‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 46 sur 71 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Mort de Maximilien Sforze : protection accordée par le Chancelier du Prat à Machiavel et à Rabelais, — Marot perd par son penchant pour le protestantisme celle que méritaient son talent et ses besoins.

Vers le 1er juin de l'année 1527 mourut en France le duc Maximilien Sforze, dépouillé de sa souveraineté, moitié par la conquête, moitié par la cession de ses droits, que compensait une pension de trente mille ducats. « Monsieur de Villeroy écrivait à ce sujet le chancelier au trésorier de France, « le seigneur Maximilien, que Dieu absolve, m'a faict, entre autres, exécuteur de son testament. J'ai déclaré au Roi le contenu en icelluy, et aussy l'inventaire qui a été faict par ses serviteurs. Ledict Seigneur n'entend se porter pour héritier, et veut que nécessairement tout ce que faut faire pour le présent soit fait par ses exécuteurs, et sur l'argent qu'il lui doit. Les sommes seront distribuées par votre mandement, qui tiendrez lieu de monseigneur le grand maistre et de moy, qui n'y pouvons

estre Ledict Seigneur entend que les obsèques

soient honorablement faites, toutefois que charité passe pompe Touchant le faict de l'inventaire, dont ledict Seigneur vous écrit, et celuy de son tombeau, fe-

-21k VIE DU CHANCELIER

rez ainsy que ledict Seigneur vous mande, et, à tant, monsieur de Villeroy, je prie le Créateur de vous donner son amour et grâce' . »

Ce fut à cette même époque que mourut Machiavel. Sans entreprendre la discussion de sa philosophie, et sans prétendre moins encore en faire un dangereux éloge, il est bon de noter en passant l'accueil et l'appui que lui accorda le chancelier du Prat. Ce fait et le trait qui se rattache à Rabelais ne sont point enregistrés pour l'apologie des principes que professèrent ces deux hommes célèbres. L'amitié d'Antoine du Prat pour le noble Florentin, et sa bienveillance pour l'écrivain français ne furent point une approbation de leur morale et de leurs œuvres. Elles étaient le fruit de cet attrait qui incline les esprits et les cœurs haut placés vers des esprits et des cœurs, élevés aussi, qui peuvent s'égarer dans leur vol, sans cependant renoncer à la supériorité qui les distingue. Cette sympathie du chancelier s'exprima par une protection sur leurs personnes, et non point par une approbation de leurs principes.

Dans le cours de ses nombreuses légations, Machiavel avait été quatre fois envoyé en France. Ses deux dernières missions, en 1510 et 1511, trouvèrent Antoine du Prat mêlé d'une manière importante aux affaires en sa qualité de premier président au parlement de Paris, et rapprochèrent ces deux esprits éminents. Lorsque la conquête du duché de Milan et le concordat conduisirent le Roi et son chancelier à Bologne, ils trouvèrent Machiavel aux pieds de Léon X , et devenu l'un des admirateurs de ce grand Pape, tant

* Lettre orignale aux Archives de la famille.

il est vrai qu'à cette âme si décriée l'amnistie imposait une reconnaissance dont elle se souvint toujours. Le Roi et le chancelier traitèrent Machiavel comme quinze ans plus tôt Louis XII et le cardinal d'Amboise l'avaient reçu et traité lors de sa première mission et de sa haute faveur, et le chancelier lui continua son amitié jusqu'à ce qu'en J527, il mourut tranquillement à Florence, qui l'avait successivement élevé, persécuté et encore honoré'.

L'esprit de Rabelais fut autre que celui de Machiavel. La licence qui le caractérisait fut toujours accompagnée de finesse et d'ironie. Le chancelier lui accorda les encouragements dont un pouvoir éclairé favorisa toujours l'intelligence et l'étude. La haute protection d'Antoine du Prat que Rabelais s'était acquise par son savoir, de puissantes sympathies que sa verve et sa sagacité lui avaient obtenues à la cour, le tirèrent en maintes circonstances des liens d'une vocation inconsidérée et des dangers dans lesquels une bouffonnerie licencieuse avait précipité sa liberté et qui auraient pu compromettre sa vie2.

Rabelais n'avait pas encore trouvé l'appui du cardinal du Bellay, auquel il appartint plus tard comme secrétaire ou comme médecin, qu'il suivit dans ses ambassades, et qui lui obtint, au retour, la cure de Meudon. Dans les inconstances de sa vocation et dans le désordre de son imagination vagabonde, il avait quitté le froc et le couvent, rapportant de ce premier essai, non pas la piété dont les inspirations l'avaient guidé tout d'abord, mais la science qu'il y avait acquise pour

i Mémoires domestiques.

