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TiMOIONAOBS D'0VERBEB0| DE REMSINQ ET DE WESBNBR TOUCHANT iBS STIGMATES
Dès sa première visite à Dulmen, Clément Auguste avait acquis la conviction qu'il n'y avait pas possibilité d*imposture quant aux stigmates; il chargea alors Overbergde soumettre Anne Catherine à des interrogatoires détaillés sur leur origine et leur nature. Celui-ci commença le 13 avril 1813 et continua jusqu'à sa quatrièiQe visite qui eut lieu le 12 mai ; sa manière de procéder consistait à demander à Anne Catherine de nouvelles explications plus détaillées sur des questions auxquelles elle avait déjà répondu, tandis que, d'un autre côté, les investigations faites plus tard et les rapports journaliers rédigés parBensing et Rrauthausen lui indiquaient de nouvelles questions auxquelles il demandait à la malade de répondre. Quand Overberg avait mis au net le procès- verbal d'un de ces interrogatoires, il le transmettait à Clément Auguste, lequel avait coutume de demander encore des explications là-dessus à Anne Catherine et ne se tenait pour satisfait que quand, par d'autres voies, il était arrivé aux mêmes résultats qu'Overberg. C'est pourquoi on trouve sur les procès-verbaux des additions et des remarques de sa main, lesquelles toutefois ne se montrent jamais en contradiction avec les conclusions d'Overberg, mais plutôt les conflrment en les présentant d'une manière plus claire et plus précise.
Ce qui suit est extrait fidèlement des interrogatoires d'Overberg, des rapports de Rensing et des notea non officielles de Wesener :
c J'étais chargé, dit Oyerberg, à la date du 8 avril, de m'enquérir auprès d'Anne Catherine si elle s'était frit elle*méme les plaies, ou si elle les avait laissé foire par d'autres. Je lui représentai aussi fortement qu'il me fut possible qu'elle devait obéissance à l'autorité ecclésiastique et que par conséquent elle était obligée de dire la vérité, quand même elle aurait promis le secret avec serment à celui qui lui aurait frit la marque des stigmates ; qu'un serment contraire à son devoir d'obéissance envers l'Église n'avait aucune valeur, et qu'elle ne pourrait se présenter avec confiance devant le tribunal de Dieu si elle cachait la vérité, contrairement à l'obéissance. Elle m'assura que tout cela était indubitable pour elle; et alors je lui fis les questions suivantes :
1 . c Auriez- vous (ce qui aurait pu se foire avec une bonne intention) donné quelquefois des coups de canif dans vos mains, ou bien y auriez-vous enfoncé un clou ou quelque chose de semblsJ[)le, afin de ressentir plus vivement les douleurs de Notre Seigneur Jésus-Christ? »
Réponse. — < Non ! jamais I »
2. « N'auriez- vous pas appliqué à ces endroits de l'eau forte ou la pierre infernale ? »
R. — c Je ne sais pas ce que sont ces choses dont vous parlez. »
3. «[Quelque personne portant intérêt au progrès de votre ftme dans la vertu et connaissant votre cuite pour la Passion de Jésus-Christ, vous aurait-elle fait ces blessures au moyen d'une fDrte pression ou de piqûres, ou de toute autre manière? »
R. — « Non certainement! »
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• Lorsque j'entrai ainsi en matière et que je lui posai ces questions, son visage resta d'une sérénité inaltérable. Puis elle me raconta ce qui suit :
< Quand les plaies sont survenues, je n'en ai rien su : c'est une autre personne qui les a d'abord remarquées (je crois qu'elle nomma l'abbé Lambert) et qui m'y fit faire attention, tout en me disant : a N'allez pas vous croire maintenant une sainte Catherine de Sienne; vous êtes encore bien loin de là. »
« Gomme je lui objectais qu'il ne me paraissait pas possible qu'une autre personne eût remarqué les plaies ayant elle, car. quand on reçoit une blessure, ordinairement on s'en aperçoit, elle répondit : « Gela est vrai; mais la douleur existait trois ou quatre ans avant les plaies, et c'est pourquoi je ne soupçonnais pas qu'il se fût opéré quelque changement. »
c Lorsque je reçus les signes extérieurs, je n'avais pour me servir qu'une petite fille qui ne pensait pas à laver le sang desséché. Moi-même je ne l'ai pas remarqué et je ne l'ai pas lavé non plus. Voua comment il est arrivé que Tabbé Lambert a remarqué avant tnoi-mëme les plaies des mains. La douleur ne pouvait pas m'y faire regarder, car elle existait déjà longtemps auparavant et les signes extérieurs n'y apportèrent aucun changement. (C'est pourquoi Anne Catherine avait coutume d'appeler tnarques la douleur ressentie depuis plusieurs années déjà aux endroits où se formèrent plus tard les plaies; quant aux plaies visibles, elle les appelait le$ signes extérieurs*) En ce qui touche les douleurs à la tête, je les avais déjà environ quatre ans avant d'entrer au couvent. C'est comme si ma tête était tout entourée d'épines , ou plutôt comme si tous mes cheveux étaient des épines, en sorte que je ne pose jamais sans une vive souffrance la tête sur l'oreiller. Les souffrances causées par les autres plaies ne sont pas
comme d'autres souffrances ; elles pénètrent jusqu'au cœur* Un attouchement ou une légère pression sur les croix de la poitrine ne me fait pas très-grand mal à-l'extérieur, mais bien à l'intérieur. C'est comme si toute la poitrine était enflammée. Quant au signe qui est au-dessus de l'estomac, j'y ai éprouYé la même douleur que si du feu était tombé dessus. «
4. c Quand les signes se sont-ils montrés surTotre corps ?» R. — • Celui qui est sur l'estomac s'est montré le jour de
saint Augustin ; la croix inférieure de la poitrine, environ six semaines après; la croix supérieure de la poitrine, le jour de la fête de sainte Catherine ; les plaies des mains et des pieds à la dernière fête de Noël ; la plaie du côté, entre Noéletla nouvelle année. »
5. « Lorsque vous avez d'abord ressenti les douleurs, et plus tard quand sont survenues les plaies à la tète, aux mains et aux pieds, avez-vous vu quelque chose qui vous ait semblé être une apparition, ou avez-vous reçu des lumières spéciales sur quelque chose. »
R. — « Non ; j'étais alors en proie à dessouffrancesd'un genre particulier, i
6. « Ne savez-vous pas ce que signifient les croix sur la poitrine? »
R. — « Non ; mais lorsque le premier signe sur l'estomac s'est montré, j'ai eu, en méditant, l'impression que je devais y faire attention comme à une marque que j'aurais encore beaucoup à souffrir pour l'amour de Jésus-Christ. Lorsque le second signe survint à la fête de sainte Catherine, je reconnus que ma croix serait doublée, et il en fut de même à Noël, lorsque le troisième signe se montra. »
c Elle me répéta encore, dit Overberg, qu'elle avait bien prié pour souffrir les douleurs de Jésus, mais jamais pour avoir les stigmates. »
