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nent aniquement par curiosité. « Ceux qui ne croient pas à Jésus-Christ, dit-elle encore , ne deviendront pas croyants à cause de mes stigmates. » Gela ne doit pas étonner quand on pense combien il doit en coûter à une pauvre religieuse timide et délicate d'avoir à supporter l'invasion de curieux souvent peu discrets.
Anne Catherine, qui a gardé les troupeaux pendant son enfance et qui s'estlivrée àdes travaux de toute espèce, parle d'une voix très-douce; elle s'exprime sur les choses de la religion dans un langage élevé qu'elle n'a pas pu apprendre au couvent, et elle le fait, non-seulement avec convenance et discernement, mais avec un esprit éclairé de lumières supérieures. Son regard est plein d'intelligence; son aimable affabilité, sa sagesse lumineuse et sa charité respirent dans tout ce qu'elle dit. Elle parle bas et sa voix est claire et limpide. Il n'y a rien d'exagéré dans ses manières ni dans ses paroles parce que l'amour n*est pas où l'on sent l'effort. Elle donne le spectacle de ce qu'il y a de plus sublime, l'amour de Dieu inspirant toutes les actions, les paroles et les sentiments, le support de tous, la charité envers le prochain quel qu'il soit.
c Combien nous sommes heureux de connaître Jésus- Christ, a-t-elle dit à Sophie! Combien il était difficile aux païens, nos ancêtres, d'arriver à Dieu! » Bien loin de s'enorgueillir des signes extérieurs de la faveur divine, elle s'en sent tout à fait indigne et porte avec une humble sollicitude le trésor du ciel dans un vase de terre fragile. »
Cette relation écrite sous forme épistolaire par l'illustre écrivain fut imprimée dans la suite avec des additions. Kellermann, le premier, en prit copie pour Michel SaUer, plus tard évèque de Ratisbonne, qui en donna connaissance à beaucoup de personnes. Elle tomba aussi entre les mains de Clément Brentano et ce fut là ce qui lui inspira d'abord le désir de connaître Anne Catherine.
Stolberg resta jusqu'à sa mort, par rintermédiaired'Oyerberg, en union spirituelle avec la pieuse fille qui était pour lui l'objet d'une profonde vénération. Elle, de son c6té, ne perdit jamais le souvenir de Stolberg qui la suivit souvent dans la sphère de ses contemplations. Il fut dès lors du nombre de ces personnes pour lesquelles elle offrait à Dieu d'une manière toute spéciale ses prières et ses souffrances et en faveur desquelles elle luttait afin qu'elles pussent remplir leur mission et recevoir de Dieu la couronne qui leur était réservée. Car elle s*était prise d'une vive affection pour cette grande &me, si richement douée, dont la beauté se montrait clairement à ses yeux. Personne sans doute ne regardera comme un pur effet du hasard que , si peu de temps après la clôture de Tenquéte, un des hommes les plus éminents de cette époque ait été conduit dans le pauvre petit réduit de^ Dulmen pour rendre hautement témoignage à l'œuvre de la grâce divine.
Peu après la visite de Stolberg, la princesse Galitzin vint aussi plusieurs fois avec Overberg.
PERlflkRE VISITE OU VICAIRB GÉNÉRAL OROSTI A DULMKK. — IL ESSAIE d'emmener ANNE CATHERINE A DARFELD
1. Le vicaire général voyait toujours avec plaisir que des personnes haut placées et des hommes distingués par leurs lumières et l'indépendance de leur esprit demandassent à visiter Anne Catherine et à se renseigner sur son état. Il avait coutume de la préparer d'avance à leur arrivée, en lui exprimant le désir qu'elle leur permit de voir ses stigmates : car il espérait augmenter par là le nombre de ceux qui rendraient témoignage à la vérité et réduire peu à peu au silence la voix de la calomnie.
