BMBUCHBS DU MAUVAIS ESPRIT
1. Aussitôt qu'Anne Catherine eut reçu l'esprit de force pour résister victorieusement aux attaques du démon à l'aide d'une ferme et inébranlable confiance en Dieu, le Seigneur permit qu'elle fût persécutée par lui. Il employa tous les moyens possibles pour la faire reculer dans sa marche soutenue vers la perfection, mais ce fut inutilement. EUe méprisait son astuce, sa malice et* son pouvoir, et plus son humilité devenait profonde, moins elle pouvait comprendre comment le malin pouvait intimider ou effrayer une ftme. Les premiers assauts du diable consistèrent en ce qu'il chercha à exposer à des dangers mortels la vie corporelle d'Anne Catherine. Elle disait à ce sujet :
« Dans mon enfance etplus tard, j'ai été très -souvent exposée au danger de perdre la vie, mais j'en ai été sauvée par le secours de Dieu. Taî bien des fois reçu à ce sujet l'avertissement intérieur que ces dangers ne venaient jamais de l'aveugle hasard, mais que, par une permission divine, ils avaient pour cause les embûches de l'esprit malin, et spécialement dans des moments d'oubli, lorsque je ne me tenais pas en présence de Dieu ou que je consentais à une faute par négligence. C'est pourquoi je n'ai jamais pu croire à un pur hasard. Dieu est toujours notre gardien et notre protecteur quand nous ne nous éloignons pas de lui : son ange est toujours à nos côtés, mais il faut que notre bonne volonté et notre conduite nous rendent dignes de sa protection. Nous devons, comme des enfants
reconnaissants, implorer son assistance et ne pas nous écarter de lui, car l'ennemi du salut est aux aguets et travaille toujours à nous perdre. —Je n'avais encore que peu d*années; mes parents n'étaient pas au logis; j'étais seule. lia mère m'avait ordonné de garder la maison et de ne pas sortir. Il vint alors une vieille femme qui, peutêtre pour espionner ou pour faire quelque chose qu'elle ne voulait pas me laisser voir, me dit : « Va prendre des poires à mon poirier, bien vite, avant que ta mère vienne ! » Je tombai en tentation, j'oubliai l'ordre de ma mère et courus au jardin de cette femme si précipitamment que je me heurtai violemment la poitrine contre une charrue couverte de paille et que je tombai par terre sans connaissance. C'est dans cet état que me trouva ma mère et elle me fit revenir à moi par une correction bien appliquée. Je me ressentis longtemps du coup que je m'étais donné. Je fus instruite plus tard que le diable s'était servi de la volonté malicieuse de la vieille femme pour m'induire en tentation par la convoitise et, qu'entrant dans la tentation, j'avais couru risque de perdre la vie. Gela me donna une grande crainte des dangers de la convoitise et je reconnus combien il est nécessaire à l'homme de se priver et de se vaincre. »
2. Lorsqu'Anne Catherine commença l'exercice de la prière nocturne, les attaques de l'esprit malin devinrent plus fréquentes et plus manifestes. Il cherchait à l'empêcher de prier par de grands bruits, par des apparitions effrayantes, même par des coups et des mauvais traitements. Elle sentait souvent des mains froides comme la glace qui l'empoignaient par les pieds, la jetaient par terre ou relevaient en l'air. Lors même qu'elle se sentait prise d'une terreur involontaire, elle ne perdait pourtant pas contenance, mais continuait sa prière avec un redou-
blement de ferveur, ce qui forçait Fennemi à se retirer. Elle allait à Tendroit même où elle avait été maltraitée par lui ou jetée par terre et prolongeait sa prière, disant : c Misérable, tu ne me chasseras pas d*ici ! Tu n'as pas de part en moi I Tu ne m'empêcheras pas de prier I > Ces sortes d'attaques se renouvelaient surtout lorsqu'Anne. Catherine priait pour les âmes du purgatoire ou accomplissait des œuvres de pénitence. Mais, comme elle n'était jamais sans avertissement intérieur sur ce qu'elle avait à faire pour résister à l'ennemi, comme, en outre, les pauvres &mes qu'elle aimait si tendrement étaient visiblement auprès d'elle et la réjouissaient par leur reconnaissance et par la consolation qu'elle voyaitcrottre chez elles avec l'assistance qu'elle leur donnait, chaque attaque du mauvais esprit redoublait son courage et ses efforts.
3. Parfois Anne Catherine faisait sa prière nocturne devant une croix rustique qui s'élevait au milieu du territoire de Flamske. Le chemin qui y conduisait passait par un étroit sentier, sur lequel une horrible bête, semblable à un grand chien avec une tête énorme, venait souvent se mettre en fiice d'elle pour la forcer à se retirer. Au commencement, elle frissonnait d'horreur et faisait quelques pas en arrière; mais bientôt elle reprenait courage, se disant : « Pourquoi reculerais-je devant l'ennemi?» Elle faisait le signe de la croix et marchait hardiment sur le monstre. Elle était prise d'un tremblement qui lui faisait dresser les cheveux sur la tête et elle volait plutôt qu'elle ne marchait sur le chemin qui conduisait à la croix. La bête courait auprès d'elle et la frappait dans le côté. Plus tard elle surmonta entièrement sa frayeur, marcha sans hésiter au-devant de l'ennemi et le mit promptement en fuite par sa prière.
Comme il ne pouvait par ces visions effrayantes la dé-
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tourner de ses exercices de pénitence, il excita un jour un méchant homme à Tassaillir près de la croix. Mais il ne put rien contre elle ; avec Taide de son ange gardien Anne Catherine se défendit courageusement et força cç misérable à se retirer.
C'était aussi le saint ange qui la sauvait des dangers innombrables par lesquels le diable, en toute occasion, menaçait sa «vie. Tantôt il essayait de la jeter à bas d'une échelle dans la grange, tantôt il la poussait dans une mare profonde ou dans une fosse et la faisait plonger jus* qa*au fond, afin de la noyer; mais l'ange la retirait et la déposait saine et sauve sur le bord.
4. Ces atttaques du mauvais esprit ont une signification plus profonde qu'on ne peut le reconnaître à première vue : car il y faut voir non-seulement la rage et la malice de l'enfer travaillant sans rel&che à perdre l'instrument choisi de Dieu, mais encore une partie essentielle de la tâche assignée à Anne Catherine, laquelle doit attirer sur elle les fureurs de l'enfer et s'exposer à ses assauts pour les détourner de certaines âmes, qui, par suite de leurs fautes, n'y pourraient pas résister. Elle prend la place de ceux qui ont encouru un châtiment et qui se sont mis en danger, des faibles, des misérables qui se perdront si une âme plus innocente, douée de plus de force et de vertu, ne paie pas leur dette, ne combat pas et ne souffre pas pour eux. De même qu'Anne Catherine prend sur elle les maladies des enfants qui pleurent, ou souffre les douleurs du prochain pour l'en délivrer, de même elle prend aussi sur elle les attaques du démon que d'autres se sont attirées et auxquelles ils succomberaient, soutient le combat à leur place et prépare leur délivrance. Or, elle ne prend pas seulement la place des membres de l'Eglise, mais aussi des biens, des trésors,
des joyaux de l'Eglise exposés aux embûches de Tenfer, et que Dieu a placés sous la garde et la surveillance des sentinelles et des pasteurs établis par lui. C'est pourquoi la nature et le mode des exercices si pénibles pour elle de son oraison nocturne ne sont pas réglés arbitrairement selon sa volonté, mais ils le sont par son ange ou conformément à des avertissements intérieurs qu'elle reçoit dans ses visions. Ce n'est pas non plus par son propre choix qu'elle fait la nuit le long chemin de la croix, ou qu'elle s'agenouille devant la chaumière paternelle, ou qu'elle cherche çà et là un lieu pour prier, car tout cela se fait dans la mesure de la tâche, déterminée d'avance, qu'elle a à accomplir pendant la nuit. C'est ainsi qu'elle parcourt le chemin qui mène à la croix plantée au milieu du hameau, afin d'expier la négligence d'un pasteur muet et endormi qui laisse le loup pénétrer dans le bercail, et qu'elle livre elle-même combat à l'animal ravisseur pour l'empêcher de dévorer le troupeau. Si elle est jetée par le démon du haut d'une échelle ou précipitée dans une fosse, elle souffre cette attaque pour une personne à Fagonie et arrache ainsi à l'enfer une proie assurée à laquelle il croyait avoir déjà droit. Si le malin remplit son âme de crainte et d'horreur par des visions effrayantes et d'affreux fantômes, ce sont des terreurs dont elle délivre les mourants, afin qu'ils puissent se préparer avec plus de calme à leur dernier moment.
5. Les attaques de Satan redoublent de fureur quand Anne Catherine doit détruire les effets de sa malice, déconcerter ses plans et empêcher des crimes déjà résolus à son instigation et tout près de leur accomplissement.
