‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 33 sur 71 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Antoine du Prat reçoit le chapeau de cardinal à la place d'Érard de la Marck. — François I" brigue l'empire.

En cette même année 1519, le mérite d'Antoine Bohier, archevêque de Bourges, et les services rendus au Roi par lui et par les siens, le firent nommer cardinal. Le chancelier du Prat, son proche parent, contribua puissamment à cette faveur , et la duchesse d'Angoulême s'intéressa vivement à la lui faire obtenir. On ne peut se dissimuler que si le chapeau fut accordé au point de vue de l'honneur de l'Église et des intérêts de la religion, à un sujet digne de lui, ce fut au point de vue de la politique un choix imprudent. Érard de la Marck, évêque de Liège, frère de Robert, seigneur de Sedan, sollicitait pour lui-même cette haute distinction, et le Roi François ]"r lui avait promis son appui. Les intrigues de Louise de Savoie prévalurent. L'évêque de Liège indigné, oublianl ce qu'il devait à la France, se donna au Roi d'Espagne, entraîna son frère dans sa défection, el ne tarda pas à obtenir l'objet de son ambition par le crédit du prince auquel il s'était vendu '. En retour il fut auprès des

J Gaillard, Histoire de François /", t. J. \>. 'il".

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électeurs le ministre influent et décisif de Charles V, lorsque ce jeune souverain âgé de vingt ans, Roi d'Espagne depuis 1516, l'ut, à la mort de Maximilien son grand-père, Empereur d'Allemagne, non-seulement l'incontestable héritier de ses vastes états de Bourgogne, mais encore le formidable et l'heureux compétiteur du Roi François Ier à la couronne impériale.

En cette occasion si solennelle et dont les résultats portèrent tant de préjudice à la France, le chancelier du Prat, auquel n'échappaient point ces conséquences inévitables, employa tout son talent et tout son zèle pour procurer au Roi son maître les faveurs de l'élection. Il adressa à l'Électeur de Brandebourg une longue épître tout à la fois affectueuse et diplomatique, que nous ont conservée les mémoires du chancelier '. Le Roi la fit répandre dans toutes les cours d'Allemagne. Après avoir abordé les considérations chrétiennes et politiques qui militaient en faveur d'un tel choix, après avoir parcouru les garanties de puissance qu'il donnerait à l'Allemagne, de paix qu'il assurerait au monde, Antoine du Prat s'arrêta complaisamment sur les avantages de jeunesse et de beauté, de force et de richesse que réunissait François 1er. Il prêta à son nom seul déjà victorieux une influence de terreur sur les ennemis de l'ordre et de la foi; il emprunta des citations aux auteurs anciens et modernes , sacrés et profanes, aux papes et aux conciles ; il puisa des raisons dans les vieilles coutumes des Francs et des Germains, dans les exemples des Mèdes et des Perses, pour prouver que le déplacement du siège de l'empire ne serait point au détriment des intérêts de l'Aile—

i Fonds Dupuy, vol. 600.

magne, et que le caractère germanique du titre d'Empereur, que l'indépendance qui devait l'environner à perpétuité n'en seraient point altérés. On sait quel fut le résultat de ces soins et de cette éloquence. L'histoire ne gagnerait rien à leur nouveau récit : mais il importait à la biographie du chancelier du Prat de dire la part importante et tout à la fois infructueuse qu'il prit à cette grande lutte '.

L'occasion ne se fit pas longtemps attendre où la duchesse d'Angoulême et le chancelier du Prat reprirent leur revanche d'habileté. Ce fut malheureusement pour un résultat plus modeste. Ils réconcilièrent avec le Roi ceux qu'ils lui avaient aliénés. Un procès s'était engagé au sujet d'une petite ville située dans les Ardennes ; elle relevait du duché indépendant de Bouillon, appartenant à Robert de la Marck. Ce procès jugé par les pairs du duché en faveur du prince de Chimay, de la maison de Croy, fut porté par les opposants au tribunal de l'Empereur, et revu par lui, malgré les droits et les réclamations de Robert de la Marck qui ne reconnaissait point cet appel. Ses privilèges souverains ainsi froissés, l'Empereur qui lui devait sa couronne ne fut plus à ses yeux qu'un ingrat2. Louise de Savoie et le chancelier profitèrent de cette occasion pour réparer leur faute. Ils avaient contribué à la défection de ces princes, ils s'employèrent à leur retour. La réconciliation fut ménagée par leurs soins, par le concours de Mesdames de la Marck et de Fleuranges, et par celui de Robert III de la Marck, seigneur de Fleuranges depuis maréchal de France, et que son de-

1 M. Charrière, Négociations du Levant, t. 1, p. 77 et suivantes,

2 Gaillard, Histoire île François /", t. I, p. 4G8.

voir de sujet, plus fort que ses intérèl s personnels et que son amour de fils, avait conservé fidèle au Roi malgré la défection de son père. Compagnon de gloire et de victoire de François 1er à Marignan, son compagnon de gloire encore et de captivité à Pavie , Fleuranges employa ses heures de prison à écrire ses mémoires, et ses jours de crédit et de puissance à se battre et à négocier pour la France et pour son Roi.

Avec la permission secrète et malgré les défenses publiques de François Ier, les deux Robert de la Marck signalèrent leur retour par des agressions armées contre le territoire de l'Empire. Charles V envoya des députés au Roi de France pour se plaindre de cette infraction des traités, au Roi d'Angleterre pour invoquer la qualité d'arbitre qu'il avait reçue des deux souverains et qu'il avait acceptée, faisant toutefois incliner son alliance et la balance de la justice vers l'un ou l'autre des deux princes, selon le caprice, l'intérêt, la passion du moment.

Tels furent en partie du moins les événements qui amenèrent l'entrevue des Rois de France et d'Angleterre, et les conférences de Calais.

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