Les rapports de Wesener avec le père Limberg lui
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même étirent encore plus d'importance pour Anne Catherine. Cet homme craintif, malgré tout ce qu'il avait vu, aurait abandonné sa fllle spirituelle dès qu'il avait eu connaissance des sottes calomnies répandues contre elle, s'il n'eût été soutenu par le médecin qui avait rexpéricnce du monde et que rien ne pouvait ébranler. Le père Limbcrg ne possédait pas l'énergie nécessaire pour répondre tranquillement et sans hésitation aux contradictions, aux arguments spécieux ou aux suspicions malignes qui se produisaient avec une confiance présomptueuse. Il s'effrayait, tergiversait et se disait qu'il valait mieux tout laisser là que de s'exposer à de telles tracasseries. Cependant il reprenait toujours courage près de Weôerier, car il voyait avec quel sérieux et quelle persévérance celui-ci remplissait les devoirs d'un bon chrétien, depuis qu'Anne Catherine l'avait ramené à la fol, et avec quelle indifférence pour le juge^ ment de la foule il rendait témoignage à la vérité clairement reconnue. Cela rcncourageait et le fortifiait, mais lui donnait aussi tine confiance sans bornes dans Wesener, en sorte quHl faisait un devoir à sa pénitente d'user avec docilité de tou^ les remèdes qu'ordonnait le docteur. Anne Catherine se trouvait donc par là, envers Wesener, exactement dans la position où elle avait été autrefois à Agnetenberg envers Krauthausen, le médecin du Couvent. Cependant, encore ici, elle se soumettait avec une simplicité et une abnégation parfaites à toutes les ordonnances, et le médecin comme le confesseur restaient intimement persuadés que les plus fortes doses de musc, d'opium et de camphre, sans parler de l'cau-de-vle bouillante, étaient les moyens les plus appropriés à la guérlson de ce corps miraculeux qui ne portait jamais en lui-même les causes de ses maladies, mais qui endurait en elles les souffrances de l'Église. Jatnals une plainte ne Venait sur ses lèvres quand un surcroit de douleur ou Tétourdisse-
ment stupéfiant causé par ces remèdes lui montraient clairement combien ils lui étaient contraires ; elle se montrait même d'autant plue docile, plus affectueuse et plus reconnaissante, au point que des années se passèrent avant que Wesener et Limberg missent quelque modération dans Tapplication de leurs moyens curatifs. Un seul fait suffira pour apprendre dans quelle proportion ils étaient administrés. Voici ce que dit le journal de Wesener à la date du 16 mai 1814 :
« La malade souffre le martyre; elle a des douleurs terribles dans le diaphragme et semble avoir perdu Touïe. Son entourage Ta déjà plusieurs fois crue à la mort. Les spasmes dans l'estomac et le gosier sont si fréquents que nous devons nous attendre à une fin prochaine. La malade, en outre , est si défaite et souffre si horriblement, que le père Lifpberg veut lui donner l'extrême-onction. Je ne pense pas que ce soit encore absolument nécessaire; en attendant, il m'est impossible de rester plus longtemps simple spectateur de pareilles souffrances, et je suis obligé de faire violence à la conviction où je suis qu'aucun remède n'y peut rien faire, la malade ne pouvant rien garder... Je lui ai donné quatre gouttes de musc qui ne sont pas arrivées jusqu'à l'estomac, mais qui ont été rejetées aussitôt. J'ai fait encore donner la même dose par mteryalles, mais sans plus de succès. Dans la nuit, la malade a terriblement souffert. On lui a lait prendre du musc à plusieurs reprises; mais elle a toujours été forcée de le vomir à l'instant, et ce n'est qu'après minuit qu'elle en a enfin avalé cinq gouttes sans difficulté. Les spasmes ayant augmenté le matin, on a encore donné à deux reprises cinq à six gouttes. Je l'ai trouvée dans un état de prostration indescriptible; son aspect était vraiment effrayant. En la quittant, je ne croyais pas la retrouver en vie. Le 18 mai^ elle fut sans connaissance près-
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que toute la journée. Plusieurs fois elle avait vomi de Teau avec des efforts terribles. Je me suis décidé à veiller la nuit auprès d'elle. Son état ne varia pas jusqu'à minuit; mais alors il vint un peu de calme et de sérénité. Je lui fis mie lecture dans un livre de piété, et je l'entretins ensuite de sujets religieux. Gela la soulagea tellement qu'elle fut en état de parler comme à Tordinaire. Comme je lui exprimais mon étonnement, elle répondit : « Gela m'arrive toujours ainsi. Quelque faible que je sois, je me sens toujours soulagée et fortifiée quand on parle de Dieu et de notre sainte religion; mais, si Ton parle des choses du monde, cela empire encore mon état. »
Lorsque, six ans plus tard, Glément Brentano fut témoin d'un essai du même genre qu'on faisait avec du musc, il exprima involontairement son vif déplaisir, et elle lui dit à ce propos : « II est vrai que ce remède m*est particulièrement antipathique ; j'en ai beaucoup souffert et il m*a fiadt beaucoup de mal. Mais je dois le prendre par obéissance pour mon confesseur qui pourtant a déjà vu, par plus d'une expérience, dans quel état de faiblesse me fait tomber l'emploi de ce médicament. »
10. Peu de temps après, ayant eu une vision où Dieu lui avait fait voir beaucoup de choses touchant le cours de sa vie passée, elle racontait les particularités suivantes, qui se rapportent aux remèdes donnés à contre-temps et aux conséquences qu'ils avaient eues :
« J'ai eu une vision qui m'a paru présenter le côté douloureux de mon existence. Tout ce que des personnes de ma connaissance ont fait durant ma vie pour contrarier ma tâche m'a été montré dans des tableaux où figuraient ces personnes : c'étaient des choses auxquelles je n'osais jamais penser, de peur qu'elles ne devinssent pour moi des tentations d'aversion et de mécontement. J'ai
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encore essayé d*y résister cette nUit; je me suis défendue et j*ai lutté avec beaucoup d'efforts; mais j'ai eu la consolation de m'entendre dire que j'avais bien combattu.
« Les choses m'ont été représentées de différentes ma* nicres : tantôt c'était comme si une épreuve passée fui redevenue actuelle, tantôt je voyais des gens qui s'empressaient, tantôt cela m'arrivait comme un récit. Bn outre, on m'a montré tout ce que j'ai perdu par là dans ma vie corporelle et dans mon action spirituelle, et j*ai vu clai* rement de combien de mal telles ou telles personnes ont été cause pour moi à mon insu; car tout ce qu'au* paravantje soupçonnai^ seulement sans en avoir la certitude, je l'ai vu distinctement dans son ensemble. C'a été une rude épreuve que de ressentir de nouveau les douleurs et les angoisses de ma vie passée, avec toute la méchanceté et la fausseté des hommes, et non-seulement de ne me laisser aller à aucun ressentiment, mais d'avoir la plus sincère affection pour les plus cruels ennemis.
« Les visions ont commencé par ce qui touchait ma pro* fession religieuse et par tout ce que mes parents ont bit pour l'empêcher, n ont exercé ma patience et ont tout &it en secret, Les nonnes m'ont fait beaucoup souffrir, fai vu leur grande déraison ; comment d'abord elles m'ont maltraitée, puis quand mon élat fut connu, comment elles m'honoraient d'une manière exagérée et pourtant revenaient sans cesse à leurs commérages. Elles m'ont fait bien du mal, car je les aime beaucoup. Tai vu le médecin du couvent, ses remèdes, et combien ils m'étaient nuisibles. J'ai vu le second médecin, comment ses remèdes m'ont ruiné la poitrine et m'ont mise dans l'état le plus misé* sable. J'ai vu ma poitrine comme entièrement vide et creuse, et je sentais que, sans de grandes précautions^ je pouvais m'en aller bien vite. J'aurais pu guérir de toutes mes maladies, sans aucun traitement médical*
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si l'on avait appliqué à propos les remèdes de l'Ëglise.