CI Une fois, disait-elle, j'allais à l'église dans l'obscurité. Une figure semblable à un chien passa devant moi et, pendant que je portais la main en avant, je reçus dans le
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visage un coup qui me jeta presque hors du chemin. Dans l'église, mon visage et ma main s'enflèrent par suite de ce coup et tous deux étaient couverts de petite vérole. A mon retour k la maison, j'étais devenue tout à fait méconnaissable. Je me lavai avec de Teau prise aui( fonts baptismaux. > — « Le chemin de l'église me conduisait & une haie où il me fallait passer par-dessus une palissade. Le jour de saint François, étant arrivée à cet endroit de grand matin, je sentis qu'une grande figure noire voulait me retenir en arrière. Je luttai avec elle et je finis par passer, mais je restai calme et ne me laissai pas épouvanter par l'ennemi. Il se place toujours au milieu de la route où l'on passe pour forcer à prendre des chemins détournés; mais c'est ce qu'il, ne pourra pas obtenir de moi. >
6. Le démon cherchait aussi à égarer Anne Catherine par des suggestions et des attaques purement spirituelles. La mortification précoce et opini&tre, à l'aide de laquelle die avait conquis une telle force pour lui résister, lui était très-odieuse : aussi s'efforçait-il d'exciter Anne Catherine à se traiter avec plus d'indulgence et de mollesse. Mais aussitôt qu'elle découvrit ses artifices, elle redoubla ses austérités. Toutefois, s'il lui suggérait de les pousser jusqu'à l'excès, elle y mettait plus de discrétion et demandait conseil au directeur de sa conscience.
7. La suite de cette biographie montrera que Satan ne cessa à aucune époque de tourmenter Anne Catherine de toutes les manières : cependant il ne réussit jamais à exciter en elle le moindre mouvement contraire à la pureté, n ne pouvait et n'osait pas présenter cette tentation à une âme dans laquelle Dieu avait versé la lumière angéliquo de prophétie et qu'il avait confiée à la garde et à la direr-
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tion de son ange, afin qu'elle march&t par une voie douloureuse sur laquelle tontes les amorces de la concupiscence devaient s'éteindre. Le diable, il est vrai, s'efforça souvent de lui donner en spectacle les tableaux les plus immondes : mais il ne put jamais obtenir qu'elle y jet&t un regard. U lui arriva aussi d'induire de méchants hommes à tenter sur la jeune vierge d'odieuses violences : mais, forte comme une lionne, elle terrassait ces misérables et les mettait en fuite, c Mon Seigneur et mon Dieu ne m'abandonne pas! disait-elle. Il est plus fort que l'ennemi! » C'était là son bouclier et nul ne put jamais porter sur elle une main téméraire.
BIS RAPPORTS AVaC SON ANOB OARDIIM
i. Le commerce intime qu'Anne Catherine entretenait incessamment avec son saint ange, visible pour elle, est un bit qui se reproduit chez toutes les personnes favorisées par Dieu de la lumière contemplative et appelées à suivre des voies extraordinaires. Le don de l'intuition surnaturelle est pour l'homme mortel si lourd à porter, il est exposé chez lui à de tels risques et requiert une si grande pureté d'ftme, qu'il faut, pour en user, une assistance particulière et un guide spécial dans les sphères infiniment étendues qui se découvrent à l'œil du contemplatit Dès le sein maternel, tout homme sans exception est accompagné d'un ange qui, comme instrument ou comme serviteur et délégué de la divine Providence, exerce une action sur lui et lui ménage tout ce qui lui est nécessaire pour que, mettant à profit la somme de grâces, de secours et de lumières qui lui a été attribuée suivant les décrets étemels du Tout-Puissant, il arrive à la foi, à la qualité d'enfant de Dieu et par là à la béatitude céleste. C'est pourquoi Chaque ftme est ouverte par Dieu à l'influence de l'ange et rendue naturellement capable de recevoir de celui-ci des impressions, des idées, des impulsions dont elle doit fiiire des actes méritoires par sa | libre coopération. Cette capacité s'accroît d'autant plus que î'ftme est plus pure, ou élevée à un plus haut degré de grftce. Mais rien ne la rq>proche plus de la lumière angélique et ne la rend aussi ^Ûgne de l'union et du commerce avec l'ange que la splendeur de l'innocence baptismale quand
rien ne Ta ternie. Cette éminente beauté surpassant toute description était chez Anne Catherine ce qui ravissait son ange, en sorte qu'envoyé des rangs les plus élevés de la hiérarchie céleste, il regardait comme une tâche correspondante à sa haute dignité d'éclairer et de conduire une créature qui, tout enfant qu*elle était quant à ses relations avec les choses de la terre et du temps, était pourtant déjà mûre pour FintelUgence des biens éternels et invisibles et préparée par les vertus infuses à devenir la dépositaire des secrets divins.
2. Lapremière action de l'ange avait eu pour objet la lumière de la foi, en ce sens qu'il instruisait Anne Catherine touchant la foi catholique, non par des paroles et des explications, mais par des intuitions intérieures et des images symboliques; il lui faisait acquérir par là une vue incomparablement plus claire et une plus profonde intelligence des mystères de la foi que ne peuvent la donner l'enseignement ordinaire et l'étude réflécliie. A cette illumination de la foi se liait la pratique de l'amour de Dieu, lequel devint promptement si fort et si pur chez Anne Catherine qu'elle pouvait maintenir son cœur dans une union continuelle avec Dieu et qu'il lui était devenu comme naturel de chercher Dieu en tout, de tout rapporter à Dieu et de tout considérer en Dieu. Dieu était le premier bien dont son ftme eût eu le sentiment et il en avait plîs si complètement possession qu'aucune créature ne pouvait plus la détourner de lui. La splendeur de l'ange qui, semblable à celle d'un soleil, l'environna dès les premiers jours de sa vie et qui était comme l'atmosphère dans laquelle elle vivait, cacha à ses yeux toutes les séductions terrestres et les biens passagers qui ordinairement attirent, occupent et dissipent l'hommci jusqu'à ce que son àme fût assee confirmée dans la charité pour qu'aucune
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créature ne pût rémouvoir, mnon en vue de Dieu. Chaque regard que l'ange jetait sur elle était un rayon de lumière et comme un souffle qui augmentait l'ardeur de son amour : c'était une impulsion qui ne pouvait avoir d'autre but que Dieu. Aussi toutes les puissances et même tous les mouvements de son âme étaient si bien ordonnés et si paisiblement réglés qu'aucune passion ne pouvait « y porter le trouble et que la plus forte impression du dehors n'était pas capable de l'ébranler. De même qu'Anne Catherine arriva, en s'y exerçant de très-bonne heure, à supporter avec une fermeté calme les souffrances physiques les plus cruelles, de même son esprit, malgré la délicatesse extrême de sa nature sympathique et la timidité propre à l'enfance, possédait une énergie incroyable qui la rendait capable de surmonter promptement les impressions les plus violentes de crainte, de terreur, de douleur, et de recouvrer en un instant la paix et le repos. Gomme l'ange ne laissait pas cet esprit se dissiper, parce que sa sévère vigilance n'y souffrait pas la moindre attache à un bien passager, quel qu'il fût, aucun nuage ne pouvait en ternir la splendeur, rien de terrestre en diminuer la beauté, aucun poids en faire fléchir le ressort et aucune chaîne en gêner la liberté . Sa force devait toujours s'accroître et rendre Anne Catherine de plus en plus capable d'accomplir ses étonnantes pratiques de pénitence et ses œuvres de charité héroïque envers le prochain.
3. Elle savait et elle sentait que tout son être était à découvert devant le regard de l'ange, et qu'il pénétrait dans le plus intime de son cœur : c'est pourquoi elle travaillait sans relâche â maintenir le miroir de son âme aussi pur et aussi limpide que l'ange l'exigeait d'elle. Aussi resta-t-eUe jusqu'à sa mort uneen&nt d'une simpli-
cité incroyable, véridique, sans détour, pleine de droiture et de candeur. Quand nulle autre chose n'aurait parlé pour elle, son humble et enfantine simplicité eût garanti suJDfisamment qu'elle était gouYemée par Tesprit de vérité et que les dons si extraordinaires qui reposaient en elle Tenaient réellement de Dieu : car le don de contemplation est d'un moindre prix encore que la profonde humilité qui tenait cachés à Anne Catherine les dons et les privilèges qui lui avaient été si richement départis; c'était à tel point qu'elle ne soupçonnait même pas qu'il pût 7 avoir en elle quelque chose qui ne fût pas ordinaire et que, quand sa pensée se reportait sur elle-même, elle était remplie de confusion et d'inquiétude. Une telle manière de sentir n'est point l'œuvre de la nature, ni du mauvais esprit, mais elle provient d'un haut degré de grftce et d'une fidélité extraordinaire.
4. La direction de l'ange avait été accordée à Anne Catherine comme un don qu'elle devait faire fructifier par la perfection avec laquelle elle en userait. Plus elle travaillait à se rendre digne de cette faveur, plus elle recevait abondamment la lumière de l'ange et plus devenait fort et intime le lien qui l'attachait à lui. Or, ce lien ne pouvait être autre chose que l'obéissance née de l'amour de Dieu : car il n'y en a point de plus élevé et de plus méritoire et c'est le seul qui attache l'ange lui-même à Dieu. Dès sa première enfance, Anne Catherine s'était efiorcée de pratiquer l'abandon complet à Dieu de sa volonté et de toutes ses forces physiques et morales, par cela même qu'elle s'ofirait incessamment en sacrifice pour autrui. Dieu avait accepté cet abandon, c'est pourquoi, par le ministère de son ange, il réglait la conduite de sa vie dans tous ses rapports et jusque dans les plus petits détails avec une telle sagesse, que toutes les circonstances
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les plas indépendantes en apparence de la volonté devaient devenir pour elle des actes méritoires d'obéissance. Elle donna sa volonté à Fange pour qu'il la gouvernât, son intelligence pour qu'il récla|r&t, son cœur pour qu'il l'aidât à le conserver à Dieu seul, pur et libre de toute attache terrestre, au moyen de la pénitence et de l'abnégation. Docile à ses avertissements intérieurs, elle refusait à son corps le sommeil et la nourriture, le châtiait rudement, demandait pour elle-même les douleurs et les maladies des autres, et telle était sa constance dans ces œuvres de chaiûté qui consumaient ses forces, que des bénédictions et des effusions de gr&ces surnaturelles et célestes venaient suppléer pour elle ce qu'elle retranchait sur les besoins, et même sur les conditions indispensables de l'existence terrestre.