2 Bibliophile Jacob, Notice sur la vie et les ouvrages de Rabelais,

tout bien. Sans entrer dans les détails curieux de cette existence singulière, et la laissant à ses travaux sérieux mêlés de joies bouffonnes, il faut, après avoir abandonné Piabelais à ses biographes, le retrouver en un fait qui touche le chancelier du Prat. Rabelais luimême y fait une allusion plaisante dans son ingénieux ouvrage de Pantagruel1. Se peignant sous les traits de Panurge, il lui fait jouer avec agrément dans sa fiction le rôle qu'il remplit avec folie, et que le succès fit louer comme une vraie sagesse.

Rabelais prenait ses grades à Montpellier, âgé de quarante-sept ans environ. 11 avait été reçu bachelier. Sa science et son autorité étaient celles de son âge , son imagination et sa gaieté étaient celles de la jeunesse. La confiance de l'académie en son mérite, son dévouement aux intérêts de l'académie étaient réciproques.

Le chancelier du Prat, sans doute pour satisfaire aux exigences et à la jalousie de la Faculté de Paris, avait enlevé à la Faculté de Montpellier quelques-uns de ses privilèges. Il s'opposait à la réouverture du collège de Gironne, fermé à la suite des guerres des deux règnes précédents. 11 voulait même appliquer à des intérêts étrangers à la Faculté de Montpellier les biens du collège abandonné2. Les réclamations de la Faculté n'aboutissaient qu'tà des refus, et ses instances ne faisaient que confirmer, par de nouveaux actes, les échecs et le préjudice qu'elle avait éprouvés. Ce fut alors que, mettant sa confiance dans le zèle et dans les moyens de

1 Pantagruel, livre 2, chapitre 9.

s Bibl. imp., Manuscrits Dupuy. — Abbé Pérau, édition île Rabelais. Mémoires de Nécéron.

ANTOINE DU l'HAT. 277

Rabelais, elle lui donna mission de plaider auprès du chancelier une cause qui semblait perdue. L'amour d'Antoine du Prat pour les gens d'esprit et les hommes éloquents était connu et vanté : son goût pour les gais compagnons avait eu quelque retentissement, avant que les travaux sérieux du ministère, et surtout la consécration sacerdotale, eussent empreint son caractère de cette gravité qui sied au magistrat et que le pontificat impose. Peut-être espérait-on quelques réminiscences de ce vieux penchant. Si cela fut une erreur, on eut raison du moins de compter sur les séductions du savoir et du mérite, séductions les plus nobles et les plus légitimes de toutes, après celles de la sagesse et de la bonté. 11 ne faut point disputer à la gloire, à la grandeur, à la beauté, leur prestige irrésistible et leur souverain empire ; mais leurs droits ne sont réels que si les dons de l'esprit et du cœur viennent en consacrer la puissance et en rehausser l'éclat.

Rabelais, arrivé à Paris, réclama vainement une audience du chancelier.

Ce fut alors que s' affublant d'un costume grotesque, il ne dédaigna pas de faire contribuer les apparences de la folie aux succès de sa mission. Sa longue robe verte, ses chausses à demi nouées, son bonnet armé nien, ses lunettes et son écritoire, tout son costume enfin, ont été décrits par ses biographes et par luimême. Se peignant sous le nom de Panurge, il se dit : « Beau de nature, élégant en tous linéamens du corps ; mais pitoyablement navré en divers lieux, et tant mal en ordre qu'il sembloyt échappé es chiens, ou mieulx ressembloit au cueillcur de pommes du pays du Perche. » 11 venait par le chemin du pont de Charenton. En ce costume, et dans une attitude analogue, il se mit