Déjà, lors de la première visite d'Overberg, le 28 et le 29 mars, comme il lui demandait si elle avait prié Dieu pour avoir les marques des plaies du Sauveur, elle avait répondu : « J*ai prié Dieu à la vérité de me foire participer à ses souffrances, mais jamais je ne lui en ai demandé les marques extérieures. Je me suis bien souvent plainte à Dieu de ce qu'il me les avait données, mais je n'ai reçu aucune consolation. » Overberg ayant répondu : « Dieu a voulu que sa gr&ce vous suffit, » elle répliqua aussitôt : « C'est ce qu'il m'a dit aussi. »
7. a Comment faut-il entendre votre première déclaration (insérée dans le premier procès verbal du 25 mars)? c Mes plaies n'ont pas été faites par les hommes, mais je crois et j'espère qu'elles viennent de Dieu, i
R. — tt J'ai dit : « Je crois » et non pas: « Je suis sûre, » parce que les paroles du doyen et des médecins, ainsi que la sévérité de l'examen, ont fait naître en moi la crainte que ces plaies ne vinssent peut-être de l'esprit malin Mais les marques de croix sûr ma poitrine m'ont tranquillisée, parce que je me suis dit que celles-là certainement ne peuvent pas avoir été faites par le diable. C'est par la même raison que j'ai dit aussi : « J'espère, » parce que je souhaiterais que ces signes fussent l'œuvre de Dieu et non pas un prestige du démon. »
8. « Et si vos plaies guérissaient, comme M. de Druffel le croit possible ? »
R. — «t II m'a été perniis de prier pour que les plaies me fussent retirées ; il ne m'a été rien dit quant à la guérison. Aucune pensée ne m'est venue à ce sujet. J'ai compris la
chose dans ce sens que Dieu ne prendrait pas en mauyaise part ma prière pour la disparition des signes, mais qae les souffrances ne diminueraient point pour cela, qu'elles augmenteraient plutôt. Elles ont déjà beaucoup augmenté. »
Overberg lui ayant dit là-dessus : « Je ne puis pas croire que TOUS ayez de telles révélations, si vous ne me donnez pas la preuve que vous pouvez distinguer une révélation d'un simple souvenir, » elle répondit : c Hais comment puis-je donner cette preuve ?» A quoi Overberg répliqua : c Je n*en sais rien. » Anne Catherine reprit alors :
« Il se peut que j'aie entendu, ou vu, ou éprouvé quelque chose, et que, quand j'en ai parlé, cela ait été pris à tort par d'autres personnes pour une révélation. (Elle cita, remarque Overberg, un exemple de ce genre.) Ce qu'on a entendu, d'ordinaire, doit être dans la pensée avant qu'on l'énonce. Mais si Ton reçoit tout à coup la connaissance de quelque chose dont on n'a rien entendu dire, ni rien vu antérieurement, ce ne peut pas être une réminiscence. »
9. « Savez- vous au juste en quel temps vous avez ressenti ces douleurs aux mains et aux pieds? o
R. « — Quatre ans avant la suppression du couvent, je fis un voyagea Goesfeld, pour rendre visite à mes parents. U m'est arrivé alors de prier une fois pendant environ deux heures derrière l'autel, au pied de la croix qui est dans l'église de Saint-Lambert. J'étais très-attristée de l'état de notre couvent, et j'avais prié pour que mes sœurs et moi, nous pussions reconnaître nos fautes afin que la paix s'établit. J'avais aussi prié pour que Jésus daignât me faire ressentir avec lui toutes ses soufiî^ances. Depuis ce temps j'ai toujours eu les douleurs et l'inflammation. J'avais cru avoir une fièvre continue et que la douleur venait de là. La pensée me vint souvent aussi d'y voir un signe que ma prière
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avait été exaucée, mais je repoussais toujours cette pensée, parce que je me regardais comme étant indigne d'une semblable grâce. Souvent je ne pouvais pas marcher à cause des douleurs aux pieds. Les mains me faisaient aussi tellement mal que je ne pouvais plus faire certains travaux, par exemple bêcher la terre. Je ne pouvais pas plier le doigt du milieu et quelquefois il était comme mort. « Ayant déjà ces douleurs, un jour, au couvent, je priai instamment pour que mes sœurs et moi nous reconnussions nos fautes, pour que la paix s'établît et pour que mes souffrances cessassent. Alors je reçus pour réponse : « Tes souffrances ne diminueront pas. Que la grâce de Dieu te suffise. Aucune de tes sœurs ne mourra sans avoir reconnu ses fautes. » D'après cette réponse, lorsque les signes vinrent, je m'étais figuré qu'ils étaient seulement pour mes sœurs, et je pouvais m'y résigner : mais je fus saisie d'effroi quand je m'aperçus que ces signes devaient aussi être pour le monde.
10. a Quand je l'interrogeai touchant les croix de la poitrine, elle me dit : < Dès ma jeunesse j'ai prié Dieu de vouloir bien imprimer la croix dans mon cœur, afin que je n'oublie jamais ses souffrances : mais je n'ai jamais pensé à un signe extérieur. »
c Elle me fit connaître en outre que l'enquête minutieuse qu'on faisait sur sa vie antérieure n'était pas la moindre cause de ses souffrances, parce qu'on pouvait s'imaginer après cela qu'elle était quelque chose, tandis qu'elle-même savait bien mieux que personne qu'il n'y avait rien en elle.
H. « Le jeudi 13 mai, vers quatre heures de l'après-midi, le sang jaillit de sa tète. Je vis le sang couler du front, non goutte à goutte, mais comme un jet. En moins d'une
minute, le mouchoir qu'elle avait autour du cou fut tout ensanglanté. Pendant ce temps, elle était très-p&le et très-faible. Les mains aussi commencèrent à saigner. Avant l'hémorragie, elle eut de violentes douleurs au front et aux tempes par suite des piqûres d'épines qui se faisaient sentir jusque dans les yeux. Quand elle parla de ces piqûres, je lui dis que, si je le pouvais, je retirerais les épines de sa tête et pourtant que j*en laisserais une. Elle me répondit : « Je ne demande pas que vous m'ôtiez les épines ; je souffre volontiers ces douleurs. »
< Je lui demandai quelle avait été sa pensée lorsqu'elle avait dit devant le doyen Rensing que ceux qui ne croyaient pas sentiraient? Croyait-elle que ceux qui ne vovdaient pas croire à la réalité de ses stigmates seraient punis pour cela ? Elle répondit en souriant : « Non certainement; mes plaies ne sont pas un article de foi. Je voulais dire seulement que ceux qui ne veulent pas croire ce qu'enseigne la doctrine catholique ne trouveront pas, même sur la terre, un véritable repos, mais se sentiront misérables. »
là. Overberg rend ainsi compte d'une visite postérieure faite le 15 septembre 1864 : « Le matin, entre neuf et dix heures, je vis les signes des mains rougir et s'enfler, ce qui indiquait qu'ils allaient saigner. J'observai alors l'intérieur des mains pour voir si l'enflure s'y montrait aussi, mais je ne pus rien remarquer. Comme cela m'étonnait, Anne Catherine m'expliqua que les marques empreintes dans la paume des mains n'enflaient jamais avant de.saigner, mais qu'au contraire elles s'enfonçaient en quelque sorte plus profondément pour devenir plus saillantes à la surface supérieure.
« La croix de la poitrine n'avait pas saigné aujourd'hui, mais elle était d'un rouge très-vif. Cette rougeur se pro-
duit constamment aux jours marqués quand il n'y a pas effusion de sang.
