‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 15 sur 71 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Antoine du Prat, précepteur du comte d'Angoulème. — Mariage cl enfants d'Antoine du Prat. — Mort de Françoise de Vevnv. — Antoine du Prat embrasse l'état ecclésiastique.

Habile dans ses prévoyances, non moins que fidèle dans ses serments, tout en servant le Roi, Antoine du Prat veillait sur Phéritier de la couronne. 11 s'était attaché à Louise de Savoie, comtesse d'Angoulème, et celle-ci lui avait confié, en 1507, l'éducation de son fils, alors âgé de treize ans, sans enlever néanmoins à Arthur de Goufïier le titre de gouverneur du prince, que Louis XII lui avait donné, lorsque le maréchal de (lié. son premier instituteur, lui fut enlevé. Le caractère chevaleresque que montra le jeune Roi, son amour pour les arts, le titre de Père des lettres qu'il sut conquérir, sont la preuve des inspirations qu'Antoine du Prat avait suggérées au prince enfant , et ils ajoutent un noble trait à l'éloge du précepteur. Quant aux faiblesses du monarque, il faut en chercher la cause ailleurs, et se souvenir que l'empire de la sagesse et l'autorité de la vertu sont toujours attaqués, et qu'autour du pouvoir surtout abondent les flatteurs, les conseillers et les pourvoyeurs des passions. Leur influence, jointe aux entraînements de la nature, fit trop souvent prévaloir la faiblesse dans la vie intime de François l'r

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et la légèreté dans sa vie publique ; mais nous ne trouvons rien dans la vie de du Prat qui autorise à penser que de lâches complaisances ou des enseignements peu austères aient favorisé des écarts regrettables et que réprouvent également les convenances et la morale.

Antoine du Prat avait été marié dès l'année 1493 à Françoise de Veyny d'Arbouze, «à riobili stirpe Ar- » vernœ* . » C'est à tort que Savaron l'a nommée Claudine de Veyny, que d'autres auteurs l'ont appelée Claudine d'Arbouze; c'est avec plus d'erreur encore qu'un autre historien a dit d'elle « qu'elle étoit une fille d'Auvergne et des Bohier , laquelle mourut ladresse et fut portée inhumer en sa propre chapelle de l'église des Minimes de Nigeon2. » Françoise de Veyny était fille d'Antoine de Veyny et de Marie d'Arbouze, l'un et l'autre de la province d'Auvergne. Antoine du Prat devint veuf le 19 août 15083. Françoise de Veyny mourut à l'âge de trente ans; elle lui avait donné trois enfants : une fille, qui deux fois se maria suivant sa noble ambition, et fut la baronne d'Arpajon après avoir été Mme de Saint-Simon ; puis deux fils, Antoine du Prat, prévôt de Paris , chevalier de l'ordre du Roi, marié à Anne d'Alègre, auteur des branches de Nantouillet et de Viteaux; et Guillaume du Prat , évêque de Clermont , abbé de Mauzac, grand archidiacre de Rouen. Celui-ci déploya sur son siège la science, la munificence et la religion qui l'ont rendu justement si célèbre, lùifin, les petits-fils et les neveux du chancelier, dignes de leurs

1 G allia t hristiana, S., t. 12, p. s'i.

- Mémoires d'un Bourgeois de Paris, p. 460.

:> Chabrol, Coutumes d'Auvergne, t. 4, p

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pères et de leur sang, portèrent leur nom, les uns avec honneur, les autres avec éclat; ceux-là dans les dignités éminentes de la cour, les hauts grades de l'armée, les saintes élévations du sacerdoce : la révolution seule y mit un terme par les nobles proscriptions de l'exil et de l'échafaud; ceux-ci enfin dans des aventures célèbres dont les chroniques du temps ont retenti et que les mémoires ont consignées.

Pieusement attachés à la mémoire de leur mère, les fils de Françoise de Veyny lui érigèrent, dans le couvent des Minimes de Chaillot, où elle fut inhumée, un superbe tombeau. Elle y était représentée dans les vêtements de son temps, à genoux , les mains jointes, sur un prie-Dieu. Devant elle était placée une colonne portant ces mots: Vivre pour mourir; elle était surmontée d'une figure de la sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus'. Guillaume du Prat, cvêque de Clermont, son second fils, avait composé pour elle l'épitaphe suivante qui se lit sur son monument :

Quis dédit h;ec si quis quaerat mihi grata secundi Mimera sunt nati qui tegit ossa lapis.