8. C'était par l'effet de cette charité qu'elle se substituait à ceux qui ne pouvaient pas supporter leurs souffrances et qu'elle était envoyée au secours de ceux qui imploraient la miséricorde. C'était l'ange qui la conduisait aux lieux où son assistance était le plus nécessaire. Comme la flamme obéit au souffle du vent, ainsi son &me embrasée par l'amour suivait l'appel de l'ange lorsqu'il l'accompagnait dans les séjours du malheur et de la souffrance : car, guidée par lui, la puissance de l'âme s'étendait comme des mains qui s'étendraient à Tinfini pour donner, pour bénir, pour secourir, et se porteraient partout où les pousserait l'élan irrésistible d'une sainte compassion. Et de même que pour la compassion il n'y a ni distance, ni limites dans l'espace, de même il n'y en avait point qui pussent arrêter le souffle de cette &me. Semblable aux rayons partant d'une langue de feu, qui portent jusqu'à l'horizon le plus lointain l'éclat de la lumière et rentrent de nouveau au foyer d'où ils sont partis, sa charité péné-
trait par toute l'Eglise, portant Tassistance sur tous les points où, suivant Tordre marqué par Dieu, son ange devait la conduire. Elle disait à ce sujet :
c L*ange m'appelle et me mène en différents lieux. Je suis souvent en voyage avec lui. Il me conduit auprès de personnes que je connais ou que j'ai déjà vues une fois, et aussi près d'autres personnes qui me sont entièrement inconnues. Il me conduit même au-delà de la mer, mais cela est rapide comme la pensée, et alors je vais si loin, si loin! C'est lui qui m'a conduit près de la reine de France (Marie-Antoinette) dans sa prison. Quand il vient à moi pour me faire faire quelque voyage, le plus souvent je vois d'abord une lueur ; puis sa forme lumineuse se dégage tout à coup de l'obscurité, comme lorsque dans la nuit on ouvre une lanterne sourde. Quand nous voyageons, il fait nuit au-dessus de nous, mais une lueur plane sur la terre. Nous voyageons à partir d'ici à travers des pays connus jusqu'à d'autres de plus en plus éloignés et j'ai le sentiment d'une immense distance. Le voyage se fait tantôt sur des routes, tantôt à travers des plaines, des montagnes, des rivières et des mers. Je dois mesurer tout le chemin avec les pieds, souvent gravir avec effort des montagnes escarpées. Mes genoux sont alors fatigués et douloureux, mes pieds sont brûlants, je suis toujours pieds nus. Mon guide marche quelquefois devant moi, quelquefois près de moi. Je ne le vois jamais remuer les pieds, n est très-silencieux, fait peu de mouvements, sinon qu'il accompagne ses courtes réponses d'un geste de la main ou d'une inclination de tête. Gomme il est transparent et resplendissant! Il est souvent grave et sérieux, souvent il se mêle à sa gravité quelque choso d'affectueux. Ses cheveux sont unis, flottants et brillants. Il a U tète découverte et porte une longue robe de prêtre avec un reflet blond. Je parle avec lui très- hardiment, mais je ne
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puis jamais le bien regarder en face, tant Je suis inclinée dcyant lui. Urne donne toute espèce d*indications. Je n'ose pas lui fiiire beaucoup de questions ; j'en suis empêchée par le contentement tranquille que j'éprouve auprès de lui. n est toujours très-bref dans ses paroles. Je le vois, même à l'état de veille. — Quand je priç pour d'autres personnes et qu'il n'est pas près de moi, je l'appelle, afin qu'il aille trouver leur ange. Souvent aussi, quand il est près de moi, je dis que je veux rester; je le prie d*aller en tel ou tel endroit porter des consolations, et je le vois partir. Quand j'arrive au bord des grandes eaux et que je ne sais comment aller plus loin, je me trouve quelquefois tout d'un coup de l'autre côté, et je regarde étonnée derrière moi. Nous passons souvent par-dessus des villes. Pendant un mde hiver, j'avais quitté le soir fort tard l'égUse des Jésuites à Coesfeld, et il me fallut revenir par les champs k notre maison de Flamske à travers la pluie et les tourbillons de neige. J'eus peur et je priai Dieu t alors je vis planer devant moi une lueur semblable aune flamme qui avait la forme de mon guide avec sa longue robe. Aussitôt le chemin se sécha sous mes pieds, il fit clair autour de moi, il ne tomba sur moi ni pluie, ni neige, et je revins à la maison sans être mouillée. »
5. Le commerce d'Anne Catherine avec les ftmes souffrantes avait aussi lieu par Tintermédiaire de l'ange qui la conduisait dans les vastes espaces du purgatoire afin qu'elle rafraîchit, pour ainsi dire, celles qui étaient sans secours avec les fruits de sa pénitence innocente.
c J'étais avec mon guide, dit-elie, près des pauvres ftmes, dans le purgatoire : je voyais leur, grande délation comment elles ne peuvent pas s'aider elles-mêmes et comment, de nos jours, elles sont si peu secourues par les hommes sur la terre. Ah! leur misère est inexprimable! Gomme
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j'avais cette détresse sous les yeux, je me trouvai séparée de mon conducteur par une montagne, et je soupirais après lui comme affamée, si bien que je tombai presque en délaillance. Je le voyais à travers la montagne, mais je ne pouvais pas aller à lui, et il me dit : « Vois quel est ton désir; ce que tu ressens, les pauvres &mes le ressentent aussi dans leur désir d*étre secourues. »
c II me conduisait souvent devant des cavernes et des cachots pour y prier, et je me prosternais devant ces sombres réduits; je pleurais, et je criais vers Dieu, les bras étendus, pour qu'il se laiss&t fléchir. L'ange m'exhortait à offrir pour les pauvres ftmes toute espèce de privations et de renoncements. EUes'ne peuvent pas s'aider elles-mêmes et sont si cruellement négligées et oubliées 1 J'envoyais souvent mon ange gardien à l'ange de certaines personnes que je voyais dans la souffrance, afin qu'il les excitât à offrir leurs douleurs pour les pauvres âmes. Ce que l'on &it pour elles, prières ou souffrances, leur profite à l'instant et les rend si joyeuses, si heureuses, si reconnaissantes ! Quand j'offre des souffrances pour elles, elles prient pour moi. Je suis effrayée en voyant à quel point on néglige et on dissipe les grâces que l'Eglise offre aux hommes si abondamment, mais dont ils tiennent si peu de compte, tandis que les pauvres âmes aspirent ardemment à ces grâces et languissent de désir. »
6. Dès sa première enfance, aussi loin que remontaient ses souvenirs , Anne Catherine avait toujours prié Dieu de la préserver de tout péché, de la traiter en père aimant comme une faible et naïve enfant, de lui bire en tout et partout connaître et accomplir sa très-sainte volonté. Dieu dans sa miséricorde avait exaucé cette prière : il avait fait accompagner pas à pas, protéger et éclairer par son ange cette enfant docile et pleine de bonne volonté dans son
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long Toyage à travers une vie de travaux, de combats et de souffrances ; il lui avait fait enseigner comment elle devait régler sa conduite, suivant les occurrences de chaque jour, pour affronter les dangers, supporter les souffrances et soutenir les combats. L'ange montrait tout d'avance à Anne Catherine en visions ou sous forme de tableaux symboliques, de peur que, surprise sans préparation par le changement incessant et souvent subit des circonstances, elle ne se rendit coupable de quelque action ou omission dont sa conscience pût être blessée. L'ange la préparait par des visions symboliques à des souffrances prochaines ou éloignées, afin qu'elle demandât la force de les prendre sur elle : tout événement de quelque importance, toute rencontre avec les personnes, tout accident f&cheux qui devait arriver soit à elle-même, soit à ceux qui lui touchaient de près, lui était tantôt montré d'avance d'une manière cidre et complète, tantôt seulement indiqué, et elle devait se comporter en conséquence. Elle recevait des avertissements précis sur la manière dont elle devait se comporter envers les personnes avec lesquelles elle entrait en rapport ; elle savait si elle devait frayer avec elles ou s*en tenir à distance. Si les circonstances le demandaient. Fange lui prescrivait jusqu'aux termes dans lesquels eUe devait s'exprimer.