à se promener sur le quai des Augustins, où le chancelier possédait l'hôtel d'Hercule, qu'il habitait alors. La singularité de cette scène donna bientôt à Rabelais un cortège d'oisifs et de railleurs. Leurs rires et leurs tapages ne tardèrent pas à attirer l'attention du chancelier. 11 se fit enquérir du nom de l'aventurier, et Rabelais, accompagnant d'un titre burlesque la trivialité de son costume, acheva d'exciter la curiosité clu chancelier. Poussant plus loin son interrogatoire, Antoine du Prat, après avoir obtenu l'aveu des prétendus noms et métiers du personnage, voulut savoir ses intentions. Un page, un gentilhomme, un secrétaire, des serviteurs de toutes nations, amenés d'Italie, appelés d'outre-mer, venus d'Allemagne, d'Angleterre, ou d'au delà des Pyrénées, se succédèrent auprès de lui. A chacun il parlait une langue différente : le turc et l'arabe aux gens de l'Occident, à ceux de l'Orient le langage de la Castille. Aux hommes de science il répondait en patois; aux ignorants, il s'adressait dans la langue d'Homère ou dans celle de Virgile, ou bien encore il se souvenait de l'hébreu avec eux. Cette science universelle et, parfois, la facilité d'expressions venues des antipodes ou de l'autre monde, égaraient de plus en plus l'opinion sur son compte, et augmentaient l'admiration et l'hilarité publiques. Ce fut alors que le chancelier, las de faire interroger, ordonna de l'introduire. Rabelais abandonna son rôle d'emprunt et sa science devenue importune.

Dans une harangue habilement conçue, il renouvela tous les souvenirs d'Antoine du Prat en sa faveur. Le chancelier, touché des efforts d'un tel ambassadeur, de son habileté, de son savoir, de sa gentillesse, ému d'ailleurs par la mémoire invoquée de son ancienne

A.NTOINK DI- l'UAT. 279

protection, no prolongea pas ses refus, et la Faculté de Montpellier fut remise en possession de ses privilèges, de ses biens, de son collège de Gironne.

En reconnaissance et en souvenir de ce succès, l'Université déclara que les docteurs qui soutiendraient leurs thèses à Montpellier revêtiraient désormais la robe de Rabelais'. Cette robe, endossée avec vénération, fut aussi dépecée par le même sentiment. Chaque bachelier en détachait un morceau qu'il emportait comme une relique. Deux fois renouvelée, en 1G10 et en 1720, par suite de cette destructive vénération, elle est encore de nos jours un souvenir, mais non plus un héritage2.

Cette anecdote appuyée de tous les témoignages qui peuvent la rendre incontestable, a cependant rencontré des contradicteurs et subi des travestissements. Certains auteurs rabaissant Rabelais au-dessous de lui-même, prétendent qu'outré de l'orgueil du chancelier, il commit en effet sous ses fenêtres la parade qui vient d'être racontée et que son but réel peut seul ennoblir. Ils lui supposent l'insulte pour intention et disent qu'au serviteur qui vint s'enquérir de son métier, il répondit : « Je suis un écorcheur de veaux prêt à m' exercer, s'il peut vous plaire, sur votre maître et sur vous3. » Cette version tri vin le, plus offensante pour la mémoire de l'insulteur que pour celle de l'insulté, trouve sa réfutation dans le récit véridique qui l'a précédée.

1 Revue de la faculté de médecine de Montpellier, p. 319. — Notice historique et biographique sur Rabelais, par Kiihnlioltz.

2 Bibliophile Jacob, Notice sur la rie cl les ouvrages de Rabelais.

* Mémoires sur la vie de J.-.l. de Thon -, t. 2 de son Histoire universelle, p. 190.

Ces faits de la vie intime d'Antoine du Prat, si bien d'accord avec les traits de sa vie publique, rendent à son intelligence, la plus éminente de ses facultés, l'élévation et l'éclat qui lui furent si souvent contestés. Les calomnies d'ignorance tant de fois renouvelées contre lui, bien loin de le flétrir de la honte qu'elles tentent de lui imprimer, attachent leur sceau ineffaçable au nom de ses accusateurs.

Le chancelier fut- il aussi libéral de sa protection, futil aussi juste à l'égard de Clément Marot? Il est permis d'en douter, en joignant un regret sincère à l'abandon dans lequel le poète fut laissé, en donnant au besoin un blâme équitable à la persécution dont il fut l'objet, mais qu'il provoqua lui-même, il faut l'avouer, par l'expression téméraire de ses opinions hasardées.

