitence imposa à des pécheurs riches et puissants l'obligation de reconstruire des églises , de percer des routes , de jeter des ponts , d'affranchir leurs serfs ou de racheter les esclaves d'autrui*.
107. Burke rend justice aux papes en faisant observer que les archevêques qu'ils envoyèrent en Angleterre et qu'ils promu-
' Instauret etiam Dei ecclesiam , et instauret vias publicas , pontibus super aquas profundas et super coenosas vias ; et manumittat servos sacs proprios , et redimet ab aliis
hominibus servos suos ad libertatem. Lex ec-
ctesue Edgari.