« J'ai vu le tort qu'on a eu de me trop mettre en lumière, de ne regarder qu'à mes plaies et de ne pas tenir compte des autres circonstances. J'ai vu comment j'ai été forcée de m'cxposer aux regards de tous, ce qui m'a dissipée et n'a fait de bien à personne ; j'aurais pu être bien plus utile si l'on m'avait laissée en repos. J'ai vu mes prières et mes supplications pour obtenir qu'on m'y laissât, prières que je ne disais pas de moi-même, mais par suite d'un avertissement intérieur ; j'ai vu comment tout a élé inutile, et comment, contrairement à mon intime conviction, je suis devenue un spectacle pour le monde. Il m'a fallu subir les plus grandes humiliations; mais ce que je faisais dans rafOiction de mon cœur et par pure obéissance m'était d'autre part reproché comme de l'effronterie, sans que ceux qui me contraignaient à livrer mes signes en proie au public prissent ma défense. »
Quelque fréquemment qu'Anne Catherine fût favorisée de contemplations de ce genre, sa position extérieure ne changeait pas. Le traitement absurde qu'elle avait à supporter de la part de ses amis et de ses ennemis persistait après comme avant, et les ordonnances des médecins allaient leur train ; mais, grftce à ces visions, son &me recevait la lumière qui lui faisait reconnaître dans les personnes et dans les clioses les instruments et les moyens préparés par Dieu pour la faire avancer de plus en plus vers son but, si elle persévérait fidèlement; elle y trouvait aussi l'impulsion et la force qui l'aidaient à réparer, par un redoublement de charité et de patience, les fautes que lui faisait commettre la fragilité humaine. L'ange, dont elle recevait d'ailleurs tant d'avis, ne lui ordonnait jamais de repousser les remèdes. Cela entrait dans le plan de Dieu, d'après lequel Anne Catherine, tenant la place du corps de l'ËgUse, avait à expier le péché de ceux qui, par des
doctrines, des principes, des desseins et des mesures nuisibles, cherchaient à exercer sur l'Eglise une action analogue à celle que produisaient sur Anne Catherine ellemême le musc, Topium, le camphre et les lotions d'eaude- vie. Elle avait la conscience que son expiation était d'autant plus efficace qu'elle se soumettait avec plus de simplicité et de docilité aux prescriptions qui lui imposaient l'usage de ces médicaments ; c'est pourquoi on ne rencontrait chez elle ni résistance, ni contradiction. Mais quand on sait de quels fléaux destructeurs l'Eglise était menacée à cette époque, quand on se souvient , par exemple , des ravages que faisaient Tesprit malsain du philosophisme et l'exaltation factice du faux mysticisme qui, chez un si grand nombre de ses adhérents, aboutissait ordinairement à des débordements monstrueux, on est conduit involontairement à reconnaître dans l'opium et Teau-de-vie frelatée un symbole frappant de ces fausses doctrines.
11 . II y avait, en outre, les dangers provenant du magnétisme contre lesquels Anne Catherine devait agir au moyen de diverses souffrances expiatoires, et ici aussi le médecin et le confesseur furent les premiers qui essayèrent de la guérir par des moyens magnétiques, de même qu'auparavant ils l'avaient essayé à l'aide de l'opium et du musc. Wesener dit à ce sujet :
« M. Limberg me raconta qu^Anne Catherine étant dans un état de catalepsie, il avait fait sur elle diverses expériences magnétiques, mais qui n'avaient eu aucun succès. Je me proposai alors de faire les expériences moi-même à la première occasion. Je commençai peu de jours après, pendant que la malade était en extase. Tout son corps était raide et immobile. Je prononçai quelques paroles sur le creux de l'estomac, sur l'extrémité des orteils ; je mis le bout des doigts de ma main droite sur le creux de l'es*
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tomac et je parlai sur le bout des doigts de la main gauche ; je lui criai dans l'oreille : mais rien de tout cela ne fit sur elle la moindre impression. Sur mon désir, le confesseur répéta les mêmes tentatives, qui restèrent également sans effet. Mais, lorsqu'il prononça le mot d'o&^manc^, elle tressaillit tout d'un coup en poussant un profond soupir, reprit l'usage de ses sens, et, comme le confesseur lui demandait ce qu'elle avait, elle répondit : « On m'a appelée. »
Le médecin et le confesseur s'abstinrent alors de nouvelles tentatives jusqu'au mois de janvier de l'année suivante; mais, pendant ce mois, Anne Catherine tomba dans un tel état de souffrance que Tun et l'autre pouvaient à peine en supporter la vue. Durant plusieurs semaines, elle eut, chaque jour, pendant une heure, des douleurs spasmodiques au cœur, avec des accès de suffocation d'une telle violence que la mort semblait inévitable ; cependant la communion quotidienne lui donna la force de résister à ces effroyables douleurs. Ce ne fut pas la malade, mais le médecin et le confesseur qui furent déconcertés et perdirent enfin patience. Voici ce que rapporte Wesener à la date du 26 janvier :
c J'étais le soir chez elle. Elle était horriblement mal, et le pouls était tombé très-bas. Vers cinq heures, survint une sorte de spasme tonique. Les yeux de la malade étaient ouverts, mais insensibles au point que je pouvais toucher la cornée avec le doigt sans que les paupières se fermassent. Le jour précédent, comme elle pouvait un peu parler, elle m'avait révélé que sa vue était si étonnamment perçante que, même à l'état naturel de veille, elle pouvait voir beaucoup d'objets les yeux fermés. Le spasme tonique dura une heure; mais, peu de temps après, elle tomba en extase, se releva sur les genoux et pria les bras étendus. J'engageai son confesseur à essayer du magnétisme, c'est-à-dire à lui demander quelle était
sa maladie et où en était le siège principal. Il le fit à plusieurs reprises et en insistant; mais la malade ne réppndit pas. Je le priai alors de lui ordonner de le dire en vertu de Tobéissance. A peine le mot d'obéissance était-il parti de sa bouche qu'elle tressaillit et s'éveilla avec un profond soupir. Interrogée sur son mouvement d'effroi, elle répondit : « Quelqu'un m'a appelée. » Elle tomba de nouveau dans une défoillance causée par la faiblesse, et je lui donnai douze gouttes d'essence de musc. Le lendemain matin, elle me dit qu'elle avait passé toute la nuit dans un état de vertige continuel, par suite de sa faiblesse, n Et certainement encore plus à cause du musc qu'elle ne pouvait supporter.
Il n'y avait pas de guérison possible pour cet état de souffrance, parce qu'il avait sa cause non dans une maladie corporelle^ mais dans les péchés d'autrui qu'Anne Catherine s'était chargée d'expier ; c'est pourquoi elle ne put répondre à la demande que lui faisait son confesseur. S'il avait désiré qu'elle rendit compte de ses contemplations intérieures, il aurait sans doute reçu des explications complètes. Quand, enfin, les convulsions cessèrent, la malade fut prise de vomissements continuels d'un liquide aqueux, quoiqu'elle ne pût pas avaler une goutte d'eau et qu'elle mourût presque de soif. Cependant elle fut chaque jour plusieurs heures dans un état de prière extatique qui, le 9 février, dura environ neuf heures sans interruption. Elle donna l'explication suivante au confesseur, ainsi qu'au médecin qui voyait son art et ses efforts déconcertés par ces souffrances et dont la sympathie cordiale la toucliait :
« Jeudi (8 février), comme je disais mes heures, ma méditation se porta sur notre indignité et sur la miséricorde et la longanimité infinies de Dieu ; je fus toute bou* leversée par la pensée qu'en dépit de ces miséricordes, tant d'àmes se perdent pour toujours. Je ne pouvais m'empècher de supplier le Seigneur de faire grâce à ces malheureux.
