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pas bientôt la vie cachée, le repos, et avec eux le recnâllement accoutumé en Dieu. C'était pour cela qu'elle avait accédé de si bon cœur à la proposition faite par Rensiog de la foire surveiller pendant huit jours par des médecins, et qu'elle en attendait la mise à exécution avec un désir toujours croissant.
2. Le 9 mai, Overberg, envoyé par le vicaire général, vint pour la quatrième fois à Didmen afin de compléter, s'il y avait lieu, les observations recueillies par lui jusqu'alors.
« Je suis revenu, dit-il, sur différentes choses qu'elle m'avait racontées précédemment, afin de m'assurer si je les avais bien saisies et notées exactement ; à cette occasion elle me donna à entendre que l'examen détaillé de sa vie passée ne contribuait pas peu à ses souffrances parce qu'on pouvait penser qu'elle était quelque chose, tandis qu'ellemême savait mieux que personne ce qui en était. — Je lui trouvai l'air serein quoiqu'elle eût beaucoup souffert -et saigné abondamment la nuit précédente. »
Le second jour de son séjour, Overberg rapporte ce qui suit.
c Ce matiui j'ai trouvé de nouveau Anne Catherine trèsfaible. Elle avait, m'a dit sa sœur, passé la nuit dans l'angoisse et l'agitation. Quand elle commençait à sommeiller, elle était bientôt éveillée par la crainte qu'on n'entreprit de nouvelles enquêtes. Elle pleurait parce qu'elle avait peur de perdre la patience, si elle ne retrouvait pas du repos pour se recueillir de nouveau en Dieu. Elle disait que l'enquête lui avait fait presque entièrement perdre le recueillement. Je ne pus et ne voulus m'entretenir que trèspeu de temps avec elle, à cause de sa faiblesse : cependant elle confirma encore ce qu'elle avait déjà raconté. — Dans Taprès-uiidi, elle se trouva un peu mieux que le matin.
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Bile insiste eUe-mème pour qu'on la fasse surveiller pendant huit jours par des hommes dignes de foi et des médecins afin i{ue ces dérangements qui lui sont si pénibles et si préjudiciables puissent enfin arriver à leur terme. »
3. Lors du départ d'Overberg, Rensing et Wesener appuyèrent les prières d'Anne Catherine pour l'établissement d'une snrveiUance de huit jours.
« Elle m'a dit en pleurant, dit Wesener, avec quelle ardeur elle aspire à trouver enfin du repos. « Ah I me disaitelle, je ferais tout au monde pour rendre service à mon prochain. Je laisserais couper mon corps en morceaux et remettre tous ces morceaux ensemble pour sauver une seule Ame : mais il m'est vraiment impossible de me donner en spectacle à tous les curieux. Je crois pourtant que si on me donne des surveillants pendant huit jours, je ferai connaître mon état d'une manière aussi satisfiiisante que cela est possible. Ce n'est pas pour moi que je désire voir la vérité de la chose garantie, mais en cela j'ai surtout en vue mes amis, désirant qu'ils ne soient pas mal jugés et injuriés à cause de moi. »
4. Un jour après le départ d'Overberg, M. de Druflel arriva à Dulmen et il écrivit à propos de cette visite :
« Rien de nouveau ne s'est présenté à moi. L'impression produite par l'attitude extérieure et la physionomie de la malade est toujours la même : l'état des plaies, de la marque du côté et de la croix de la poitrine n'offraient aucun changement. »
5. Overberg était parti en promettant de faire consentir le ricaire général à la mesure proposée et de s'occuper ensuite de la fiiire exécuter promptement. Il réussit quant
au premier point, mais non quant au second. Le i8 mai il écriTait à Rensing :
« L*liomme propose et Dieu dispose. En Yoici une nouvelle preuve. Nous ne pouvons trouver aussitôt que nous le voudrions les personnes qui doivent surveiller notre bonne sœur Emmerich. Les médecins que Ton voudrait avoir pour cela ne seront pas libres avant les vacances de la Pentecôte, à cause des cours. On désire fort que la malade puisse être transportée aussitôt que possible dans une maison où elle soit commodément installée : veuillez la consoler de ce retard qui nous est aussi désagréable qu'à elle. Je vous prie de la saluer de ma part. »
Peu de jours après cette lettre arriva une couverture de peau que le bon Overberg avait Êdt faire pour Anne Catherine.
