‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 35 sur 71 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Conférences de Calais.

Les conférences de Calais suivirent cette entrevue. Henri VIII y fut représenté par le cardinal Wolsey, ministre ambitieux « dont le choix seul suffisait pour faire échouer la négociation '. »

Il devait cependant, à la recommandation de la France, la pourpre dont il était revêtu 2. Mais là ne se bornaient pas ses prétentions orgueilleuses. La promesse du souverain pontificat, cet objet de ses ambitions suprêmes, l'avait acquis à l'empereur1. Les dons de LéonX le comblaient de fortune. Venise cherchait à se le rendre favorable par les témoignages d'une estime démesurée , et François 1er comptait avoir gagné le cardinal à sa cause par ses caresses et ses faveurs 4.

François Ier avait mis une confiance qui ne fut point trompée dans le chancelier du Prat, « l'un des plus fins

1 Robertson, Histoire de Charles V, 1. 1, p. 504.

2 Larrey, Histoire d'Angleterre, t. 2, p. 147.

3 Rapin-Thoyras, Histoire d'Angleterre, t. 6, p. 141 et 144; Robertson, Histoire de Charles V, t. 1, p. 504.

4 Rapin-Thoyras, Histoire d'Angleterre, U 6, p. 137.

diplomates qu'il pût trouver pour le représenter à Calais'. » Assisté du maréchal de Chabannes, seigneur de la Palisse, dont en 1561 et plus tard encore le sang devait s'unir au sien, il conduisait les négociations entamées pour la conciliation des intérêts de la France et de l'empire. Jean de Selve, premier président du Parlement de Paris, lui prêtait aussi son concours. Mais quelle que fût l'émincnce de ces personnages, par l'illustration du nom, par l'importance des dignités, ou par le privilège de l'intelligence, Antoine du Prat n'en conservait pas moins la direction première des conférences. C'est un mérite que lui reconnaît le chancelier de l'Hôpital, en un livre écrit entièrement de sa main. Analysant d'une manière succincte les causes, le sujet et le résultat de 1' 'assemblée de Calais, il nomme seulement le cardinal Wolsey, le chancelier du Prat et Gattinara comme chargés de représenter les Rois d'Angleterre et de France, l'Empereur d'Allemagne, et de discuter leurs intérêts opposés2.

La Navarre , Naples , la Bourgogne étaient les points principaux sur lesquels roulait la dispute avec Charles-Quint, et s'exerçait la médiation de Henri VIII. Ce fut alors qu'entre autres preuves d'un dévouement et d'un patriotisme inséparables de sa foi, mais indépendants de ses souvenirs, de ses espérances et de ses ambitions, Antoine du Prat, si zélé pour les intérêts de Piome, protesta par des actes très-authentiques, renouvelés depuis sous les rois Henri II , Charles IX et et Henri IV, contre le prétendu droit de la tiare sur les couronnes 3. Il n'en voulut pas contester la supré-

1 Audin, Histoire de Henri VIII, t. 1, p. 303.

2 De Mesmes, 951310, Mélanges historiques, t, t\. :i Mainbourg, Histoire du Calvinisme, p. 18.

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matie spirituelle et sacrée, mais bien la domination et l'immixtion dans le gouvernement des choses temporelles.

Ce n'est pas que l'esprit de la papauté si habituellement conforme à l'esprit de l'Eglise, eût aucune volonté d'empiéter sur les couronnes : les paroles des plus grands papes eux-mêmes en témoignent solennellement, malgré les calomnies que l'erreur a voulu répandre sur ce sujet '. Quelques tendances spéciales, quelques entreprises isolées provoquées par les circonstances, autorisées d'ailleurs par les idées alors reçues et acceptées assez généralement, purent être signalées à dater de Grégoire IV 2. Grégoire VII et Bôniface VIII les renouvelèrent à leur tour; enfin le souverain pontife Jules II, dans ses démêlés avec le roi Louis XII, au sujet de la pragmatique sanction, transporta la couronne de Navarre de Jean d'Albret à Ferdinand d'Aragon, parce que le Roi de Navarre avait servi les intérêts du Roi de France avec lequel Rome était alors en querelle :t. Ce fut « pour le chancelier du Prat, qui peut-être n'aspirait pas moins au chapeau que Wolsey à la tiare, l'occasion d'une protestation généreuse. Il eut le courage d'opposer à cet acte et aux objections alléguées en sa faveur, les maximes solides de l'indépendance des couronnes ''. »