13. Depuis le temps où Anne Catherine avait reçu les signes extérieurs des plaies, elle s'était appliquée soigneusement à dérober ses mains aux regards de tous les visiteurs. G'estpourquoi elle les tenait cachées sous lacouverture du lit ou bien, quand l'inflammation des plaies ne le permettait pas, elle posait dessus un linge blanc : elle en était si préoccupée que, même dans l'extase, elle s'apercevait quand quelqu'un voulait ôter ce linge. Voici ce que raconte le docteur Wesener : « J*ai conduit un jour ma sœur aînée près d'Anne Catherine. Elle était couchée sans connaissance, comme cela lui arrivait fréquemment. Le père Limberg voulut soulever le linge placé sur ses mains; elle en marqua du mécontement, et il lui demanda : « Qu'avez- vous? » Elle répondit à voix basse et sans ouvrir les yeux : c On veut de moi quelque chose que je ne dois'pas faire. » Or, je désirais vivement dans mon cœur, ajoute Wesener, que ma sœur pût être fortifiée dans sa foi par la vue de ces merveilleux phénomènes. Anne Catherine répéta : « On veut de moi des signes que je ne dois pas donner. » Alors le père Limberg lui donna sa bénédiction. Aussitôt, sans sortir du sommeil extatique, elle se signa d'une main tremblante, mais en faisant des eflbrts pour que le linge ne tombât pas de dessus sa main. »
14. Quelque chose de semblable arriva à Overberg, le 10 septembre 1813, quand il accompagna à Dulmen la princesse Galitzin. a Je trouvai Anne Catherine très* faible, rapporte-t-il. Comme j'étais près d'elle à six heures du soir, elle tomba dans une de ces profondes défaillances (extases) qui lui étaient ordinaires. J'approchai de
son visage les deux premiers doigts de ma main droite ; aussitôt elle pencha la tète et les baisa avec respect. Alors je me penchai à mon tour vers sa main gauche qui était étendue devant moi, raide et immobile, afin de la baiser : mais Anne Catherine, effrayée, la retira. Je me penchai ensuite vers la main droite : mais je ne pus pas non plus y atteindre, tant elle fut retirée vite, quoique dans cette défiiillance tout le corps de la malade fût aussi raide qu'un morceau de bois. » Overberg avait fiiit ces tentatives par suite d'un mouvement involontaire de respect pour les stigmates; mais l'humilité de la patiente, devenue pour elle une seconde nature, se dérobait à un semblable hommage, même quand elle n'avait pas l'usage de ses sens; bien plus^ elle ne pouvait supporter même un regard dirigé par un sentiment de ce genre, ainsi que le Pèlerin en 6t l'épreuve plus tard. « J'étais assis près de son lit, raconte celui-ci, et je priais, pendant qu'elle était en extase et en proie à do grandes souffrances. Dans ma prière, j'offrais à Dieu les souffrances de tous les martyrs et les douleurs de tous les saints stigmatisés en union avec les très-saintes plaies de notre Sauveur : comme en même temps je regardai avec émotion les mains^d'Anne Cathe* rine, elle les retira avec une rapidité incroyable. Cela me surprit à tel point que je lui demandai ce qu'elle avait « Une grande peine, » me répondit-elle sans sortir de sa profonde défaillance. »
45. Le doyen Rensing se trouvant auprès d'elle, un peu avant le moment où son sang allait couler, elle se plaignit des douleurs cuisantes qui précédaient toujours l'effusion du sang. U lui demanda alors pourquoi elle n'avait pas découvert ses mains devant lui, ajoutant qu'elle ne devait se faire aucun scrupule de le faire en sa présence. « Ah! répondit-elle, je ne puis pas moi-même souf&îr de voir
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mes signes à découvert parce qu'en faisant croire à des grâces particulières, ils m^ont foit un renom dont je nesuis pas digne. » « Là-dessus elle me remercia, raconte Rensing, de ce que je n'avais pas laissé pénétrer auprès d'elle toute une société de curieux en voyage : puis elle se mit à pleurer de ce que ces bonnes gens se donnaient tant de peine pour elle et l'estimaient tant quoiqu'ils valussent bien mieux qu'elle devant Dieu. < Je dois aussi rendre grâce à Dieu, ajouta-t-elle, de ce qu'il ne me cache pas mes fautes et me confirme ainsi dans l'humilité. »
46. Dans une autre occasion, elle parla de nouveau de ces visites qui lui causaient tant de peines et de soucis et pria instamment Rensing de ne plus la laisser voir, surtout aux médecins étrangers qui, la plupart du temps, blessaient sans ménagement ses sentiments les plus délicats. « Il m'est bien dur, dit-elle, d'être obligée si souvent de montrer mes signes : mais cela m'est encore plus pénible quand je suis forcée de voir que ces gens ne s'occupent pas de ce qui peut intéresser la gloire de Dieu et n'ont d'autre but que d'avoir quelque chose à raconter à ce sujet.
« Je ne désire pas être délivrée des souffrances corporelles. Dieu me les laissera. Mais à quoi bon cette inspection et ces enquêtes ? Notre Sauveur lui-même n'a pas pu contenter tout le monde de façon à ce qu'on crût et à ce qu'on se convertit. D'autres ont trop de compassion pour moi. Que ne prient-ils pour moi afin que je me soumette humblement à tout ce que Dieu ordonne de moi par les supérieurs ecclésiastiriucs et que je ne perde pas sa grâce? Dieu conduit chaque homme par un chemin particulier. Mais qu'importe par quel chemin nous allions au ciel ? Puissions-nous seulement faire tout ce que Dieu demande de nous suivant notre état ! »
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17. Rensing lui ayant raconté dans une autre occasion comment sainte Véronique Giuliani avait eu longtemps autour de la tête les marques de la couronne d'épines et comment, lorsque la chose fut connue, on voulut les DEure effacer par des médecins, ce qui lui fit souffrir de terribles douleurs, elle répondit en soupirant : « Je n'ai pas encore eu tant à supporter ; cependant lorsque l'autorité ecclésiastique a décidé que mes plaies devaient être guéries, cela m'a fait une bien pénible impression à cause des cruelles souffrances que j*éprouvais. J'ai ressenti les douleurs de la couronne d'épines autour de ma tête avant mon entrée au couvent ; cela m'est arrivé pour la première fois dans l'église des Jésuites, à Goesfeld. » •
18. A l'heure des premières vêpres de la fête de sainte Catherine de Sienne, Rensing la trouva rendant du sang par ses plaies; mais elle saignèrent beaucoup plus fortement le jour même de la fête, 30 avril. Voici ce que Rensing rapporte à ce sujet : < Lorsque je la visitai à trois heures, je fus tellement surpris, en entrant dans sa chambre, à la vue du sang qui coulait incessamment delà tête et des mains que j'en fus tout bouleversé. Il m*échappa une expression d'admiration pour les gr&ces extraordinaires que le Seigneur lui fait. Elle le remarqua et dit : « Oui, Dieu me fait plus de gr&ces que je ne le mérite et je Ten remercie ; mais j'aurais voulu qu'il cachât ces gr&ces aux yeux des hommes, car je crains qu'à cause de cela, on ne me prenne pour meilleure que je ne suis, n Nous eûmes alors un entretien qui me fit voir au fond de son &me si pleine de piureté et d'humilité, et me fit connaître quelques particularités de l'histoire de sa jeunesse où je vois la preuve la plus convaincante que, dès son enfance, h, main de Dieu l'a conduite, protégée et préservée des périls les plus imminents. Je fus touché et étonné de voir une
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personne qui a reçu si peu d'éducation avoir des idées si claires, si justes et si élevées sur Dieu et sur les choses de Dieu. Elle m'a raconté aussi que Dieu lui avait demandé la nuit précédente : a Qu'aimes-tu mieux? être bientôt près de moi ou souffrir longtemps encore pour moi? » A quoi elle répondit : « Si c'est votre volonté, je souffrirai de bon cœur encore davantage, pourvu que vous m'accordiez la grâce de souffrir comme vous le voulez. » Dieu m'a promis cette grâce et cela m'a rendue très-joyeuse. Dieu m'a aussi rappelé que, pendant ma vie au couvent, j'avais commis beaucoup de fautes contre la perfection à laquelle je suis appelée par mes vœux. Je me suis repentie de nouveau de ces fautes et j'ai reçu de Dieu l'assurance qu'elles ne m'avaient pas fait perdre sa grâce, parce que je m'étais humiliée devant lui et devant les hommes. 11 m'a aussi bit souvenir qu'au couvent, quand j'étais méconnue de mes compagnes, j'ai souvent prié Dieu avec instance de vouloir bien leur faire reconnaître les fautes dont, j'avais été l'occasion pour elles. Souvent, quand j'ai prié ainsi, et en particulier l'été de l'avant-dernière année, j'ai reçu la promesse consolante que toutes reconnaîtraient leurs £Buites avant ma mort. Et maintenant toutes sont rentrées en elles-mêmes depuis que Dieu a mis sur moi des signes si extraordinaires. C'est là une grande joie et j'en rends de vives actions de grâces au milieu des grandes douleurs que me causent mes signes. »
19. « Je lui demandai une fois, écrit encore Rensing, si elle n'avait pas aussi une plaie sur l'épaule : car je crois que le Sauveur aura certainement eu sa sainte épaule blessée pai sa pesante croix. «Oui, sans doute, répondit-elle. Notre divin Sauveur a eu à l'épaule une blessure très-douloureuse que la croix lui a faite : mais je n'ai pas cette blessure, quoique j'en aie depuis longtemps ressenti la douleur à
mon épaule. Déjà, dans ma jeunesse, je vénérais la sainte plaie de l'épaule, parce que cette yénération platt particulièrement au Sauveur. Lorsque j'étais encore au couvent, il m'a révélé un jour que cette blessure, à laquelle on pense si peu, lui a causé des douleurs excessives, et que la vénération qu'on a pour elle lui plaît autant que lui aurait plu l'acte de celui qui, touché de compassion, lui aurait pris sa croix pendant qu'il en était chargé et l'aurait portée à sa place jusqu'au Calvaire. A l'âge de six ou sept ans, il m'est arrivé, lorsque j'étais seule et que je pensais à la Passion du Seigneur, de charger sur mes' épaules une lourde pièce de bois ou quelque autre fardeau que je pouvais à peine traîner. »
Pendant tout le mois de mai 1813, Rensing eut à noter presque journellement l'effusion du sang par les plaieset la violence croissante des douleurs qu'elles causaient. En outre, jusqu'au 8 mai, elle était restée toujourscouchée sur le dos, de telle façon qu'elle y avait de profondes blessures en plusieurs endroits. Quoiqu'il en résultât pour elle des douleurs très-cuisantes, elle disait pourtant : c Je n'en tiens pas compte en comparaison de celles que me font souffrir continuellement les autres plaies. Cependant je supporterais volontiers toute espèce de souffrances corporelles, pourvu que le bon Dieu ne me retirât pas les consolations intérieures. Au lieu de consolations, maintenant, je ressens souvent une grande amertume intérieure. Cela est dur; mais que la volonté de Dieu soit faite! »
20. Pendant l'octave de l'Invention de la sainte Croix, toutes ses plaies rendirent journellement du sang avec des douleurs toujours croissantes. Rensing la visitant le 3 mai au matin, trouva toutes les plaies saignantes; ne devinant pas le rapport de cette manifestation avec la fête du jour, il exprima son étonnement, et Anne Catherine lui répon-
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dit : c Gela doit venir de ce qu*on célèbre aujourd'hui la fête de l'Invention de la sainte Croix. » Elle avait reçu ce jour-là la sainte communion, mais elle se plaignait d'avoir ressenti ensuite unesécheresse spirituelleinaccoutumée, ce qui lui avait été beaucoup plus pénible que les souffrances physiques les plus vives. Les douleurs de la couronne d'épines étaient extrêmement violentes autour du front, des yeux et des tempes, et elles descendaient jusqu'à l'intérieur de la bouche et au gosier. Elles persistèrent sans interruption pendant plusieurs jours et sans que la patiente eût été fortifiée par des visions consolantes. Rensing n'avait pas la force de supporter cette vue ; ordinairement il restait près de la malade le moins de temps qu'il pouvait.
