CHAPITRE XXII
Pénurie financière. — Le chancelier du Prat crée des charges vénales dans les parlements : emprunts et impôts nouveaux. — Aliénation de domaines de la couronne.
Les générosités et les munificences du Roi au moment de son avènement , la campagne victorieuse et toutefois dispendieuse qu'il avait faite en Italie, avaient achevé la ruine d'un trésor que les guerres de Louis XII avaient déjà bien épuisé. Pour faire face aux besoins actuels, on dut multiplier les impôts. Le chancelier fut ainsi conduit à l'invention d'un trafic qui combla son impopularité et fournit un texte de plus aux nombreuses attaques dirigées contre lui. Il proposa l'innovation des charges dans les parlements, qui seraient vendues au profit du Roi. On créa, à cet effet, une chambre de vingt conseillers qu'on appela la Tournelle. L'édit qui présenta ces mesures rencontra des résistances, et ne fut enregistré qu'après des remontrances énergiques*. La vénalité des charges de judicature suivit ce premier essai. Alors on voulut voir une prime offerte à l'ignorance, un avilissement de la magistrature, dans cette disposition , non moins favorable cependant à la di-
1 Gaillard, Histoire de François /er, t. 1, p. 215 et suivantes.
156 VIE DU CHANCELIEÔ
gnité de la justice qu'elle était lucrative pour le trésor. L'esprit du chancelier avait compris ce que, dans une société corrompue, où la faveur des courtisans s'achetait à haut prix, les charges gagneraient d'indépendance en se délivrant de ce tribut frauduleux qu'ils exigeaient en secret pour la distribution des places et des grâces. La morale publique, offensée par ce trafic illicite et honteux, trouverait sa réparation dans une vente légitime, souvent moins onéreuse, et toujours noble du moins dans son but et dans ses moyens.
L'indépendance des juges serait ainsi acquise aux tribunaux. L'influence exercée par des hommes puissants sur la conscience de leurs créatures, serait écartée désormais dans la distribution de la justice, dont l'amour seul, joint à la science des lois, dicterait les arrêts.
L'autorité de Montesquieu se joint ici aux résultats de l'étude et de l'expérience. Son jugement sur la vénalité des charges de magistrature est la plus haute justification de la clairvoyance du chancelier du Prat. « La vénalité, dit-il, est bonne dans les États monarchiques, parce qu'elle fait faire comme un métier de famille ce qu'on ne voudrait pas entreprendre pour la vertu ; qu'elle destine chacun à son devoir, et rend les ordres de l'État plus permanents... Dans une monarchie où, quand les charges ne se vendroient pas par un règlement public, l'indigence et l'avidité des courtisans les vendroient tout de même ; le hasard donnera de meilleurs sujets que le choix du Prince... Enfin la manière de s'avancer par les richesses inspire et entretient l'industrie, chose dont cette espèce de gouvernement a grand besoin '. »
* Montesquieu, Jisprit des lois, !.. 5, chap. 19.
AMOI.NK DU PRAT. 157
Plus tard les malheurs du pays amenèrent encore d'autres mesures financières. Leur urgence et leur sagesse n'empêchèrent point les murmures ; elles comblèrent l'impopularité du chancelier du Prat. Alors, comme dans tous les temps, la nation voulait le salul ; elle aimait la gloire, mais elle regrettait parfois les sacrifices qui les achètent. Elle ne savait pas assez comprendre que les privations et les tributs sont la part de dévouement de ceux qui ne versent pas leur sang pour elle.
C'est ainsi que, successivement, des impôts bien longtemps différés pour l'encouragement d'industries naissantes, durent être demandés à ces mêmes industries devenues riches et prospères. Lyon et Tours furent à ce titre atteints dans leur commerce privilégié.
Au règne de François Ier, au ministère du chancelier du Prat, doit encore se rapporter l'origine des rentes constituées sur l'Hôtel-de-Ville. Sous les Rois Louis XI, Charles VIII et Louis XII, on avait tenté l'emploi d'un moyen analogue; mais ces conditions étaient onéreuses au public, tandis que par des combinaisons nouvelles le Pioi et son chancelier le rendirent non-seulement secourable pour l'État, mais encore avantageux pour ses créanciers.