2. Ce fut dans cette louable intention que, quelques mois après la fin de Tenquéte, il vint lui-même à Dulmen avec une nombreuse société de personnes appartenant à la noblesse, pour leur faire faire sur Anne Catherine des observations aussi circonstanciées que celles auxquelles lui-même s'était livré le 2i avril. On lit à ce sujet dans le journal de Wesener :
(( Dans la soirée du jeudi 26 août, je rencontrai chez la malade le vicaire général de Droste et le professeur de DruSel. La malade était très-soucieuse et le professeur DrufTel désira savoir de moi dans quel état elle avait été jusqu'alors. Il trouvait la physionomie, les plaies, les signes et la manière d'être d'Anne Catherine comme à l'ordinaire. Le vendredi soir, je trouvai la malade dans un si triste état, le pouls si bas et si petit, qu'elle-même, ainsi que nous, s'attendait à une mort prochaine. Sa sœur et le
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père limberg me dirent qae le yicaire général, accompagné d'une suite nombreuse, Tavait fatiguée aujourd'hui toute la journée. On lui avait découvert plusieurs fois la poitrine et on avait lavé les plaies pour pouvoir mieux examiner les signes. »
3. Anne Catherine qui s'était soumise passivement à son supérieur ecclésiastique et avait supporté sans se plaindre une inspection excessivement pénible pour elle, était après cela tombée dans une faiblesse presque mortelle dont elle ne se remit que lentement. Wesener fut saisi d*une telle compassion pour la pauvre malade sans défense que, dans une lettre assez longue, il s'en plaignit vivement au vicaire général
« Vous voulez, écrivit-il, examiner la chose à fond : c'est même votre devoir. Soit ; mais on n'examine pas ainsi. La pauvre malade a été martyrisée jusqu'à en mourir! Vous êtes venu avec une suite de huit ou dix personnes et vous êtes resté avec elles près de la malade huit heures du matin à six heures du soir. Il est à regretter que j'aie été appelé auprès de malades demeurant hors de la ville, car j'aurais pu vous dire à l'avance tout ce qui en résulterait. La malade n'aurait pas enduré ce supplice et je n'aurais pas eu la douleur de la trouver dans un état de faiblesse mortelle. Elle-même croyait , et elle en remerciait Dieu, que sa dernière heure était arrivée. Je ne m'expliquerais pas comment vous avez pu imposer ce supplice à la malade, si je ne me souvenais d'avoir entendu le docteur Druffel affirmer que des traitements de ce genre ne peuvent être nuisibles pour elle. Mais moi, je vous affirme, sur mon honneur, que ce qui s'est passé hier aurait coûté la vie à la malade, sans un miracle du Dieu tout-puissant. Si vous devez continuer l'enquête, la patiente vous laissera faire tout ce que vous voudrez ; mais, au nom de Dieu, que cela ne
se fiisse pas ayec tant de bruit, ni aux dépens de sa santé certainement très-précaire. »
4. Anne Catherine ne se remit que difficilement et lentement et, quand elle put de nouveau prononcer quelques paroles, elle s'expliqua ainsi devant son entourage :
c Je suis convaincue dans ma conscience que je ne dois plus me prêter à de telles visites, ni montrer les signes extérieurs. Cet avertissement m*a été donné en esprit. J'étais agenouillée en esprit dans une belle chapelle devant une image de Marie tenant ren&nt Jésus dans ses bras et j'invoquais la Mère de Dieu. Mais celle-ci descendit, m'embrassa et me dit : c Mon enfant! prends garde à toi et ne va pas plus loin. Eloigne de toi les visites et conserve-toi dans l'humilité. >
5. La manière d'agir du vicaire général paraît moins rigoureuse si l'on considère de près les motifs qui le dirigeaient. Depuis la clôture de l'enquête, il méditait le projet de dérober Anne Catherine aux regards du monde et de lui assurer la possibilité matérielle d'accomplir sa t&che de souffrances dans une retraite où rien ne la troublerait. Après y avoir longtemps réfléchi, il avait uni par se décider à préparer pour Anne Catherine, dans un des biens seigneuriaux de sa famille, un asile où l'on pourvoirait à tous ses besoins de la manière la plus généreuse. Avant de faire le dernier pas, quelques membres de son illustre famille et quelques amis devaient se convaincre par eux-mêmes de la sincérité d'Anne Catherine et de la réalité de son état extraordinaire. Telle était la cause pour laquelle il était venu chez la malade avec cette nombreuse compagnie et l'avait soumise à cette longue inspection qui, à ce qu'il pensait, devait être la dernière, et dont il comptait la dédommager par son offre charitable et par des bienfaits de toute espèce.
Personne à Dulmen ne devait avoir connaissance de ce projet, excepté le doyen Rensing, qui devait assister Anne Catherine de ses conseils dans le cas où elle demanderait à réfléchir quelque temps avant d'accepter cette hienveillante invitation. Si elle donnait son assentiment, il était chargé de l'accompagner immédiatement au ch&teau de Darfeld dans la voiture du vicaire général.
6. Quand le vicaire général fit cette offre à Anne Catherine, il lui imposa le silence le plus absolu à ce sujet envers son confesseur ordinaire comme envers tout son entourage. Le père Limberg ne devait en être informé qu'au moment du départ par un écrit cacheté que laisserait le vicaire général et qui lui intimerait en même temps la défense absolue de se mêler de cette affaire en aucune façon. Cette proposition mit Anne Catherine dans un état qui menaçait d'épuiser ce qui lui restait de force. Les plus grands et les seuls biens terrestres auxquels elle aspirftt et qui lui semblaient ravis pour toujours, la solitude et le repos, se présentaient à elle comme assurés; de plus son acceptation lui paraissait un devoir de déférence et de gratitude envers la première autorité ecclésiastique.