c Rrauthausen, écrivait-il en renvoyant, m*a dit dernièrement qu*il serait fort à désirer que notre malade eût une couverture de peau pour se coucher dessus parce que la peau rafraîchit et empêche ou diminue les écorchures qui se produisent quand on reste trop longtemps dans la même position. Aussi je me suis mis en quête d*une couverture de ce genre et j'ai été assez heureux pour en trouver une bonne en peau de chamois. Je Tavais chez moi depuis plusieurs jours, attendant une occasion. Pour ne pas retarder plus longtemps le soulagement que cette couverture pourra peut-être procurer à la malade, je l'envoie par un exprès payé d'avance. Vous aurez la bonté de veiller à ce qu'on la place sous la malade. »
6. Le nouveau retard de la mise en surveillance si désirée de tous fut plus plus pénible pour Anne Catherine que tout ce qu'elle avait eu à souffrir jusque-là, car elle voyait là l'assurance très-douloureuse que ses espérances et ses prières restaient vaines et que, pendant le reste de
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sa vie si pleine de souffrances, elle ne pourrait plus se dérober à la publicité, non plus qu'aux dérangements et aux peines qui en étaient la conséquence inévitable. On ne saurait lui en faire un reproche quand on songe que, comme une pauvre et faible créature, elle avait jusque-là cherché sa consolation dans Fespoir de voir bientôt finir l'enquête et les visites dont elle était l'occasion, et d'être rendue au repos et à la vie cachée, objets de ses plus ardents désirs. Avec ses amis spirituels, elle s'était hasardée à compter sur la fête de l'Ascension, comme sur le jour où elle recouvrerait les seuls biens dont elle eût besoin sur la terre, la solitude et la retraite; mais maintenant cette attente était déçue!
Ainsi elle avait souvent gémi, les derniers temps, en présence de l'abbé Lambert : « Je suis un instrument du Seigneur, disait-elle. Je sais peu de chose de ce qui se prépare pour moi. Je ne demande rien que du repos. »
Maintenant toutefois elle ne pouvait pas se dissimuler que ce repos ne lui serait plus jamais accordé sur la terre. Pour cela encore. Dieu exigeait de sa servante la plus complète, la plus sincère soumission : mais elle tomba dans un tel abattement que l'on craignit de lui voir perdre entièrement la force de résister plus longtemps à ses souffrances corporelles toujours croissantes.
c Elle s'est plainte à moi, dit le rapport de Rensing à la date du 17 mai, d'avoir ressenti la nuit passée des douleurs si vives qu'elle ne put pas s'empêcher de prier Dieu de les adoucir. Sa prière a été exaucée et elle s'est sentie assez forte pour souffrir patiemment. Elle a ajouté : « alors j'ai dit le Te Deum laudamus que j'ai enfin pu achever, après l'avoir commencé plusieurs fois sans pouvoir aller jusqu'au bout, interrompue comme je Tétais par la violence de mes souffrances. »
La nuit suivante fut encore tellement douloureuse
qu'Anne Catherine se plaignit à Rensing en ces termes : « J'ai souvent demandé à Dieu la souffrance et la douleur, mais maintenant j'ai la tentation de lui dire : Seigneur arrêtez- vous! pas davantage! pas davantage! Mes maux de tête étaient si forts que je craignais de perdre la patience. Cependant, à l'aube du jour, j'ai posé sur ma tête la particule de la vraie croix que m'a laissée M. Overberg, j'ai prié Dieu de m'assister et aussitôt j'ai senti du soulagement. Les douleurs del'ftme, les sécheresses, l'amertume, l'angoisse intérieure me tourmentaient encore plus que les souffrances corporelles : mais pourtant j'ai deux fois repris du calme et ressenti une douce consolation en recevant la sainte communion. >»
7. Comme l'entourage d'Anne Catherine ne tenaitaucun compte de ces vicissitudes intérieures et ne se répandait que trop souvent devant elle en plaintes sur ses espérances déçues, elle n'en ressentait que plus cruellement sa position et son dénuement de secours spirituels, et elle tomba dans une telle angoisse qu'elle paraissait pour ainsi dire avoir perdu toute sa sérénité et toute sa force d'âme. Ainsi, le 19 mai, Rensing la trouva dans un si grand état de faiblesse et d'affliction qu'il ne voulut avoir aucun entretien avec elle. Quand il revint le soir, il vit la croix de la ,poitrine rendre une telle quantité de sang que son vêtement en était traversé. Elle avait repris contenance et put lui raconter que le malin esprit, pendant la nuit précédente, avait profité de son abattement pour la troubler par des visions effrayantes :
