‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 14 sur 71 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Premières démarches pour le mariage du comte d'Angoulême et de Claude de France. — Antoine du Pratest nommé premier président du parlement de Paris: il est chargé de la rédaction des coutumes d'Auvergne.

Louis XII , rétabli de sa dangereuse maladie, se préoccupa plus vivement que jamais de ce qui pouvait assurer le repos de son royaume. Anne de Bretagne, pour la seconde fois reine de France, avait donné deux filles, la princesse Claude et la princesse Renée, au Roi, son mari. Il avait été question déjà de l'union de Claude de France avec Charles d'Autriche. Cette alliance satisfaisait les ambitions d'Anne de Bretagne pour l'indépendance de son duché; elle l'enlevait à tout jamais à la domination de la France, elle donnait un grand établissement à la princesse sa fille, elle détruisait les prétentions du comte d'Angoulême sur sa main. Mois Antoine du Prat retraça plus tard au cardinal d'Amboise quel danger ce serait d'accroître ainsi la trop grande puissance du petit-fils de Maximilien. Il lui montra la Bourgogne détachée du royaume par la faute de Louis XI \ Cet avis changea les conseils du

1 M. Faye «le Brys, Trois magistrats frai/rois au \\i° siècle.

ministre, et le dangereux projet de ce mariage étrange fut abandonné.

Antoine du Prat fit plus encore : bien en cour, bien auprès de Louise de Savoie, il s'efforça de rapprocher cette princesse et la Reine, que leur fierté avait éloignées l'une de l'autre. Il intervint auprès d'elles, au nom des intérêts de leurs maisons, tandis que le parlement et l'université agissaient auprès du Roi au nom de l'intérêt de la France.

Claude de France avait sept ans, François, comte d'Angoulême, en avait douze. Dans la vue du bien de ses sujets, le Roi céda facilement aux supplications qui lui furent faites, et le 19 mai 1506, après avoir obtenu, non sans résistance de la part d'Anne de Bretagne, le consentement du Roi, « le prévost des marchands et les autres députés firent serment au Roy, sur le péril et damnation de leurs âmes, les saints Evangiles par eux corporellement touchés , qu'eux et ceux de la ville de Paris, auxquels ils feroient ratifier ceci, procureroient de tout leur pouvoir le mariage de Madame Claude et de Monsieur le comte de Valois, qu'il avoit plu au Roy d'accorder à la supplication de la ville de Paris et des principales villes du royaume, pour qu'il fût consommé, quand les parties seraient en âge; enfin, que si le Roy décédoit sans hoirs mâles, ils tiendraient le duc de Valois pour leur Roy'. »

Ce consentement arraché à Anne de Bretagne, ou plutôt cette conclusion imposée à sa volonté, devait plus tard rencontrer de nouveaux obstacles dans sa résistance opiniâtre, fondée sur la préférence qu'elle accordait à ses Bretons sur les Français, et sur son in-

1 Félibien, Histoire de la ville de Paris, t. i>, p.

vinciblc antipathie pour la mère du comte tic Valois. Ce fut alors qu'Antoine du Prat, qui n'avait été dans le premier accommodement qu'un utile auxiliaire, devint un habile négociateur. Mais ce serait anticiper sur les événements que de le raconter ici.

En l'année 1507, Antoine du Prat fut nommé premier président du parlement de Paris. Le Pioi partit une seconde fois pour l'Italie. Il avait à se venger de Séminara et de Cérignolles, que plus tard Aguadel ne suffît pas à compenser, et dont Novarre et Guinegatte devaient bientôt compléter les désastres. Il voulait recouvrer le royaume de Naples, perdu après avoir été conquis. Quelques auteurs avancent qu'Antoine du Prat suivit le roi Louis XII dans cette expédition1. Sans contredire ce fait, qui se trouve appuyé sur un nom consacré par l'érudition, et dont l'énoncé doit être le résultat de recherches et d'études consciencieuses, il ne peut trouver ici sa confirmation, faute de documents suffisants. L'histoire, silencieuse sur ce détail important , laisse ignorer quelle part le premier président prit aux conseils qui décidèrent et qui dirigèrent ces campagnes glorieuses et cependant infortunées. On sait quelles vicissitudes les signalèrent, combien de revers suivirent de grands succès , et quel noble sang des victoires inutiles coûtèrent à la France.

Les noms de Ravenne et de Gaston de Foix demeurent inséparables, et laissent encore à décider si le gain d'une bataille peut compenser la mort d'un grand capitaine. Nous aimons à décharger l'influence d'An-

1 M. l'abbé Clavel, Histoire chrétienne des Diocèses de France, t. 1, p. 103.

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toine du Prat des efforts d'une ambition légitime, il est vrai, mais désastreuse, bien que glorieuse dans ses conséquences.