La sollicitude du conducteur céleste s'étendait à tous les objets, à tous les travaux, à toutes les affaires dont Anne Catherine devait s'occuper. Elle devait vivre dans deux mondes, le monde extérieur et sensible, et le monde invisible, inaccessible aux sens : il lui fallait agir incessamment dans tous les deux et au profit de tous les deux. La tâche immense qu'elle avait reçue de Dieu portait avec elle que, dans l'ordre extérieur de la vie commune, Anne Catherine fit et accomplit parfaitement tout ce que deman* daient d'elle son état et sa vocation ; bien plus, qu'elle l'ac-
oompllt au mOieu de fatigues et de souffrances qui à elles seules suffisaient à remplir toute une vie. Mais à cela venait s'ajouter l'action à exercer dans les visions, action en vue de laquelle tout ce qui intéressait en tous lieux TEglise universelle lui était manifesté. Alors, toutes les souffrances et les oppressions de la chrétienté, tous les dangers que courait la foi et les blessures qui lui étaient portées, toutes les entreprises sacrilèges contre les biens ecclésiastiques, toutes les profanations des choses saintes lui étaient mises devant les yeux, et la t&che qui en résultait pour elle l'absorbait parfois si longtemps de suite que des jours et des semaines se passaient sans qu'elle pût revenir, avec l'usage de ses sens extérieurs et de ses facultés intellectuelles, dans ce monde visible qui l'entourait, mais qui lui devenait toujours plus étranger, répondre à ses exigences et satisfaire aux devoirs que lui imposait la vie de chaque jour. Gomment aurait-elle pu suffire à tout, comment môme aurait-elle pu être supportée par ceux qui vivaient avec elle, si la conduite de l'ange n'eût ménagé et protégé cette double vie, n'eût suppléé à l'activité extérieure par une intervention secourable qui portait avec elle la bénédiction, et n'eût maintenu dans un accord imperturbable cette double opération dont les actes étaient souvent séparés par une distance infinie ?
7. Tant qu'Anne Catherine n'eut point part à la direction spirituelle qui se donne par les prêtres de l'Eglise, l'ange fat le seul guide dont les avertissements réglassent sa vie. Mais lorsqu'elle en vint à s'approcher des sacrements et par suite à se mettre sous la conduite d'un confesseur, le respect et la soumission qui lui étaient habituels envers l'ange devinrent la règle de ses rapports avec le prêtre : elle fut en cela d'autant plus soigneuse et plus scru* puleusc qu'elle remarqua que l'ange lui-même subordon-
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nait sa direction à celle du prêtre. Il semblait que Tange n'intervînt plus qu'en qualité de protecteur et de gardien de sa pupille, de trésorier et d'ordonnateur des grftces et des dons extraordinaires qui étaient accordés à celle-ci pour le bien des fidèles, tandis que l'Bglise, par rintermédiaire de son sacerdoce, avait à prendre la conduite spirituelle d'une &me qui devait arriver à son but final par les moyens de salut et les voies accessibles à tous et selon l'ordre établi pour tous dans l'Eglise de Dieu. Les dons singuliers de la gr&ce, que nous verrons se déployer avec la plus riche variété chez Anne Catherine, n'étaient pas le but de sa vie, mais seulement des moyens d'accomplir sa mission de souffrance expiatoire pour l'Eglise : c''est pourquoi aussi ces dons ne devaient pas plus être soustraits au jugement et à la décision de TEglise que la vie intérieure d'Anne Catherine ellemême. Nous constaterons avec surprise le pouvoir immense que le sacerdoce possédait sur Anne Catherine et sur tous ses dons, et nous verrons que l'ange luimême paraissait être aux ordres et sous la puissance de TEglise. Car c'était lui qui portait à Anne Catherine l'appel du confesseur ou des supérieurs ecclésiastiques quand eUe était entièrement séparée du monde extérieur et ravie en esprit dans d'autres sphères, si bien qu'étant absolument inaccessible à toute impression naturelle, paraissant paralysée et sans vie, elle revenait à l'instant à la vie naturelle et à l'état de veille quand l'ordre du prêtre l'y rappelait.
« Quand je suis, disait-elle une fois, introduite dans une vision, absorbée dans une contemplation ou livrée à un travail spirituel qui m'a été confié, je suis souvent tout d'un coup rappelée irrésistiblement dans ce monde ténébreux par une force lointaine, vénérable et sainte. J'entends le mot c obéissance; » cela sonne douloureusement.
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mais pourtant Tobéissance est la racine vivante d'où est sorti tout l'arbre de la contemplation. » Toutefois l'appel du confesseur n'aurait pas pénétré si profondément, s'iln'eût été porté par l'ange auquel la pratique de l'obéissance paraissait plus méritoire pour Anne Catherine que la contemplation. Aussi il ne tardait jamais à la ramener sur la terre, quoiqu'un ordre si subit et si pressant dût pénétrer comme le dard d'une flèche acérée dans son &me livrée à un profond et paisible recueillement.
Nous rencontrerons dans la suite de cette histoire plusieurs cas où la direction du prêtre, en tant qu'homme fiùble et borné, se trouve en contradiction avec celle de l'ange : mais jamais nous ne verrons la moindre in traction à l'ordre établi de Dieu pour protéger la foi et la conserver pure, ordre selon lequel nulle mission, nulle vocation, nul don, nul privilège, ne doivent exempter de la soumission à l'autorité et au jugement des supérieurs ecclésiastiques. Aucune faveur céleste, aucune distinction spirituelle, aucun degré de sainteté ne surpasse en dignité intrinsèque et en grandeur le caractère sacerdotal; et il n'existe entre Dieu,cbef invisible de l'Eglise, et les fidèles d'autre médiateur visible que le sacerdoce. C'est pourquoi les gr&ces, les secours, les trésors de miséricorde que Dieu offre à l'Eglise dans les mérites et les dons extraordinaires de ses favoris choisis, doivent être contrôlés par les prêtres, reçus en dépôt par eux et transmis ensuite au reste des fidèles. Il en fut ainsi pour Anne Catherine. Du côté de son ange, rien ne fut omis pour préparer en elle une source de bénédiction pour l'Eglise : mais cette bénédiction devait se répandre dans l'Eglise par l'intermédiaire du pouvoir sacerdotal, et c'est pourquoi l'abondance plus ou moins grande des firuits qu'elle devait produire dépendait aussi de l'usage qui serait iait de ce pouvoir.
ANNK CATBBRINS EST APPELÉS PAR DIEU A L'ÉTAT RELIGIEUX, ET ELLE Y EST PRÉPARÉE PAR UNE DIRECTION PARTICULIÈRE
1. Le désir de Yme pour Dieu seul allait toujours croissant dans le cœur de cette enfant si merveilleusement conduite : aussi songeait-elle sans cesse au genre de vie qui pourrait le plus sûrement lui faire atteindre ce but. Longtemps Anne Catherine pensa à quitter secrètement la maison paternelle pour trouver dans quelque contrée lointaine un lieu où elle pût rester inconnue et mener une vie pénitente. En dehors de Dieu, ses parents et ses frères et sœurs étaient les seuls objets auquel elle fût attachée par une tendre affection : c'est pourquoi sa fidélité à Dieu lui paraissait imparfaite si eue restait plus longtemps dans sa patrie. Il lui fut impossible d'exécuter ce projet, mais son désir d'une vie cachée et contemplative en devint d'autant plus ardent, et elle avait toujours cette vie devant les yeux comme l'objet unique et suprême de tous ses vœux. Elle avait un tel attrait pour les personnes vouées à la vie religieuse, que, comme elle l'avouait souvent plus tard, elle n'était pas maîtresse de son émotion, même à la simple vue de l'habit d'un ordre sévère : mais elle osait à peine penser qu'elle pût jamais avoir le bonheur de porter un jour un pareil habit.
Dieu avait mis cette aspiration dans son &me et il daigna être son guide pour la conduire à ce but si désiré. Cette direction qui lui fut do nnée,si l'on considère son caractère intrinsèque ainsi que les circonstances extérieures et l'ensemble de la situation où l'Église se trou-
vait alors, est un fait singulièrement remarquable. Notre œil débile peut y reconnaître les voies mystérieuses par lesquelles Dieu vient en aide aux besoins et aux tribulations de son Église : et il y a là une preuve consolante et encourageante que les miracles de sa toute-puissance et de sa sagesse ne font point défaut à l'Église, même quand rinfidélité, la défection et la trahison d'une quantité innombrable de ses membres s'unissent pour la détruire aux efforts de ses ennemis. Lorsqu'Anne Catherine fut appelée à l'état religieux et pourvue par la grftce divine de moyens qui la rendaient capable d'exercer une action de Tordre le plus élevé, on allait voir ou Ton voyait déjà s'accomplir des événements qui devaient ravager de telle, sorte la vigne de l'Église que la pieuse vierge ne pouvait pas, comme avait foit, par exemple, sainte Colette, travailler à la restauration de la discipline religieuse ou à l'établissement de nouvelles communautés, mais qu'il ne lui restait que la tâche, peut-être plus pénible encore, de servir Dieu en qualité d'instrument d'expiation, comme l'avait été Lidvirine de Schiedam dans un temps également désastreux, de satisfaire pour des péchés qui lui étaient étrangers et de prendre sur elle les souffrances et les blessures du corps de l'Église pour enpréparer la guérison.