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Je vis alors tout à coup ma croix, qui est ià«des80usattacliée au mgntant du bois de iit (1), entourée d'une lueur bril* lante. J'étais parfaitement éveillée, avec le plein usage de mes sens; je me dis : a N'est-ce pas une vaine imagination,* et je continuai à dire mes heures ; mais l'éclat de la croix m'éblouissait. Alors je fus forcée de reconnaître que ce n'était pas une illusion ; je me recueillis et priai avec toute la ferveur possible, demandant à Dieu, mon Sauveur, grâce et miséricorde pour tous et surtout pour les faibles et les égarés. L'éclat de la croix devint plus vif et je vis alors un corps qui y était attaché. Des plaies de ce corps crucifié, le sang coulait à flots jusqu'au bas de la croix ; mais je ne le vis pas se répandre en dehors de la croix. Je redoublai ma prière et mes actes d^adoration ; alors le corps étendit son bras droit en l'arrondissant, comme s'il voulait nous embrasser tous ensemble. Pendant que tout cela se passait, j'avais tellement ma connaissance que j'observai ^très^bien plusieurs objets autour de moi et qu'entre autres choses je pus, chaque fois que l'horloge sonna, en compter tous les coups. J'entendis en dernier lieu sonner six coups; mais je ne sais rien de ce qui se passa ensuite autour de moi. J'entrai alors tout entière dans la contemplation intérieure, et je méditai sans interruption la Passion de Jésus-Christ. J'ai vu toute l'histoire de la Passion de mes propres yeux, exactement comme dans la réalité. J'ai vu le Sauveur sortir, portant sa croix ; j*ai vu Véronique et Simon contraint de porter ht croix. J'ai vu le Seigneur étendant ses membres, puis cloué à la croix. Gela me bouleversait jusqu'au fond de l'âme ; j'avais de la tristessse, mais avec un mélange de joie. Je vis la mère du Seigneur et plusieurs de ceux qui lui appartenaient. Je continuai à adorer mon Seigneur Jésus et à lui demander merci pour moi et
(1) C'était Qne petite croix d'argent avec deax parcelles de la vraie croix. .
pour tous les hommes. Là-dessus, il me dit : « Vois mon amour; il est sans bornes! Venez, venez tous dai^ mes bras; je veux tous vous rendre heureux! » Mais alors je vis que la plupart se détournaient de lui et s'arrachaient violemment à ses embrassements. Dès le commencement de cette apparition, je priai le Seigneur, en vue de la guerre présente, de nous donner enfin la paix et de mettre fin aux horreurs des combats; je lui ai demandé de nouveau grâce et merci. Alors une voix me dit : « Ce n*est pas encore la fin de la guerre ; plus d'un pays s'en ressentira encore cruellement; toutefois, prie et aie confiance! » Maintenant, j'espère très-fermement que le pays de Munster et Dulmen ne seront pas trop maltraités. »
«c M. Lambert et la sœur de la malade ont encore rapporté que, pendant tout le temps de cette apparition, c'est-à-dire depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir environ, jglle était restée très-calme ; notamment, qu'elle eut, de dix heures à midi, les yeux ouverts et le visage coloré, mais depuis midi jusque vers cinq heures, les yeux fermés et tout à fait immobiles. Us n'avaient rien remarqué de plus chez elle, si ce n'est que des larmes à peu près continuelles coulaient sur ses joues. »
Le 8 février était le jeudi d'avant la 8eptuagésime. Anne Catherine avait reçu ce jour-là la tftche qu'elle avait à remplir pendant le saint temps de Carême et elle l'avait acceptée avec un ardent désir du salut des âmes. Son humilité Tempèchait de communiquer au médecin, sans l'ordre exprès du confesseur, des détails plusprécis tirés de sa contemplation qui embrassait beaucoup de choses; mais le I peu qu'elle dit suffit pour que Wesener ne pensât plus de
I quelque temps à ime application ultérieure des moyens
I magnétiques. Ni lui ni le confesseur n'osèrent &ire men-
i tion devant Anne Catherine de leurs tentatives avortées,
! car il leur fallait bien reconnaître qu'elles avaient trop peu
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agi sur elle pour qu*elle en eût le moindre sentiment ou le plus faible souvenir. Us laissèrent donc la chose tomber dans Foubli ; mais, un an plus tard, un ami de Neeff et de Passavant vint à Dulmen pour faire des observations sur Anne Catherine qu'il croyait un sujet magnétique. Ce médecin était plein d*un enthousiasme touchant au fanatisme pour la somnambule de Neeff et en général pour le magnétisme où il prétendait avoir trouvé une telle confirmation de la foi chrétienne qu'il déclarait hautement avoir été guéri par là d'une incrédulité absolue. Comme il avait à un rare degré le don de la persuasion, il ne lui fut pas difQcile de faire avouer à Wesener et à Limberg que des vues aussi élevées sur le magnétisme ne leur avaient jamais été présentées; et tous deux, malgré les expériences antérieures faites sur Anne Catherine, étaient sur le point de se déclarer partisans et défenseurs de la médecine magnétique, lorsqu'inter^'int une sagesse plus haute qui fit connaître la vérité avec une clarté irrésistible. C'est par le journal de Wesener que nous savons comment les choses se passèrent.
12. Le Samedi saint, 8 avril 1817, le doyen Rensing fit annoncer à la malade la visite d'un médecin étranger arrivé de Francfort, lequel avait apporté un ordre écrit de le recevoir adressé à Anne Catherine par le vicaire général de Droste. Elle en fut si affligée qu'elle pria Wesener de représenter au doyen combien lui étaient pénibles les visites en général, et spécialement celle d'un homme qui était venu de si loin à cause d'elle. Le doyen n'accueillit point cette prière; mais il réitéra l'ordre, qui fut communiqué à Anne Catherine par Wesener. Voici ce que celui-ci rapporte à ce sujet :
« Lorsque je lui annonçai cela, elle en fut d'abord attristée, mais reprit bientôt contenance et dit : « Puisqu'il en
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estainsi, j6 me soumets par obéissance. » Elle me pria alors de venir avec Tétranger, à cause de la difficulté qu'elle avait à parler. Quelques heures après, je l'amenai. Elle le reçut poliment ; mais il fut tellement frappé à son aspect qu'il se jeta à genoux et demanda à lui baiser la main. Elle retira sa main avec une sorte d'eiTroi et reprocha à cet homme son exagération. Elle ne comprenait pas, disaitelle, comment un homme raisonnable pouvait se laisser aller à donner de telles marques de respect àuae misérable créature comme elle; dans la soirée du même jour, elle m'exprima encore la douleur la plus vive de cet incident si affligeant pour elle, s'humilia et dit : < Que de tentations j'ai à combattre ! que d'épreuves pour la patience cl l'humilité ! Voici maintenant qu'arrivent des tentations d'une espèce qui m'était inconnue jusqu'à présenti » Peu de jours après, Wesener rapporte ce qui suit : (( Grâce aux entretiens instructif de Itf. le docteur N... avec M. Limberg et avec moi, nous nous sommes fami* liarisés davantage avec le magnétisme et nous avons reconnu qu'il n'est autre chose « que Técoulement d'un esprit vital déterminant sur le malade. » Cet esprit, qui est répandu dans toute la nature, est reçu par le roalaûde au moyen d'une communication spirituelle ou même corporelle; il agit alors, dans celui qui le reçoit, d'après la nature de son principe, y allumant une flamme qui appar-^ tient soit à la terre, soit aux régions supérieures, soit même aux régions inférieures, et opérant, suivant son origine, des effets salutaires ou pernicieux. Cet esprit vital, le chrétien peut et doit l'enflammer par la religion et par l'amour de Dieu et du prochalfa, de manière à le rendre salutaire pour le corps et pour l'âme. *
Wesener savait pourtant par de fréquentes expériences ce qui avait le pouvoir d'enflammer Anûe Catherine, et, peu de temps avant, il avait écrit sur son journal : t Je l'ai
trouvée aujourd'hui toute vermeille et comme enflammée ; je lui en demandai la cause, et elle me répondit : « M. Overberg est venu ici, et je n'ai parlé que de Dieu avec lui ; cela m'a fort animée ; mais, en outre, je ne me sens pas maL » Or, ce même Wesener, soutenu par le confesseur, vint la trouver, tout plein de sa découverte de l'esprit vital magnétique, et il lui exposa avec tant de chaleur cette science nouvelle pour lui qu'elle put facilement reconnaître sur quelles dangereuses voies le père Limberg et lui étaient au moment de s'égarer. Elle se contint pourtant avec sa prudence ordinaire, écouta patiemment les zélés adeptes sans les contredire, et ne prit la parole que quand son ange lui en eût donné l'ordre. Voici ce que dit Wesener à ce sujet :
