‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 32 sur 71 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Acquisition des Tuileries par le Roi. — Embellissements clans PariSo — Entrée du légat du pape.

Si quelquefois durant la première partie du règne de François Ier, le crédit de la duchesse d'Angoulème s'exerça au préjudice de la saine raison et de la stricte justice, il faut pardonner au prince dont le cœur subissait en l'exagérant, en s'aveuglant peut-être, un empire toujours sacré. Parmi ces vertus constantes dont la gloire, la fortune, les succès, les revers, les passions, les affaires ne le détournèrent jamais, l'on doit placer en première ligne son culte filial : culte si fort, si doux et si saint que ses écarts et ses excès eux-mêmes sans obtenir de Dieu ni des hommes l'éloge qui ne leur est pas dû, rencontreront cependant au ciel un pardon facile, et doivent trouver, dès ici-bas, quelque indulgence en faveur de leur cause. Le chancelier du Prat, lorsqu'il développa par l'éducation cette nature si bouillante et cependant si belle, qui parfois échappa à sa direction, quand l'autorité du précepteur auprès de l'élève se convertit en la simple influence du ministre auprès du souverain, avait reli-

VIE DO <;n \m;i;i.i 1:1; avioi.nk di. pbàt. 1()0 gieusement agi, en maintenanl le jeune comte d'Angouleme dans les sentiments et dans les formes d'un respect tendre et soumis. Des interprétations ennemies ont voulu traduire ces hommages d'un fils pour sa mère par l'intérêt personnel et l'ambition prévoyante du chancelier. 11 est permis d'opposer à cette malveillance le sens vrai de toute sa conduite, et d'y trouver, plus encore que partout ailleurs, l'impulsion de sa conscience.

Ce fut, on l'a vu, à la régente sa mère que François Ier adressa le premier élan de son triomphe après la victoire de Marignan ; ce fut elle encore qui obtint le premier cri de sa détresse après la défaite de Pavie. Dans l'une et l'autre de ces campagnes, elle était demeurée dépositaire de son autorité et de sa confiance.

A l'heure dont il s'agit maintenant la duchesse d'Angoulème sentit des altérations dans sa santé. Le Roi s'en émut. Elle habitait le palais des Tournelles. Il craignit que ce séjour ne fût malsain, et après l'avoir condamné à ce titre, il fit visiter les maisons, cours et jardins que possédait au faubourg Saint- Honoré, Nicolas de Neufville. La convenance et la salubrité de cette résidence, sur l'emplacement de laquelle ont été depuis construits et dessinés le palais et le jardin des Tuileries, ayant été reconnus de François 1er, il convint de son échange contre le parc et le château de Chantelou1. Il fut ainsi le premier possesseur et ordonnateur royal de ce lieu habité depuis par tant de grandeur, embelli avec tant de magnificence, et que la majesté du pouvoir comme celle de l'infortune ont successivement consacré. 11 répondit à sa destination

1 Don Félibien, Histoire de la ville de Paris, t. 2, p. 939.

première ; Louise de Savoie y retrouva la santé. Plus tard la Reine Catherine de Médicis, belle-fille de François lLr, y fit construire ce palais que chaque main souveraine a complété , que chaque fureur populaire a ébranlé sans le détruire.

En parlant de cette acquisition, il n'est pas hors de propos d'ajouter que François Ier est un des Rois que l'embellissement de Paris préoccupa davantage. Son goût pour les beaux-arts s'appliqua, malgré les malheurs de son règne, à rendre sa capitale digne de la couronne qu'il portait, de la nation qu'il gouvernait. Les anciens hôtels des Ursins, de Bourgogne, d'Artois, de Flandres, de Fécamp et autres firent place à de nouveaux édifices et à de nouvelles rues. Moins d'un demi-siècle suffit pour changer la physionomie de la ville. L'émulation du public, secondant l'élan donné par le prince, apporta de tels bouleversements dans dans Paris et le menaça d'un tel agrandissement que le Roi Henri II crut devoir, au commencement de son règne, modérer par un édit cet enthousiasme général. Si tous ces faits n'appartiennent pas au même moment, du moins ils se rattachent au même esprit, à la même pensée, et peuvent être indiqués au même lieu.

En l'année 1519, le pape envoya pour légat en France le cardinal de Sainte-Marie in Porticu. Le parlement, informé de sa prochaine entrée dans Paris, s'enquit des honneurs à lui rendre. Ses registres constatèrent que le chancelier de France, Guy de Rochefort, avait été en 1&99 au-devant du cardinal d'Àmboise. Ils établirent encore que lors de l'entrée à Paris du cardinal de Luxembourg, au même titre, il n'avait été reçu que par une députation de présidents et par quelques conseillers. Le parlement envoya faire celle

ANTOINE DU PUAT. 171

remontrance au chancelier, et savoir de lui si dans cette cérémonie, il voulait marcher à sa tête, ce dont il s'excusa disant que sa santé ne le lui permettait pas1, « et que d'ailleurs il avoit d'autres affaires qui l'empcschoient de se trouver à cette entrée2. »

1 Don F^libien, Histoire de (avilie de Paris, t. 2, p. 940.

2 Traité des Légats, p. /|0.

Page 1