1N0BILIS ET GENEROS* MATRONE

IT.ANCISCJï VEYNY

EPITAPHICM.

Hic Francisca tego, clarique conjugis uxor,

l'u'lix proie fui, et sanguine clara meo : Me pietas cœlo et terra dal vivere proies,

Vitam ergo geminam mors dédit una mihi: Sex animam post lustra. Deo, quam pnebuit il le

Restitui : et tellus quaj dédit ossa tenet 2.

1 Bulaiirë, Histoire de Patis, t. ;;, p. 390.

2 Piuaniol de la Force, Description de Paris, t 2, p. 312

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Le marteau révolutionnaire a brisé ce souvenir, en môme temps que dans la cathédrale de Sens il dispersait les cendres et mutilait le monument que d'autres mains filiales avaient religieusement et splendidement élevé à la mémoire du chancelier.

Antoine du Prat , devenu libre de sa carrière , ne tarda pas à rechercher d'autres honneurs, d'autres liens, d'autres titres. Selon la faveur qu'ils lui ont accordée, ou la haine dont ils l'ont poursuivi, les historiens en ont cherché la cause dans sa foi, dans ses regrets, dans son ambition. D'autres l'ont attribué au désir de se faire craindre et respecter davantage par les anathèmes et les bénédictions du ciel dont il disposerait un jour'. Ses motifs furent puisés dans les secrets de sa conscience et de son cœur. Il n'appartient pas au biographe de les approfondir. Le ciel les a jugés et rémunérés; ils intéressent peu l'histoire.

La famille d'Antoine du Prat n'était pas d'ailleurs étrangère à l'Église. Sans remonter aux prétentions exposées au début de cette histoire, le premier président rencontrait autour de lui de saintes vocations auxquelles son crédit destinait la mitre. Trois de ses frères ne tardèrent pas à occuper les sièges de Clermont, de Mende et de Montauban ; et lui-même allait successivement s'asseoir sur ceux de Die, de Valence, de Gap, d'Alby, de Sens et de Meaux2. Les diocèses de Bourges, de Nevers, de Saint-Malo, étaient, vers le même temps, gouvernés par les Bohier, ses proches parents. Les noms de Sudre et de Charrier, ses alliés, appartenaient aussi à l'épiscopat. Telle fut l'autorité que dans

i Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque, L., p. 68. 2 D'Aubigny, Histoire des hommes illustres de France, t. 2, p. 125 ; Chabrol, Coutumes d'Auvergne, t. a, p. r>22.

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le même siècle une même famille exerça sur l'Eglise de France. Celle-ci n'eut point à se repentir de lui avoir confié la défense de sa foi. Nul ne soutint son intégrité avec plus d'éloquence dans les conseils, nul ne combattit pour elle avec plus de constance et de fermeté dans les diocèses commis à leurs soins. Antoine du Prat et Guillaume du Prat, son fils, conserveront toujours, dans l'histoire de l'Église catholique et dans celle d'une société illustre et persécutée, la place acquise à leur mémoire par leur zèle et. par leurs bienfaits.

CHVP1TRE VTTÏ.

Mort de la Reine Anne de Bretagne. — Mariage du comte d'Angoulême et de la princesse Claude de France. — Louis XIII épouse Marie d'Angleterre. — Participation d'Antoine du Prat à ces événements : sa disgrâce. — Mort du Roi Louis XII.

Ce fut en février 1514 que mourut la Reine Anne de Bretagne, sainte femme s'il en fut jamais, sanctissima fœmina, dit Beaucaire. Réservée dans son enfance à porter la couronne impériale d'Allemagne, et mariée par procuration à Maximilien d'Autriche, deux fois montée sur le trône de France, elle fut grande par sa naissance et par ses destinées. Pas une illustration ne faillit à sa courte carrière, pas une vertu à son àme, pas un hommage à sa mémoire, et l'auréole vient presque se placer auprès de la couronne qui brilla sur son front. 11 ne manqua que le bonheur d'un fils à sa maternité, et que celui de la durée à son existence. « Elle fut réputée la plus sage et la plus magnanime, la plus libérale, courtoise, charitable et vertueuse princesse qui ait régné de son temps, en toute la chrétienté '. »

On lui fit des obsèques dignes de sa grandeur et dignes des regrets que son trépas inspirait. Antoine

1 Félibien, Histoire tir (a ville il» Paris, t. 4, p. 628.

du Prat, premier président du parlement de Paris, fut avec une députât ion de la cour au devant de son corps1, que les princes et les princesses du sang, le seigneur de la Palice grand maître de France, le sieur d'Avaugour, les barons de Bretagne et tout un cortège de grands seigneurs, toute une affluence de peuple accompagnaient en grand deuil et en grande pompe selon le devoir de leurs charges et de leur naissance, ou selon l'inspiration de leur douleur.