Les mauvais vouloirs avérés et constants du cardinal Wolsey contre la France paralysèrent les effets du chancelier et du maréchal. Toutefois leur patience et leur habileté demeurèrent infatigables, aussi long-

1 Mainbourg, Histoire de l'Église de Borne, p. 327.

2 Id., Ibid., p. 3/i6 et. suivantes.

3 Id.. Histoire du Calvinisme, p. 18.

' Gaillard, histoire de François /çr. t. 5, p. 468.

temps que la dignité de la couronne ne leur parut pas en souffrir. Les minuties elles-mêmes, si souvent décisives en diplomatie comme en guerre, n'étaient pas omises par le chancelier. Il ne pensait abaisser ni son Roi, ni lui-même, en les appelant au secours de sa mission. « Sire, » écrivait-il au Roi, en date de Calais, 1er septembre 1521, « ce jourd'huy le chancelier de Flandres et moy avons été invités à oyr le service et disner avec le cardinal, et en disnant ont esté tenuz quelques propos entre icelluy chancelier et moy et manière de deviz, ou a esté question de vous, de son maistre, du Pape, du chapeau rouge de monseigneur de Liège, et de la bonne vie de messire Robert de la Marche. Je croy, Sire, à l'opinion des assistens, qu'yl n'y a rien gaigné : si le discours n'estoit trop long, ce vous manderoye ; ce sera pour mon retour, s'il vous plaist de l'oyr.

« Sire, icelluy cardinal allant à la messe, tiroit peine sur sa mule, et m'a dit qu'il étoit grevé en façon que ne pouvoit endurer le cheval. Si, m'a demandé si avoye une litière? J'eusse voulu en avoir une, et qu'il eust coûté deux fois autant qu'elle pouvoit valoir. Sire, vous lui ferez chose fort agréable, si votre plaisir estoit de luy en envoyer une. Vous cognoissez le personnage et voyez le temps qui court : elle ne seroit pas perdue : et d'autant que a madame en grande vénération. Quand le don se feroit au nom d'elle, m'a semblé qu'il n'y auroit que bien : car sait que vous n'en avez pas, et penseroit que seroit de celles de ma dite dame.

« Sire, après m'estre recommandé tant et si trèshumblement que faire puys à votre bonne grâce, prieray lebenoist fils de Dieu vous donner l'entier accomplissement de vos très haults et très nobles désirs

avec santé et prospérité. Escript à Calais, le 1er jour de septembre. Votre très humble et très obéissant subject et serviteur. A. du Prat '. »

Le succès dos plénipotentiaires ne répondit ni à leurs talents, ni à leurs industries, ni à leur zèle. La dignité du souverain noblement défendue ne put s'accommoder dos exigences que Charles-Quint imposait par l'Angleterre, et cette médiation demeura sans résultats. Le cardinal fut soupçonné de complicité avec les ennemis de François 1er, suivant une lettre en date du 7 septembre 1521, écrite au Roi par ses plénipotentiaires à Calais. Quelques anxiétés leur ayant été données au sujet d'une entreprise projetée par les impériaux sur Ardres, Antoine du Prat interrogea le cardinal d'Yorck. « Ils n'auront garde d'y toucher, » répondit l'Anglais. Peu de jours après l'entreprise éclata sans succès, tant fut habile et courageuse la défense du capitaine dont le chancelier écrivait au Roi : « Plust à Dieu, Sire, que vous eussiez beaucoup de tels capitaines; il est loyal et homme de bien de sa personne, autant que on pourrait estre. Il n'y a pas trois jours qu'il m'avoit mandé que quand la place se perdrait, ainsy feroit sa vie \ » Ainsi fut-il sans beaucoup tarder de l'une et de l'autre. Et comme le chancelier se plaignait à Wolsey de ce manque de foi, « ils n'y retourneront plus , » avait froidement répondu celui-ci.

