‹ Vie d'Anne Catherine EmmerichChapitre 17 sur 49 · Rien ne pouvait être plus difficile pour Anne Gathe · texte numérisé non relu

Rien ne pouvait être plus difficile pour Anne Gathe

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rine que de maîtriser sa grande Yiyacité et de briser son sens et sa volonté propre de façon à ne paraître Tivre que selon la volonté d*autrui. La sensibilité exquise de toute sa personne, la tendresse de son cœur, qui était blessé continuellement par mille choses auxquelles d'autres n*eussent pas fait attention, son zèle ardent pour la gloire de Dieu et le salut du prochain l'obligeaient à des efforts sans relâche pour arriver aune douceur fondée sur l'oubli d'elle-même et à une obéissance si humble que le premier mouvement de résistance fût vaincu dès sa naissance. Cependant son ftme courageuse parvint à remporter cette victoire et sa fidélité persévérante fut récompensée de Dieu à ce point qu'elle put dire plus tard :

c L'obéissance était ma force et ma consolation. Grftce & l'obéissance, je pouvais prier joyeuse et contente; je pouvais être avec Dieu et mon cœur restait libre. »

Non-seulement elle se jugeait la moindre et la dernière des créatures , mais encore elle se sentait telle, et c'était conformément à ce sentiment vivant au fond de son ftme qu'était réglée toute sa conduite, à l'extérieur et à l'intérieur. Le saint ange ne tolérait en elle aucune imperfection : il punissait chaque faute par des réprimandes et des pénitences qui étaient fort douloureuses et laissaient toujours dans l'ftme une profonde humiliation. De là venait qu'Anne Catherine se jugeait elle-même avec une grande sévérité et s'imposait des punitions corporelles pour chaque manquement, tandis que son cœur surabondait de bonté et d'indulgence envers les autres. Dans sa cinquième année, elle regarda un jour à travers la haie d'un jardin une pomme tombée sous l'arbre avec le désir enfantin de la manger. A peine en avait-elle eu la pensée qu'elle éprouva un vif repentir de cette convoitise, au point de s'imposer pour pénitencede ne plus toucher! unepomme, résolution qu'elle

observa toujours de la manière la plus consciencieuse. Une autre fois, elle eut un mouvement d*ayersion pour une paysanne, parce que celle-ci avait mal parlé de ses parents, et se proposa de passer devant elle sans la saluer. Elle le fit avec un serrement de cœur. Mais elle en eut un tel repentir, qu'elle revint sur ses pas et demanda pardon à la paysanne de son impolitesse. Lorsqu'elle commença à s'approcher du sacrement de pénitence, sa conscience délicate ne retrouvait le repos, après des manquements de ce genre, que quand elle s'en était accusée à son confesseur avec un repentir sincère, sans rien adoucir ni dissimuler, et, quand elle avait reçu de lui pénitence et absolution.

11. Pour que des souffrances intérieures si précoces et la rigueur d'une vie si pénitente laissassent subsister dans le cœur d'Anne Catherine la gaieté innocente de l'enfance, Dieu, dans sa bonté, lui donna une compensation : ce fut la joie qu'excitait sans cesse en elle la contemplation de la grandeur et de Ja magnificence divines dans la création et le commerce qu'elle entretenait avec les créatures privées de raison. Etait-elle seule dans les bois ou dans les champs, elle appelait les oiseaux, chantait avec eux les louanges de Dieu et les caressait pendant qu'ils se posaient fiunilièrement sur ses bras et sur ses épaules. Si elle trouvait un nid, elle regardait dedans avec une joie qui faisait battre son cœur et adressait aux petits ses plus douces paroles. Elle connaissait tous les lieux où se montraient au printemps les premières fleurs et elle allait les cueillir pour en tresser des couronnes à l'enfant Jésus et à la vierge Marie. Mais son œil éclairé par la grftce pénétrait encore plus loin. Pendant que d'autres enfants s'amusaient à feuilleter des livres d'images et se plaisaient plus à regarder des fleurs et des animaux coloriés que les riches couleurs de la nature vivante, pour Anne Catherine les

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créatures elles-mêmes étaient les images dans lesquelles elle admirait avec un regard joyeux la sagesse et la bonté de Dieu. Elle connaissait leur nature et leurs propriétés : aussi disait-elle en communiquant ses visions touchant la Yie de saint Jean-Baptiste : '