Lorsque, le 13 novembre de l'année 1508, le Roi, de retour d'Italie, où de nouveaux combats devaient le reconduire encore , assista à la rentrée du parlement et à la solennité des serments ; lorsqu'en mars 1509 il y revint pour demander les secours dont ses armes avaient besoin, le concours énergique de zèle et de fidélité que sa prochaine absence rendait plus nécessaire, Antoine du Prat remplissait les fonctions de premier président'.

En 1508, par lettres datées du 19 septembre, « le roi Louis XII , reconnaissant l'irréprochable intégrité et les suffisantes marques de savoir qu'Antoine du Prat avoit données dans l'exercice de sa charge, le commit, avec Jean Briçonnet, pour rédiger, par écrit, les coutumes d'Auvergne2. » En l'année 1510, le 15 juin, ils y travaillaient encore3. Gabriel de Nozière-Montal, qui fut depuis bailly royal des montagnes d'Auvergne, les assistait alors dans cette épineuse el savante rédaction4. Vers la fin du même mois une assemblée générale des hauts et bas pays fut convoquée dans le couvent des Jacobins de Clermont. Antoine du Prat la présidait, assisté de Jean Briçonnet et de Louis Doreille. Jacques d'Amboise, alors évoque de Clermont; Charles de Joyeuse, évêquc de Saint-Flour, lui prêtaient le concours de leur conscience et de leurs lumières. Les abbés de la Chaise-Dieu, de Mauzac,

1 Félibien, Histoire de ta ville de Paris, t. 2, p. 008.

2 F. Duchesne, Histoire des Chanceliers, p. 663.

3 Chabrol, coutumes d'Auvergne, t. 4.

M. Déribier, Dictionnaire du Contai. ',. J, p. 280.

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d'Issoire, d'Aurillac, d'Ébreuil et autres, le grand prieur d'Auvergne, ceux de Sauxillanges , de Saint- Pourçain, de la Voulte, etc., ajoutaient à la majesté de cette imposante assemblée. Le comte de Montpensier et le comte d'Auvergne y figuraient à la tête de tous les seigneurs de la province, et les noms d'Alègre, d'Apchon, de Bourbon-Busset , de Blot, de Canillac, de Chazeron, de Dienne, de la Fayette, de Lastic, de Langeac, de Montgascon, de Montboissier, de Montmorin, de Polignac, de la Queille et autres de la première qualité, se rangeaient autour du premier président , des prélats et des princes. Ce fut par eux tous, et après les réclamations et observations soulevées par leurs divers intérêts , que fut accepté et approuvé le travail d'Antoine du Prat. En septembre de la même année, des lettres patentes du roi Louis XII lui donnèrent la confirmation qui seule manquait encore à son autorité.

Dès ce moment la nouvelle coutume d'Auvergne reçut une salutaire application. Elle vint s'amalgamer avec le code théodosien jusqu'alors en vigueur. Mais, dans sa réforme, elle respecta, tout en la régularisant, l'antique communauté connue sous le nom de Guittard- Pinon, dont la formation semble remonter au vme siècle , et dont la regrettable destruction s'accomplit en 1819. Ce n'est point ici le lieu de tracer sa touchante et mémorable histoire, souvenir d'union, de simplicité, de religion, d'opulence. Le temps, les rois, les guerres, les traités se succédèrent et n'osèrent point y toucher. La révolution elle-même , qui ne tint aucun compte ni des droits, ni des biens, ni des existences, s'était inclinée devant les lois de ces communautés. Elles réalisaient, dans une mesure restreinte, et sous

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une forme exceptionnelle et inimitable, les rêves inapplicables des utopistes de nos jours. Mn,e de Genlis et M. de Chateaubriand allèrent saluer ces chaumières. Un administrateur infidèle commit ce que les siècles n'avaient point entrepris, ce que le vandalisme n'avait point osé ! Cette antique race , ces patriarcales communautés se dispersèrent frappées par les dettes d'un de leurs membres, indigne de leur confiance et de se> pères. — Le vicomte de Thiers était le protecteur de plusieurs d'entre elles : il les avait pour tributaires ; elles vivaient dans les montagnes des environs. Celles-ci figuraient parmi les plus célèbres de toutes. La possession de cette seigneurie, attribuée plus tard à Antoine du Frat, donne ici quelque intérêt à ce dernier détail'.

1 .M. Douillet. Tnhlettes historiques de l'Auvergne, t. i, p. 568. — Voy., pour la communauté de Guittard-Pinon, le u° 2 de noire Appendice.

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