« J'ai éprouvé, dit-elle, une terrible angoisse. Ma sœur était profondément endormie : la lampe brûlait et j*étais éveillée dans mon lit. Alors j'entendis un mouvement dans la chambre. Je regardai et j'aperçus une figure hideuse couverte de sales haillons qui s'approchait de moi lente-
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ment. Lorsqu'elle fat auprès de mon lit et ouvrit le rideau, je vis une affreuse femme qui me regardait en face» immobile et Tair menaçant. Plus elle axait longuement ses regards sur moi, plus elle me paraissait effrayante et horrible. Elle ayait une tête d'une grosseur énorme et se penchait sur moi, en ouvrant une bouche immense, comme si elle eût voulu me dévorer. Au commencement je n'étais pas très-effrayée : mais cela ne dura pas. Je me mis à prier, je prononçai avec confiance les saints noms de Jésus et de Marie ettout disparut. »
8. Le P. Umberg vint enfin en aide à Anne Catherine dans cet état de détresse spirituelle. Il lui fit une courte exhortation où il lui reprocha ses plaintes répétées avec un peu d'impatience sur ce qu'elle ne pouvait trouver aucun repos : il lui dit encore qu'elle devait attendre en paix ce qui serait décidé à son égard et méditer plus attentivement la prière de chaque jour : c Seigneur, que votre volonté soit faite ! » Le docteur Wesener était présent pendant cette exhortation et voici ce qu'il rapporte à ce sujet :
c Anne Catherine se soumit à l'instant de la meilleure grâce du monde et ne fit plus entendre de plaintes. M. Limberg m'expliqua ensuite qu'il croyait devoir la traiter avec cette sévérité parce qu'il savait par expérience que la moindre imperfection lui était très-préjudiciable. »
Le journal de Rensing s'exprime ainsi, à la date du jour suivant : « Je lui demandai si, pendant la nuit précédente, elle n'avait pas eu de vision ou d'apparition : « non, répdndit-elle, j'étais trop afQigée d'avoir montré tant d'impatience et de mécontentement sur ce qu'on troublait mon repos à cause de mes signes. Je devrais être comme l'argile dans la main du potier et ne pas avoir de volonté propre, garder le silence et supporter patiemment ce que
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le bon Dieu m'envoie. Mais cela m'est très-difficile parce que je pense plus à ma tranquillité d'&me qu'à la volonté de Dieu qui m'éprouve et sait par&itement ce qui m'est utile. > De même, devant Wesener, elle s'est accusée avec tristesse d'être tombée dans le péché par son impatience. Wesener dit qu'il s'est efforcé dé lui ôter cette idée, mais inutilement. »
9. Dieu récompensa cette humble obéissance par différentes consolations qui l'animèrent d'une nouvelle ferveur. Le vendredi 31 mai, Rensing la trouva très-afiaiblie, parce qu'elle avait beaucoup souffert et que ses plaies avaient rendu une grande abondance de sang, au point que son serre-tête et sa camisole en étaient devenus tout raides : mais elle avait repris sa sérénité accoutumée, car, au milieu de ses souffrances et notamment après la sainte communion, elle avait reçu de grandes consolations^
c Une chose m'a beaucoup réjouie, disait-elle. J'ai vu, après la sainte communion, deux anges qui portaient une belle couronne de fleurs. C'étaient des roses blanches avec de longues épines pointues qui me blessèrent quand je voulus détacher une rose. « Ahl pourquoi y a-t-il des épines! > me disais- je, et il me fut répondu : c Si tu veux avoir les roses, il fiiut aussi trouver bon que les épines te piquent, c J'aurai donc encore beaucoup à souffrir avant d'arriver à des joies qui soient sans mélange. »
10. Elle eut plus tard une vision analogue qu'elle raconta ainsi :
c Je fus conduite dans un beau jardin où je vis des roses d'une grandeur et d'une beauté extraordinaires, mais elles étaient entourées d'épines si longues et si pointues qu'on ne pouvait pas les cueillir sans être cruelr lement piqué : « Cela ne m'est pas agréable, » disais-je.