« Je n*ai jamais pu m*étonner de Yoircomment Jean avait appris tant de choses des fleurs et des animaux dans le désert, car pour moi même, lorsque j'étais enfant, chaque feuille, chaque petite fleur était un livre dans lequel je savais lire. J*avais le sentiment de la signification et de la beauté de toutes les couleurs et de toutes les formes ; mais, quand je voulais eh parler, on se moquait de moi. Quand j'allais dans la campagne, je pouvais m'entretenir avec toutes choses. J'avais reçu de Dieu un sens pour tout comprendre et je voyais dans l'intérieur des fleurs et des animaux. Combien cela m'étjdt doux ! Etant encore très-jeune, j'eus une fièvre qui ne m'empêchait pourtant pas d*aller et de venir. Mes parents croyaient que je mourrais bientôt ; alors un bel enfant vint à moi et me montra des herbes que je devais cueillir et manger pour guérir. n y avait entre autres le doux suc des fleurs du liseron. Je mangeai de ces herbes et, assise près d'une haie, je pris des liserons que je suçai. Je fus bientôt guérie. J'aimais surtout les fleurs de camomille. Leur nom même a pour moi je ne sais quoi de doux et d'aimable. J'en ramassais dès mon plus jemne flge et je les tenais prêtes pour de pauvres malades qui venaient volontiers me trouver, me montraient un mal ou une plaie et me demandaient ce que j*en pensais. Il me venait alors à l'esprit toutes sortes de remèdes innocents qui opéraient leur guérison. »

12. Une autre communication nous montre comment la belle et sainte ordonnance de l'Eglise lui était manifestée avec ses invisibles merveilles.

c Dès mon enfance» dit-elle, le son des cloches bénites me faisait TefTét de rayons de bénédiction, qni, partout où ils atteignent, chassent l'influence nuisible des puissances ennemies. Je crois fermement que les cloches bénites effraient Satan. Quand, dans ma jeunesse, je priais la nuit dans les champs, je sentais et je voyais souvent de mauvais esprits autour de moi : mais, aussitôt que les cloches sonnaient les matines à Goesfeld, je m'apercevais qu'ils s'enfuyaient. Mon impression était toujours que, quand la langue des prêtres se faisait entendre au loin, comme dans les premiers temps de l'Eglise, il n'y avait pas besoin de cloches ; maintenant il faut ces langues de bronze pour appeler les fidèles. Tout doit être au service du Seigneur Jésus pour multiplier les moyens de salut et nous protéger contre l'ennemi des âmes. H a donné sa bénédiction aux prêtres, afin que, sortant d'eux, elle pénètre toutes choses, pour &ire tout servir à sa gloire et qu'elle exerce son efficacité de près et de loin. Mais, quand l'esprit s'est retiré des prêtres et que les cloches seules répandent encore la bénédiction et chassent les puissances mauvaises, c'est comme un arbre dont le sommet fleurit, recevant encore la sève par l'écorce, mais dont la moeUe est desséchée. Le son des cloches bénites me frappe comme essentiellement plus saint, plus joyeux, plus fortiflant, plus doux que tous les autres sons, lesquels me paraissent sourds et confus en comparaison ; même le son de l'orgue de l'église, comparé au leur, manque d'énergie et de grandeur. »

13. Le langage de l'Eglise faisait sur Anne Catherine une impression encore plus vive que le son des cloches. Les prières latines de la messe et de toutes les cérémonies de l'Eglise lui étaient aussi intelligibles que sa langue maternelle, si bien qu'elle crut longtemps que toutes les

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personnes pieuses et croyantes devaient les comprendre comme elle.

« Jamais, disait-elle un jour, je ne me suis aperçue de la difiérence des langues dans le service divin, parce que je ne percevais pas seulement les «mots, mais les choses elles-mêmes. »

44. En ce qui touche la force et Faction hien&isante de la bénédiction sacerdotale, Anne Catherine en avait le sentiment si vif et si profond, qu'elle se sentait attirée involontairement quand un prêtre passait dans le voisinage de la demeure paternelle. Elle courait au-devant de lui et lui demandait sa bénédiction. Si elle se trouvait occupée à garder les vaches, elle les recommandait à l'ange garàien et courait au prêtre qui passait pour avoir sa bénédiction.