Pour ces emprunts, pour ces impôts, le consentement des États généraux, soigneusement invoqué jadis par les Rois de France, cessa d'être réclamé. La création des charges nouvelles et l'augmentation des anciennes furent souvent conseillées et décrétées par Antoine du Prat sans la sanction légale. Les parlements avaient plus d'une fois fait sentir leur mauvais vouloir; ils repoussaient les mesures sollicitées de leur patriotisme par des délais, des objections et des chi-
canes, ou bien encore ils en amoindrissaient les avantages et en détruisaient l'opportunité.
Pendant ce temps l'armée périssait, le pays s'alarmait, et c'était au profit de l'ennemi que tournaient les calculs de l'économie et les lenteurs des discussions orageuses. La guerre engagée ne suspendait point ses fureurs au gré des froids calculs, au son des vaines paroles. Les Suisses ne se battaient qu'après avoir reçu le prix de leurs engagements. « L'ennemi n'attendait pas pour prendre une ville que l'on fut prêt à la défendre. Le scrupuleux respect des anciennes formes avait pour conséquence inévitable la ruine du royaume. Ne fallait-il pas mieux le sauver et braver les vaines clameurs des formalistes? François Ier, qui avait dans l'esprit plus de décision que d'attachement aux vieilles coutumes, suivit le conseil de son chancelier1. »
Ainsi, Antoine du Prat se trouve justifié par l'urgence des circonstances de l'une des plus graves innovations de son ministère. En ce point, comme en tant d'autres, l'injustice est le fait, non pas de l'accusé, mais des accusateurs.
A son avènement au trône, le Roi François Ier avait trouvé, malgré les édits de Charles VIII méconnus par Louis XII, le domaine de la couronne fortement engagé. Lui-même avait, en différentes circonstances, contribué au malaise qui résultait de cet état de choses. Il avait, lors de sa visite à Rouen, hypothéqué le domaine du Vaudreuil, lieu important par ses souvenirs historiques et par l'antiquité de son union au domaine de la couronne. On ne se souvenait pas de l'en avoir jamais vu séparé, on n'en retrouvait aucune trace.
1 François I" et :>a cour.
Soit que la Normandie lut anglaise ou française, soit qu'elle tut indépendante et ducale, conquérante ou conquise, ses souverains avaient toujours rencontré au Vaudreuil un palais, une forteresse, une position, selon les besoins de leur politique et la position de leur fortune. Ils avaient toujours tiré finances de ses pâturages et de ses forets. Souvent ils avaient combattu pour sa possession pleine d'attraits et d'opulence. En 584, la reine Frédégonde devenue veuve, y avait trouvé le lieu de son exil. Henri 1er, Roi d'Angleterre, avait changé son château en forteresse. En 1195, Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion l'avaient prise pour le lieu de leur entrevue, puis pour le théâtre de leur querelle. Dans l'intervalle de ces faits, et depuis lors, des crimes particuliers avaient ajouté l'intérêt de leur chronique aux célébrités de l'histoire1. François Ier, mal conseillé en cette circonstance , il faut l'avouer à regret, n'eut point d'égard pour ces illustrations ni de souci pour ces souvenirs. Il hypothéqua le Yaudreuil dès 1515, et encore en 1517. Ce ne fut toutefois que sous le Roi Charles IX, en 1579, que ce domaine fut détaché de la couronne, et donné en échange à M. de Boulainvilliers contre les terres de Noyon et de Gournay2.