c Dans une visite postérieure, la malade me pria de rester un peu, parce qu'elle désirait me faire une ouverture* « Vous avez remarqué, dit-elle, comment j'ai accueilli ce que le père Limberg, le docteur étranger et vous, m'avez dit sur le magnétisme. Je me suis montrée à peu près indifférente ; cependant, j'étais bien aise de ce qu'au moins vous vous efforciez de présenter la chose par un côté moral. Mais voilà que j'ai été avertie en vision pour la troisième fois. La première vision n'était pas favorable au magnétisme; la seconde me le présenta sous un jour qui me remplit d'effroi; mais, la nuit dernière, mon conducteur m'a montré que, dans ce qui s'y passe, presque tout est un prestige du démon. J'espère que je trouverai la force nécessaire pour vous raconter cela en détail. Quant à présent, je ne puis vous dire qu'une chose : si nous voulons faire ce qu'ont fait les prophètes et les apôtres, nous devons aussi être ce que ces hommes étaient, mais alors nous n'avons aucun besoin de ces manipulations dont un magnétiseur fait usage, car, dans ce cas, le saint nom de Jésus suffit pour opérer ce qui est bon et salutaire. Qu'on s'efforce d'opérer
une guérison au moyen de quelque cliose qui se transmet d'une personne bien portante à un malade, ce n*est pas mauvais en soi ; mais les tours de passe-passe qu*on y ajoute sont quelque chose de sot et d*iliicite. Le sommeil magnétique et l'intuition de choses éloignées et futures pendant ce sommeil, voilà où est le prestige du démon. 11 se donne dans tout cela une apparence de piété pour gagner par là des adhérents et surtout pour attirer les gens de bien dans ses filets. » Elle dit cela d'un ton si grave que je lui répondis qu'en présence d'un semblable jugement, je ne me croyais pas autorisé à continuer une cure magnétique commencée sur une fille de la campagne qui avait un bras paralysé. Elle me demanda comment je m'y prenais, et, quand je lui dis que je faisais des passes avec les mains, que je tfaçais des cercles et que je soufflais sur la partie malade, que la malade buvait de l'eau magnétisée et portait autour du membre perclus une bande de flanelle également magnétisée, elle me dit : o Je puis, à la rigueur, considérer l'insufflation et le réchauffement du membre malade par l'imposition des mains comme des moyens naturels; mais je repousse les passes et les cercles tracés comme des choses déraisonnables et conduisant à une superstition dangereuse. »
« Je lui demandai alors ce qu'elle pensait des vues du docteur étranger, et elle me dit : « Il faut bien se tenir sur ses gardes pour ne pas tomber dans la maison avec la porte. Cet homme reviendra sur le bon chemin, et j'ai la confiance que je pourrai lui être utile. »
13. Cet entretien fit une profonde impression sur We« sener, déjà convaincu par tant d'expériences de tout ce qu'il y avait de claiiToyance et de perspicacité chez Anne Catherine; mais, dans son zèle, il oublia l'avis qu'elle lui avait donné de ne pas blesser l'étranger en lui faisant
connaître trop brusquement cette sévère appréciation. Il lui communiqua sans l'y avoir préparé tout ce qu'avait dit Anne Catherine, et cela causa à celui-ci une surprise d'autant plus pénible qu'il avait une très-haute opinion des lumières et de la piété de la somnambule de Francfort et de ses admirateurs. C'est pourquoi, loin d'être ébranlé par le jugement d^Anne Catherine, il répondit avec beaucoup de vivacité qu'on ne pouvait pas admettre que des hommes aussi graves et animés de sentiments aussi pieux pussent avoir quelque chose de commun avec le mauvais esprit; enûn,pour se rassurer, il prétendit qu'Anne Catherine n'avait vu le magnétisme que par son côté ténébreux, mais non par son côté lumineux. Or, selon lui, ce côté lumineux pouvait encore arriver à se faire reconnaître avec l'aide du confesseur. U pria donc celui-ci de guérir le violent mal de dents dont Anne Catherine souffrait alors par.l'imposition des mains et la bénédiction sacerdotale; il appelait cela le « procédé curatif magnétique.» Le confesseur qui pourtant, depuis des années, avait mille fois expérimenté la merveilleuse sensibilité d'Anne Catherine à l'égard de la bénédiction du prêtre et de Tefûcacité curative des moyens employés par l'Eglise, voyant cette fois le prompt soulagement qu'avait apporté l'imposition de ses mains, se sentit porté à en chercher la cause, non dans la vertu du caractère sacerdotal, mais dans l'esprit vital magnétique. Ce même homme qui, d'ordinaire, ne faisait usage pour Anne Catherine du pouvoir de bénir conféré à sa main par le sacrement de l'ordre que quand il la croyait à toute extrémité, se laissait maintenant entraîner par l'attrait de la nouveauté à soumettre « au procédé curatif magnétique » toute manifestation d'une souffrance physique chez sa fille spirituelle. Anne Catherine ne fut pas peu contristée de ce travers d'esprit jusqu'à ce que son conducteur invisible lui eût donné l'avis formel d'engager le confes-
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seur à s'abstenir de cette foçon d*agir. c C'est la volonté de Dieu, lui avait-il été dit, que tu portes tes douleurs avec patience; ton confesseur ne doit rien te fiûre de plus que ce qu'il faisait auparavant. » Elle eut, en outre, pour rinstruction des autres, la vision suivante :
a Je me trouvais dans une grande salle; c'était oonme une église qui était pleine de monde. Des hommes à Tair grave et imposant allaient à travers la foule et ftd* saient sortir de Téglise un grand nombre des assistants. Je m'en étonnai beaucoup et je demandai à ces personnages pourquoi l'on renvoyait des gens qui paraissaient avoir de si bons sentiments et qui savaient parler à merveille. Là-dessus, un de ces hommes à l'air sévère me répondit : « Ils n'appartiennent pas à ce lieu; ils sont dans de fausses voies. Et, bien qu'ils parleat avec des voix d'anges, leurs opinions et leurs doctrines sont dusses. > Je vis alors que le docteur étranger était du nombre de ceux qui devaient être mis dehors. Gela me fit beaucoup de peine pour lui, et je voulais courir à lui pour le retenir ; mais autour de moi se trouvaient d'autres personnes qui essayèrent de m'en empêcher, en disant que cela ne convenait pas. Je ne me laissai pourtant pas arrêter, et je répondis : « Il s'agit du salut de son âmel » J'eus le bonheur de le retenir, en sorte qu'il ne fut pas mis dehors. »
Cette simple vision trouva un accomplissement bien remarquable, car, malgré leur penchant apparent pour le catholicisme et en dépit de tous leurs beaux discours, la plupart des membres de ce cercle ensorcelé par la somnambule sont morts hors de l'Eglise. Seul, « le docteur étranger, > secouru par les prières d'Anne Catherine, ar- \ riva plus tard à trouver pour sa foi un autre et |dus solide i fondement que celui qu'il prétendait avoir rencontré dans la ressemblanee de» i^iénomènes du magnétisme avec ks
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menrôUes opérées par Dieu dans la personne de ses saints et de ses élus.
Lepèreliimbergacoeptalesavertissementaquiluiavaient été donnés et ne se hasarda plus à tenter la moindre expérience de 9t cure magnétique » sur sa fille èpirituellet en deàors de la bénédiction sacerdotale selon l'Eglise* We« saier ausai semble avoir été bientôt guéri ;de son enthousiasme pour le magnétisme^ car son journal se borne à mentionner ociqai suit :
a Je lui demandai ce qu'elle me conseillait de faire pour mon compte» quant à l'application du magnétisme près des maladissft à quoi elle répondit : « Vous pouvez faire usage de l imposition des mains et de l'Insufflation, quand vous avez la parfaite assurance que vous n'induisez en tentation et en danger ni vous-mémor ni Vautre per-^ sonne. V
Quant à ces visions Où Anne Caiherine avait appris à connaître l'essence du magnétisme, la dégradation où il peut entraîner une &me et les dangers qu'il lui &ii courir, elle en communiqua quelque chose peu de temps après.