15. Elle portait sur sa poitrine dans un sachet le commencement de TEvangile de saint Jean. Voici ce qu'elle dit à ce sujet :

« Dès mon enfance, l'Evangile de saint Jean était pour moi une source de lumière et de force et comme une bannière. Toutes les fois que j'avais une crainte ou que je courais un danger^ je disais avec une ferme confiance : Et le Verbe s'est fait chair ^ et il a habité parmi nous. Je ne pus comprendre plus tard certains ecclésiastiques auxquels j'entendis dire que cela était inintelligible. »

16. De même qu'Anne Catherine était saisie d'une vive émotion et d'un profond sentiment de respect envers les choses bénites et les lieux sanctifiés, de même qu'elle en ressentait l'efiet comme celui d'une nourriture et d'un réconfort spirituels, de même il y avait des lieux où elle sentait avec horreur et épouvante qu'il s'y était fait du mal et qu'une malédiction y reposait. Puis elle était sai-

sie d'une profonde compassion et se sentait poussée à y prier et à y &ire des pénitences expiatoires. Elle i*acontait ainsi un incident de sa jeunesse :

« A peu de distance de notre maison, au milieu de champs fertiles, se trouve un coin de terre où il ne vient jamais rien. Quand je passais là, étant enfant, j'avais toujours un frisson ; c'était comme si j*eusse été repoussée, et plusieurs fois je fis là des chutes que rien de particulier n'oc* casionnait. Je vis une fois deux ombres noires qui erraient à Tentour, et je m'aperçus que les chevaux, lorsqu'ils s'approchaient de là, se montraient effrayés. Ayant eu souvent l'impression de ce qu'il y avait de sinistre dans cet endroit, je pris des informations auprès de gens qui prétendaient, mais faussement, avoir vu là des choses de toute espèce. Plus tard, mon père me dit qu'à l'époque .de la guerre de Sept-Ans, un soldat hanovrien avait été fusillé dans cet endroit, après sa condamnation parle tribunal militaire, mais que cet homme était innocent et que deux autres avaient été les auteurs de son malheur. Lorsque j'appris cela, j'avais déjà fait ma première communion. J'allai prier la nuit dans cet endroit, les bras en croix. La première fois, il me fallut prendre fortement sur moi : la seconde fois, il vint un horrible fantôme semblable à un chien, qui mit par derrière sa main sur mon épaule. Je me retournai et je vis ses yeux flamboyants et son museau. Je fus saisie d'effroi, cependant je ne me laissai pas déconcerter et je dis en moi-même : « Seigneur, vous aussi, étant dans l'angoisse, sur le mont des Oliviers, vous vous êtes remis plusieurs fois à prier; vous êtes près de moi. » Le malin esprit ne put rien me faire. Et je recommençai à prier de nouveau : alors l'horrible objet s'éloigna. Lorsque je re* tournai prier en cet endroit, je fus violemment enlevée comme si j'allais être jetée dans une fosse qui était près de là. Je mis toute ma confiance en Dieu et je dis : «« Satan,

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lu ne peux rien sur moi! • Et il disparut. Je continuai à prier avec ardeur. Depuis, je ne vis plus les ombres, et tout resta tranquille.

c J'avais aussi, quoiqu'on ne m'eût rien raconté à ce sujet, im sentiment d'horreur et de repoussement aux endroits où il y avait eu des tombeaux de païens. Ainsi, il y a, à peu de distance de noire maison, une prairie et une butte de sable où je n'aimais pas à garder les vaches, parce que j'y voyais toujours une vapeur noire et sinistre, semblable à celle que produisent des chiffons qui brûlent, ramper à ras de terre sans jamais s'élever. Je remarquai aussi souvent là un obscurcissement particulier et je vis de sombres figures, répandant les ténèbres autour d'elles, errer çà et là et disparaître sous la terre. Je me disais souvent en moi-même comme une enfant que j'étais : « Il est bon que vous ayez d'épais gazons sur la tête , parce qu'ainsi vous ne pouvez rien nous faire. » Plus tard, j'ai vu souvent, que, quand on bâtissait des maisons neuves dans des places comme celles-là, il sortait une malédiction de ces sombres ossements, si les habitants n'étaient pas pieux, s'ils ne menaient pas une vie sanctiHée par la bénédiction de l'Eglise et s'ils n'arrêtaient pas par là les effets de cette malédiction. Mais quand ils se servaient pour détourner le mal de moyens superstitieux et condamnés par l'Eglise , ils entraient , sans le savoir, en rapport avec les puissances de ténèbres, et Tesprit malin acquérait plus de pouvoir sur eux. Je ne puis guère rendre ces choses claires pour d'autres, parce que je les vois de mes yeux, tandis qu'ils ne les perçoivent que par la pensée. Mais je tt-ouve souvent plus difficile à comprendre comment pour tant de personnes il n'y a pas de différence entre ce qui est saint et ce qui est profane, entre le croyant et l'incrédule, entre ce qui est purifié et ce qui ne Test pas : ils ne voient partout que l'apparence