Cependant, en 1521 , le Roi François Ier, effrayé des dangers dont de pareils abus menaçaient la fortune royale, consacra de nouveau l'inaliénabilité du domaine de la couronne, « révoquant par un édit toutes les aliénations faites jusqu'alors, et déclarant nulles à l'avance toutes celles qui par surprises pourraient être
1 Chronique de Normandie, imprimée à Rouen. — Normandie illustrée, etc.
2 Contrat d'échange des terres et chàtellenies du Vaudreuil et Léry, etc. Archives du château du Vaudreuil,
faites à l'avenir'. » Le domaine était alors si notablement diminué, les biens qui le composaient « étaient de si petite valeur et revenu, que force lui était, pour l'entretien de sa maison, de prendre sur les deniers affectés à l'entretien des gens de guerre 2. »
Ces mesures financières réunies, ou plutôt indiquées ici en un seul lieu, ne furent cependant pas l'ouvrage d'un seul moment. Commencées dès l'avènement du Roi François 1er au trône, parce que dès lors des besoins se firent sentir, elles se continuèrent et se développèrent pendant toute la durée de son règne, selon que les malheurs ou les dangers ajoutant une nouvelle menace ou une nouvelle détresse aux infortunes passées , appelaient au secours et mettaient encore à répreuve l'habileté du ministre et le dévouement de la nation.
Après avoir suivi le chancelier du Prat dans les innovations et peut-être dans les témérités financières qui signalèrent son ministère tout entier, il convient de revenir à l'année 1517, qui vit le Roi François ltr glorieusement de retour dans sa capitale, après avoir ajouté une mémorable victoire, une juste conquête et de nobles traités à ceux dont les noms abondent sous la plume et enorgueillissent la pensée de tout Français repassant l'histoire de sa patrie
1 M. Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. 1, p. Ulh.
2 KL, lOid.
CIIVPÏTRE XXIII.
Couronnement de la Pieine Claude de France. — Voyage du lîoi cl de la cour ;i Rouen. — Le chancelier du Prat et le duc d'Alençon tiennent les l'.tals de Normandie.
Le 12 mai 1517, le cardinal-légat, Philippe de Luxembourg, évoque du Mans, couronna à Saint-Denis la Reine Claude de France1 ; elle fit ensuite son entrée solennelle à Paris. Sans avoir encore soulevé toutes les haines que les devoirs et les rigueurs de son ministère excitèrent contre lui, le chancelier du Prat était déjà, par la hauteur de son élévation, par la supériorité de son caractère et par l'énergie de ses premiers actes, l'objet d'une animosité vive et naissante. « 11 est assavoir, dit au sujet de ces cérémonies un auteur contemporain, que monseigneur le chancelier, nommé messire Anthoine du Prat, natif d'Auvergne, qui par avant estoit premier président de Paris, estoit vêtu d'une robe de drap d'or, plus belle que nulle des princes, et marchoyt avec lesdits princes : de quoi les gens de bien qui ont entendement ne le prisent pas plus pour
1 Père Anselme, Histoire (1rs grands officiers de la couronne, t. 3, p. 735.
l'habit ni pour l'ordre où il estoit, car par cy devant y a eu plusieurs gens de bien, chanceliers en ce royaume, aussy gens de bien que luy et de meilleures et de plus nobles maisons, qui ne se sont point ingérés de faire sy grande follye'.» Ainsi, non contents des agressions que soulevaient contre le chancelier du Prat les actes solennels de son ministère, le dépit et la haine s'attachaient encore par leurs insinuations aux détails accessoires et indifférents de sa vie. Ils ne consultaient pas l'histoire, qui les aurait édifiés sur sa naissance et qui les aurait instruits des magnificences d'un Philippe de Morvillers et de tant d'autres nobles et vertueux chanceliers2.
Dès le début de son règne, dès le lendemain de son sacre, François I" avait donné à sa belle province de Normandie les prémices de son autorité souveraine. Le parlement lui devait son organisation naissante et son nom nouveau. Il voulut le compléter et le fortifier par sa visite, l'inspirer selon ses besoins, le conquérir peutêtre à ses intérêts par un de ces actes de gracieuse bienveillance si faciles aux souverains, si abondants quelquefois en fruits de dévouement aveugle et passionné.