il . Elle lui dit le 6 mai : « Je sens les douleurs des plaies des pieds monter dans la poitrine; c'est comme si toutes mes plaies se trouvaient en communication, de manière à ce que les douleurs passent de l'une à l'autre. » En outre son dos sur lequel eUe était couchée s'était écorché par endroits, en sorte que la chemise et le drap du lit restaient collés à la peau; toutefois, elle déclarait que la souffrance qu'elle en ressentait n'était pas comparable aux douleurs que lui causait chacune des autres plaies prise à part. Rensing lui ayant dit qu'étant dans un pareil état, elle devait avoir eu une bien mauvaise nuit, elle répondit: « Non! ma souffrance elle-même m'a causé de la joie. Car, quand j'ai quelque chose à souffrir, je me réjouis et je remercie Dieu de ce que, par là, je ne suis pas oisive dans mon lit. » Elle s'exprima un jour de la même manière en présence d'Ôverberg, disant « que ce qu'il y avait de plus fiLcheux pour elle était de n'avoûr rien de particulier à souffrir, parce qu'elle ne se trouvait contente que quand Dieu daignait lui faire endurer quelque chose pour lui. •
22. Le 9 mai , Rensing la trouva dans un état cpii montrait bien que ses souffrances n'avaient pas encore diminué le moins du monde; mais Dieu lui avait rendu ses consolations, ce qui avait beaucoup relevé son courage. Elle raconta à Rensing que les douleurs étaient toujours aussi intenses autour de la tête : c'était comme si une corde de crin serrée tout autour y eût pénétré profondément; elle craignait souvent d'en perdre la raison. Cependant elle se montra consolée et ajouta : « Ma souffrance ne m'est plus difficile à porter, parce que Dieu me Ta adoucie par des consolations que je ne mérite pas. Je me suis rendue indigne de semblables consolations, surtout au couvent, où je me suis souvent chagrinée des procédés de mes compagnes et où je me préoccupais beaucoup de la manière dont elles auraient dû se comporter et trop peu de ce que j'aurais dû être moi-même. C'était de l'ingratitude et de l'imperfection : c'est pourquoi je suis contente maintenant que Dieu me fasse souCTrir ainsi. Et si je savais que par mes souCTrances je pusse contribuer tant soit peu à sa glorification et à la conversion des pécheurs, je voudrais de grand cœur souffrir plus longtemps et davantage. Seulement , que Dieu me donne la patience ! » Le soir de ce jour, les douleurs diminuèrent enfin quelque peu, et Rensing trouva la malade d'une sérénité inaccoutumée.
23. Outre les effusions de sang, elle avait journellement par tout le corps des sueurs tellement abondantes que tous le^ draps de son lit en étaient mouillés et traversés comme si on les eût trempés dans l'eau. Il en résultait des blessures dans le dos, et elle ne pouvait que rarement le mettre en contact avec le lit. Il lui était impossible de se coucher, soit sur le côté droit, à cause des douleurs intolérables de la plaie qui s'y trouvait, soit sur le côté gauche, parce que l'os
de la hanche était complètement dégarni de chair. Il fallait donc qu'elle restât péniblement sur son séant, soutenue par des appuis, sans pouvoir poser sur un oreiller sa tête cruellement endolorie. Après sa mort. Clément Brentano rendit ce témoignage : « J'ai été pendant quatre ans en relations journalières avec Anne Catherine; j'ai vu trèssouvent sa tète saigner avec de grandes douleursT, quoique jamais elle ne se soit montrée à moi la tèle découverte et que je n'aie jamais vu les gouttes de sang jaillir immédiatement du front. Mais je voyais le sang couler de dessous sa coiffe sur son visage en telle quantité qu'on aurait pu le recueillir dans les plis de son ûchu avant qu'il fût absorbé par la toile. Elle sentait sa tèîe entourée d'une large et pesante couronne d'épines et ne pouvait pas la poser sur un oreiller. Assise sur son séante elle balançait pendant des heures entières au-dessus de son cou , comme im fardeau de douleurs intolérables, sa tète courbée sous la pression d'un supplice inouï; souvent je Tai soutenue plus ou moins longtemps en tenant Tos du nez entre mes deux doigts, parce que je ne pouvais supporter la vue de ces horribles souffrances pendant lesquelles la sueur de l'agonie coulait sur son pâle visage. Elle passait souvent toute la nuit dans cet état, délaissée, sans secours, sans marques de sympathie. »
H. Quant à l'impossibilité absolue de prendre aucune espèce de nourriture qui avait coïncidé avec l'apparition des stigmates, Overberg s'exprime en ces termes à la date du iâ mai 1813 :
(c Depuis environ cinq mois, Anne Catherine n'a pris aucun aliment soUde, pas même une quantité équivalente à un petit pois. Il ne lui a plus été possible de rien retenir, ni chocolat, ni café, ni vin, ni soupe; tout au plus a-t-elle pu prendre quelquefois sansla rejeter une petite cuillerée
de bouillon. Elle a cherché à cacher cela, en faisant mettre devant elle, pour qu'on les voie, une pomme cuite ou des prunes bouillies dont elle peut seulement sucer le jus.