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extérieure» la couleur; ils ne s'inquiètent que de savoir si Ton peut manger d'une chose ou si on ne le peut pas, si on peut en faire de l'argent ou non, tandis que je vois et sens tout autrement, et cela d'une manière très-claire. Ce qui est saint et béni, je le vois lumineux et répandant la lumière, guérissant et secourant; ce ^li est profiine et maudit, je le vois ténébreux, répandant les ténèbres et produisant la corruption. Je vois la lumière et les ténèbres sortant comme des choses vivantes de ce qui est bon ou mauvais et agissant dans le sens de la lumière et des ténèbres. Cela m'est ainsi montré.

c A une époque postérieure, comme j'allais à Dulmen, je passai devant un ermitage dans la direction d'un bocage où demeure le paysan H... Ily alà une prairie. Quand je me trouvai avec ma compagne près de cette prairie, je vis s'élever une vapeur qui me causa de l'horreur et du dégoût. Il montait au milieu de la prairie plusieurs de ces courants de vapeur; se tenant près du sol, ils formaient des ondulations oucommedes flots. Gomme je ne voyaispas de feu, je demandai en les montrant du doigt à ma compagne : c Qu'est-ce donc qui brûle là ? je ne vois pas de feu. » Mais elle ne vit rien, fut très-étonnée de ma question et crut que j'étais malade. Je me tus, mais je continuai à voir la sombre vapeur et sentis croître mon terrible malaise; quand il nous fallut passer tout près de cet endroit, je vis bien distinctement la^rapeur se dégager du côté opposé & celui où nous étions. Je sentis alors très-clairement que des ossements profanes et ténébreux étaient enterrés là et j'eus la vue rapide d'abominables pratiques idoULtriques qui avaient eu lieu là autrefois. »

ANNE CATBBRINS REÇOIT LMB SAXNTB BACREMBNTB DB PAnITBNCB ET d'eucharistie

1 . Vers la septième année de son âge, Anne Catherine flit conduite pour la première fois à confesse avec d'autres enftnts ; elle s'y était préparée avec tant d*ardeur et elle était pénétrée d'une si vive contrition que les forces lui manquèrent sur le chemin de l'église et que les autres enfants qui l'aimaient beaucoup furent obligées de la porter jusqu'à Goesfeld. Elle avait sur la conscience, non-seulement des actions de ses premières années expiées par de fréquentes et douloureuses pénitences, mais aussi ses visions incessantes qu'on lui avait tant de fois reprochées comme « des imaginations et des rêveries. » Gomme c'était particulièrement sa mère qui la mettait sans cesse en garde contre les rêveries et les superstitions, cela la mettait dans une grande angoisse et elle s'était proposé de se confesser assez clairement et assez longuement sur ses c rêves » pour recevoir du prêtre des avis et des directions. *Elle le fit, quoiqu'il n'y eût pas là de péché à confesser : mais il faut admirer les vues de Dieu, qui, ayant donné à Anne Catherine le don de contemplation pour l'édification des fidèles, c'est-à-dire pour toute l'Eglise, commença dès lors, an moyen de sa délicatesse de conscience, à mettre ce don sous la garde de l'Eglise et à le soumettre à son jugement. En faisant son examen de conscience, Anne Catherine craignait par-dessus tout que l'amour-propre ou la busse honte ne lui fit cacher ou pallier quelque chose; c'est pourquoi elle se disait souvent :

« Ce que l'esprit malin m'a pris, il peut le garder. S*il m'a ôté la honte avant le péché, je ne yeux pas la lui reprendre ayant la confession. »

L'amour-propre lui paraissait plus à craindre que le démon lui-même : car elle avait retiré de ses contemplations intérieures la conviction « que nous serions tombés moins bas, si Adam n'avait pas rejeté la faute sur Eve et celle-ci sur le serpent. • Aussi s'accusa-t-elle avec le plus grand chagrin de prétendus péchés mortels pour lesquels elle voulait à peine accepter une atténuation de la bouche de son confesseur. Elle se souve«nait de s'être une fois querellée avec un enfiuit et d'à* voir répondu à un autre par un proverbe satirique; elle était fermement persuadée que c'étaient là des péchés mortels, car elle avait entendu dire au maître d'éoole que Dieu avait commandé de tendre l'autre joue à l'offenseur qui vous aurait donné un soufflet.