Cependant, plus bretonne que française, plus attachée au souvenir de son berceau que séduite par l'éclat de sa couronne et de ses royales destinées, Anne de Bretagne avait désiré l'indépendance du son duché, et non pas l'agrandissement du royaume. Son contrat de mariage avec Louis XII protégeait et garantissait cette séparation de la France et de la Bretagne, en stipulant que celle-ci appartiendrait à son second fils, si son aîné montait sur le trône. Continuant jusqu'au bout cet acte d'inutile prévoyance, il établissait que si la Reine n'avait que des filles, le duché reviendrait à la cadette, si l'aînée épousait l'héritier de la couronne. Enfin, que si elle n'obtenait qu'une fille qui devînt reine, le duché passerait au plus proche héritier d'Anne de Bretagne. Cette dernière clause ouvrait à la maison de Rohan de grandes éventualités.

Les intérêts de la France appelaient une autre conclusion ; et ses hommes d'état préparaient toute l'habileté, toute la puissance de leur politique pour tromper la prudence de la Reine et vaincre les difficultés de son contrat. Anne de Bretagne, peu rassurée par ses mesures, avait vu marcher le complot et venir le dan-

1 Félibien, Uisloire <lr ta tille de Paris, t. 4, ]i. Ci:;.

ger. Elle avait senti la force que donnerait au péril l'alliance poursuivie par le comte d'Angoulême.

Elle l'avait constamment repoussée. Mais il est une puissance, celle de la volonté divine, plus forte que toutes les forces, que toutes les lois humaines. Tantôt elle les combat, et c'est elle qui triomphe à coup sûr; tantôt elle les soutient, et c'est elle encore qui règne sans partage, sous d'autres apparences. Guillaume Paradin, enregistrant les chutes et les changements que chaque jour accumule et renouvelle, écarte le hasard aussi bien que la sagesse humaine de ces grandes catastrophes ; et distinguant la vérité sous les voiles qui souvent la changent en un mystère, « Il n'est, dit-il, rien d'éternel entre les humains ni de perpétuel sous le soleil, sinon la parole de Dieu, qui demeure es siècles des siècles'. «Cette loi qui condamne à l'instabilité toutes les choses du monde n'eut pas alors son démenti. Ce fut elle qui plus tard donna le succès à l'habileté du chancelier du Prat. Dès cette époque elle en préparait les voies.

Un moment vaincue , non dans sa volonté , mais dans son autorité, par le consentement de Louis X 11 au mariage de Claude de France avec le comte d'Angoulême, Anne de Bretagne n'avait pas tardé à reprendre son ascendant sur l'esprit de ce prince. Elle avait combattu jusqu'à la fin la conclusion de cette union. Elle savait par expérience qu'il est permis, ou possible tout au moins, en vue de la politique, de revenir sur de premiers engagements, et de rompre des liens auxquels la consommation suprême n'a pas encore ajouté leur sceau. Louis Ml lui-même avait donné

* Annales de Bourgogne, p. 995.

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l'exemple d'un plus difficile et d'un plus mémorable abandon.

L'inimitié d'Anne de Bretagne pour Louise de Savoie ajoutait les intérêts de la passion aux conseils de sa raison. On trouverait peut-être en cette disposition vindicative de son âme le seul motif de reproches qu'on puisse lui adresser.

Mais lorsque la mort de la Reine eut fait disparaître tout le crédit dont elle jouissait auprès du Roi, l'ascendant et l'habileté de ses conseils prévalut sur la puissance de ses souvenirs, « Fort aimé et chéri de ce prince ', » Antoine du Prat qui, plus tard et malgré tant d'obstacles, devait couronner si heureusement la réunion de la Bretagne à la France, y mit alors la première main par l'alliance que ses conseils contribuèrent à former.