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mais mon ange gardien répondit : « Qni ne veut pas souffrir n'aura pas à se réjouir. »
Les joies sans souffrances lui furent aussi montrées» mais comme ne devant lui être accordées qu'au moment de la mort :
c Je me vis couchée dans le tombeau, mais j'avais le cœur plein d'un contentement que je ne puis exprimer. D me semblait en même temps entendre dire que j'aurais encore beaucoup à souffrir avant la fin de ma vie, mais que je devais m'abandonner à Ja grftce de Dieu et rester constante. Enfin je vis Marie avec l'enfant et je ressentis une joie inexprimable quand la bonne mère me mit l'enfiint dans les bras. Lorsque je le lui rendis, je demandai à Marie trois dons qui devaient me rendre agréable à elle et à son fils : la charité, l'humilité et la patience. »
ii. Maintenant son énergie morale allait croissant de jour en jour, au point que le 26 mai, veille de la fête de l'Ascension, elle put dire au doyen :
c Ah I comme je voudrais aller au ciel avec le cher Sauveur, mais mon temps n'est pas encore venu : mes souffrances et mes douleurs s'accroissent et je dois être éprouvée davantage et plus complètement purifiée. Que la volonté de Dieu soit faite 1, Pourvu seulement qu'il m'accorde la gr&ce de persévérer jusqu'à la fin dans la patience et l'abandon à sa volonté. »
Le jour de la fête, lorsqu'elle reçut la sainte communion, elle entendit ces paroles , ainsi qu'elle le dit à Rensing : « Aimes-tu mieux mourir que de souffrir davantage? » à quoi elle répondit : « Paime mieux souffrir davantage, si tel est votre bon plaisir. Mon désir, ajoutât-elle, est accompli, mais en ce sens que maintenant je souffre plus qu'auparavant, i
42. Les notes de WeseAier font connid^e combien ses souffrances étaient nombreuses et diverses, et combien son plus proche entourage contribuait à les augmenter. Vôid ce qu'il rapporte, à la date du S5 mai :
« Je la trouvai ce soir très-agitée et comme hors d'ellemême par reicès de la douleur. Sa sœur avait lavé avec dé Teau-de-vie son dos tout couvert de plaies, ce qui loi fit pêtdre connaissance. Elle se tordait dam sort lit, gémissant et disant à sa fkeur : « Pourquoi m'as-tu fldt cela? Je souffrirai tont de bon cœur, seulement tu ne devrais pas fiilre les choses avec si peu de ménagement ! » Pendant qu'elle parlait ainsi, son visage était enflammé et ses yeux étaient pleins de larmes. Son pouls n'avait pas varié. M. limberg lui ordonna de se ôdmer et aussitôt elle se tint tranquille et ne dit plus rien. »
Bientôt, par la bute de la même personne, elle eut à subir un supplice analogue, mais bien plus grand encore :
0 Je trouvai, dit Wesener, sa sœur auprès de son lit avec une assiette pleine de salade qui nageait dans une sauce de vinaigre et de farine. Lorsque je demandai si la malade en avait goûté, je reçus pour réponse qu'elle avait pris de cette sauce et en outre un petit morceau de fromage. La malade elle-même était dans un singulier état d'étourdissement et n'avait plus sa connaissance. Bientôt je découvris la vraie cause de tout cela. Sa sœur avait voulu de nouveau lui laver le dos avec de Teau-de-vie, et comme la malade s'y refusait, elle avait laissé devant le lit le vase où était la liqueur. L'odeur de l'eau-de-vie causa presque aussitôt un tel étourdissement à la pauvre malade qu'elle n'eut pas la force de repousser les aliments que lui présentait cette sœur stupide et entêtée. Elle tomba alors dans un état des plus tristes; c'étaitune succession de maux de cœuraffreux et de vomissements convulsifs, avec un étranglement con-
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tinuel qui faisait craindre ane suffocation complète. Ce ne fut que le soir à neuf heures Qu'elle put rejeter té qu'elle avait pris, et que son état s'améliora. Alors elle se désola d'avoir goûté à de semblables crudités dans un moment d*étourdissement où elle n'avait pas la conscience de ce qu'elle faisait. »
i3. Des expériences de ce genre ne désabusaient pourtant pas les personnes qui Tentouraient de leur confiance dans l'emploi de l'eau-de-vie comme remède et, plusieurs années après, le pèlerin eut encore l'occasion de le constater. « J'ai vu une quantité de fois, dit-il, Anne Catherine livrée à d'affreuses souffrances par l'absurde manie de laver avec de l'eau-de-vie les plaies que cause la nécessité de rester toujours couchée. Elle s'y refusait en gémissant, mais sans pouvoir l'empêcher. L'emploi de l'eau-devie comme moyen curatif est une idée fixe chez les gens de la classe inférieure dans le pays de Munster. Personne ne voulait voir que la seule odeur de cette abominable liqueur faisait perdre connaissance à Anne Catherine. U fallait qu'elle eût aussi cela à souffrir. Hélas ! le plus souvent on traitait la pauvre patiente comme si elle eût été une chose et non une personne. >