De même, au témoignage d'Overberg, sa charité pour le prochain était, dans un âge aussi tendre, arrivée déjà à un si haut degré, que c'était toujours un très-grand plaisir pour elle que de pouvoir donner une marque d'affection à quelqu'un dont elle avait reçu une offense. C'est pourquoi elle confessa ses soi-disant péchés mortels avec une contrition si vive, qu'elle croyait, dans son effroi, que le confesseur allait lui refuser l'absolution ; mais il lui dit pour la consoler : « Enfant, tu ne peux pas encore faire de péché mortel, » et elle fondit en larmes, au point qu'il fallut l'emporter du confessionnal.

Ses parents lui avaient donné sept pfennigs pour acheter du pain blanc comme les autres enfants après sa confession : mais elle les donna à un pauvre, afin que Dieu lui accordât le pardon de ses péchés. Plus tard, quand elle retourna à confesse, ses parents lui donnèrent chaque fois sept pfennigs pour avoir du pain blanc. Elle en achetait bien, mais

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non pas pour elle, et elle rapportait le tout à la maison pour ses parents.

2. Dans une des confessions suivantes, elle fut encore fort troublée et fort tourmentée. Elle avait entendu sa mère parler avec une autre femme d'une certaine défunte dont r&me, disaient-elles, ne pouvait trouver de repos. Sa compassion pour cette &me fut si vivement excitée par là qu'elle s'en occupait continuellement dans son cœur et dans ses prières et qu'involontairement elle cherchait aussi pour elle d'autres intercesseurs. Un jour, elle était au moment de communiquer ce qu'elle avait entendu, disant : c La défunte n'a pas..., » mais alors elle fut saisie d'une telle angoisse, qu'elle se trouva hors d'état de prononcer un mot de plus. La pensée lui était venue tout à coup qu'elle ne serait plus en mesure de réparer ce péché de médisance, puisqu'elle ne pourrait pas demander pardon à une morte. Elle ne put retrouver le calme tant qu'elle n'eut pas confessé cette inadvertance. Or, cette frayeur n'était pas un scrupule exagéré chez Anne Catherine, mais l'effet de sa grande pureté de conscience, comme on le voit par le fait suivant, que son père Bernard se plaisait à raconter.

c Lorsqu'elle commença à lire, disait-il, elle aimait à se mettre par terre, près du foyer, avec un livre de prières, et à rassembler les copeaux enflammés. Un jour, son père travaillait à réparer l'établi dW voisin où il voulait ajuster un nouveau morceau de bois. Anne Catherine ramassa les copeaux qui tombaient, mais elle prit seulement ceux du morceau de bois neuf pour les mettre au feu. Son père lui ayant demandé pourquoi elle ne ramassait pas aussi les autres copeaux, elle répondit : c Je prends seulement ceux du nouveau morceau de bois, car les autres qui tombent de l'établi ne nous appartiennent pas. »

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Là-dessus, le père tout ému regarda la mère et dit : « C'est vraiment une singulière enfant. »

Quand le feu ne flambait plus au foyer et que ses parents étaient allés se coucher, Anne Catherine cherchait souvent de petits morceaux de bois brûlant encore , pour pouvoir lire dans son livre de prières. Elle regarda d'abord cela comme une chose permise, mais plus tard elle s'en confessa avec un vif repentir, et il ne lui arriva plus jamais de s'approprier la plus petite chose sans en avoir demandé la permission à ses parents.

3. Ce fut dans sa douzième année qu'Anne Catherine flt sa première communion. Depuis le jour de son baptême, son ftme se trouvait si fortement attirée vers le très-saint Sacrement qu'elle éprouvait dans son voisinage un merveilleux sentiment de joie et de bonheur qui se communiquait même à son corps. Elle n'était jamais dans la maison de Dieu sans être accompagnée de son ange et sans voir, dans la manière dont celui-ci adorait le très-saint Sacrement, le modèle du respect avec lequel l'homme mortel doit s'en approcher. Elle avait appris dans ses visions, et le Sauveur lui-même lui avait enseigné, quelle était la magnificence, la grandeur de ses mystères : cela lui avait inspiré un tel respect pour le sacerdoce de l'Eglise catholique, que rien sur la terre ne lui paraissait comparable en dignité et que, comme nous le verrons plus tard, il n'y avait aucune offense qu'elle se chargeât d'expier par de plus terribles souffrances que les péchés des prêtres. S'agenouillait-elle devant l'autel, elle n'osait pas regarder d'un autre côté. Son cœur et ses yeux s'attachaient au très-saint Sacrement et le silence du lieu saint correspondait au recueillement solennel de son ftme. Elle parlait à Jésus dans le sacrement avec une ferveur pleine de confiance et lui chantait les jours de fête les hymnes de

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relise. Mais, comme elle ne pouvait s'arrêter dans les églises aussi souvent ni aussi longtemps qu'elle l'eût désiré, en fiiisant sa prière nocturne, elle se tournait comme involontairement vers le point de l'horizon où elle savait qu'était le tabernacle d'une église.