« liorsque j'entendis pour la première fols parler du magnétisme par le docteur étranger, dit-elle, mon atten** tion n'avait jamais été appelée sur ce sujet. Mais chaque fois qu'il parlait de la personne clairvoyante et des aoiîs qui étaient en rapport avec elle, cela excitait en moi, sans que je susse pourquoi, un sentiaoyenl de vive répulsion. Cette personne me fut ensuite montrée, et je fus instruite sur son état dans des visions qui me prouvèrent que cet état n'était rien moins que pur et ve* nant de Dieu. Je vis que l'attrait sensible et le désir de plaire y avaient part, quoiqu'elle ne voulût pas se l'arvouer, et que, sans s'en rendre compte, elle avait trop d'attachement pour son magnétiseur. Je vis encore çà et là, dans l'éloignement, quelques autres personnes de cette
espèce; on voit cela comme à travers un verre grossissant. Je les vis assises ou même couchées ; j'en vis quelques-unes ayant devant elles un verre d'où partait un tube qu'elles tenaient à la main. L'impression que je ressentais %tait toujours une impression d'horreur, ce qui venait moins de la nature même de la chose que de l'immense danger auquel je les voyais presque toujours succomber.
ce Les gestes des magnétiseurs devant les yeux, leurs passes et leur manière de prendre la main avaient pour moi quelque chose de si repoussant que je ne puis l'expri* mer, parce que je voyais à la fois l'intérieur du magnétiseur et celui de la somnambule, l'influence de l'un sur l'autre, la communication de la nature et des mauvais penchants du premier à la seconde. Je voyais toujours là Satan en personne dirigeant tous les mouvements du magnétiseur et les faisant avec lui.
c Ces personnes sont dans leurs visions tout autrement que moi dans les miennes; quand, avant d'entrer dans l'état d'intuition, elles ont en elles si peu que ce soit d'impur, elles ne voient que fausseté et mensonge, car le démon leur présente des tableaux et donne à tout une belle apparence. Quand une telle personne se dit seulement à l'avance qu'elle désirerait ce jour-là dire quelque chose d'intéressant ou quand elle a en elle la moindre convoitise sensuelle) elle se trouve aussitôt exposée au plus grand danger de pécher. Plusieurs, à la vérité, reçoivent un soulagement corporel; mais la plupart en ressentent des effets pernicieux pour l'âme, sans le savoir et sans reconnaître d'où cela leur est venu. Je ne puis comparer l'horreur que ces choses me font éprouver qu'à celle que m'inspirent une certaine association secrète et ses pratiques. Il y a aussi là une corruption que je vois sans pouvoir bien la décrire.
D'ANNE CATHERINE EMMERiCH 485
c La pratique du magnétisme confine à la magie; seulement on n'y invoque pas le diable, mais il vient de lui-même. Quiconque s'y livre prend à la nature quelque chose qui ne peut être conquis légitimement que dans l'Eglise de Jésus-Gbrist et qui ne peut se conserver avec le pouvoir de guérir et de sanctifier que dans son sein ; or la nature, pour tous ceux qui ne sont pas en union vivante avec Jésus-Christ par la vraie foi et la grâce sanctifiante, est pleine des influences de Satan. Les personnes magnétiques ne voient aucune chose dans son essence et dans sa dépendance de Dieu ; elles voient tout isolé et séparé, comme à travers un trou ou une fente. Elles perçoivent un rayon des choses par le magnétisme, et Dieu veuille que cette lumière soit pure, c'est-à-dire sainte. C'est un bien&it de Dieu de nous avoir séparés et voilés les uns devant les autres et d'avoir élevé des murs entre nous, depuis que nous sommes remplis de péchés et dépendant les uns des autres; il est bon que nous soyons forcés d'agir préalablement avant de nous séduire réciproquement et de nous communiquer l'influence contagieuse du mauvais esprit. Mais en Jésus-Christ, Dieu lui-même fidt homme nous est donné comme notre chef dans lequel, purifiés et sanctifiés, nous pouvons devenir une seule chose, un seul corps, sans apporter dans cette union nos péchés et nos mauvais penchants. Quiconque veut &ire cesser d'une autre manière cette séparation établie par Dieu s'unit d'une foçon très-dangereuse à la nature déchue, dans laquelle règne avec ses séductions celui qui l'a entraînée à sa chute.
« Je vois l'essence propre du magnétisme comme vraie ; mais il y a un larron qui est déchaîné dans cette lumière voilée. Toute union entre des pécheurs est dangereuse; la pénétration mutuelle Test encore davantage. Mais quand cela arrive pour une Ame tout à fait ouverte; quand un
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état ({tti ne de^m clairToyaiit qu6 parce qu*U implique la simplicité et TabseBoe de calcul deTient la proie de Tartifice et de Pintrigae, alors une des faeultéa de rtiomme avant la chute, tàcvlté qui n'est pas entièremeiit morte, est reasascitée d'une certaine manière, pour le laisser plus désarmé et dans un état plus mysttrieu, exposé intérienrement aux attaques do démon. Cet état est réel, il existe; mais il est courert d'un Toile, parce que c'est une source empoisonnée pour tous, excepté pour les saints.
c Je sens que l'état de ces personnes soit» à certains égards, one marche parallèle au mien, mais allant d'un autre cAté, venant d'ailleurs et ayant d'autres conséquences. Le péché de Thomrne doué de la Acuité com* mune de voir est un acte accompli avec ses sens, devant ses sens ; la lumière du dedans n'est pas obscurdepour cela, mais elle exhorte dans la conscience, elle pousse comme un juge intérieur à d'autres actes sensibles de repentir et de pénitence ; elle conduit aux remèdes surnaturels que FEglise administre sous une forme sensiMe, aux sacrements. C'est alors le sens qui est pécheur et la lumière intérieure qui est l'accusatrice.
€ Mais dans Tétat magnétique, quand les sens sont morts, quand la lumière intérieure reçoit et rend des im* pressions, alors ce qu'il y a de plus saint dans l'homme, le surveillant intime, est exposé & des influences pemi* cieuses, à des infections contagieuses de l'esprit mauvais, dont l'Ame, ft l'état de veille ordinaire, ne peut pas avoir la conscience au moyen des sens, assujettis comme ils le sont aux lois du temps et de l'espace; de même aussi elle ne peut pas se déftiire de ces péchés à l'aide des remèdes puriflcatcurs de l'Eglise. Je vois à la vérité qu'une âme tout à fait pure et réconciliée avec Dieu, môme dans cet état où la vie intérieure est ouverte, peut n'ètrepaableisée
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parle diable. Mais je vois aussi que si auparavant, ce qui arrive bien facilement, surtout pour le sexe féminin, elle a consenti à la moindre tentation, Satan joue librement son jeu dans Tintérieur de cette &me, ce qu'il iait toujours de manière à éblouir et avec les apparences de la sainteté. Les visions deviennent des mensonges, et, si elle y voit par hasard quelque moyen de guérir le corps mortel, elle l'achète bien cher au prix d'une infection secrète de Tâme immortelle. Elle est fréquemment souillée par un rapport magique avec les penchants maxi<nia du magnéliseur. »
44. U arrivait souvent aussi que des femmes magnée tieées étaient montrées en vision à Anne Catherine, afin qu'elle priât pour leur salut ou qu'elle travaill&t à prévenir les conséquences ultérieures de ces pratiques par des souffrances e)(piatoires. Elle disait ordinairement en pareil cas qu'elle était prête à porter secours à ces infortunées ; toutefois, elle priait ardemment pour être dispensée de se trouver en contact avec elles, m^e dans l'état naturel de veille. Une fois seulement, comme le docteur de Francfort vantait beaucoup les visions soi-disant pures et la piété de sa somnambule clairvoyante, elle lui dit trèsnettement :
« Je voudrais qu'elle fût ici en face de moi, car ses belles et agréables visions cesseraient bientôt, et elle-même en viendrait à voir par qui elle est trompée. Elle m'a été souvent montrée en vision et j'ai toujours vu que, pendant qu'elle était sous l'influence magnétique, le démon aussi usait de tous ses prestiges avec elle, et qu'elle le prenait pour un ange de lumière. »
W^esener, pendant un vx)ya9e, s'étant trguTé par hawd en mpport avec le docteur Neeff qui magnétisait ..cette
personne, lui signala le danger. Celui-ci en prit occasion de venir lui-même à Dulmen, afin d'étudier la prétendue ressemblance avec Anne Catherine. D raconta alors que cette femme avait le don de voir des remèdes pour tous les maux et toutes les maladies possibles, qu'elle frayait avec des esprits bienheureux, qu'elle était conduite par son ange et par celui du magnétiseur à travers des mondes de lumière et recevait une espèce de sacrement provenant « du saint Gral. » Tout cela fit frissonner Anne^Catherine ; cependant elle s'efforça, avec toute la douceur que sa charité pouvait lui inspirer, d'appeler Tattention de cet homme infatué sur les grands dangers qu'il courait et sur les illusions dans lesquelles ils vivaient, lui et sa somnambule (tous deux étaient prolestants); mais cela ne lui réussit pas. L'homme était comme ensorcelé : il invoquait la pureté d'intention avec laquelle la somnambule et lui, avant de commencer leurs opérations, priaient Dieu de les préserver de toutes les embûches et de tous les prestiges du diable. Il assurait que sa somnambule suivait une voie qui devenait chaque jour plus lumineuse et plus sublime, et, avec toutes ces protestations, il éluda tout examen plus approfondi de la nature intime de ses pratiques. Ce fut en vain qu'Anne Catherine déclara que la prétendue nourriture céleste et les mondes de lumière de la somnambule étaientdes tromperies et des prestiges au moyen desquels l'esprit malin la tenait enchaînée dans ses filets ; le docteur n'en crut rien et ne voulut pas prendre la main qui lui était tendue pour le sauver.