Et cependant, en cet état qui ne constituait encore ni une paix assurée, ni une guerre déclarée, les plénipotentiaires multipliaient non-seulement les efforts de

1 Bibt. imp., rnanusc. de Béth., n° 8491, fol. 29.

2 Id., Ibid., n° 8492, fol. 56.

leur zèle et la patience de leur art, mais encore les soins de leur complaisance et les industries de leur habileté. On en trouve quelques-uns indiqués en une lettre de Denis Paillot, homme de leur suite, au trésorier Robertet : « Il n'est possible de mieux suivre le vouloir et intention du Roy, que mondict seigneur le chancelier a faict en captant la grâce du cardinal par bons et gracieux moyens. Ledict cardinal lui demanda hier du vin de France : monsieur le chancelier a envoyé partout pour en recouvrer de bon pour lui bailler ' . »

Olivier de la Vernade écrivant au Roi le 8 août, rendait les mêmes témoignages au zèle de ses envoyés, et les concluait ainsi : « Par quoy, Sire, vous ay bien voulu avertir du grand contentement que ledit cardinal a de messeigneurs vos ambassadeurs, et de ce qui me semble que ne vouldroient escripre : et du surplus de vos affaires de par de ça, eulx vous advertiront bien et au long. »

Cependant les doutes sur la bonne foi du cardinal Wolscy naquirent dès le début des conférences, avant la trahison d'Ardres , et malgré quelques éclairs de bienveillance et de loyauté qui furent les inconstances de son caractère plus que les effets d'une heureuse nature. Il fut jugé par les plénipotentiaires avec la sévère justice que méritaient ses dissimulations et ses préférences. En date du 5 août, lendemain de la première entrevue, le chancelier du Prat et le maréchal de Ghabannes écrivaient au Roi dans les termes suivants : « Sire, ledit cardinal par semblant et paroles est tout à vous et ne désire que vous servir. Nous prions Dieu

1 Bibl. imp., manusc. dcBéth., n° 8402, fol. 56,

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que les elïects soient semblables; mais le principal est de mettre Dieu de sa part, se faire fort, et donner bon ordre à ses affaires, car le temps est tel que envie dénigre i'oy et honnesleté '. »

Quelques jours après, en date du 12 août, les mûmes plénipotentiaires, connaissant de plus en plus et peignant de mieux en mieux le prétendu conciliateur, qui n'était qu'un adversaire déguisé, écrivaient au Roi: « Sire, vous congnoissez le personnage à qui nous avons à besongner, mieulx que tout aultre : il n'est pas toujours en ung mesme propoz et estât. Ce nous est une grosse peine et fascherie de suyvre sa volonté en beaucoup d'endroits. Mais pour doubter de la courroucer et qu'il ne face faire quelque chose à son maître qui vous retournast à dommage, que luy est aizé de faire, comme vous sçavez, nous calions voilles en actendant ce qu'il vous playra nous commander. Nous serions bien marry de gaster rien, et jusques icy nous semble que tout est bien allé2. »

Le chancelier du Prat et le maréchal Ghabannes, que secondait le premier président de Selve, et qu'assistait Robert Gédoyn, employaient tous leurs soins à ce résultat. Us sacrifiaient au cardinal les formes qui leur étaient personnelles; ils multipliaient leurs condescendances, pourvu que la dignité du Prince et celle du pays demeurassent rigoureusement intactes. Ils poursuivaient leur mission par tous les moyens qu'une honnête habileté suggère et que permet une honorable complaisance. «Sire, nous avons dit au cardinal, » mandent les ambassadeurs du Roi, « que vous aviez envoyé devers luy, pour mettre une bonne fin à la louange de

1 I>iOl. imp.} manuscrits de Béthune.

2 ld„ Md.