4. L'ardent amour qui enflammait son cœur l'avait poussée, dès ses premières années, à faire la communion spirituelle : mais quand vint le moment où elle eut à se préparer à la réception réelle de l'Eucharistie, elle ne crut jamais en pouvoir foire assez. La grandeur de son désir n'était égalée que par le soin avec lequel elle s'efforcait de rendre son ftme digne de recevoir l'hôte céleste/ Elle s'appliqua à repasser de nouveau dans sa mémoire tous les instants de sa vie, afin de paraître pure devant son Seigneur et son Dieu. Plus encore qu'à sa première confession, elle était pénétrée de la crainte de porter en elle une tache par suite d'une ignorance coupable : et elle n'était pas peu tourmentée par la pensée qu'elle n'avait peut-être pas confessé ses foutes aussi sincèrement et aussi complètement que Dieu le voulait, car elle n'avait jamais cessé de se regarder comme la pire de tous les enfonts et son humilité ne tolérait ni échappatoire ni excuse. Elle pria instamment son père et sa mère de lui venir en aide pour arriver à la parfoite connaissance de ses péchés; elle leurdisait :

« Je ne veux pas de secret, pas de replis dans mon cœur. S11 venait à moi un ange dans lequel je verrais un repli, je ne pourrais m'empècher de dire qu'il a part avec le mauvais esprit, lequel cherche à se cacher dans les recoins et les replis des cœurs. »

Le jour de la communion, elle tint ses yeux fermés en allant & l'église, afin qu'aucun objet ne pût les frapper et troubler le recueillement de son esprit Elle était si rem-

plie du désir de se donner entièrement et parfidtement à Dieu et de consacrer à son service toutes les puissances de son &me et de son corps, qu'elle s*offrait sans cesse au Seigneur pour se sacrifier à sa gloire et au salut du prochain. Voici ce que rapporte Overberg à ce sujet :

« Lors de sa première communion, Anne Catherine n*a pas demandé beaucoup de choses à Dieu : elle priait pardessus tout pour qu'il fit d'elle une enfont tout à fait bonne, qu'il la fit devenir telle qu'il la voulait. Elle se donna à Dieu tout entière et sans réserve. »

8. On peut juger combien fut sérieuse l'offre dévouée de cette enfant et combien fut agréable à Dieu le zèle ardent avec lequel elle se prépara à recevoir la très-sainte Eucharistie, en considérant les effets surprenants que le sacrement produisit dans son cœur. L'amour divin s'y alluma si fortement qu'Anne Catherine se sentit poussée à une vie de mortification et de renoncement telle que la règle la plus rigoureuse n'aurait pu la prescrire avec plus de sagesse à un moine pénitent dans le cloître ou à un anachorète dans le désert. Quand nous ne posséderions touchant Anne Catherine d'autre témoignage que celui d'Overberg sur l'influence de sa première communion, cela seul suffirait pour reconnaître quelque chose d'extraordinaire dans les lumières, l'énergie héroïque et Tardent amour d'une ftme qui, dès sa douzième année, sans direction ni suggestion venue du dehors, sous la seule influence de la lumière et de l'action du Saint-Sacrement, put s'imposer une lutte intérieure et extérieure et un renoncement de soi-même aussi complet, et y persister avec une fidélité aussi opini&tre que le fit Anne Catherine. Toutes les voies par lesquelles un bien créé peut gagner l'attachement de l'homme et éloigner son cœur de Dieu furent strictement fermées par elle aux créatures et à leurs