Le Roi partit pour Rouen, qu'il visitait pour la première fois. Le chancelier du Prat, son influent conseiller dans l'affaire de l'échiquier (la Normandie s'en souvenait avec reconnaissance), l'accompagna dans cette ville. La Reine, la duchesse d'Angoulême, une suite imposante de princes et de seigneurs augmentèrent par leur présence la magnilicence du Roi et l'hon-
1 Bibl. imp , Journal de ce qui s'est passe en France depuis l'année 1.'>J3 à l'année 15I7.
2 Moilstrelet, voir ci-dessus, chap. il.
A.NTOINK DU PUAT. 163
near qu'il faisait à la province, lis furent reçus et traités avec l'éclat et l'empressement qui partout accompagnaient leurs marches et leurs séjours.
Les échevins présentèrent au Roi une salamandre d'or, du poids de trente marcs ; à la Reine, une grande coupe de dix-huit marcs d'or; à madame d'Angoulème, mère du Roi, à la duchesse d'Alençon , au chancelier et au grand maître de France, des vases de vermeil et d'autres magnifiques ouvrages d'orfèvrerie, où il entrait près de 150 marcs d'argent1.
Le 12 août 1517, François Ier, ne voulant pas le céder en bienveillance au roi Louis XII, fut, à son exemple, siéger au parlement de Rouen, dont le palais splendidement orné et récemment achevé était digne, de sa visite et digne de son objet2. Il y eut entre lu cour et le parlement rivalité de magnificence , entre le Prince et cet auguste corps échange de respects et de courtoisie. Le chancelier du Prat participa d'autant plus aux témoignages dont son maître était environné, qu'après avoir reçu en cette ville les ambassadeurs d'Ecosse et un protonotaire du pape, le Roi le laissa derrière lui5, aussi bien que le duc d'Alençon, son beaufrère, pour tenir en son nom les états de Normandie, qui se rassemblèrent au prochain mois d'août. Ce fut alors que le chancelier sollicita pour Guillaume du Prat, son second fils, depuis évoque de Glermont, les titres de chanoine de Rouen, et de grand archidiacre de sa métropole. Ils lui furent promis et plus tard accordés4.
Non content des intérêts solennels que le chance-
1 De Masseville, Histoire sommaire de Normandie, t. 5, p. 74.
2 M. Floquet, Histoire du parlement de Rouen, t. 1, p. 430.
3 Journal d'un bourgeois de l'aris, p. 50.
4 Mémoires de famille.
lfill VIE DU CHANCELIER
lier dirigeait aux États de Normandie, il en soignait encore d'une nature secrète et non moins importante peut-être. Il réconciliait avec le Roi, par des présents faits en son nom aux églises et aux cathédrales, les chapitres de la province. 11 se les était aliénés l'année précédente, et le chancelier n'était pas étranger à ce ressentiment. Le changement de l'échiquier en parlement était l'origine de ces griefs. Le concordat en avait fait un gros procès. La cour de Rome, après sa conclusion, avait octroyé à François Ier la dîme papale, c'est-à-dire un décime sur les biens ecclésiastiques du royaume. Les chapitres de Normandie envoyèrent une députation au Roi, chargée de leurs humbles remontrances et de leurs doléances respectueuses. Le Roi ne la reçut pas, et le chancelier qu'elle alla visiter, répondit « que Sa Majesté tenait à son décime, que la province de Normandie était la seule qui se fût insurgée contre sa volonté '. »
Les grâces du Roi, les privilèges qu'il accorda aux églises, la religion sincère qu'il témoigna commencèrent à apaiser les dispositions irritées. La duchesse d'Angoulême aida à cette réconciliation avec habileté; elle eut en échange des effets de son influence, des courtoisies insignes; « on lui faisoit demander quelles prières elle désiroit avoir2. »
Après le départ de la cour, le chancelier du Prat acheva les conquêtes entreprises, par l'habile diposition des munificences dont l'administration lui était confiée. Plus tard, il eut vis-à-vis du parlement de Normandie le tort dont Louis XII avait donné l'exem-
1 M. Fallue, Histoire de l'église métropolitaine et du diocèse de Rouen, t. 3, p. 84.
2 /*/., Ibid., i. 3, p. 90.