Elle importait autant à la gloire et à la puissance du royaume qu'à celle du jeune prince qui la contractait. L'agrandissement et la force qu'elle promettait au pays étaient une menace indirecte mais dangereuse pour les ennemis du dehors. Lorsqu'en 1491, Charles VIII avait épousé Anne de Bretagne souveraine de ce noble duché, Laurent de Médicis, apprenant cette union si grande et si politique, avec la juste alarme qu'il en devait alors éprouver, avait dit que l'Italie serait en grand péril aussitôt que la France viendrait à connaître ses propres forces 2. Louis XII avait poursuivi la même fin d'extension et de puissance en épousant la veuve de son beau-frère. Antoine du Prat atteignait ce but tant de fois recherché en procurant l'alliance de l'héritier du trône avec l'héritière et la

1 Aubéry, Histoire générale des Cardinaux, t. 3, p. 349.

2 Histoire secrète de la maison de Médicis, p. 147.

fille d'Anne de Bretagne. Le Roi, heureux ce semble de cette union, abandonna à sa fille son grand héritage du duché de Bretagne et du comté de Blois : il créa le comte d'Angoulème duc de Valois : puis, investi de sa confiance, Antoine du Prat fut chargé de la mission d'aller comme ambassadeur vers l'empereur Maximilien lui donner avis de ce mariage '. « La harangue qu'il lui adressa en cette occasion fut d'une grande éloquence 2. » Ce n'est point à Louis XII ni à cet événement qu'il faut rattacher, comme l'ont fait quelques auteurs, le don de l'hôtel de Piennes accordé à Antoine du Prat. On doit en réserver la munificence au Roi François Ier 3. Le premier président l'habitait dès lors : mais il ne lui appartint qu'en 1515.

Cependant le Roi Louis XII, aussi promptement consolé" de son veuvage qu'il en avait paru profondément désolé, demandait un bonheur imprudent et des héritiers incertains à Marie d'Angleterre fille de Henri VII. Malgré ses liens récents, le jeune duc de Valois s'attachait à ses dix-huit ans et à ses charmes. Le Roi l'avait envoyé jusqu'aux frontières de la Picardie pour y recevoir la jeune princesse , et là un sentiment plus vif était né des soins qu'il se plaisait à lui rendre et accompagnait les hommages qu'il devait lui porter. Marie d'Angleterre ne dédaignait pas d'y répondre. La comparaison de ce culte empressé avec les froids honneurs qui l'attendaient à Paris, relevait encore les avantages que le duc de Valois devait à son âge et à sa haute mine. Antoine du Prat le rendit à la fidélité et à la sagesse en lui représentant, si nous en

1 Aubéry, Histoire générale des Cardinaux, t 3, p. 349.

2 La Croix du Maine, Bibliothèque française, t. 1, p. .'577.

3 Félibien, Histoire de la ville de Paris, t. 2, p. <Jl/i, et t 3, p. 57A.

croyons la chronique, « qu'il s'exposait à se donner un maître '. »

Quoi qu'il en soit, le prince, tout à la fois persuadé et contraint, se rendit aux remontrances, et céda devant les oppositions de son ancien précepteur. Mais là ne se bornaient pas les dangers : il fallut les prévoir tous, et parera chacun d'eux. Charles Brandon, qui fut depuis duc de SulTolch , avait accompagné la Reine. 11 l'aimait déjà d'un amour qui plus tard reçut sa légitime récompense. Mais ne pouvait-il pas en obtenir un prix trop précoce et préjudiciable aux intérêts du duc de Valois? Le prince avait éprouvé la faiblesse du cœur de Marie d'Angleterre : se flitterait— il qu'abandonnée par lui elle résisterait à d'autres entraînements, alors surtout que l'ambition et la vengeance seraient complices d'un autre amour, pour lui persuader d'obtenir un fils? Aux risques de soulever de graves et de puissantes inimitiés contre eux, il fut convenu, durant cette nuit mémorable, qui des projets et des entreprises de l'amour était passée à l'étude' de la politique et sous l'empire de la sagesse, que la duchesse d'Angoulême et la duchesse de Valois ne perdraient pas la Reine de vue ; que les relations intimes cesseraient entre elle et François ; qu'il se souviendrait de ce que comme sujet il devait à son Roi, comme gendre à son beau-père, comme mari à la noble fille de France qu'il avait épousée, comme prince à lui-même, comme héritier du

1 La chronique du temps prétend même que ce conseil tant de fois donné lui l'ut répété en ces termes au moment où, prêt à s'introduire chez la Reine, il rencontra le premier président qui l'attendait sur les degrés. Joignant, selon cette version, l'opposition matérielle à la force des représentations, demeurées vaines jusqu'à ce jour, il l'empêcha, malgré ses résistances, d'accomplir son amoureux dessein. (Bibl. imp., Coll. du Languedoc, vol. 38, fol. 67.)

trône à son avenir. On parlerait à Marie d'Angleterre de l'étiquette gênante mais rigoureuse qui ne permet pas un moment de solitude à la Reine de France.