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app&ts» de fiiQon à ce que Dieu, son Seigneur, qui avait daigné entrer en elle, posséd&t seul et gouvernftt son cœur. Overberg s'exprime ainsi .à ce sujet :

c A dater de ce jour, ses efforts pour se renoncer et se mortifier devinrent encore plus constants et plus sérieux qu*auparavant, car elle avait la ferme persuasion que, sans la mortification, il est impossible de se donner entièrement à Dieu. Ce fut son amour pour Jésus-Christ qui lui apprit cela, et c'est pourquoi elle disait : c J'ai souvent vu que l'amour des créatures peut porter beaucoup de personnes à des œuvres grandes et difficiles; pourquoi Famour de Jésus ne pourrait^il pas faire beaucoup plus encore? > Anne Catherine mortifiait ses yeux en les fermant ou en les détournant lorsqu'il y avait à voir quelque chose de beau et d'agréable ou qui pouvait piquer la curiosité; dans les églises spécialement, elle n'accordait à ses yeux aucune liberté. Elle se disait : c Ne regarde pas ceci et cela ; cela pourrait te troubler, ou tu pourrais y prendre trop de plaisir. Et à quoi te servirait de le voir? atetiens-toi pour l'amour de Dieu. » Si l'occasion se présentait d'entendre quelque chose d'agréable, de nouveau ou d'amusant, elle se disait : « Non I je ne prête pas mes oreilles à cela. Je m'abstiendrai de l'entendre pour l'amour de Dieu. >

c Elle mortifiait sa langue en taisant ce qu'elle eût aimé à dire : elle ne mangeait rien à quoi elle eût trouvé bon goût. Quand ses parents s'en apercevaient, ils prenaient cela pour du caprice et la forçaient par leurs reproches à manger quelquefois de ces aliments. Elle mortifiait se&pieds quand elle avait envie d'aller en tel ou tel endroit, sans y être appelée par le devoir ou par. un motif charitable; elle se disait alors : « Non! je n'y vais pas : il vaut mieux m'en abstenir pour l'amour de Dieu, car j'aurais peut-être à m'en repentir. » Elle avait aussi coutume de fiiire pieds

nus le grand chemin de la croix de Ck)e8feld. Elle refusait aa penchant intérienr qui Ty poussait bien des plaisirs qu'elle aurait pu prendre sans danger. Elle ch&tiait son corps avec des orties, des cordes et des ceintures de*pénitence. Pédant longtemps elle se servit , pour prendre son sommeil, d'une double croix de bois, ou bien elle posait deux traverses sur deux pièces de bois plus longues, afin d'y prendre le court repos de la nuit. •

' 6. Après la sainte communion, Anne Catherine eut une vision dans laquelle elle assista avec sainte Cécile, comme si elle eût été sa contemporaine, au service divin dans les catacombes.

c Je m'agenouillai, raconta-t-elle, dans une salle souterraine : cela ressemblait à une mine. Beaucoup de personnes étaient agenouillées par terre. Des flambeaux étaient attachés aux murs et il y avait aussi deux flambeaux sur l'autel de pierre qui avait un tabernacle également en pierre avec une porte. Un prêtre disait la sainte messe et le peuple lui répondait. A la fin, il tira du tabernacle un calice qui me parut être de bois. U y prit le Saint- Sacrement et le donna aux assistants sur de petits linges blancs qu'ils placèrent avec soin sur leur poitrine. Ensuite ils se séparèrent. »

Cette vision devait être pour Anne Catherine la confirmation que Dieu l'avait exaucée en acceptant le sacrifice de son &me et de son corps qu'elle voulait lui offrir. La pureté de son cœur et l'austérité de sa vie la rendaient digne de figurer dans cette sainte cohorte des premiers chrétiens qui puisaient dans le Saint-Sacrement la force de mourir dans les supplices. Sa vie aussi devait être un martyre incessant pour lequel elle avait à puiser à la même source le courage et la force. Semblable à Cécile, il lui faudra souffrir pour la foi à une époque de persécu-

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tion non sanglante» mais tont aussi pleine de périls pour l'Eglise, et glorifier le Sauveur avec l'héroïsme des anciennes Yieiiges martyres, quand il sera renié et abandonné par des multitudes d'hommes.