44. Une des principales causes qui faisaient désirer si ardemment à Anne Catherine une vie complètement retirée et cachée au monde était la foule de visiteurs qui commençait à se presser près de son lit de douleur. C'était pour elle une chose très-pénible, non-seulement à cause du trouble et des dérangements intérieurs, mais bien plus encore à cause des souffrances morales qui en résultaient pour elle. « Elle s'est plainte à moi, dit Wesener, de ce que les nombreux visiteurs la troublent extraordinai-
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rement et de ce qu'elle a en oatre d'autres souflDrances qu'elle ne peut pas dire. »
Mais ces souffrances, nous les connaissons par ce qui a été raconté d'une époque antérieure : elles provenaient du^ don qu'avait Anne Catherine de lire dans les cœurs et de ressentir avec une extrême vivacité l'état moral d*autrui. Elle voyait avec une profonde et douloureuse impression la perversité, la corruption et les péchés de ceux qui la visitaient : les passions, les sentiments, les intentions avec lesquelles venaient à elle les personnes les plus diverses la frappaient comme des traits acérés. Déjà dans le cloître ce don vraiment effrayant avait été l'un de ses plus grands supplices : mais maintenant elle était comme sur la voie publique, abordable à tous ceux qui voulaient la voir et sans défense contre eux, car les prohibitions protectrices de l'autorité ecclésiastique étaient de moins en moins respectées, et le plus souvent elle était accablée de visiteurs qui n'abaissaient leurs regards sur Anne Catherine et son entourage sacerdotal qu'avec des soupçons hier sants et un mépris orgueilleux. De quelle force n'avait-elle donc pas besoin pour ne pas tomber dans le désespoir, lorsque devant son âme se dressait cette certitude : « Jusqu'à ma mort, il en sera toujours ainsi! »
LS VICAïaS OiNiRAL DROSTI VIENT A UULMBN POUR LA QUATRlfcl» FOIS
i. Rensing ayait fiiit connaître à Overberg l'impression accablante que sa lettre du 18 mai avait faite sur Anne Catherine et aussi les plaintes avec lesquelles elle avait accueilli la communication du nom et de la condition des messieurs de Munster choisis pour la garder à vue.
a Pespérais, avait-elle dit, que la chose serait finie pour la fête de l'Ascension et que j'aurais ensuite le repos nécessaire pour me préparer, comme il faut à la venue du Saint-Esprit, pendant l'intervalle qui sépare les deux fêtes et qui a toujours été pour moi un temps si saint : maintenant cette espérance, qui me donnait une grande joie, m'est aussi enlevée. Si Ton ne peut pas avoir des médecins de Munster, on pourrait prendre des hommes d'ici qui, eux aussi, sont en état de voir ce qui se passe et qui méritent bien autant de confiance que des jeunes gens faisant encore leurs études. M. de Druffel m'a dit qu'on enverrait des personnes dont je serais contente. Mais que des jeunes gens, comme N. qui n'a pas encore vingt ans, restent jour et nuit assis près de mon lit, c'est que ce je ne puis pas admettre. »
2. Overberg porta cet écrit à la connaissance du vicaire général qui s'en occupa sérieusement. La manière dont s'était exprimée Anne Catherine lui semblait peu d'accord avec l'idée qu'il s'était faite d'elle d'après l'enquête, comme d'une âme fiivorisée de gr&ces extraordinaires et qui ne vivait que pour l'obéissance; aussi crut-il de son
deToir de se rendre à Dulmen aussitôt que possible et d*avoir une explication avec Anne Catherine. 11 écrivit à Rensing pour le blâmer d'avoir nommé devant elle les personnes désignées pour la surveiller et fit les remarques suivantes :
« Il aurait dû suffire à la sœur Emmerich et à son entourage de savoir que les personnes en question avaient ragrémeai de l'autorité ecclésiastique. Je n'en exigerais pas autant de tout le moade : mais quand, vi&^-vis de ceux auxquels Dieu parait avoir accordé des gr&ces extraordinaires, j'ai aussi des exigences exCraordinûres, et quand je conclus au plus ou moins de grâces, selon qu'on se soumet ou qu'on ne se soumet pas à ces exigences, je suis en cela la marche qu'ont tracée les hommes les plus renommés par leur sagesse. »
Le 3 juin, il vint lui-même & Dulmea.