Dieu et bien universel de toute la chrétienté, aux différents survenus entre vous et le Roy catholique, et que quand son plaisir seroit d'y vouloir entendre, nous serions de notre part tous prêts, et que de la peine, soin et labeur que prendroit pour vous en cette affaire, ne demeureriez ingrat'. » Puis, lorsqu'il s'agit de la première conférence avec les ambassadeurs de l'Empereur, et qu'arrivent les difficultés de préséances, le chancelier et le maréchal rendent ainsi compte au Roi, en date du 5 août, des résolutions qu'ils ont prises et des concessions qu'ils ont faites : « Le cardinal nous dit qu'il vouloit demain nous assembler avec ceulx de Flandre. Nous luy dîmes, Sire, qu'il seroit bon adviser de l'assiette, et que vous, Sire, à moy, chancellier, avié dit que s'il convenoit de faire assemblée, que luy remissions de pourvoir à l'ordre. Il a dit que pour le présent il n'y voyoit d'autre expédient, si ce n'est qu'ils arriveroient les premiers, et les trouverions assis à notre arrivée. Lors lui avons dict que cela seroit bon pourvu que à la seconde assemblée la main dextre nous fût baillée, et que nous fussions assis quand ils arriveroient. Sur quoy nous a respondu : Non pas cela, mais je vous feray asseoir les uns parmy les auUres, de sorte que on ne cognoistra que sera le premier ou le dernier. Si l'avois prié ainsy faire à la première assemblée. 11 nous a dict qu'il ne se pouvoit faire. Nous avons pris temps à y penser et à luy en mander notre advis. Et nous a semblé que si faisions cas d'icelle assiette, l'assemblée se pourroit empescher, et que ils semeroient partout que par la contencion d'aller devant ou derrière nous aurions esté cause qu'un tel acte salutaire n'avoit

1 Bibl. imp., manuscrits de Bctlm ne.

pris conclusion ne fin. Et par ainsy que nous devions remettre le tout h icelluy cardinal. La cause qui le meut de faire l'assiette que dessus (ainsy que nous pouvons imaginer) est car icelluy Roy catholique, est élu Roy des Romains1. »

Tout en cédant habilement sur ces questions d'étiquette et sur celles que fondaient des griefs accessoires dont il était. prudent de se départir, les ambassadeurs s'attachèrent à la conservation intacte des grands intérêts de la France et du véritable honneur de sa couronne. Les trois points de la négociation étaient la restitution du royaume de Navarre enlevé par Ferdinand à Jean d'Albret, sous les auspices de Jules II ; le retour à François Ier du royaume de Naples, dont les droits remontaient à Charles, comte d'Anjou, frère de saint Louis; les prétentions sur la Bourgogne que Louis XI avait élevées déjà à titre de reversion à la couronne, faute d'héritiers mâles, et que Charles V prétendait tenir, comme fief féminin de Marie de Bourgogne, son aïeule. Les négociations échouèrent sur chacun de ces points, malgré les soins assidus des plénipotentiaires français. L'aigreur prit entre eux et leurs adversaires la place que, malgré des perfidies d'une part et des pièges habiles de l'autre, la courtoisie avait jusqu'alors conservée. Le chancelier de l'Empereur, voulant justifier son maître des aggressions dont il s'était rendu coupable pendant les conférences, accusait à son tour François Ier d'assister Robert de la Marck clans son expédition. Antoine du Prat, s' appuyant sur les désaveux officiels donnés par le Roi à sa conduite, avait répondu « qu'il consentait à perdre la

1 Bi'bl. imp,, manuscrits de Béthune.

tête s'il avait ainsi manqué à ses engagements. L'Allemand en offrit les preuves et demanda l'enjeu. Le chancelier de France refusa celui-ci, et produisit des lettres originales qui démentaient les interprétations de l'étranger. Il s'en consola par cette grossière plaisanterie : Quand on m'adjugerait votre tête, je n'en voudrais pas; j'aimerais mieux en la place celle d'un cochon, elle serait meilleure à manger1. »

Le chancelier du Prat distinguant enfin que Wolsey, acquis aux ennemis de la France, se jouait de ses intérêts et de ses droits, écrivit au Roi qu'après avoir tout fait pour le repos du pays, il fallait soutenir son honneur par d'autres armes.