\.\ rOINE DU PRAT. 105
pie, celui de l'aire nommer au Roi François 1er nombre de présidents et de conseillers venus de provinces éloignées et quelquefois de pays étrangers. L'échiquier avait jadis protesté contre leur introduction, le parlement renouvelait à cet égard les mêmes instances. Cet avantage allégué par le chancelier du Prat de conserver l'indépendance dans les jugements parce qu'aucun intérêt personnel, aucun lien de famille ne viendrait exercer son influence, ne pouvait compenser le préjudice que causait à la justice l'ignorance des usages, des mœurs, de l'esprit, des coutumes, des droits de la province, et quelquefois même celle du langage du pays. Cet inconvénient se faisait surtout sentir lorsque le chancelier empruntait aux sénats de Milan , de Gênes, de Turin, des créatures maintenant expulsées de leur sein, dont il s'était utilement servi au temps de la conquête, et qui lui retombaient inoccupées et par suite affamées sur les bras. De ce nombre fâcheux était un certain Pavigarola, dont la famille avait rendu quelques bons offices au chancelier durant sa courte possession de la Valteline1. Malgré ces partialités et ces abus, le parlement de Normandie dut au chancelier du Prat sa nouvelle existence, la justice de la province lui dut son libre et constant exercice, et les reproches, quelque fondés qu'ils puissent être, doivent disparaître devant l'étendue du service et la réalité du bienfait.
En ce moment, le chancelier agissant au nom du Pioi, lui réconcilia si solidement les esprits que, quatre ans plus tard, lorsque le Roi, épuisé d'hommes et d'argent par ses guerres , revint en hâte à Rouen pour demander des secours aux habitants de la ville, « iceulx
1 \1. Ftoquet, Histoire du parlement de Normandie, t. 1, p. 455.
Normands outre cuydés, lui offrirent bailler et ayder jusqu'à mille hommes souldoyés. Parquoy le Roy les remercia et accepta, puis s'en revint à Paris. »
« Et luy retourné, envoya son chancelier du Prat à l'hostel de ville, pour remontrer comme ceulx de Rouen avoyent offert bailler et ayder au Roy jusqu'à mille hommes de pied souldoyés , pourquoy il convenoit qu'ils luy aidassent d'autant... Ainsi force fut aux habitants de Paris, par amour ou par force, accorder à luy bailler mille hommes de pied souldoyés ', »
L'année 1518 fut signalée entre autres événements par une ambassade solennelle que le Roi d'Angleterre envoya au Roi de France. Elle n'eut peut-être rien de sincère dans son but ; elle n'eut assurément rien de favorable dans ses résultats : mais ce fut un événement étrange et curieux que cette recherche d'amitié, que cette première ouverture d'alliance entre deux nations si longtemps rivales. Alors le cardinal Volsey semblait acquis à François Ier : il persuada cette démarche à Henri VIII, et quatre ambassadeurs arrivèrent à Paris. Ils avaient pour mission de conclure un traité solide avec le Roi de France, contre le Roi d'Espagne qui devait être bientôt l'Empereur Charles-Quint, et dont les grandeurs naissantes et l'active ambition préparaient à l'Europe entière les guerres qui l'ensanglantèrent, et à la France les malheurs sous lesquels elle faillit succomber. Le mariage de la princesse Marie, fille de Henri VIII, et du dauphin François, enfants encore au berceau, était un des objets de l'ambassade. Il en fut de cette union comme de toutes celles que la politique voulut essayer et préparer sous
1 Joumat d'un bourgeois de Paris, p. 120.
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ce règne; elle fit place à i\r< deuils par la mort prématurée du jeune prince, ou au succès d'intérêts plus actuels. L'ambassade fut cependant accueillie par le Roi de France et par la nation comme l'œuvre d'une gloire nouvelle et d'une paix durable. Il y eut à cette occasion de splendides fêtes données par tout Paris, et entre autres à la Bastille. Le récit de ces derniers faits fut écrit tour à tour en latin, puis en français, et dédié au chancelier Antoine du Prat, qui ne put prendre part à ces joies, tant, disait l'auteur, « il estoit oppressé de grandes et hautes charges1. »
1 Livre de messire Bernardin Rince, Millanoys, docteur en médecine, contenant et expliquant briefvement l'appareil, jeux et le festin de la Bastille.