« Mon intention, dit-il dans un nqpport écrit par lui suv cette visite, était surtout de connaître les dispositions intérieures de la sœur Emmorich : L'inspection des plaies n'était qu'un hut secondaire. Celles-ci, lorsque j'arrivai, avaîentsaigné récemment. Je trouvai tout comme à Tordînaire. Je voulus examiner son intérieur, à raison de la manière dont elle s'était exprimée sur la surveillance et sur les personnes & envoyer de Munster. »
3. A peine eut-il vu Anne Catherine et lui eot-^il demandé des explications sur ses prétendues plaintes qa'il nota ce qui suit dans le procès-verbal de l'enquête :
tt Quant aux personnes qui devaient venir d^ Jlfunster pour veiller auprès d'elle, la sœur Emmerich n'avait trouvé qu'une chose à objecter contre la jeunesse de ces messieujrs, c'est qu'ils verraient peut-être en oUe ou entendraient sortir de sa bouche des choses qu'ils^ pourraient mal comprendre. Et cette crainte est très-naturelle, parce
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que la sœur Emmerich rêve quelquefois tout |^ut et pn a déjà raconté, à sa connaissiez, qu'eUp ^vait 4it que qeluici ou celui-là était au ciel ou dans le pufgatpire. Bile était du restp si bien disposée pour tous ceux qu^ jp youdrais envoyer qu*il n'y a eu aucun besoin de la raisonner SOT ce point. »
Quant à ce qui concernait son impatience dçs dl^lais apportés à la mise en surveillance, il fut également satisfait de ce qu'elle lui dit à ce sujet. Voici ce qu'on lit dans son procès- verbal, a La sœur Emmerich s'est exprimée en ces termes : « Jusqu'à présent, pendant le temps qui s'écoule de l'Ascension de Notre Seigneur à la Pentecôte, je me suis toujours trouvée présente en esprit dans le Cénacle avec les disciples attendant la venue du Saint-Esprit. > (Clara Soentgen adéposéde son côté que la sœur Emmerich pendant ce temps est ordinairement plus recueillie que de coutume, dit une note ajoutée au procès-verbal.} « Cette fois encore je désirais qu'il en fût de même et je m'étais trop fortement mis dans la tète que je ne devais pas en être empêchée. Mais en cela j'ai bien failli. J*ai été aussi trop hardie. « Souffrir ou mourir, » ai-je dit. Dieu m'a punie pour cela. Il m'a dit : a Si tu veux souCfrir, tu dois vouloir souffrir ce que je veux que tu souffres. »
Le vicabre général prit de là occasion pour rappeler à Anne Catherine la devise de sainte Thérèse : « souffrir ou mourir » et celle de saint François de Sales : a aimer ou mourir. » U lui ût observer que la première était jJMfone pour les saints, mais que la seconde convç^ait à Iffiff, le monde. Le procès-verbal ajoute « qu'elle saisit tçut qç}^ facilement et même qu'elle en fut réjouie, ainsi qu'on pouvait le voir. »
4. Peu de jours avant l'arrivée du vicaire généi;^, Aime Catherine avait aussi reçu la visite de sa mère qui était
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inquiète d^elle. On peut facilement se figurer combien avait été douloureuse pour cette bonne vieille pleine de simplicité la nouvelle que sa fille était soumise à une enquête ecclésiastique. Pour la consoler, le curé de Saint* Jacques de Coesfeld avait pris la peine d'aller à Dulmen pour lui rendre compte de ce qu'il aurait vu; alors elle se mit ellemême en route.