c Pendant son séjour au couvent, un peu de café trèsléger était ce qu'elle pouvait le mieux supporter; mais, au commencement de l'hiver dernier, elle en vint à ne plus pouvoir garder le café lui-même. Elle essaya ensuite de prendre du chocolat très-délayé, mais cela ne lui réussit que peu de jours. Elle ne pouvait supporter le vin, ni pur, ni mélangé d'eau. Ainsi l'eau resta l'unique chose qu'elle pût garder. »
25. On a déjà raconté comment Anne Catherine, qui aurait tant désiré cacher à tous les hommes son abstinence de toute nourriture, fut soupçonnée, dès le commencement, de manger en secret : or cette suspicion se reproduisit plus tard à diverses reprises. Ainsi Overberg rapporte, à la date du 17 septembre 1814: « Selon ce que m'a raconté Rensing, la maltresse de la maison où loge la sœur Emmerich resta jour et nuit, pendant tout le mois qui précéda sa mort, dans la chambre d'Anne Catherine, persuadée qu'étant là elle pourrait supporter plus facilement ses souffrances et se mieux préparer à la mort. Deux jours avant sa mort, cette femme a avoué à Rensing qu'auparavant la pensée lui était quelquefois venue qu'il ne &llait pas trop prendre à la lettre ce qu'on disait de l'abstinence absolue de nourriture chez la sœur Emmerich, mais que maintenant elle s'était convaincue qu'en réalité Anne Catherine ne prenait absolument rien. »
26. Wesener, de son côté, rapporte ainsi, à la date du 29 octobre 1814, comment il fut forcé de prendre la défense d'Anne Catherine contre des soupçons de ce genre : « J'ai
reça la Tisite du doyen de Notteln qui Youkity me dit-il, savoir par lui-même ce qu'U follait croire du bruit répandu à Munster qu'on avait vu Anne Catherine hors de son lit et mangeant de la viande. Je le conduisis près de la malade, en le priant de bien observer sa physionomie pendant que je lui communiquerais ce bavardage sans aucun ménagement. Mon récit la fit sourire, et elle fit entendre que ces propos ne lui inspiraient que de la compassion pour ceux qui les auraient inventés et propagés. Je dois moi-même reconnaître, pour rendre hommage à la vérité, que j'ai pris bien de la peine pour trouver quelque chose dont elle pût manger sans le vomir aussitôt, mais toujours inutilement. Si j'ai été trompé, je dois refuser croyance au témoignage de mes sens et à toutes mes facultés. En outre, la malade a un entourage qui se ferait un plaisir de rendre publique la moindre chose tant soit peu équivoque ou capable de provoquer la suspicion. Sa propre sœur qui devrait la servir est une personne d'un esprit mal fait et d'un mauvais caractère, et, comme elle se met souvent dans le cas d'être reprise par moi et par la malade, elle n'a aucune affection pour celle-ci et la laisse parfois des jours entiers sans lui donner une goutte d'eau à boire. Certainement elle ne garderait pas le silence en présence d'une imposture. »
27. Le père limberg lui-même, par suite de sa disposition au scrupule, se laissait si facilement aUer au soupçon que, quinze mois après la fin de l'enquête, ayant aperçu au drap de lit de la malade une tache de couleur foncée qu'il ne pouvait s'expliquer, il fut, pendant plusieurs jours, extrêmement agité par la crainte qu'elle ne provînt d'un aliment mangé en cachette. Clara Soentgen et Wesener finirent par le rassurer en lui expliquant que la tache venait d'un empl&tre que la première, sur la de-
mande de la malade lui avait posé sur l'os de la hanche. Anne Catherine ne put s'empêcher de sourire de l'inquiétude si peu raisonnable de son confesseur, et elle dit : o Si je pouvais manger, je ne sais vraiment pas pourquoi j'en ferais un secret. » Cependant elle le pria de lui communiquer à l'avenir les soupçons qui lui viendraient et de ne pas les garder pour lui pendant des jours entiers. Nous verrons plus tard tout ce qu'elle eut à souffrir des tentatives de Wesener pour lui faire prendre des aliments.
28. Voici ce que rapporte Overberg sur sa manière de prier lorsqu'elle faisait la sainte communion.
a La préparation la plus prochaine à la réception de la sainte Eucharistie consiste pour Anne Catherine à prier Dieu, son Sauveur, de lui donner son propre cœur, pour qu'elle puisse le recevoir et l'héberger dignement. Elle lui représente qu'elle ne peut l'aimer et le louer comme il le mérite, sinon par son cœur divin et avec ce cœur. Elle lui offre pour cela son cœur à elle et le prie de le prendre et d'en fairece qui lui plaira.Quand elle l'a ainsi livrée Dieu, elle passe en revue toutes les puissances de son corps et de son âme, afin de donner à Dieu tout ce qu'elle possède. Elle lui offre ses yeux, ses oreilles et tous ses membres, le suppliant d'en user pleinement pour son service et d'accomplir par eux ce qu'elle ne peut pas elle-même. Elle contracte alors un engagement avec Dieu, s'obligeant à le remercier et à le louer avec tout ce qui est d'elle et en elle ; chaque souffle , chaque sentiment, chaque mouvement des yeux et des mains, chaque instant de ses souffrances doit devenir un acte de gratitude et de louange.
« Ensuite elle s'adresse aux sahits, les priant de lui prêter ou de lui donner quelque chose de leur beauté, des ornements dont ils sont parés ou de leurs vertus, pour
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qu'elle puisse mieux faire sa préparation à la sainte communion et rendre des actions de grâces plus ferventes. Par-dessus tout , elle s'adresse à la Mère de Dieu pour qu'elle lui confère un don tiré du trésor surabondant de sa gloire et de ses vertus. Elle la prie notamment de mettre entre ses bras le divin enfant comme elle Ta fait pour les rois de l'Orient. Puis elle va d'un saint à l'autre, demandant l'aumône et rappelant à chacun ses prérogatives particulières, afin d'obtenir pour elle-même un don à l'aide duquel elle puisse plaire davantage au divin Sauveur. Elle les invoque en ces termes : « Vous êtes si immensément riches et je suis si pauvre! ayez donc pitié de moi ! je ne demande qu'un peu de votre superflu ! »
« Après la communion, elle entre en extase comme elle le faisait au couvent. »
ANNB CATHERXNS EST GAEDÉS A VUS PENDANT OU JOURS (DU 10 AU 20 JUIN 1813) PAR VINGT B0UR0B0I8 DE DULMBN. — CLOTURE DE L*ENQUÉTE EGCLÉSIASTIQUE.
1. 3 Le 9 juin, dit Rensing dans son rapport, je fis savoir à la malade que toutes les mesures étaient prises pour la faire garder à vue et que cela commencerait le lendemain. Cette nouvelle la réjouit beaucoup, et elle déclara qu'elle se soumettait sans la moindre objection i la décision de Tautorité ecclésiastique. Je remarquai que la croix de la poitrine saignait abondamment, car le sang traversait son vêtement.
« Lorsque je la visitai de nouveau le lendemam, pour la préparer à l'arrivée des gardiens qui était fixée au soir de ce jour, elle me dit : « Ne vaudrait-il pas mieux que Tabbé Lambert s'éloignât d'ici pendant tout le temps que durera cette surveillance? Il est décidé à partir si vous le trouvez bon. > Gela me fit grand plaisir, et j'en parlai à l'abbé Lambert qui partit dans l'après-midi pour l'ancienne Chartreuse, laquelle est à une lieue et demie de Dulmen. Le soir, à huit heures, les gardiens sont entrés en fonction. »
2. Cette ouverture d'Anne Catherine surprit agréablement non-seulement le doyen Rensing, mais aussi le vicaire général Droste. Ce dernier désirait vivement l'éloignement de l'abbé Lambert, mais, par égard pour ce vieillard infirme, il n'avaitjamais voulu le demander. LeSjuin encore, il avait écrit à ce sujet à Rensing : a Je vous prie, si cela est possible, de faire en sorte que l'abbé Lambert
VIS D*ANNB CAIUBRINE BMHBRIGB 377
De reste pas dans la maison qu'habite la sœur Emmerich pendant le temps qu'elle sera gardée à vue, ou tout au moins qu'il ne lui &sse pas de visites. Au fond, ce sera difficile, et, s'il n'y a pas moyen d'y arriver, il fiiudra s'en remettre à Dieu. Si la chose ne peut pas se foire comme d'elle-même, il vaut mieux y renoncer. Je vous prie de recommander aux prières de la sœur Emmerich une intention que j'ai oublié de lui &ire connaître verbalement. » Et Rensing avait répondu :« Il serait certainement à désirer que M. Lambert s'éloign&t tout à &it pendant le temps que durera la surveillance ; mais, vu son état d'infirmité, je ne vois aucun moyen de l'y déterminer. »
3. Le vicaire général avait donné des prescriptions minutieuses quant à la manière dont la surveillance devait être organisée : o Les gardiens (ainsi s'exprimait l'ordonnance du 4 juin) ne quitteront pas un seul instant la sœur Emmerich, soit le jour, soit la nuit. Sa sœur peut toutefois être présente et doit lui rendre les services qui seraient nécessaires : mais jamais, et dans aucun cas, les gardiens ne doivent la quitter. Même quand elle se confessera, ils doivent être là. Le père Limberg doit alors parler bas avec elle, mais éviter avec le plus grand soin tout ce qui pourrait provoquer chez les gens soupçonneux la simple pensée de la possibilité que les plaies soient entretenues par lui. Comme deux personnes à la fois doivent toujours remplir l'office de surveillants, je crois convenable, si la chose est possible, qu'une d'elles soit un homme âgé. Les gardiens n'ont du reste rien autre chose à faire qu'à voir : tout le reste serait hors de leurs attributions. »
4. Le cinquième jour, Rensing fut en mesure de faire le rapport suivant au vicaire général : t Les avis donnés par l'autorité sont exactement observés par les gardiens.
et la patiente est tellement satisfaite de la manière dont ils se comportent à son égard qu'elle m'a déjà remercié plus d'une fois d'avoir choisi des hommes aussi discrets pour remplir cet office dans des circonstances qui sont d'ailleurs si pénibles pour elle. »
Il se plaint en môme temps du refus fait par un médecin des environs de Dulmen de se charger de diriger la surveillance : « N. N... se relire parce qu'il trouve trop délicat (le se charger seul de l'affaire sans le concours de quelques-uns de ses confrères. N'est-il pas triste de voir des hommes auxquels leur profession impose souvent le devoir d'exposer leur vie dans les cas de maladies contagieuses, craindre à ce point le fouet de papier de la critique, là où il s'agit de rendre témoignage à la vérité?