En outre, le doyen Rensing lui représentait que l'asile retiré de Darfeld pourrait seul la protéger contre tout projet de faire plus tard une nouvelle enquête. Mais où Anne Catherine trouvait-elle l'assurance qu'en acceptant cette offre généreuse, elle ne se rendait pas infidèle à Dieu; qu'en cherchant une vie plus tranquille et plus commode, elle ne poursuivait pas une chose incompatible avec sa tftche? Qui pouvait tranquilliser sa conscience, quant aux saints vœux de religion auxquels elle contrevenait peut-être en ne donnant pas la préférence à la position et au genre de vie qui amenaient à leur suite le plus d'ennuis et de privations? Où était la garantie pour son
cœur brûlant de charité, que, dans ce noble séjour, elle trouverait les mêmes occasions pour les œuvres de misé* ricorde que dans sa position actuelle, où sa porte était ouverte à toute heure pour quiconque avait besoin d'assistance? D'un autre côté, si elle ne se rendait pas à l'invitation, cela n'attirerait-il pas sur elle le juste mécontentement du supérieur ecclésiastique? Et ne se donnerait-elle pas l'apparence de l'ingratitude et du caprice? Toutes ces pensées remplissaient Anne Catherine d'une grande tristesse et elle la ressentait d'autant plus douloureusement qu'elle était depuis longtemps accoutumée à ne rien faire sans l'ordre de ses supérieurs ou de son confesseur. Or non-seulement il lui était rigoureusement défendu de rien communiquer au père Limberg, mais encore le vicaire général et le doyen Rensing s'abstenaient avec soin de lui dire une parole qui eût Tair d'un ordre ou d'une décision. L'acceptation de l'offre qui lui était faite devait être entièrement et uniquement l'œuvre de sa propre volonté et c'est pourquoi ils se gardaient de toute manifestation qu'Anne Catherine eût pu interpréter comme l'expression de la volonté de l'autorité ecclésiastique, agissant en cette qualité. Elle demanda du temps pour réfléchir, afin de consulter Dieu dans la prière, et au bout de quelques jours, elle mit le doyen en mesure d'écrire ainsi à Darfdd au vicaire général :
« La sœur Emmerich ne peut pas se résoudre au voyage de Darfeld. Elle se sent trop faible pour pouvoir l'entreprendre sans risquer sa vie. C'est pourquoi, n'étant pas tenue à ce voyage en vertu de l'ordre des supérieurs ecclésiastiques, elle craint de tenter Dieu en le Cedsant et de s'exposer à pécher par une confiance imprudente. De plus, elle est persuadée que son séjour à Darfeld près de la famille de messieurs de Droste, si considérée pour sa piété dans tout le pays de Munster, loin de foire cesser les accusations
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calomnieuses, en susciterait de nouvelles. Elle aurait donc le chagrin d'exposer cette noble famille à des désagréments.et à des ennuis, parce que M. B... et ceux qui pensent comme lui se tairaient difficilement sur cette démarche, mais au contraire demanderaient d'autant plus instamment qu'elle fût traînée à Munster pour y être soumise à une nouvelle enquête. »
La Mblesse physique de la malade était très-grande, car pendant tout le temps qui s'écoula du 1" au 10 septembre, on s'attendit plusieurs fois à la voir expirer. Le 2 septembre, le père Limbergla crut déjà morte, et récita près d'elle les prières pour les morts : mais quand il l'aspergea d'eau bénite, un rayon de son amabilité accoutumée passa sur son pftle visage et peu à peu elle revint à elle.
7. Le vicaire général ne put s'empêcher de reconnaître la valeur des raisons qui motivaient le refiis d'Anne Catherine. Quoiqu'il vit avec peine avorter un plan au moyen duquel il avait espéré fermer la bouche à ceux qui mettaient son enquête en su^icion, et fidre tomber les calomnies des incrédules et des ennemis de l'Eglise, il trouva pourtant dans la réponse négative d'Anne Catherine une nouvelle preuve de la pureté de ses intentions et de la hante perfection de sa vertu : aussi sa sympathie affectueuse et sa haute estime pour elle n'en souffrirœt-elles aucune diminution. Il conserva avec elle des relations constantes par l'intermédiaire de Rensing et surtout d'Overberg qui, jusqu'à la mort d'Anne Catherine, resta toujours en commerce spirituel avec elle et lui fit des visites aussi firéquentes que le lui permirent ses occupations et l'état de sa santé. Clément Auguste lui envoyait de temps en temps ses salutations et recommandait à ses prières lui-même et 868 intentions.
Un an après l'enquête, le vicaire général ayant appris par
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Clara Soentgen qu'on regardait la mort de la sœur Emme* rich comme imminente» écrivit en ces termes à Rensiog :
a Je voudrais savoir si vous regardez la fin de la sœur Emmerich comme aussi prochaine que le croient d'autres personnes, et je vous prierais de m*envoyer un messager si vous regardiez comme très-probable qu'elle approche de son dernier moment, ou si la mort survenait inopinément. Je serais bien aise d'avoir une notice sommaire sur ce qui s'est passé de remarquable depuis le mois d'août 1813. Veuillez saluer la sœur Emmerich de ma part. »