11 fallait associer l'une de ces dames à ce vertueux complot et lui faire revendiquer, comme l'un des droits et des devoirs de sa charge, l'honneur intime de coucher dans sa chambre, en l'absence du Roi, et de représenter la France veillant sur elle. Enfin on devait encore, par un mélange habile de menaces et de promesses, obtenir de Charles Brandon l'ajournement de tout bonheur et de tout espoir.

Ces mesures furent résolues, elles portèrent leurs fruits, et c'est à son succès que quelques auteurs attribuent comme récompense la haute position à laquelle Antoine du Prat ne tarda pas à parvenir, « François 1er ne pouvant récompenser de moins que des sceaux de France le bon et salutaire conseil que du Prat lui donna pour rompre un dessein de jeunesse et d'amour qui le pouvait éloigner de la succession de la couronne '. » Interprétation envieuse, téméraire tout au moins, qui attribue à l'occasion et au hasard d'une parole sage le prix obtenu par des mérites réels et par des services sérieux et constants.

Ainsi le Roi Louis XII séparé par le divorce de sa première femme, Jeanne de France fille de Louis XI, par la mort de sa seconde femme, Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII, et sa belle-sœur à ce titre, aboutit enfin au joug de Marie d'Angleterre, « princesse jeune et l'une des plus belles de l'Europe 2, » mais « non moins vive et galante. » Cette alliance du moins

1 Pierre Mathieu, Histoire de François I" à Louis XIII.

2 Félibien, Histoire de In ville de Paris, t. 2, p, Qi><).

facilita la paix dont le Roi d'Angleterre semblait fort éloigné. Le G novembre, la nouvelle Reine fit son entrée solennelle à Paris, avec la pompe usitée en pareilles circonstances '. Antoine du Prat, premier président du parlement de Paris, la harangua près de la Sainte- Chapelle où le parlement l'avait reçue ; et l'évoque de Paris répondit pour la Reine2. Vain échange de courtoisie, qui laissa toujours la princesse et le magistrat dans une attitude de défiance réciproque.

Le Roi Louis XII, dans l'espoir d'une paternité nouvelle, se prit à regretter ' son désintéressement et le renoncement à l'héritage de sa fille, qu'un conseil éclairé avait obtenu de sa conscience. Il en fit sentir et porter la peine à celui qui lui avait si bien et si sévèrement interprété son devoir. Pour quelques mo ments le premier président fut, non pas dépouillé de ses charges, mais éloigné des conseils royaux 3. Il est permis de supposer que l'influence d'une jeune Reine contrariée dans ses inclinations et privée de certains hommages, ne fut point étrangère à cette disgrâce.

Cependant Marie d'Angleterre travaillait involontairement à son veuvage. Le bon Roi, dans son amour et pour lui complaire, commit quelques tendres excès, et changea sa manière de vivre. « Car, où il souloit diner à huit heures, il convenoit qu'il dinât à midy, et où il souloit se coucher à six heures du soir, souvent se couchoit à minuit. » Six semaines furent données aux fêtes et aux fatigues de son couronnement et de son mariage. A peine furent-elles achevées que le Roi fut atteint de la maladie à laquelle il succomba le

1 Fclibien, Histoire de la ville de raris, t. 4, p. G31.

2 Ibid., t. 2, p. 920.

3 Gaillard, Histoire de François /cr, 1. 1, p. 19Zj.

1er janvier 1515, âgé de cinquante-trois ans, dont il avait régné plus de seize. Tompé dans ses illusions royales, il laissait sans enfants et sans espoir une jeune princesse à peine trois mois Reine, qui ne consentit pas à demeurer plus de cinq mois veuve. Son premier soin, à la mort du Roi de France, fut de déclarer qu'elle n'était point enceinte. Le Roi la fit reconduire en Angleterre avec tous les honneurs dus au trône dont elle descendait, à celui sur les degrés duquel elle était née. Le 31 mai 1515 elle épousa Brandon, sa première inclination, favori de son frère. Il fut créé duc Suffolh, et Marie prit le titre de Duchesse-Reine.

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