Cette hésitation du médecin, lequel parut enfin le 15 juin et passa plusieurs nuits auprès de la malade avec les autres gardiens, avait failli faire manquer complètement le but qu'on s'était proposé, parce que la surveillance n'était pas destinée à confirmer le jugement des supérieurs ecclésiastiques sur la réalité des phénomènes remarqués chez Anne Catherine, mais seulement à détourner les suspicions qui pourraient s'élever contre l'autorité ecclésiastique, comme n'ayant pas fait l'enquête avec toute la rigueur voulue. Voilà pourquoi le vicaire général, que le refus du médecin surprit très-désagréablement, avait écrit à Rensing : « Pour que In but de la mise en surveillance soit atteint, il est nécessaire que le docteur N. N.... se rende à Dulmen, dirige toute l'affaire et atteste de son côté que tout s'est passé dans les règles. Je regarde cela comme tellement nécessaire que sans cela la surveillance à laquelle serait soumise la sœur Emmericli Pfie paraîtrait inutile. »
{(, Anne Catherine aussi fut très-contrariée du refus
lait d'abord par le médecin. Elle avait chargé le père Limberg d'aller de sa part à Munster exprimer au vicaire général sa crainte que la surveillance ne fût déclarée insufBsante, qu'on n'en exigeât plus tard une nouvelle, et qu'elle-même peut-être ne fût traînée à Munster, ce dont elle priait l'autorité ecclésiastique de la préserver. Le vicaire général, avec la sévérité que lui inspiraient ses bonnes intentions, ne crut pas devoir accueillir sans un blâme rigoureux cette prière, bien justifiée pourtant et appuyée sur des motifs qui, comme on le verra, étaient loin d'être sans fondement. Son œil clairvoyant, on peut même dire soupçonneux, n'avait rien pu découvrir chez Anne Catherine qui ne fût en parfait accord avec ses dons extraordinaires ; les rapports exacts et circonstanciés sur sa vie passée que lui avait faits Overberg et que confirmaient des interrogatoires subis par de nombreux témoins, lui avaient donné la certitude qu'Anne Catherine, dès sa première jeunesse, avait été favorisée par Dieu d'une direction particulière : c'est pourquoi il avait envers elle les plus grandes exigences , et il procédait contre tout ce qui ne semblait pas répondre à son attente avec la rigueur implacable qu'il aurait montrée à l'égard de tout ce qui aurait pu donner lieu à la moindre suspicion, s'il s'était présenté quelque chose de ce genre touchant les signes extérieurs. Ainsi, d'après la haute opinion qu'il avait de la vocation d'Anne Catherine, il trouva blâmable qu'elle ne fût pas assez « morte à toute volonté, » pour ne plus ressentir aucune inquiétude quant à l'avenir.
« Dites à la sœur Emmerich, écrivit-il à Clara Soenlgen, et cela en la saluant amicalement de ma part, que le proverbe dit : A'e t'inquiète pas des csufs qui ne sont pas pondus. J'ai coutume d'y ajouter : Ni des cBufs gâtés. Le passé est passé ; le futur n'est pas encore là, il ne viendra peut' être jamais; s'inquiéter de l'avenir est aussi inutile
que s'inquiéter du passé, et non pas seulement inutile, mais nuisible; car, avec des soucis de cette espèce, nous risquons de ne pas remplir nos devoirs actuels. En outre, l'inquiétude de l'avenir provient ordinairement de l'attachement à sa volonté propre. Dites-lui donc que toutes ces pensées : « qu'elle craint de pécher par impatience ; qu*il ne fiiut pas tenter Dieu, etc., » me paraissent des inspirations de l'amour-propre. »
Si Clément Auguste se montrait tellement rigoureux pour un de ces mouvements de crainte et d'inquiétude auxquels les hommes les plus saints ne peuvent échapper tant qu'ils vivent dans la chair, que n'aurait-il pas &it s'il avait jamais aperçu chez Anne Catherine un véritable manquement? Et combien cette sévérité atteste l'attention sérieuse et le soin scrupuleux avec lesquels toute l'enquête fut conduite!
6. La mesure qui avait été prise ne pouvait avohr d'importance, quant à la conviction déjà bien arrêtée chez le vicaire général de la parfaite sincérité d'Anne Catherine, et rien ne lui faisait sentir le besoin d'autres preuves que celles qu'il avait déjà recueillies. Cela résulte clairement de ce qu'avant la fin des dix jours pendant lesquels la malade devait être gardée à vue, par conséquent sans attendre le compte qui lui serait rendu, il écrivit comme il suit à Rensing :
« Je vous demande instamment de me faire parvenir le plus tôt que vous pourrez le résultat des interrogatoires des compagnes de la sœur Emmerich, afin que je puisse finir l'enquête aussitôt que possible. »
Et, quelques jours plus tard, il demande en ces termes le journal où étaient consignées les observations des gardiens;
c Je désire fort l'avoir pour lundi. Ce sera la clôture de l'enquête. Cependant je vous prie de me donner des informations quant aux incidents qui pourraient survenir, et d'aider la sœur Emmericb autant que vous le pourrez à acquérir ce qui peut lui manquer encore du côté de l'indifférence. Saint François de Sales a dit : « Ne rien craindre, ne rien demander, ne se plaindre de rien. »
7. Rensing ajouta les observations suivantes au procèsverbal qui lui était demandé :
c Puisque Votre Excellence va clore l'enquête, je lui demanderai si la mission qui m'a été confiée en ce qui touche les visiteurs indigènes ou étrangers doit cesser ; vous croirez sans peine que je le désire vivement, afin d'être délivré des dérangements et des ennuis journaliers qui en résultent pour moi. Mais alors cette pauvre fille n'aura pas une heure de repos du matin au soir, et elle sera assaillie par des caravanes de curieux, d'autant plus que, comme elle me l'a déjà dit deux fois, M. le docteur Rrauthausen a répandu ici et à Goesfeld le bruit que, si la sœur Emmerich donne eUe-même la permission de venir la voir, on n'a pas besoin de l'autorisation du doyen. La femme du docteur, qui est malade, a confirmé récemment cette allégation par son propre exemple : car, jeudi dernier, pendant le service de l'après-midi, elle s'est fait porter sur un fauteuil chez la sœur Emmerich sans m'en rien faire dire. Jai cru devoir vous faire connaître cet incident, parce qu'il a fiiit grand bruit dans la ville et qu'il peut avoir des conséquences très-désagréables : car déjà plusieurs personnes ont demandé la permission de rendre visite à la sœur Emmerich, désirant, pour cause de maladie ou d'infirmité, lui demander conseil et se recommander personnellement à ses prières. »
8. Le rapport des vingt gardiens joint à cette lettre est ainsi conçu :
« Nous, soussignés, ayant été invités par M. le doyen Rensing à garder à vue la sœur Emmerieh malade et informés verbalement et par écrit des motife de cette surveillance, ainsi que des points à observer, nous sooimes rendus deux par deux à son domicile le 40 juin 1813, à huit heures du soir. Nous avons commencé à remplir notre office suivant Tordre prescrit, et nous avons continué jour et nuit, sans interruption, jusqu'au samedi 19 juin, à midi. Pendant ce temps, personne n'est venu près de la malade, à l'exception de sa sœur qui la servait, de ses anciennes compagnes de couvent, et de personnes qui lui ont été amenées par M. le doyen ou qui présentaient une permission écrite de M. le vicaire général. Personne n'a pu rien dire à la malade ni rien concerter avec elle que nous n'eussions pu entendre distinctement et regiarquer.
« M. Lambert, ecclésiastique qui demeurait dans la même maison que la malade, s'était déjà éloigné de son propre mouvement avant qu'on eût commencé à la garder à vue, afin de prévenir toutes les objections, et il n'est revenu à la ville qu'après la fin de l'enquête.
