‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 17 sur 71 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Opposition que la nomination d'Etienne Poncher à l'archevêché de Sens rencontre dans le Chapitre.

Bien que le temps ne soit point encore venu où l'évêque de Paris fut élevé à l'archevêché de Sens, il est bon peut-être de saisir l'opportunité de son nom plusieurs fois prononcé, pour remarquer en passant l'opposition dont sa nomination fut l'objet au sein du chapitre. Ce fait atténuera justement et par avance l'impression qui résulte de celle que rencontra plus tard la nomination d'Antoine du Prat. Elle fut tant exploitée au préjudice du chancelier, qu'on ne peut ni trop tôt ni trop longtemps combattre cette iniquité. L'esprit d'indépendance du chapitre fut cause de sa révolte, plus encore qu'un mauvais vouloir personnel contre le chancelier. Le chapitre attaquait indistinctement tout ce qui dans l'élévation de ses prélats semblait menacer ses droits, tout ce qui dans leur administration pouvait atteindre ses privilèges. Il faut toutefois avouer et comprendre que l'auteur heureux d'une mesure détestée devait rencontrer plus de fureur et de violence dans les obstacles, que ceux qui, sans l'avoir provoquée, en recueillaient aussi les fruits.

Tristan de Sallazard, prédécesseur d'Etienne Poncher, n'eut point d'égal pour l'harmonie qui exista entre lui et ses chanoines, et cependant il eut aussi ses causes de discussion et ses jours difficiles : « Pluribus litibus et minutulis etiam causis, cum capitulo senonensi fuit implicatuSj, cum utrinque contendere quam aîiquid de jure suo decedere mallent*. »

Lorsque le 11 février 1519, la mort de Sallazard eut rendu le siège vacant , les chanoines assemblés pour lui nommer un successeur reçurent deux membres du parlement, qui leur ordonnèrent au nom du Roi de ne point procéder à l'élection. « Jamjam enim, dit encore Tavel , inter summum pontificem et regem coneordalorum jaciebantur fundamenla2. » François Ier, fort d'ailleurs de son droit nouveau, se souvenait des perturbations que des prélats nommés en dehors de l'influence royale, et dévoués à l'Angleterre ou à la Bourgogne, avaient causées sous le règne de Charles VIT.

Les chanoines résistèrent, invoquèrent les privilèges de l'église de France et ceux de leur métropole. Ils députèrent à leur tour des messagers au Roi avec supplication, à Etienne Poncher avec remontrances, les priant de se désister l'un de son ambition ruineuse pour leurs prérogatives, l'autre de sa volonté destructive de leur autorité. Le Roi humilia cette résistance par ses menaces et par son habileté. Il permit au chapitre, par une dernière fiction d'indépendance, de porter ses suffrages sur l'homme de son choix. Les chanoines, croyant mettre d'accord la nécessité et leur dignité, élurent pour archevêque Etienne Poncher que le Roi commença par nommer.

1 Tavel, Senonensium Archiepiscoporum vita\ p. 156. î Wd.

Ces souvenirs étrangers à la vie d'Antoine du Prat ne lui sont cependant pas indifférents. Ils disculpent le chancelier d'avoir inauguré pour lui-même, sur le siège de Sens, cette autorité royale qui rencontrait dès lors tant d'obstacles et de résistances; d'avoir suscité contre lui des aversions et des difficultés nées de la nature même des rapports, et de l'éternelle fatalité des conflits, plus encore que du caractère particulier des archevêques.

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