2. Dieu donna à cette enfant une direction en rapport avec cette immense t&che de souffrances embrassant toute l'Église, par cela même qu'il daigna, semblable à un prétendant, recherliher Anne Catherine comme sa fiancée, et dans cette recherche la préparer au plus haut degréde perfection spirituelle. L'Église considère toute âme qui fait les trois vœux de religion comme contractant par là avec Dieu des fiançailles spirituelles; mais la vocation extraordinaire qui échut à Anne Catherine, la somme de dons inaccoutumés dont elle fut gratifiée , et la fidélité
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toute particulière avec laquelle elle en devait user sont une preuve que sa qualité de fiancée devait être une prérogative tout à fait unique et qu'elle était choisie pour réparer envers le fiancé de l'iîglise les outrages que lui Msaient dlnnombrables infidélités. La divine libéralité de Dieu tient toujours en réserve pour les enfimts de l'Eglise une surabondance de dons spirituels : mais quand ils sont repoussés , mal employés ou dédaignés, sa justice les retirerait nécessairement à l'Ëglise, si, dans son infinie miséricorde, il ne se préparait pas, comme des vases d'élection, de saintes ftmes dans lesquelles il puisse recueillir les trésors méprisés de sa grâce et les conserver à l'Église pour un t^ptips meilleur. Or la bonté de Dieu veut faire de cette conservation un mérite pour ses fidèles serviteurs; c'est pourquoi il les rend aptes à conquérir par une mesure proportionnée de fatigues, de luttes et de soufirances, ces trésors plus que suffisants pour acquitter la dette contractée par la légèreté, la paresse, l'infidélité et la malice d'autrui. A aucune époque ces instruments choisis des miséricordes de son chef invisible ne font défaut à l'Église et ils lui sont d'autant pins nécessaires que ceux qui ont pour mission d'être les médiateurs entre Dieu et son peuple, ceux qui sont revêtus du sacerdoce sufiBsent moins à leur t&che et ont moins de zèle pour l'honneur de sa maison. Jamais TÉglise n'avait été si profondément abaissée, jamais le fléau de l'incrédulité n'avait produit des ravages aussi universels, jamais les ennemis de la foi et leurs efforts pour Tanéantir n'avaient trouvé si peu de résistance qu'au temps où Dieu choisit Anne Catherine pour sa fiancée. Pauvre fiûble enfant qu'elle était, il lui follait livrer bataille aux puissances ennemies : mais Dieu lui avait mis en main les armes avec lesquelles lui-même, dans sa très-sainte humanité, avait vaincu l'enfer, et il la formait peu à peu à
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cette manière de combattre qui rend la victoire certaine. C'est pourquoi nous la verrons conduite par lui sur des voies qui ne sont pas celles de la prudence humaine , de la prévoyance et des calculs humains, mais qui sont tracées par les décrets de son impénétrable sagesse. Plus Anne Catherine était fortifiée spirituellement par cette direction, plus s'étendait la sphère de son action bienfaisante, jusqu'au moment où nous la voyons enfin embrasser toutes leâ parties et tous les rangs de l'Ëglise.
3. Ce fut dans sa cinquième ou sixième année qu'elle reçut de Dieu son premier appel à l'état religieux. Voici ce qu'elle a dit à ce sujet :
c J'étais encore une très-petite fille et je gardais les vaches, ce qui était pour moi une tâche pénible et fatigante. Un jour que leflésir me vint, comme cela m'arrivait souvent, de quitter la maison et les vaches et d*aller servir Dieu dans une solitude où personne ne me connaîtrait, j'eus une vision dans laquelle il me semblaque j'allais à Jérusalem. Là il vint à moi une religieuse en qui j'appris plus tard à reconnaître sainte Jeanne de Valois : elle avait l'air très-grave et près d'elle était un petit garçon de ma taille qui était merveilleusement beau. Elle ne le conduisait pas par la main : je sus ainsi que ce n'était pas son fils. Elle me demanda ce que j'avais et, quand je lui eus raconté ce qui me préoccupait, elle me consola et me dit : c Sois sans inquiétude ! regarde cet enfant I veux-tu de lui pour fiancé? » Je lui répondis que oui ; sur quoi elle me dit de rester en paix et d'attendre que l'enfant vint à moi, m'assurant que je serais religieuse. Cela me paraissait une chose impossible ; mais elle me dit que j'entrerais certainement au couvent parce que rien n'était impossible à mon fiancé. J*y comptai alors avec une pleine assurance. Quand je revins à moi, je ramenai tranquillement les
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Taches à la maison. Peas cette vision en plein midi. Ces sortes de visions ne me troublaient pas : je croyais que tout le monde avait des relations et recevait des avertissements de ce genre. Je n'ai jamais pensé à une différence entre les visions et le commerce réel avec les humains. »
4. Quelque temps après survint un autre incident qui encouragea Anne Catherine à &ire le vœu de se rendre à l'invitation du fiancé divin, c'est-à-dire d'entrer en religion, quand elle serait plus avancée en âge. Elle le raconta ainsi :
< Mon père avait fait vœu de donner tous les ans un veau gras au couvent des Ânnonciades de Goesfeld. Lorsqu'il 7 portait le veau, il avait coutume de me prendre avec lui. Quand nous étions arrivés au couvent, les nonnes badinaient avec moi comme on fait avec un en&nt. Elles me mettaient dans le tour et tantôt me faisaient tourner vers elles dans l'intérieur du couvent, pour me faire quelque cadeau, tantôt me faisaient tourner du côté extérieur, puis me demandaient en plaisantant si je ne voulais pas rester avec elles. Je répondais toujours que oui et je ne voulais pas m'en aller. Alors elles disaient : « la prochaine fois nous te garderons. » Toute petite que j*étais, je pris pourtant en affection ce couvent où la r^le était encore bien observée. Quand j'entendais les cloches de son église , je priais avec la pensée d'unir mes prières à celles des pieuses recluses et je me trouvais ainsi en rapport intime et vivant avec le couvent des Annonciades.
€ Une fois, par une chaude journée d'été, vers deux heures après midi, j'étais près du troupeau de vaches. Le del était noir, un orage allait éclater, il tonnait déjà. Les vaches étaient très-inquiétées par la chaleur et les mouches et j'étais dans un grand embarras pour savoir comment je viendrais à bout du troupeau. Il y avait environ quarante
Taches qui ne dafànaient pas peu de souci à une fiiible en&nt comme moi, quand elles couraient dans le l>ocage. Elles appartenaient à tout le hameau : autant un habitant du hameau possédait de vaches, autant de jours il devait garder le troupeau. Quand j*en étais chargée, j'étais toujours en prière et en contemplation : je voyageais à Jérusalem et à Bethléem et j'y étais plus connue qu'à la maison. Le jour dont je parle, quand l'orage éclata, je me retirai derrière un monticule de sable où croissaient des buissons de genévriers et je pus me mettre à l'abri. Je priai et j'eus une vision. Ilvint à moi une religieuse ftgée portant l'habit des Annonciades qui s'entretint avec moi. Elle me dit que ce n'était pas honorer véritablement la mère de Dieu que de se borner à parer et à promener ses images ou à lui adresser toute espèce de pieux discours; qu'il fallait imiter ses vertus, son humilité, sa charité et sa pureté. Elle me dit aussi que dans le danger et dans l'orage, il n'y avait pas de meilleur abri que de se réfugier par la prière dans les plaies de Jésus ; qu'elle avait toujours eu pour ces plaies sacrées une vénération profonde et qu'elle avait eu la grftce d'en recevoir l'empreinte douloureuse, mais que jamais personne ne l'avait su. Elle me raconta qu'elle portait toujours en secret sur la poitrine un cilice de crin avec cinq clous et une chaîne autour des reins, et qu'il lui avait toujours fallu tenir cachées ses pratiques de piété. Elle parla aussi de sa dévotion particulière envers l'Annonciation de la Sainte Vierge et me dit qu'il lui avait été révélé que Marie, dès sa plus tendre enfiuice, avait ardemment soupiré après la venue du Messie; elle désirait seulement devenir la servante de la mère du SeigneuF. Elle me raconta encore comment elle avait vu la salutation de l'archange et je lui dis de mon côté comment je l'avais vue : nous devînmes ainsi très-bonnes amies.
< Il était environ quatre heures quand je revins à moi.
La cloche des Annonciades sonnait la prière : l'orage était passé et je trouvai mon troupeau paisiblement rassemblé : je n'avais pas été mouillée du tout. C'est alors que je fis pour la première fois le vœu de me &ire religieuse. Je désirais au commencement entrer chez les Annonciades, mais je réfléchis bientôt qu'il valait mieux être tout à &it éloignée de ma IkmiUe. Je gardai le silence sur cette résolution. Dans la suite, je sus intérieurement que l'amie avec laquelle je m'étais entretenue était sainte Jeanne; je sus aussi qu'on l'avait forcée à se marier. Je la vis encore souvent dans la suite, spécialement dans mes voyages en vision à Jérusalem et à Bethléem : elle m'y accompagnait comme firent plus tard les bienheureuses Françoise et Louise. »
A dater de ce moment, Anne Catherine fut fermement et irrévocablement résolue à entrer dans un couvent. Elle n'y voyait encore aucune possibilité humaine, elle ne pouvait pas non plus imaginer où elle pourrait s'adresser pour être admise, quand le temps serait venu : mais, pénétrée de son vœu comme elle l'était, elle espérait avec une confiance inébranlable que Dieu accomplirait en elle ce qu'il avait commencé en se faisant son guide. C'est pourquoi ses efforts tendaient toujours de plus en plus à mener la vie d'une religieuse, selon l'idée qu'elle en avait et autant que les circonstances le permettaient. Ses parents et ceux qui avaient autorité sur elle étaient pour elle comme des supérieurs ecclésiastiques auxquels elle obéissait de la manière la plus ponctuelle, et quant à ce que peut prescrire la règle d'un couvent en fait de mortification , de renoncement à soi-même et de vie retirée, elle l'observait, à l'aide d'avertissements intérieurs, aussi parfoitement qu'elle le pouvait.