« Pendant ces dix jours, la malade n'a rien pris que de l'eau claire ; elle en a rarement demandé, mais n'en a bu le plus souvent que quand elle lui était offerte par nous, par sa sœur ou par MM. les médecins. Elle a mis une fois une cerise dans sa bouche et Ta un peu sucée, mais elle en a rejeté la chair ; elle a avalé aussi plusieurs gouttes de laudanum que M. le docteur Wesener lui a fait prendre un jour qu'elle ressentait des douleurs extraordinairement vives et persistantes.
a Ni la malade même, ni aucun de ceux qui l'ont visitée n'ont touché le moins du monde à ses plaies.
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• La double croix de la poitrine a commencé à saigner dans la nuit du 15 au 16, après de grandes douleurs et des élancements dans la poitrine dont la malade se plaignait beaucoup ; cela peut avoir duré jusqu'à sept heures du matin. Les autres plaies ont commencé à saigner de bon matin le vendredi 18, et elles ont continué plus ou moins fort toute la journée ; les plaies à la tète ont encore un peu saigné le matin du samedi 19. Avant et pendant rhémorragie, la malade se plaignait beaucoup de douleurs et d'élancements dans ces plaies. Du reste, nous avons observé que généralement aux heures de la matinée jusque vers dix heures, la malade se plaignait moins et quelquefois se montrait de très-bonne humeur; il y avait une exception pour le temps qui précédait et suivait l'effusion du sang. Pendant le reste de la journée, elle se plaignait plus ou moins de faiblesse, de chaleur et d'élancements aux plaies et dans la poitrine, de maux de tète et de maux d'yeux. Il était rare qu'elle eût un sommeil tranquille ; l'état qui nous paraissait ressembler au sommeiln'était, disait-elle, jamais bienfaisant pour elle, et elle se sentait ordinairement plus faible après qu'avant. La nuit venue, presque toujours entre dix heures et minuit, elle entrait en extase, et alors elle avait le délire, parlait haut, tressaillait comme saisie de terreur, etc. ; souvent aussi, elle restait longtemps tranquille comme si elle eût dormi.
<i Nous sommes prêts à renouveler en toute occasion nos présentes affirmations devant toute autorité ecclésiastique ou civile, et, s'il le faut, à en attester la vérité par serment.
R Dulmen, le 23 juin 1813. »
9. Le vicaire général exprima alors sa satisfaction au doyen dans la lettre qui suit : « Je ne puis me dispenser, monsieur le doyen, de vous exprimer ma plus vive recon-
naissance pour aYOir conduit l'enquête d'une manière si parfaitement conforme à mes désirs et à mes instructions. Je ne puis donner de meilleur conseil à la sœur Emmerich que de s'affermir dans l'indifférence, au moyen de la grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut à ceux qui veulent et qui prient, et d'employer les moyens qui sont à la disposition de tout citoyen pour qu'on la laisse tranquille chez elle et à l'abri des visites importunes. Je la plains de tout mon cœur, mais je ne puis plus lui venir en aide. >
Ces derniers mots se rapportaient à un incident qui eut des conséquences ultérieures et qui avait eu lieu peu de jours avant la clôture de l'enquête ; il ne doit pas être passé sous silence, parce que, quatre ans plus tard, il servit de prétexte à des attaques dirigées contre Anne Catherine par la voie de la presse.
10. Le 16 juin, Rensing avait reçu par écrit l'avis suivant du vicaire général :
c Si la femme du préfet du département de R..., avec mademoiselle sa sœur et le professeur B..., de Munster, demandent à visiter la sœur Emmerich, veuillez les introduire auprès d'elle. Dites à la sœur Emmerich de ma part qu'elle consente par obéissance à laisser voir toutes ses plaies à ces personnes. D est d'autant plus nécessaire de les faire voir toutes à M. le professeur qu'il est trèsdéfavorablement prévenu. »
Le soir du même jour, ces personnes arrivèrent à Dulmen. Elles se rendirent d'abord chez le docteur Rrauthausen et se firent rendre compte par lui de ses observations sur Anne Catherine. Le professeur, plein d'assurance et de présomption, n'y voulut voir qu'ignorance et illusion, de même qu'avant d'avoir vu la patiente, il l'avait condamnée
D'ANNE CATHERINE BMMERICQ 385
comme coupable d'imposture et avait déclaré que l'enquête était sans valeur.
Dans la matinée du 18 juin, Rensing conduisit les voyageurs chez Anne Catherine qui, par obéissance à l'ordre du vicaire général, consentit à l'inspection si pénible pour elle de ses plaies. M. le professeur ne trouva là que fourberie pure et simple. Les croûtes de sang desséché qui recouvraient les stigmates étaient, selon lui, (ainsi qu'il le répéta quatre ans plus tard, dans une brochure), collées avec de l'amidon ; la croix de la poitrine lui parut si faiblement appliquée qu'elle disparut, dit-il, sous ses mains. Les plaies elles-mêmes avaient été faites avec des aiguilles et un canif; le sang qui en découlait était « de la peinture. » Le savant homme fut surtout choqué de ce que du sang avait jailli sous la coiffe de la rnsdade et coulé le long de son nez : c'était, selon lui» « une tentative par trop grossière pour le tromper, lui et sa science. » Anne Catherine elle-même était à ses yeux « une personne saine et robuste qui se trouvait à merveille de sa prétendue abstinence de nourriture. » Ainsi donc, pour ce professeur aux yeux de lynx, il n'y avait de vrai dans cette affaire que des instruments pointus, du blanc d'œuf, de l'amidon., des couleurs de teinturier et de l'eau de gomme : quelques années plus tard, il fit part de cette découverte au monde surpris. — Madame la préfète aussi pensa qu'il était facile de se faire de semblables blessures avec un canif et rattacha les extases au magnétisme qui avait tant d'importance à ses yeux qu'elle tourmenta Anne Catherine de questions sans fin sur la guerre et sur la paix, sur les choses cachées et les événements à venir. La malade toutefois ne lui fît que cette brève réponse : « Ha paix intérieure est la seule chose dont j'aie souci. »
11 . Le docteur Rrauthausenet Rensing furent très-blessés L 25
de semblables procédés, et ce dernier prit sur lui de refuser à ces personnes une nouyelle visite. Gela lui attira un reproche du vicaire général qui exprima son mécontentement en ces termes :
c En toute autre circonstance, il eût été injuste de permettre la répétition d'une pareille visite qui eût été trèspénible pour la sœur Emmerich. Mais ici, avec des gens si disposés à croire qu'on veut, par une Êraude pieuse, c'est-à-dire, pour parler clairement, par une grossière ignorance ou un charlatanisme diabolique, produire je ne sais quel effet, il faut éviter tout ce qui peut fournir un prétexte aux soupçons. Or, le refus d'une seconde visite est évidemment propre à fournir ce prétexte. »
Quelques années après, en effet, le professeur, dans des écrits imprimés, reprocha au doyen de ne lui avoir refusé une seconde visite « que parce que la croix de la poitrine, qui était à peu près effacée, n'avait pas encore été remise k neuf. »
Madame la préfète protesta devant Wesener « qu'il ne s'agissait pour elle que d'arriver à la pure vérité et de se tranquilliser elle-même, ainsi que d'autres personnes. > Et eue pria Wesener d'en appeler au jugement d'Anne Catherine sur la pureté de ses intentions. Lorsqu'il interrogea la malade à ce sujet, elle lui répondit :
« Dans cette société, madame la préfète était celle qui pre* nait la chose le plus au sérieux : mais pourtant elle n'est pas venue avec une intention tout à &it pure. Elle a la tète trop exaltée et elle est encore bien loin du véritable christianisme. Cette visite m'a fait beaucoup souffrir, et j'ail'intime persuasion qu'il ne sert à rien de me tourmenter ainsi. »
12. De retour à Munster, le professeur répéta avec beaucoup d'aigreur que, dans son opinion, Anne Catherine était une trompeuse, si bien que le vicaire général eut la
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pensée d'accorder à cet homme des pleins-pouvoirs trèsétendus à l'égard d'Anne Catherine, dans l'espoir que des observations plus exactes et plus prolongées pourraient le forcer à rendre témoignage à la vérité et à retirer ses calomnies. Quelque peu de cas qu'il fit personnellement du jugement de ce professeur dont il pénétra, dès le premier mot, la légèreté superficielle, il lui sembla que ce serait un triomphe pour l'innocence et pour la vérité que de mettre leur ennemi le plus acharné, par l'offre d'un nouvel examen, dans Timpossibilité de contester ou de nier l'état réel des choses.