c Lorsque ces deux personnes me sont montrées, dit un jour Anne Catherine, je le vois tirer de sa somnambule un fil qu'il dévide et où il &it comme un nœud qu'il avale, en sorte qu'elle le tire partout et le tient lié par là. Je vois ce peloton de fil dans son intérieur comme un nuage
ténébreux qui pèse sur tout et étouffe tout. Bien des fois il lui vient à Tesprit qu'il devrait rejeter quelque chose hors de lui, mi^is il n'y parvient jamais. »
15. Il arriva plusieurs fois que des gens poussés par la curiosité et par une intention malveillante eurent recours à une somnambule pour obtenir des révélations sur Anne Catherine. Ainsi, pendant l'enquête dont il sera parlé plus au long dans le second volume, on lui enleva sa coiffe pour la faire servir à mettre en rapport avec elle une somnambule de M..., à qui l'on voulait faire dire toutes sortes de choses touchant Anne Catherine.
a Cette personne , raconta- t-elle plus tard , me fut montrée par mon conducteur céleste, et je vis qu'elle se tourmentait beaucoup sans pouvoir arriver à rien savoir de moi. Je vis toujours le diable là-dedans. Quand je fus délivrée de mon emprisonnement, il me fut montré en vision que mon confesseur se trouvait auprès de cette personne. A l'un de ses côtés se tenait le diable ; un autre esprit était d'un autre côté. L'intention de l'ennemi était qu'elle dît de moi des choses ini&mes en présence de tout le monde et devant mon confesseur ; mais, malgré toutes les peines qu'elle se donna pour cela, elle ne put rien voir. Enfin , quand elle prit la main du père Limberg, elle dit : c La sœur Emmerich est en prière. Elle est très-malade. Ce n'est pas une trompeuse, si personne ne l'est dans son entourage. » Lorsque mon confesseur revint de M... et me raconta la chose, j'eus encore une vision à ce sujet et je fus saisie de crainte à la pensée de recevoir de lui la sainte communion le lendemain, parce que je croyais qu'il avait participé par curiosité à une chose dans laquelle il devait savoir que le diable avait la main. Mais je fus consolée en apprenant que c'était sans V&voir voulu qu'il s'était trouvé auprès de cette femme. Je la vis dire
des mensonges à propos d'autres personnes, et je m comment le diable lui suscitait des visions. »
Dans Tenquète dont il vient d'être parlé, on Çt, en outre, une tentative en sens inverse, en voulant forcer Anne Catherine à porter sur elle un conducteur magnétique qui devait la mettre en rapport avec un magnétiseur. On loi pendit au cou un petit flacon enveloppé dans de la soie qui excita aussitôt en elle un tel dégoût et de si violentes palpitations de cœur qu'elle le lança loin d'elle et rejeta .avec énergie comme un impudent mensonge l'allégaiion que cette affreuse chose lui était envoyée par Overiwrg, le directeur de sa conscience.
16. Une femme de Dulmen se laissa un jour persuader d'aller ches une tireuse de cartes à Warendorf. EUe savait que cette personne avait coutume de prédire, d'après sas cartes, des mariages et des choses de oe genre, et elle se proposa de la mettre à l'épreuve par des questions too* chant la sœur Bmmerich. c Que se passe-t^il ehes la Kmmerich? » lui demanda-t'^elle. La femme étala ses cartes en trahissant une irritation intérieure, et dit : < Chose curieuse, tout est là confit dans la dévotion! Voilà un homme âgé qui est assez gros, en voilà un plus jeune! voilà une vieille femme qui se meurt (c'était la vieille mère d'Anne Catherine qui mourait alors auprès d'elle)! La personne elle-même est malade! Etrange maladie l > La questionneuse en eut assee et s'en alla tout effirayée. Quand Anne Catherine entendit parler de cette affaire, elle fit à ce sujet des observations dignes de remarque.
« Ce ne sont pas les cartes, dit-elle, qui montrent ou font voir quelque chose à ces sortes de personnes, mais c'est leur foi aux cartes qui les rend voyantes. Elles disent ce qu'elles voient et non ce que montre la carte. La carte est le simulacre du faux dieu, mais c'est le diaUe qui est
ïfàmU CATHKRmB BMintllGH 401
ce four diëftu Souvent il est fcteé de dire la Yérîté, et dors la voyait Taimonce hvec colère. >
11. En janvier 1821, lorsqu'Anne Catherine, dans ses ▼isions quotidiennes sur la prédication de Jésus, contempla la gnér^n d'un possédé, elle eut de nouveau une vision d'ensemble sur le caractère et les effets moraux du magnétisme, où les relations générales et les liaisons diverses du royaume des ténèbres avec les hommes lui forent représentées dans trois sphères ou trois mondes. La sphère inférieure^ qui était la plus téfiébrense, renfermait tout ce qui tient à la magie et au culte formel du diable; la seconde, ce qui se rapporte à la superstition et aux convoitises sensuelles; la troisième était celle de la libre pensée, de la franc-maçonnerie, du libéralisme. Elle vit toutes ces sphères reliées entre elles par des fils innombrables enlreJacés les uns avec les autres, qui, comme des degrés, conduisaient des plus élevées aux plus basses. Dans Tenceinte de la sphère inférieure et dans celle du milieu, elle vit les remèdes et les états magnétiques au nombre des moyens les plus puissants par lesquels le royaume des ténèbres attire les hommes à lui. '
« Je vis, raconta-t-elle, dans la sphère la plus ténébreuse certains états et certaines relations qui, dans la vie ordinaire, ne sont pas considérés comme absolument illicites ; il y avait spécialement beaucoup de personnes magnétisées. Je vis quelque chose d'abominable entre elles et le magnétiseur : c'étaient comme des nuages noirs de toutes les formes qui allaient des uns aux autres. Je n*ai presque jamais vu personne sous l'influence du magnétisme sans qu'il s'y mél&t au moins une impureté charnelle très-subtile. Toujours aussi je vois leur clairvoyance ayant pour agents de mauvais esprits. Je vis des gens tomber de la région lumineuse située plus haut dans la
région ténébreuse par suite de leur participation à ces procédés magiques qu'ils appliquaient au traitement des malades, prenant pour prétexte l'intérêt de la science. Je les vis alors magnétiser et; égarés par des succès trompeurs, attirer beaucoup de personnes hors de la r^on lumineuse. Je vis qu'ils voulaient confondre ces guérisons d*origine infernale et ces reflets du miroir des ténèbres avec les guérisons opérées par la lumière et avec la clairvoyance des personnes favorisées du ciel. Je vis, à cet ét^e inférieur, des hommes très-distingués travailler à leur insu dans la sphère de l'Eglise infernale. »
NOUVELLES TENTATIVES POUR AMENER ANNE CATHERINE A MUNSTER ET LA SOUMETTRE A DE NOUVELLES EXPÉRIENCES. — MORT DE SA VIEILLE MtRE.