La guerre ne tarda pas à se déclarer. Mais à toutes les difficultés que les questions du dehors suscitaient à François 1er, la mort de Suzanne de Bourbon, en 1521, ajouta les complications intérieures. Elle était cousine germaine de Louise de Savoie, et ces deux princesses filles du frère et de la sœur, étaient l'une et l'autre cousines issues de germain du connétable, que son double malheur laissait à la fois veuf et sans enfants. Les causes et les détails des grands débats qui suivirent cette mort appartiennent à l'histoire générale de ce siècle et sont d'ailleurs assez connus. Il suffit à cette biographie de répéter les plus essentiels d'entre eux, afin de justifier le chancelier du Prat de la part qu'il prit à cette lutte, d'expliquer ainsi la direction que son intelligence et sa conscience crurent devoir donner à cette cause, de compenser enfin par son équité ce qui manqua sans doute à sa modération et à sa prudence.

Malgré les débats engagés à cette occasion, Fran-

* Gaillard, Histoire de François l", t. 1, p. 519.

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çois ï,r résolut de diriger lui-même les opérations de la guerre, et voulant pourvoira la tranquillité du royaume, confirma, pour cette nouvelle absence, la régence qu'une fois déjà avait exercée Louise de Savoie. Il associa à son pouvoir les gens les plus expérimentés et les plus capables de France. Il mit à la tête de ce conseil le chancelier du Prat. Enfin, il nomma le connétable lieutenant-général du royaume. Mais le prince avait déjà perdu ses riches pensions; déjà dans la campagne des Pays-Bas, le Roi lui avait ôté le commandement de l'avant-garde, il venait de lui refuser la main de Renée de France, sa belle-sœur ; Charles de Bourbon était aigri par-dessus tout, par le procès dont la succession de Suzanne de Bourbon était l'objet. Le connétable exprimait son mécontentement, on lui prêtait d'insolents propos et d'audacieux désirs. Le chancelier représenta au Roi combien il était dangereux de laisser derrière lui un prince irrité et puissant.

Le Roi cédant sagement à ce conseil, manda au connétable qu'il voulait partager avec lui la gloire de la prochaine campagne ; il appelait à ses côtés son bras et son épée. Le connétable alléguant une maladie ne rejoignit pas le Roi : il protesta de sa fidélité, et cependant comme un coupable, il se réfugia à Chantelle, et de là il essaya tout à la fois de dicter ouvertement des conditions au Roi, et de négocier secrètement avec l'Empereur une criminelle alliance. Cette conduite suspecte donnant de l'opportunité à la diminution de sa grande puissance, le procès dont les biens de Suzanne de Bourbon étaient l'objet fut poussé avec une activité nouvelle.

Du reste ce n'était pas de ce jour seulement, que la grande succession de la maison de Bourbon avait pré-

sente des difficultés à l'esprit des Rois, et préparé des dangers à la France. Louis XI et Louis XII avaient successivement éloigné ceux-ci et résolu celles-là par des précautions analogues à leurs caractères, et dans lesquelles « vous verrez un Roi Louis onzième tiré tout de son long, au naturel,.... et le Roi Louis douzième, prince débonnaire s'il en fut oncques un en France \ » Malgré la différence de leurs natures, ils se rapprochèrent cependant en ce fait que l'un et l'autre cherchèrent à donner des rejetons directs et incontestables à ces grands princes, les aînés de cette noble maison, et des héritiers à leurs énormes apanages. Mais ils s'éloignèrent sur le point du désintéressement, le cas échéant d'un décès sans postérité. Louis XI, dans le contrat de mariage d'Anne de France, sa fille, avec Pierre II, duc de Bourbon, « fit consentir et accorder que tous les duchés, comtés et vicomtes de la maison de Bourbon advenant qu'il n'eût point d'enfants mâles de son mariage, appartinssent au Roi et à ses successeurs. »

« Quant au duché d'Auvergne et comté de Clermont, qui originairement étoient du domaine de la France, c'eust esté pescher contre les règles fondamentales de nostre Estât, de les faire tomber en quenouille \ »

1 Etienne Pasquier, Recherches de la France, t. 1, p. 557 et 558.

2 1(1., Ibid., t. 1, p. 557.

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