B... lui ayant déclaré avec l'impudence qui le caractérisait qu'il était en mesure de guérir les plaies en trèspeu de temps, le vicaire général le prit au mot. Dans un appendice aux procès-verbaux de l'enquête, il s'exprime ainsi à ce sujet :
c Je désirais que l'expérience ne se fît que sur une seule main, parce que je prévoyais que la sœur Emmerich aurait à en souffrir beaucoup : mais tant de repos était nécessaire pour la guérison de cette main que la tentative n'était pas exécutable. »
a B... lui-même parut trouver cela vrai, et il raisonnait ainsi : t Si Timposture existe sur un point, elle existe sur tons. » n se déclarait convaincu qu'il n'y en avait pas moins quant à l'abstinence de nourriture qu'en ce qui concernait les stigmates, et que la tromperie serait mise au grand jour si Anne Catherine était transportée à Munster pour y être soumise à la surveillance de six médecins. Mais je m'y suis refusé. Je ne voulais pas, par mes mesures, donner crédit aux soupçons qu'inspire à plusieurs personnes l'entourage d'Anne Catherine, car je les crois tout à fisdt sans fondement. Cela m'eût semblé contraire à la justice et à la charité, s
13. Le plan de B. fut alors modifié, en ce sens que deux femmes de confiance devaient être choisies par lui à Munster et envoyées à Dulmen pour observer le plus soigneusement possible la sœur Emmerich, laquelle devait être transportée dans un autre logement, rester complètement séparée de son entourage actuel et ne recevoir de visites que de Rensing. Le vicaire général voulait aller lui-même à Dulmen pour faire tous les arrangements nécessaires.
Mais le préfet français vint à rencontre de ce projet. Il ordonna au maire de Dulmen de s'opposer, en vertu de son autorité, à ce qu'on entreprit de nouveau de garder à vue la malade ; le gouvernement, disait-il, devait prendre sous sa protection un sujet qui avait été si longtemps soumis à une enquête rigoureuse et dont Tautorité ecclésiastique avait rendu un si bon témoignagne au commissaire de police impérial. A cette déclaration était jointe la menace de foire diriger par Tautorité civile ellemême l'enquête future sur Anne Catherine et son entourage, s*il était constaté que l'enquête ecclésiastique n'avait conduit à aucun résultat satisfoisant. Cette menace décida le vicaire général à renoncer à son projet et à laisser là le professeur et ses rêveries.
14. Au premier coup d'œil, il semble incompréhensible que le vicaire général Droste ait pu donner une attention qu'elles méritaient si peu à ces indignes menées du professeur B... ; mais il nous donne l'explication de sa manière d'agir quand il dit : c Je désirerais moi-même que B. pût guérir les plaies. »
Les stigmates et leé effusions de sang avaient été, dès le commencement, pour le vicaire général , une chose dont il eût bien voulu se débarrasser, même au prix de cruelles souffrances pour Anne Catherine, car à ses yeux c'était là seulement ce qui avait attiré l'attention du public sur une
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personne dont toute la manière d'être était si étrangère aux idées de l'époque et forcé l'autorité ecclésiatique k en* treprendre ime enquête qui, de quelque manière qu'elle aboutit, ne pouvait avoir pour ceux qui la feraient que des conséquences désagréables. Il aurait vivement désiré qu*on évitât ou qu'on laissât de côté tout ce qui pouvait de^ venir pour les innombrables ennemis de TEgliseune occasion de nouvelles injures et de nouvelles attaques contre la sainte foi. C'est pourquoi le fait des stigmates, désormais impossible à cacher et qui semblait réveiller toute la rage des incroyants, était toujours resté à ses yeux une manifestation fâcheuse. Cette impression n'était pas encore affaiblie chez lui , alors même que ses propres observations faites avec le plus grand soin et les témoignages irrécusables d'autrui lui rendaient impossible la supposition d'une fraude. Dans le cours de l'enquête, la conviction chaque jour plus assurée de la piété sincère et de la haute perfection spirituelle d'Anne Catherine l'avait conduit à regarder les stigmates comme l'œuvre immédiate de Dieu ou du moins à étudier plus sérieusement et plus attentivement la nature et la signification de ces phénomènes dans leur rapport avec l'ensemble de la direction donnée à Anne Catherine et de la tâche qui lui était assignée ; cependant, sa raison froide, peu sympathique à toute espèce de mysticisme, reculait toujours avec une sorte de crainte devant un examen plus approfondi de ce mystère et s'en dispen* sait à l'aide de l'argument suivant :
a Je n'ai à rechercher qu'une seule chose : Anne Catherine trompe-t-elle ou est-elle trompée? L'enquête a eu pour résultat de me convaincre que raisonnablement on ne peut voir là aucune imposture ; je n'ai donc rien de plus à rechercher. Ou les stigmates sont un phénomène naturel d'une espèce très-rare sur lequel je n'ai pas de juge-
ment à porter, ou ils ont une cause surnaturelle qu'il serait difficile de rendre évidente. »
Avec une telle manière de voir, on s'explique comment le vicaire général pouvait être plein du plus grand respect pour Anne Catherine, recommander instamment aux prières de la pieuse fille ses propres affaires et celles de TEglise, lui adresser les personnages les plus considérables appartenant au cercle très-étendu de ses relations, et pourtant ne jamais renoncer au désir de la soustraire autant que possible aux regards et à Tattention du monde.
Il écrivit le 16 juillet à Rensing : « Je vous prie de saluer de ma part la sœur Emmerich, de lui recommander instamment une certaine intention et de lui dire que, si le comte et la comtesse de Stolberg viennent à Dulmen, tout doit leur être montré. »
Visite du comU Frédérie-Léopold de Stolberg.
L'illustre comte de Stolberg arriva à Dulmen avec sa femme, en compagnie d*Overberg, le 22 juillet (tout juste un mois après la visite du professeur B...) ; il y resta deux jours. Voici comment il raconte sa visite : c Overberg nous annonça à Anne Catherine. A neuf heures du matin, il nous conduisit chez elle. Sa petite chambre n'a qu'une entrée et elle est sur la rue, en sorte que les passants peuvent voir dans l'intérieur et qu'on ne peut rien 7 faire qui ne puisse être vu de la rue. Elle est extrêmement propre : on ne sent pas la moindre mauvaise odeur dans cette petite pièce. C'est pour Anne Catherine une grande souffrance que de se montrer. Elle nous reçut de la manière la plus amicale. Overberg la pria en notre nom de retirer ses mains du linge sous lequel elle a cou-
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tume de les tenir cachées. C'était un vendredi. Les plaies de la couronne d'épines avaient saigné abondamment. Elle 6ta sa coiffe. Le front et la tète étaient comme percés de grosses épines : on voyait distinctement les plaies vives, remplies encore en partie de sang frais, et tout le tour de la tète était ensanglanté. Jamais peintre n'a ainsi rendu au naturel les plaies faites au Sauveur parla couronne d'épines. Les plaies qui se trouvent au dos des mains et des pieds sont beaucoup plus grandes que celles de la surface intérieure; les plaies des pieds sont plus larges que celles des mains. Toutes saignaient en même temps.
c Les médecins ont signalé ce qu'il y a là de merveilleux plus tôt et plus ouvertement que les ecclésiastiques, parce qu'ils ont des données certaines pour juger, d'après les rè* gles de la science, le phénomène qui est sous leurs yeux. Ils disent qu'il est impossible de maintenir artificiellement de telles plaies dans le même état, de façon à ce qu'il n'y ait ni suppuration, ni inflammation, ni guérison. Ils disent aussi qu'on ne peut pas expliquer naturellement comment la malade, avec ces plaies incompréhensibles de leur nature et avec la cruelle douleur qui ne lui laisse aucun moment de relftche^ ne tombe pas dans un dépérissement complet, comment elle ne p&lit même pas et comment son regard reste plein de vie, d'intelligence et d'amour.
« Depuis quelque temps, il dépend d'elle d'admettre ou de refuser les visites : elles lui sont très-pénibles et sont déclinées le plus souvent, même quand il s'agit de gens qui viennent de loin. Ce n'est que sur les représentations de quelques ecclésiastiques ou du médecin, auxquels les étrangers s'adressent, qu'elle consent à faire des exceptions. Elle a assez à faire, dit-elle, de prier Dieu, afin qu'il lui conserve la patience dans ses souffrances continuelles; c'est le tenter que de mettre cette patience à l'épreuve pour des personnes qui la plupart du temps vien-