1. En juin 1815, Oyerberg vint passer quelques jours à Dulmen.
« N'ayant pas vu la malade depuis quatre mois, dit-* il, je l'ai visitée aujourd'hui 8 juin. Son visage exprima une grande joie lorsqu'elle me vit, et elle me parla pendant près d'une heure et demie de ce qui la concernait. Je m'étais proposé de rester près d'elle aussi longtemps que possible. Le lendemain, à sept heures et demie du matin, je lui portai la sainte communion. Depuis le moment où elle acheva son action de grâces, je ne la quittai plus jusqu'à midi. Je la revis à quatre heures de l'après-midi. Elle était excessivement faible et agitée d'un fort tremblement. Gomme je lui en demandais la cause, elle répondit : « C'est la douleur de mes plaies qui fait cela; mais j'en suis contente. > Elle me raconta que le temps ne lui paraissait jamais long, même quand elle passait des nuits entières sans sommeil. Depuis ma dernière visite au mois de janvier, on lui avait donné deux fois les derniers sacrements, parce qu'on la croyait à toute extrémité. Ce qui Tavait fait croire, c'est qu'il n'y avait plus ni pouls, ni respiration perceptibles, que ses lèvres étaient livides, son visage tiré, enfin qu'elle ressemblait plus à une morte qu'à une vivante. Mais on lui avait donné la sainte com^ munion, et la vie et les forces étaient revenues aussitôt. EUe me confessa que, les deul fois, c'était l'ardent désir
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de la sainte Eucharistie qui Tavait réduite à cet état de faiblesse voisin de la mort. Quand elle s'abstient de communier par obéissance, biçn que son désir du sacrement devienne aussi très-ardent, elle est plus en état de le supporter; mais si c'est par sa propre faute qu'elle ne communie pas, toute force s*éteint en elle et elle est comme une mourante. '
« Le vendredi, dans l'après-midi, je la vis en débillance (en extase) et, comme je lui tendais la main, elle prit seulement le pouce et l'index qui sont les doigts consacrés dans l'ordination du prêtre et les tint fortement serrés, le les retirai au bout d'un peu de temps et je lui présentai le doigt du milieu, duquel eUe ékigna sa main avec un mouvement d'effroi. EUe reprit de nouveau le pouce et Tindex en disant : « Ce sont eux qui me nourriisent. »
2. Overberg profita du temps de son séjour pour engager Anne Gatheririe ft se séparer qudque temps de son entoiH rage et à se laisser oonduîreà Munster où die pourrait être examinée de nouveau par des personnes dignes de foi; il ne s'agissait pas en cela, affirma^t-il à plusiairs reprises^ de certifier à l'autorité ecclésiastique la réalité des grâces ne* çues par elle, mais de convaincre les douleors et tes in* croyants. Overbeif^ s'était laissé persuader par sespénitenta de liuBster ^ par les raisonnements de plusieurs prêtres qu'il dépendait uniquement d'Anne Catherine de rédnîre pour toujours au silence les imputations calomnieuses, selon lesquelles l'autorité ecclésiastique n'aurait pas Dût son enquête avec toute la rigueur nécessaire pour découvrir la fraude. Mais, disait-il, si elle venait à Munster pour y être encore une fois soigneusement examinée par des siéde' cins, ceux-ci pourraient confirmer la réalité de son étal et constateraient la sévérité et l'impartialité de l'enquête ecdésiasiique; puis ce serait une grande consolation pour
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las bons catholiques de trouver une merveilleuse garantie de leur foi dans les stigmates de l'amie de Dieu. Overberg était pleinement convaincu qu'on observateur sans prévenu tien reconnaîtrait la vérité au premier coup d*œil, si bien que le vendredi, 9 juin, lorsque les plaies commencèrent k saigner, il s'écria Involontairement : c NonI personne ne pent produire artificiellement pareille chose, et elle moins' que personne. • Il espérait qu'une nouvelle enquête aurait un résultat complètement décisif, et il ne pouvait pas eomprendre qu'Anne Catherine ne fit pas pour ainsi dire la moitié du chemin à sa rencontre, lorsqu'il cherchait à lui persuader de se laisser conduire à Munster dans Fintérét de la bonne cause. Loin de là, elle lui déclara qu'elle obéirait sans résistance aucune k un ordr$ de l'autorité ecclésiastique, mais qu'elle ne pouvait pas de soa propre mouvement se résoudre à un voyage qui lui était physiquement impossible. Toutefois Overberg n'osa pas donner un ordre; le voyage à Munster ne devait avoir lieu que sur la décision libre et spontanée d'Anne Catherine, ce qui fit qu'Overberg n'autorisa pas non plus son confesseur ordinaire, le père Limberg, à agir sur elle par la voie de l'autorité. Mais il s'efforça d'amener Wesener à son opinion, afin que celui-ci persuad&t à l'abbé Lambert de ne pas se montrer contraire à son projet non plus qu'à la libre détermination qu'il espérait obtenir d'Anne Catheriue. On lit dans le journal de Wesener :
« M. Overberg m'a fait l'honneur de me rendre visite pour m'expliquer combien il était nécessaire que la malade se laissât conduire à Munster pour y être sottoûse à un examen rigoureux. Cet homme respectable m'a si bien parlé qu'il m'a fait partager entièrement sa manière de voir. Dès le soir de ce même jour, j'en parlai à l'abbé Lambert afin de l'amener à la même persuasion. Il ne trouvi^ ri«n à objecter à mes raisons; maïs il me dit ;« Eh bieni
soit! si la malade, d'elle-même et sans y être contrainte, consent à Farrangement projeté, que la chose se fasse dans rintérët du bien ! Toutefois je crains bien que mes inquiétudes pour elle, jointes au manque de soins, ne me fassent peut-être mourir. Mais si elle ne consent pas, je m'efforcerai jusqu'à mon dernier soupir de la défendre contre toute violence qu'on voudrait lui faire. Je suis prêt à faire toute espèce de sacrifices à la bonne cause ; mais à quoî bon martyriser si cruellement cette pauvre fille dans son corps et dans son âme? Qu'on choisisse une voie plus courte et plus douce ! Je ne demande pas mieux qae de m'éloigner de Dulmen pour un temps plus ou moins long, et pendant ce temps-là on pourra l'examiner aussi rigoureusement qu'on voudra. » A ces paroles, le bon vieillard fut vaincu par la douleur et ce ne fut qu'en pleurant qu'il put dire encore: « Je ne sais pas ce qui peut résulter de là. Mais c'est une chose affreuse que de martyriser ainsi cette pauvre malade. »
« Le jour suivant, la malade elle-même dirigea devant moi la conversation sur les projets d'Overberg. Je cherchai à exposer mes raisons. Elle m'écouta tranquillement; mais combien je fus surpris lorsqu'elle m'annonça sa ferme résolution de ne jamais se laisser emmener de Dulmen de son libre consentement. « M. Overberg, me dit-elle, a une bonté excessive dont on abuse. Il yeut me sacrifier, afin, m'a-t-il dit lui-même, de prouver à quelques bonnes personnes que les phénomènes qui se montrent chez moi ne sont pas une œuvre artificielle. Mais comment ces braves gens qui sont ses enfants spirituels peuvent-ils avoir si peu de confiance dans les saintes affirmations de ce vénérable prêtre qui s'est convaincu par lui-même de la vérité de la chose et peut à chaque instant se procurer de nouvelles preuves à ce sujet? Pourraient-ils trouver un témoin plus sûr et plus irrécusable? » — Gomme je lui