Clara Soentgen écrivit au vicaire général à propos de cette visite :
« Avant-hier est venue ici la vieille mère d'Anne Catherine ; celle-ci désirait que je fusse présente lors de sa visite, parce qu'elle était intimidée en présence de sa mère. Elle avait prié Dieu de faire en sorte que sa mère ne demand&t pas à voir ses stigmates et ne lui fit pas de questions sur son état. Cette prière a été exaucée. La conduite de la vieille femme a été vraiment admirable. Elle n'a pas dit un mot des plaies, mais elle a seulement fait à sa fille des exhortations édifiantes. Gomme des personnes étrangères lui disaient qu'elle avait grand sujet de se réjouir d'une telle fille et qu'on n'avait jamais entendu parler de rien de semblable, sa réponse fut qu'on ne devait pas lui dire de telles choses, que tant qu'une personne est en vie, il n'y a pas grand état à en faire. La sœur Emmerich m'a avoué qu'ayant déjà entendu dire des choses de ce genre, elle avait demandé à Dieu que sa mère répondit ainsi et qu'elle avait été exaucée. »
Quand sa mère fut partie, Anne Catherine éprouva un certain scrupule de ce qu'étant obligée de se montrer à tant d'étrangers et de curieux, elle s'était tenue dans une telle réserve vis-à-vis de sa propre mère : elle craignait d'avohr peut-être manqué par là au respect filial. Elle fit part au vicaire général de ses inquiétudes à ce sujet et lui demanda si elle n'aurait pas du montrer ses plaies à sa mère bien que celle-ci n'eût pas demandé à les voir. « Je
lai répondis, écrit Droste dans le procès- veiiMtl, que si sa mère l'eût demandé, elle aurait dû lui obéir, mais qu'elle ayait très-bien fait, en cette occasion, de ne pas les mon«trer. »
5. Le vicaire général fut très-satisfait de cette visite, comme le prouve ce qu'il écrivit le jour suivant à Rensing. Celui*ci avait été très-sensible au reproche, bien peu grave pourtant, d'avoir nommé devant Anne Catherine les personnes qui devaient veiller auprès d'elle et cela l'avait mal disposé à l'égard de celle-ci. Dans cette situation d'esprit, il avait fait un commentaire très-défavorable à Anne Catherine de quelques paroles assez simples du vicaire général, si bien que celui-ci prit en ces termes la défense de la malade :
c Quant à ce qui a été dit des visions, je n'ai pas cru le moins du monde à une imposture* mais seulement à la possibilité d'une illusion dont je ne rendais personne responsable. Maintenant que je me suis entretenu avec la sœur Emmerich, je ne puis conclure qu'une chose de la manière dont elle s'est exprimée par rapport à la surveillance à laquelle on veut la soumettre ; c'est que peutêtre elle n'est pas encore arrivée au degré de perfection où Dieu la veut. »
Il donna en outre par écrit les injonctions suivantes :
« La mise à exécution du projet relatif à la sœur Emmerich ne doit pas être différée plus longtemps ; je désire qu'on commence le plus tôt possible. Quant au choix des personnes à employer, j'attends d'abord vos propositions. En règle générée, il faut préférer des gens ftgés, comme méritant plus de confiance que de moins avancés en &ge. J'agrée d'avance monsieur N...N... mais son fils est trop jeune. On ne peut confier cette tftche ni à lui, ni à d'autres aussi jeunes.
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« Les surveillants, quand ils s'entretiendi*ont entre eux, doivent s'abstenir de rien dire qui puisse aggraver pour la malade une tnesure déjà si pénible par elle-même. J*espère que pendant ce temps, vous la visiterez souvent et que vous pourrez savoir d'elle si elle désire qu'on modifie telle ou telle disposition. »
6. Rensing prit alors les mesures nécessaires et put bientôt proposer vingt hommes de confiance, tous de Dulmen, qui se déclaraient prêts à veiller auprès de la malade, sous la direction d'un médecin qu'on ferait venir d'ailleurs.
Le vicaire général approuva tout, et Ton put, à la grande satisfaction d'Anne Catherine, commencer le 10 juin. Avant de raconter comment les choses se passèrent, il faut nécessairement prendre connaissance des rapports qu*Overberg et Rensing avaient fkits au vicaire général sur les stigmates d'Anne Catherine, parce qu'ils contribuèrent essentiellement à établir un résultat certain pour toute l'enquête ecclésiastique.