7. Suivant le témoignage d'Overberg, Anne Catherine divisait le temps qui s'écoulait d'une communion à l'autre de manière à ce que la première moitié de ce temps fût consacrée à l'action de grftces, la seconde moitié à la préparation pour la communion future. Elle appelait tous les saints i remercier Dieu et à prier Dieu avec elle. Elle conjurait Dieu, au nom de son amour pour Jésus et pour Marie, de daigner préparer son cœur à recevoir son Fils bien-aimé. Lorsqu'elle reçut la sainte communion pour la seconde fois, il lui arriva quelque chose où l'on peut voir un symbole de son rapport intime avec le Saint-Sacrement et des grftces qu'elle y recevait pour elle-même et pour d'autres. Elle devait partir avant le jour avec sa mère pour aller communier à Goesfeld. Ses plus beaux habits étaient dans le coffre de sa mère. Gomme elle voulait les prendre, elle y vit de beaux pains très-blancs. Elle crut d'abord que sa mère les avait mis là pour la mettre à l'épreuve, mais elle en trouva une telle quantité, qu'il lui fallut tout dépaqueter pour les voir tous ensemble. A peine les avaitelle remis dans le côflre, que sa mère, impatiente de ce qu'elle tardait, vint à elle et la fit sortir en telle hâte qu'elle oublia démettre un mouchoir autour de son cou. Elle ne s'en aperçut que hors de la maison, mais elle n'osa pas revenir sur ses pas et suivit sa mère, craignant beaucoup qu'elle ne se retoumftt et ne découvrit ce qui manquait à son habillement. Elle pria de tout son cœur pour que Dieu lui vint en aide; et, lorsque sa mère arriva & un endroit glissant du chemin, Anne Catherine sentit qu'on lui enveloppait le cou d'un mouchoir, avant que celle-là

se retourn&t vers elle pour lui tendre la main et la tirer à sa suite. La joie et l'étoiinement quç causa à Anne Catherine une assistance venue si soudainement la bouleversèrent à ce point qu'elle pouvait à peine suivre sa mère, et que celle-ci la gronda à cause de son étrange attitude. Arrivée à l'église, elle se confessa en pleurant de la curiosité qui lui avait fait tirer les pains du coffre. Mais son désir amoureux du Saint-Sacrement devint semblable à une flamme, en sorte qu'elle ressentit dans la poitrine et sur la langue une ardeur inexprimable. Elle regarda ce feu comme une punition de sa curiosité, perdit presque connaissance dans son inquiétude, et fit toucher à sa langue une petite image en parchemin des cinq plaies du Sauveur, afin d'y trouver un soulagement, qui lui fut accordé en effet. Mais, lorsqu'elle alla à la sainte table, elle vit le Saint* Sacrement venir à elle sous une forme lumineuse et disparaître dans sa poitrine pendant qu'elle le recevait sur la langue de la main du prêtre. Sa poitrine et sa langue s'enflammèrent plus violemment qu'auparavant, et sa bouche resta brûlante lorsqu'elle revint de l'église, en sorte qu'elle essaya de la rafraîchir avec ses gants restés frais. Alors revint son inquiétude à l'endroit du fichu, d'autant qu'elle avait découvert qu*il était beaucoup plus beau que le sien. « Il a. des franges, se dit-elle! Que va dire ma mère? > Arrivée à la maison, elle le posa, toute tremblante, sur son lit : mais lorsqu'elle voulut le regarder de nouveau, il avait disparu, à sa grande consolation, sans que sa mère l'eût aperçu.

La provision de beaux pains, qui n'avaient été visibles que pour Anne Catherine, se rapportait aux riches dons qu'elle devait recevoir, gr&ce à sa bonne préparation à la sainte communion, pour les distribuer et en nourrir spirituellement des indigents et des affamés. Us étaient placés près de ce qui lui appartenait, cachés sous ses habits,

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en signe qu'elle-même en ferait la distribution^ et que ses mérites s*en accroîtraient. Elle devait en faire la part la plus large aux plus nécessiteux, c'est-à-dire aux pauvres ftmes du purgatoire, pour lesquelles elle avait coutume d'offrir tous ses actes. C'est pourquoi elles lui témoignaient leur gratitude par la prière et l'assistance, autant que cela leur était possible, et c'est à elles qu'Anne Catherine était redevable du mouchoir qui l'avait si promptement recouverte.

8. A cette époque, son confesseur de Coesfeld était un ancien Jésuite, le vieil et respectable père Weidner. Voici ce qu'elle en racontait :

c Le père Weidner était mon confesseur, n logeait avec ses sœurs à Coesfeld. Les jours de dimanche, il me fallait aller à la première messe et ensuite faire la cuisine, afin que les autres pussent aller à l'église. Le café n'était pas alors aussi commun qu'aujourd'hui et, quand j'avais mis de côté deux stuber, j'allais, après la messe du matin, chez les sœurs du père Weidner, deux pieuses filles qui vendaient du café. J'y allais avec plaisir, car le vieux monsieur et ses sœurs vivaient ensemble bien paisiblement et bien pieusement, et ils étaient bien doux et bien unis. Quand mes parents revenaient de l'église à la maison, ils trouvaient un peu de bon café que je leur avais préparé, ce qui leur était très-agréable. »

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