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répliquai qu'on attendait de la constatation de son état quelque chose de beaucoup plus considérable et de beaucoup plus î mportant encore, elle reprit : « Si cinq mille personnes ne croient pas dix personnes d'une loyauté avérée qui rendent témoignage à la vérité en ce qui me touche^ vingt millions ne croiront pas non plus au témoignage de quelques centaines. » Je lui demandai alors si elle ne consentirait pas à donner sa vie pour ramener dans le bon chemin, ne fût-ce qu'une seule personne, et elle répondit : « Certainement, mais comment puis-je savoir si cela peut ou doit résulter de mon changement de résidence, quand ce changement ne m'est pas ordonné par une voix intérieure qui jusqu'à présent m'a toujours bien guidée, et quand, d'un autre côté, mon sentiment intime se révolte contre! Je voudrais en dire davantage à ce sujet, mais le moment n'est pas encore venu. Si, en dépit de cette voix, j'entreprends le voyage et que je vienne à mourir en route, ne sera-ce pas agir au préjudice de mon kme et aller contre les vues de Dieu sur moi? Et qui peut me garantir qu'il n'en sera pas ainsi, si la voix qui me parle à l'intérieur ne me l'assure? En vérité, si mon juge intérieur me dit : « Tu dois partir, » je suis prête à le faire à l'instant. M. Overberg me dit que je devrais m'y résoudre pour contenter le bon professeur DrufTel dont on a publiquement attaqué l'honneur à mon sujet. Je ferais volontiers tout au monde pour sauvegarder son honneur et celui de toute autre personne qui sera jugée injustement à cause de moi, pourvu que ce soit par des moyens permis; du reste, j'aurais désiré de tout mon cœur qu'il ne flt rien imprimer sur moi et sur ma maladie. Combien je vous ai prié souvent vous-même de ne rien publier sur moi de mon vivant ! Mais pourquoi devrais-je risquer ma vie et plus que ma vie pour sauver à un homme un peu de son honneur selon le monde! Où est ici l'humilité, la patience, la charité chré- I. n
tienne? Et après tout, on ne persuadera jamais le grand nombre, car la paresse, l'avarice, la méfiance, Tamourpropre, l'incrédulité, et chez beaucoup la crainte d'avoir à échanger leurs convictions contre de meilleures rendent la plupart des hommes aveugles en face de vérités claires comme le jour. Si Ton attache tant de prix à la constatation de ce qui se passe en moi, les gens bien portants peuvent venir me voir sans danger; je ne puis sans danger aller à eux. Je consens à toutes les épreuves et à toutes les enquêtes qui ne sont pas contre ma conscience. Si un plus grand nombre de personnes veut se convaincre, elles peuvent faire comme ceux qui se sont convaincus ; elles peuvent se placer devant mon lit et faire sur moi leurs observations. Je ne puis aux dépens de ma conscience épargner aux curieux leur peine et leur argent. Que ceux qui peuvent voyager viennent me voir; si je voulais aller à eux, il y aurait de ma part présomption, vanité ou quelque chose de pire encore, puisque, selon toute vraisemblance, il est impossible que je fasse le plus petit voyage sans risquer beaucoup. Je ne puis certainement me livrer en proie à tous les curieux ; mais qu'on envoie des hommes clairvoyants, jouissant de l'estime publique ; je me prêterai à tout ce qu'ils voudront ordonner en tant qu'il n'en résultera pas de dommage pour mon âme. Du reste, je ne désire rien! Je ne me donne que pour un néant! Je suis une pauvre péclieresse et je ne demande rien que le repos et d'être oubliée du monde entier, afin de pouvoir souffrir et prier en paix pour mes péchés et, s'il est possible, pour le bien de tous les hommes. M. le vicaire général est revenu de Rome, il y a peu de temps; n'a-t-il rien dit de moi au saint Père? Grâce à Dieu, il me laisse en repos maintenant. Oh ! soyez tranquilles, vous tous qui êtes bons et croyants, le Seigneur vous manifestera ses œuvres : si c'est de Dieu, cela subsistera; si c'est chose hamaine.
cela disparaîtra. » Elle disait tout cela d'un ton résolu et animé. Son confesseur vint se joindre à moi, mais il conserva une attitude passive ; seulement, lorsqu'elle fit allusion à des paroles du Nouveau Testament, comme en dernier lieu, par exemple, il fit cette remarque : « Ce que Gamaliel a dit, elle le pense. »
3. Wesener ayant fait là*dessus un rapport détaillé à Overberg, celui-ci ne put s'empêcher de donner son plein assentiment aux raisons d'Anne Catherine et il s'abstint pour le moment de lui rien demander. Pourtant, un an et d^mi plus tard, quand le professeur B..., répétant ses calomnies dans des feuilles publiques, accusa Anne Catherine d'imposture et traita Tenquète ecclésiastique d'affaire manquée, Overberg se laissa pousser à exprimer de nouveau son désir; mais il put se convaincre dans ses visites à Dulmen que la faiblesse physique de la malade rendait impossible un voyage à Munster. Sur ces entrefaites, le doyen Rensing, malgré les supplications d'Anne Catherine pour l'en empêcher, essaya de réfuter publiquement les attaques du professeur, ce qui eut tout juste le résultat qu'avait prédit Anne Catherine et qui se reproduira toujours en pareil cas. B... en prit seulement occasion de répéter ses injures et même de les amplifier, pendant qu'aux yeux de tous ceux qui ne fermaient pas volontairement les yeux à la lumière , ses grossières calomnies tombaient d'elles-mêmes. Rensing ne put pas voir sans chagrin qu'Anne Catherine n'accordait pas à ses efforts pour sauver son honneur la sympathie qu'il s'était attendu à trouver chez elle , et depuis ce temps il y eut un refroidissement marqué dans ses relations avec etlc. On entendit aussi beaucoup de personnes assurer que c'était un devoir pour Anne Catherine de se soumettre à une nouvelle enquête à Munster, afin de laver définitivement l'autorité
ecclésiastique du reproche de ne s*ètre pas acquittée de sa t&che avec assez de prudence et de sévérité. Cependant aucun des supérieurs ne prit sur lui d'adresser à la malade un appel ou un ordre formel, parce qu'on ne pouvait se défendre de la crainte qu'une nouvelle enquête n'eût sa mort pour conséquence. Telle était la disposition des esprits quand, dans l'automne de 1818, Michel Sailer vint à Munster et exprima en présence d'Overberg le désir d'alleràDulmen. Ce désir causa une grande satisfaction à Overberg, parce qu'il voyait dans Sailer un arbitre aux décisions duquel tout le monde se soumettrait. Il lui procura les pouvoirs nécessaires pour entendre Anne Catherine et avisa le père Limberg de faire à celle-ci un devoir d'exposer en détail à Sailer l'état de sa conscience. Anne Catherine obéit avec plaisir. Sailer put prendre une connaissance assez complète de son intérieur et de toute sa situation extérieure pour déclarer avec une pleine conviction, soit à ellemême, soit au père Limberg et à Overberg, qu'elle était en droit, devant Dieu et devant sa conscience, de se refuser au voyage à Munster, évidemment dangereux pour sa vie, ainsi qu'à la répétition d'une enquête que rien ne justifiait en soi, puisque l'autorité ecclésiastique s'était convaincue depuis longtemps de la réalité de son état à la suite du traitement rigoureux auquel on Favait soumise dans l'année 1813. Anne Catherine garda de cette décision une reconnaissance qui dura tout le reste de sa vie ; elle déclara souvent que la visite de Sailer avait eu pour elle les résultats les plus heureux, d'autant plus que le père Limberg, si prompt à tomber dans l'hésitation, en avait retiré la fermeté nécessaire pour approuver pleinement le refus de sa fille spirituelle. Depuis lors, Anne Catherine fut parfaitement en repos de ce côté.