5. Une de ses compagnes de jeunesse, Elisabeth Wol- 1ers, née Weermann, déposa ce qui suit devant l'autorité ecclésiastique, le 4 avril 4813 :
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' c Je connais Anne Catherine Emmerich depuis son enfance; nous avons grandi ensemble et nous habitions sous le même toit. Elle était sévèrement tenue par ses parents, mais pourtant sans dureté. Elle avait un très-bon naturel. Tout ce que je sais, c*est qu'elle avait beaucoup d'affection pour ses parents et ses frères et sœurs. Elle était toujours sage et réservée. Déjà, étant en&nt, elle voulait devenir nonne. Dès son plus jeune Age, elle avait de Fattrait pour Téglise et pour la. dévotion , mais elle n*aimait pas les compagnies et les divertissements. Elle les quittait ordinairement pour s'en aller à l'église. Elle était trèsrecueillie, très-réservée, sobre de paroles, très-active et très-travailleuse. Elle était polie et avenante pour tout le monde en sorte qu'on lui fiûsait des cadeaux à cause de sa gentillesse. Elle avait aussi très-bon cœur; elle avait bien quelquefois des vivacités, mais cela lui faisait de la peine tout de suite après. Elle n'était pas recherchée dans ses vêtements, mais seulement convenable et propre. »
6. Dans la douzième année de son &ge, elle entra comme fille de service dans la Emilie d'un paysan de ses parents, qui s'appelait aussi Emmerich. La femme de celui-ci, Elisabeth, née Messig, déposa le 8 avril 1813 :
< Lorsqu'Anne Catherine avait douze ou treize ans, elle habitait ma maison et gardait les vaches. Elle était polie et bienveillante pour toutes les personnes de la maison, et je n'ai jamais rien trouvé à reprendre chez elle. Nos rapports ont toujours été très-amicaux. Elle n'allait jamais à une réunion de plaisir; elle aimait mieux aller à l'église, car elle était très-pieuse, très-active, très-sincère et fort recueillie en elle-même. Elle parlait bien de tous et disait toujours qu'elle ne voulait pas avoir de bien-être dans ce monde : elle portait au lieu de chemise, une robe de laine
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grossière. Elle avait très-bon cœur, jeûnait beaucoup et disait pour s'excuser qu'elle n'avait pas d'appétit. Quand je lui conseillai de renoncer à son projet de se faire nonne, parce qu'il fendrait y sacrifier tout ce qu'elle avait, elle me répondit : « Ne me parlez pas ainsi, autrement nous ne serons plus amies. Je dois fiiire cela et je le ferai. »
7. Dès ses premières années, Anne Catherine avait eu des relations fréquentes dans cette maison de paysans aisés : ses parents le voulaient ainsi, dans l'espoir que leur enfont deviendrait peu à peu moins silencieuse et moins recueillie si elle voyait plus souvent d'autres personnes. Ils ne pouvaient s'expliquer un détachement si précoce de toutes les choses du monde chez cette enfont dont la vie était en Dieu; d'autant moins qu'ils avaient tous les jours de nouvelles preuves de la vivacité de son esprit, de son habileté et de sa capacité et qu'ils craignaient que cette vie si retirée ne nuisit plus tard à son établissement dans le monde. Mais plus on envoyait Anne Catherine chez d'autres personnes, plus le détachement et l'éloignement du monde et de ses relations croissaient en elle. Elle était toujours à l'état de contemplation qui pourtant ne l'empêchait pas de faire aussi bien que possible ce qu'elle avait à faire. Quand elle travaillait aux champs avec les siens, elle disait quelques mots, sans sortir de ses visions, lorsque la conversation avait trait aux choses de Dieu : mais le plus souvent elle gardait le silence, et le travail dont elle était chargée, si pénible qu'il fût, se faisait avec promptitude, sans secousse et sans dérangement. Si on l'interpellait soudainement , il ar* rivait souvent qu'elle n'entendait pas ou que, semblant s'éveiller d'un songe, elle faisait une réponse qui n'avait pas de rapport à la question. Elle regardait alors le questionneur avec des yeux dont l'expression faisait deviner.
même à ces gens simples, qu'ils n'étaient pas tournés vers les objets extérieurs : cependant sa cordialité touchante et son humeur serviable réussissaient promptement à prévenir les conséquences ultérieures d'une impression si étrange.
8. Après qu'elle eut passé trois ans dans la maison d'Emfnerich, on la plaça chez une couturière parce que sa faiblesse physique fit penser à sa mère qu'une occupa* tion de cette nature serait plus propre à lui assurer un jour une existence convenable dans le monde. Avant que ce plan fût mis à exécution, elle revint passer quelque temps encore dans la maison paternelle pour aider aux travaux des champs. A cette période se rattache un incident qui donna occasion à Anne Catherine de déclarer à ses parents qu'elle était fermement et irrévocablement résolue à entrer au couvent. Elle travaillait aux champs, une après-midi, avec ses parents et ses frères et sœurs. Il était environ trois heures lorsque la cloche du couvent des Annonciades de Goesfeld sonna les Vêpres. Souvent déjà elle avait entendu la cloche par un vent favorable ; mais cette fois ce son la remplit d'un désir si extraordinaire d'entrer au couvent qu'elle fut au moment de tomber en faiblesse. C'était comme si une voix lui eût crié : « Va au couvent, il le faut quoi qu'il en advienne ! » Elle ne put continuer son travail et il fallut la ramener à la maison .
« A dater de ce moment, raconta-t-elle, je commençai à être malade, je vomissais souvent et j'étais très-triste. Comme j'allais de côté et d'autre, languissante et soucieuse, ma mère me demanda ce que j'avais et ce qui me rendait si sérieuse. Je lui d<^clarai nettement que je voulais aller au couvent. Elle fut très-mécontente et me demanda comment je voulais entrer dans un couvent, ne possédant rien et étant d'une mauvaise santé. Elle se plaignit aussi
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à mon père et ils firent Fun et l'autre tout leur possible pour me dissuader de la pensée du couvent. Ils me représentèrent la vie qu'on y menait comme devant être trèspénible pour moi, car j*y serais méprisée en ma qualité de paysanne et à cause de ma pauvreté. Mais je répondis : « Si je n'ai rien , Dieu n'en est pas moins riche pour cela, n fera réussir la chose. > Le refus de mes parents m'alla tel* lement au cœur que j'en devins plus malade et qu'il me fiillut garder le lit.
« Pendant cette maladie, un jour, à midi, comme le so* leil donnait dans ma chambrette par la petite fenêtre, je vis un saint homme s'approcher de mon lit avec deux religieuses qui étaient éblouissantes de lumière. Elles me donnèrent un gros livre semblable à un livre de messe et me dirent : « Si tu peux étudier ce que contient ce livre, tu sauras ce qui convient à une religieuse. » Je répondis que je voulais le lire dès à présent et je pris le livre sur mes genoux. U était en latin, mais je compris tout et j'y lus avec beaucoup d'attention. Ils me laissèrent le livre et disparurent. Les feuillets de ce livre étaient en parchemin et écrits en lettres rouges et dorées. Il s'y trouvait aussi des images de saints de l'ancien temps. Il avait une reliure jaune, mais pas de fermoirs. J'avais ce livre avec moi quand j'entrai au couvent et j'y lisais avec ardeur. Quand j'en avais lu une partie, il m'était toujours retiré. Je l'avais un jour sur ma table, quand plusieurs religieuses entrèrent chez moi et voulurent le prendre, mais il leur fut impossible de Tôter de sa place. Plus d'une fois il me fut dit : « Tu as maintenant tant et tant de feuillets à lire encore. » Je vis ce livre dans les dernières années, lorsque je fiis ravie en esprit à un endroit qui se rapporte à la prophétie et aux écrits d'anciens prophètes : il me fut montré là parmi beaucoup d'autres livres prophétiques de tous les lieux et de tous les temps, comme étant la part
que j'aurais dans ces trésors. D'autres présents que j'avais reçus en diverses occasions pour me consoler et m'aider et que j'avais eus longtemps en ma possession me furent montrés comme conservés là. Maintenant (90 décembre 1819) je n*ai plus que cinq feuillets à lire, mais il me fiuit pour cela du repos afin que je puisse en laisser après moi le contenu. »
9. Ce livre mystérieux n'était donc pas un pur symbole, mais un écrit réel, ayant la forme d'un volume et contenant des choses prophétiques. Il provenait, comme il sera rapporté en son lieu, du trésor des saints écrits qui sont conservés sur ce qu'Anne Catherine appelle la montagne des prophètes et transmis par des voies extraordinaires à des personnes que l'infusion de la lumière prophétique a rendues capables de comprendre ce qui s'y trouve. Ce livre traitait de l'essence et de la signification de l'état religieux, de sa place dans l'église et de sa mission dans tous les temps, en sorte que toute personne à laquelle il était donné d'en prendre connaissance pouvait y apprendre de quel bien elle devait être rinstrumentpour l'EgUsede son temps. La lecture qu'y fidsait Anne Catherine donnait lieu pour elle à des visions où ce qu'il contenait se développait sous ses yeux dans une série de tableaux. Même quand il lui arrivait de réciter un psaume, le Magnificat, le Bene-dictus, le premier chapitre de l'Evangile de saint Jean, une prière de la liturgie catholique ou les litanies de la sainte Vierge, les mots s'ouvraient, pour ainsi dire, comme des enveloppes où la graine est renfermée et les contemplations les plus variées touchant leur contenu historique et leur sens le plus profond venaient se présenter à elle : il en était de même pour ce livre. Elle y voyait comme but et objet principal de l'état religieux le mariage avec le fiancé céleste, mais dans ce tableau général elle
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apercevait distinctement sa propre participation à cette tAche, ainsi que les voies et les moyens, les empêchements et les encouragements, les travaux, les peines, les mortilications, les victoires sur elle-même qui devaient l'aider à l'accomplir; et cela, non-seulement en ce qui se rapportait à sa sanctification personnelle, mais aussi en ce qui touchait la situation et les besoins de TÉglise ellemême. Car Anne Catherine ne devait pas recevoir la grkce de la vocation uniquement pour elle et pour sa propre perfection, mais le Père céleste Tavait destinée à être un instrument au moyen duquel il voulait sauver cette gr&ce avec tous les dons et les efiets qui s'y rattachent et la conserver à l'Église, dans un temps de défection universelle où la Yigne du Seigneur était livrée à la dévastation. C'est pourquoi tout ce qu'Anne Catherine apprenait dans le livre de prophétie et tout ce qu'elle pratiquait d'après ses indications avait toujours le caractère de substitution, d'expiation et de satisfaction pour les fautes et les manquements d'autrui ; et tous les travaux qu'elle avait à accomplir en vision se &isaient plus pour d'autres que pour elle-même. Ils étaient une plantation, une récolte, une préparation, une conquête, un combat, une réparation dont le fruit et le profit étaient destinés à toute l'église par le fiancé céleste.
iO. Plus Anne Catherine pénétrait profondément dans ce livre, plus ses contemplations devenaient riches et plus elles devenaient la règle de toute sa vie intérieure et extérieure. Elle percevait l'accord de tous ces tableaux, soit entre eux, soit avec toute la mission de sa vie : elle voyait clairement qu'ils embrassaient dans leur ensemble, l'histoire d'une fiancée engagée au fiancé céleste, qui soupire après lui, tend vers lui, qui doit préparer laborieusement pour lui tout ce qu'il faut pour se mettre en ménage, mais qui est incessamment retardée
et dérangée par des choses qui manquent, par d'autres qui se perdent ou se détruisent, par des travaux faits en sens contraire. De temps en temps une série des événements de sa vie dans un avenir prochain lui était montrée d'avance dans des tableaux symboliques qui ne manquaient jamais de se réaliser : même tous les empêchements qui provenaient de ses propres péchés, de sa tiédeur, de ses omissions, de sa trop grande condescendance pour autrui se montraient ]à comme des avertissements. Mais tout cela ne lui était pas représenté de façon qu'elle n'eût qu'à suivre en aveugle ou qu'il ne dût pas lui en coûter des résolutions sérieuses , des combats et des efforts; car ces tableaux symboliques étaient comme une similitude, comme une parabole qui la fortifiait et l'éclairait, l'aidant à faire ce qui était convenable, à éviter ce qui ne l'était pas ou à parer à un danger, mais non comme une chose toute faite ou comme un présent pour lequel elle n'eût qu'à ouvrir la main. Ils lui montraient en outre, dans le détail les misères et les besoins divers qu'elle n'eût pu embrasser d'un coup d'œil mais pour lesquels elle avait à lutter et à prier, et ils lui indiquaient ce qu'elle avait à faire dans tel ou tel cas. Ces tableaux la consolaient aussi et, en lui faisant voir ses fautes, lui apprenaient comment elle pourrait les éviter ou les réparer.
11. Les travaux et les arrangements qui occupaient Anne Catherine en vision et qu'elle avait à mener à bien sans manquements et sans fautes se rapportaient à la préparation de la parure et du trésor nuptial d'une fiancée accordée avec le fils d'un roi. Ce qu'une mère soigneuse et intelligente ferait en pareil cas pour sa fille promise à un tel fiancé était préeisément ce qu'Anne Catherine devait foire en vision. Elle avait à mettre toutes choses en état par des travaux comme ceux qui se font pour la vie ordinaire
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et pour ses besoins, mais qui avaient ici une signification plus élevée et d'autres efièts. Ainsi elle devait préparer le champ, semer du lin, sarcler les mauvaises herbes, cueillir le lin, le rouir, le briser, l'affiner, le filer, le tisser et blanchir le linge destiné à la fiancée. Elle devait tailler, coudre, broder de la £Biçon la plus variée, suivant la signification spirituelle des diverses pièces d'habillement, lesquelles étaient en très-grand nombre et dont la confection exigeait de grandes Iktigues. Ces travaux en vision étaient les symboles de ses fatigues, de ses mortifications, de ses victoires sur elle-même dans la vie de chaque jour. Chaque coup d'aiguille pour la confection du vêtement nuptial était la piqûre d'une douleur supportée patiemment qui augmentait ses mérites et la rapprochait du but. Un acte de vertu imparfait, défectueux, se montrait dans la vision comme une couture ou une broderie mal réussie qu'il &Uait supprimer et refaire à nouveau. Toutes les impatiences, toutes les vivacités, tous les manquements, jusqu'au plus léger, étaient représentés par des défauts, des avaries et des taches qu'il fallait réparer ou effacer par un redoublement d'efforts et de fatigue. Tous ces travaux s'élevaient, variant suivant les années, depuis le plus simple vêtement jusqu'à la parure de fôte de la fiancée et à tout ce qui constituait un trousseau complet. Chaque pièce particulière devait être achetéejpar des sacrifices et soigneusement conservée jusqu'au moment du mariage. Il résultait de la t&che imposée à Anne Catherine que la vision relative aux fiançailles qui lui servait de guide devenait chaque jour plus étendue et plus variée parce que toutes les ch'constances et les influences de l'époque qui avaient trait à l'Église venaient s'y produire. Tout le monde laïque et ecclésiastique qui l'environnait venait s'y montrer, suscitant des obstacles ou apportant des encouragements : de même toutes les tentatives avortées , toutes les
démarches inutiles, toutes les prières non exaucées, tontes les attentes trompées lui étaient montrées d'avance dans des tableaux symboliques.
12. Les travaux qu'elle &isait en vision s'entremêlaient si simplement et si naturellement à sa vie extérieure qu'ils n'y apportaient jamais de trouble; bien plus, il n'existait pour elle aucune différence sensible à son esprit entre cette double action : toutes deux étaient une même chose parce que les mêmes vues et les mêmes pensées y présidaient et parce qu'elles étaient également dirigées vers le même but. Le travail en esprit passait avant le travail extérieur de chaque jour, semblable à la prière et aux bonnes résolutions par lesquelles un pieux chrétien commence son œuvre journalière, offrant toutes ses actions à Dieu pour sa gloire et pour Tacquisition de quelque vertu : et de même que celui-ci a coutume de renouveler son intention dans le courant de la journée pour se fortifier dans ses bonnes dispositions et ses bons propos, de même il pouvait arriver qu'Anne Catherine eût à faire un seul et même travail pour obéir à sa maîtresse ou à ses parents et pour suivre des instructions reçues dans sa vision. Elle s'expliqua ainsi une fois à ce sujet.
< Je de puis dire de quelle manière la contemplation de ces tableaux se liait à mes actions, mais c'était d'après elle que je faisais avec une grande ponctualité ou que j'évitais de &ire ce qui se présentait à moi dans le cours ordinaire de la vie. Cela a toujours été très-clair pour moi, quoique je n'eusse personne autour de moi qui eût pu comprendre mes explications à ce sujet. Je crois qu'il en arrive autant à toute personne qui, dès sa jeunesse, travaille avec zèle pour arriver à son but, la béatitude éternelle; seulement la manière dont Dieu daigne la diriger reste invisible pour elle. Une autre personne éclairée d'en haut pourrait s'en rendre compte d'après la marche des
D'aNNE CATHERliNB EMMKRICIl lit
choses comme je l'ai fiiit moi-même constamment en ce qui touchait les autres. Celui qui ne voit pas la direction divine agit pourtant d'après elle et il en recevra Finfluenoe bénie, tant qu'il obéira à toutes les impulsions, les aspirations et les avertissements que Dieu lui fait arriver par range gardien, par la prière, par le confesseur, par les supérieurs, par le sacerdoce de l'Eglise, aussi bien que par les événements et les circonstances de la vie journalière. De quelque côté que je portasse mes regards, la vie ordinaire ne me montrait que l'impossibilité d'entrer dans un couvent mais la vision «m'y conduisait toujours et sûrement, et je recevais intérieurement l'assurance que Dieu, qui peut tout, me conduirait au but. Et cela me donnait une ferme confiance. »
13. A peine Anne Catherine était-elle remise de sa maladie que sa mère la mit en apprentissage à Coesfeld, chez la maltresse couturière Elisabeth Krabbe, dite Notthof : elle espérait que ce nouveau genre de vie et le commerce plus fréquent avec toute sorte de personnes qui en résulterait la distrairait un peu et.la ferait revenir sur son projet d'entrer au couvent. Mais Dieu avait disposé que précisément ce court espace de moins de deux ans pendant lequel Anne Catherine fut en apprentissage serait le temps le plus tranquille de sa vie quant à l'extérieur. Elle n'eut pas besoin de commencer par apprendre à coudre ; car, de même que précédemment elle avait &it tout ce dont elle était chargée, soit aux champs, soit à la maison, sans sortir de la contemplation, de même maintenant sa main savait manier adroitement l'aiguille, pendant que son œil était dirigé vers de tout autres objets. Dieu lui donna une telle aptitude pour cette sorte de travaux qu'elle pouvait venir à bout des ouvrages les plus difficiles sans y appliquer son esprit. Ses mains seules
étaient actives et, comme conduites par l*ange, poursuivaient leur travail avec précision et sûreté quoique son œil, détourné des choses du monde extérieur, ne pût même plus y jeter un regard. Au commencement, Anne Catherine se mettait avec inquiétude à la table de travail parce qu*elle savait bien qu'elle ne pourrait résister à Finvasion des visions ni s*empêcher d'avoir l'esprit absent, et elle était très- tourmentée par la crainte d'at* tirer par là sur elle l'attention soupçonneuse de l'entourage. Mais elle pria Dieu de venir à son aide et [elle fut exaucée : l'ange lui mettait dans la bouche les paroles qu'il fidlait, chaque fois qu'on s'adressait soudainement à elle, en même temps qu'il veillait sur ses mains afin qu'elles ne laissassent pas tomber l'ouvrage. Anne Catherine alla bientôt si loin dans cette voie que, jusqu'à la fin de sa vie, elle put consacrer ses douloureuses nuits non-seulement à la prière et à un travail purement spirituel, mais aussi à foire des travaux de couture pour des enfonts pauvres, des malades et des femmes en couches, sans avoir besoin pour cela du secours de ses yeux ni d'une application particulière de son esprit.
14. n est focile de comprendre que pendant les rudes travaux des champs qu'il lui fallait faire précédemment, en y employant toutes ses forces, il avait été plus facile à Anne Catherine de résister à une profonde absorption dans la contemplation que maintenant où, assise tranquillement devant une table, elle avait à foire des choses qui n'exigeaient d'elle ni effort ni attention : aussi toute son âme était-elle attirée dans des contemplations qui la saisissaient plus profondément et plus puissamment que les scènes de l'histoire sainte, parce qu'elles avaient presque continuellement pour objet sa propre vie et la tftche qu'elle avait à remplir. Dieu lui montra quelles
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grandes choses il accomplit dans une &me qui est appelée à Fétat religieux conformément à ses décrets éternels. Il lui fit connaître toute la série de gr&ces et de directions dont a besoin la faible et inconstante créature humaine pour arriver au but sublime que Dieu lui a marqué, malgré ses manquements et ses infidélités sans nombre. Et elle admirait et louait, le cœur plein de reconnaissance, cette sollicitude et cette bonté si touchantes du Seigneur qui daigne ainsi prodiguer des dons d'une valeur inestimable aux âmes qu'il veut rendre capables de recevoir ses plus hautes faveurs. Plus son cœur aimant était pénétré de ces sentiments, plus sa douleur était grande à la vue de la triste situation de l'Ëglisedans laquelle il ne semblait plus possible que personne voulût désormais embrasser la vie religieuse avec ses saints vœux. Cette situation, ainsi que les persécutions et les dangers qui menaçaient encore la foi catholique, était montrée à' Anne Catherine, parce que Dieu voulait agréer ses prières, ses souffrances et ses sacrifices afin de conserver par là à l'Eglise ces dons qu'alors peu de chrétiens voulaient accepter et conserver fidèlement et que toutes les puissances ennemies, conjurées contre elle, voulaient anéantir. Il remuait son cœur par ces contemplations, afin qu'elle demandât pour elle-même avec un désir plus ardent la gr&ce de la vocation et s'offrît sans rel&che à souffrir toutes les peines qui pouvaient être une compensation pour l'ingratitude, le mépris et les outrages que cette grâce rencontrait maintenant partout.
15. Le Sauveur lui montra en outre ce qu'il avait Au. fiiire et souffrir pour conférer à son Eglise la parure de l'état religieux, comment il avait placé ce joyau .sous la garde et la tutelle spéciale de sa très-pure Mère, et comment, pour rehausser sa gloire dans TEglise, il lui avait remis le pouvoir de planter dans sa vigne les diverses fa- L- 8
milles religieuses et de les renouveler selon les besoins. Aussi, c'était à cette très-sainte Mère qu'Anne Catherine dans ses visions avait à présenter successivement chaque pièce de la parure nuptiale, pour corriger et améliorer, d'après ses avis, ce qui était défectueux. Si nous nous sou* venons que, dès sa quatrième année, Anne Catherine avait coutume de se flageller avec des orties quand elle voyait Dieu offensé par des enfants mal élevés, nous pourrons mesurer l'irrésistible puissance de l'amour qui lui faisait maintenant chercher à dédommager Dieu des injures de ses fiancées infidèles. Ce désir devenait plus ardent à mesure que lui était révélée plus clairement la haute dignité à laquelle est élevée une &me qui s'unit à Dieu par la profession des vœux de religion. Plus elle considérait avec admiration la perfection et le mérite que les vœux communiquent à toutes les actions, même les plus insignifiantes, d'une personne consacrée à l'état religieux, plus elle aspirait ardemment à cette &veur, dans l'espoir que par là elle pourrait honorer Dieu davantage et le servir plus parfaitement. Elle arriva à une conviction si assurée touchant l'incomparable efficacité des vœux de religion qu'elle ne croyait pas pouvoir se montrer assez reconnaissante envers Dieu, si elle ne lui offrait jusqu'à son dernier soupir une vie remplie de labeurs et de souffrances. C'est pourquoi son âme vaillante ne se laissait pas décourager, quand, pour le présent, elle ne voyait encore aucune possibilité humaine d'entrer dans un couvent et quand tous ceux devant lesquelles son désir se manifestait s'élevaient contre elle. Mais ses forces physiques n'étaient pas en état de supporter tout ce qu'elle éprouvait intérieurement*. Elles s'épuisèrent tout à fait, et Anne Catherine se montra si malade et si affaiblie qu'il fallut lui faire quitter son apprentissage.
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16. La maîtresse couturière déposa en ces termes, devant l'autorité ecclésiastique, le 14 avril 1813 :
« Tai connu Anne Catherine Emmerich quand elle avait douze ans et qu'elle habitait chez Zeller Emmerich, dans le district ruralde Flamske appartenant à la paroisse de Saint- Jacques de Goesfeld : ce fut de là qu'elle vint chez moi, à Tâge de quinze ans, pour y apprendre la couture. Elle n'y resta pas tout à fait deux ans, car elle tomba malade et, avant que sa guérison fût complète, elle alla à Goesfeld où elle resta.
c Tout le temps qu'elle demeura chez moi, eUe s'est toujours très-bien conduite : elle était très-laborieuse, toujours prête àfaire ce que je lui disais, sans jamais contredire. Elle ne parlait pas beaucoup et se montrait plutôt silencieuse et réservée. Elle n'était chez moi que les jours ouvriers : elle passait les dimanches et les jours de fête chez ses parents. Je n'ai rien trouvé à reprendre chez elle, si ce n'est qu'elle aimait à être bien habillée. »
Lorsqu'Overberg, le 31 avril 1813, demanda à Anne Catherine qui faisait avec lui son examen de conscience, s'il était vrai que dans sa jeunesse ellQ eût été recherchée dans son habillement, elle lui répondit :
c J'aimais toujours à être habillée convenablement et proprement; toutefois, ce n'était pas en vue des hommes, mais en vue de Dieu. Ma mère souvent ne pouvait satisfaire en cela mon désir ; alors j'allais près de l'eau ou devant un miroir pour m'arranger. S'habiller décemment et proprement est bon, même pour l'&me. Quand j'allais communier le matin, avant l'aube, je m'habillais avec autant de soin qu'en plein jour, car c'était pour Dieu et non pas pour le monde. »
ANNB CâTHCRIMB S&IOURirB TROIS ANS A OOBSTBLD, DBPUIS SA DU- SBPTlkMB jusqu'à SA VINOTlklIB AMNÉB
1. Jusqu'alors Dieu s'était servi de voies extraordinaires pour diriger Anne Catherine vers l'état religieux ; Dudntenant elle devait suivre la route ordinaire, c'est-à-dire apprendre à connaître et s'exercer à surmonter les obstacles et les dangers contre lesquels tous ceux qui sont appelés à la vie religieuse ont plus ou moins à lutter. Tant que son âme put rester occupée à contempler l'excellence et la dignité surnaturelle de l'état religieux, elle en était si vivement saisie que son désir n'avait d'égal que la douleur qu'elle ressentait en voyant la profonde décadence de ce saint état et les efforts du monde pour le détruire entièrement. Ses combats intérieurs consistaient proprement dans la peine qu'elle se donnait pour maîtriser son ardent désir et dans l'inquiétude avec laquelle elle se demandait comment elle triompherait par la patience et la confiance en Dieu de difficulté extérieures qui paraissaient insurmontables. Maintenant; Dieu voulait qu'Anne Catherine apprit par sa propre expérience quelle est la faiblesse d'une personne livrée uniquement à ses propres forces, et qu'elle rest&t fidèle, même quand le témoignage sensible de ses illuminations et de ses consolations extraordinaires lui ferait défiiut et quand les influences extérieures auraient pleine liberté de lui susciter des empêchements.