Fils d'un secrétaire de la reine Anne de Bretagne, attaché depuis aux rois Louis XII et François Ier, Clément Marot appartenait aux mêmes maîtres par sa naissance et par ses services. 11 suivit le Roi à Ardres. Plus tard à la bataille de Pavie, il fut blessé et prisonnier. Ce dévouement et ces malheurs furent insuffisants pour le protéger. Clément Marot donna lieu de suspecter sa foi ; puis on l'accusa d'élever des regards téméraires et de pousser des soupirs indiscrets jusqu'à Diane de Poitiers, jusqu'à Marguerite de Valois ellemême. Après avoir connu les rigueurs de la captivité à l'étranger, il ne tarda pas à sentir le poids plus rude peut-être de nouveaux fers dans la patrie. François Pr intervint pour sa délivrance, la Reine de Navarre dont il fut le valet de chambre, et la duchesse de Ferrare dont il devint le secrétaire s'émurent en sa faveur, et lui donnèrent un asile. Mais toujours revenant à Paris, et là se livrant au libertinage de son esprit et de son

A.NTOINE Kl l'KAT. 281

cœur, h l'intempérance d'un langage qui donnait le soupçon de l'hérésie, à l'indépendance publique et outrée d'une vie qui bravait ouvertement et ironiquement les lois de l'église, il retrouvait la dénonciation et ses terribles suites en retombant dans ses écarts. Le chancelier du Prat ne mit point la main à l'œuvre de sa persécution, mais il ne la lui tendit pas non plus pour le soutenir, pour défendre sinon ses penchants et ses doctrines, du moins sa liberté, pour le corriger et le convertir enfin par la grande et puissante leçon de l'indulgence et des bienfaits.

Déjà victime de l'indigence dans laquelle il devait mourir, Clément Marot adressait au Roi des épîtres et cette humble épigramme de solliciteur, qui prendra place ici parce quelle invoque le souvenir du légat* Antoine du Prat, et qu'elle le désigne sous le nom (X Auvergne, lieu de son origine.

Plaise au Roy de ne refuser point, Ou donner, lequel il voudra A Marot cent écus à point :

Et il promet qu'en son pourpoint Pour les garder ne les coudra.

Monsieur le légat l'absoudra, Pour dignement le recevoir :

J'entends s'il veut faire devoir Pc sceller l'acquit à l'espcrgne :

Mais s'il est dur à y pourvoir, Croyez qu'il aura grand pouvoir S'il me fait bien dire d'Auvergne1.

L'acquit fut en effet signé par le chancelier 2 : mais

1 Œuvres de Clément Marot, édition de la Haye, t. 3, p. k-

2 M. Auguis, Notice sur Clément Marot, p. fit), t. 1" des Œuvres de Clément Marot.

le trésorier Guillaume Prudhomme, refusant de satisfaire aux ordres du Roi, Antoine du Prat reçut du poëte la plainte et la supplique qui suivent :

Puissant prélat je me plains grandement Du trésorier qui ne veult croire en cire, En bon acquit, en exprez mandement, En Robertet, n'en François nostre sire : Si ne sçay plus que luy faire ne dire, Fors plaindre Dieu en mon acquisl susdict: Adoncq s'il est si preud'homme qu'on dict, 11 y croira, car en Dieu faut-il croire. Encore ay peur que Dieu ne soit desdict Si ne mettez l'homme en bonne mémoire1 .

De nouveaux ordres viennent en effet rafraîchir la mémoire du trésorier récalcitrant, et cette fois Clément Marot fut secouru avec une promptitude « qui rendit Preud'homme de ses amis. »

Peu de temps auparavant, Clément Marot, toujours pressé de louer parce qu'il était pressé de demander et d'obtenir, avait adressé au chancelier du Prat, nouvellement cardinal, l'épître suivante en vers, la plupart équivoques. Il s'agissait de la succession aux emplois de Jean Marot son père, que le Roi avait promise, mais qu'il ne lui avait pas donnée, quelques indiscrétions et légèretés du poëte l'ayant éloigné pour un temps de la cour 2.

Si officiers en Testât seurement Sont tous coudiez fors le povre Clément, Qui comme un arbre est debout demouré, Qu'en dites vous, prélat très honoré ?

1 QEMtm de Clément Marot, édition. de la Baye, 1731, t. 2, p. 25.

2 M. Auguis, Notice sur Clément Marot, t. 1, p. on de ses Œuvres.

Doiht son malheur estre estimé offence?

Je croy que non. et dv pour ma deffence,

Sy ung pasteur, qui lia formé son parc

Trouve de nuict, loing cinq ou six traits d'arc,

L'ne brebis des siennes égarée

Tant qu'il soit jour, et la nuict séparée,

lin quelque lieu la doibt loger et paistre :

Ainsy a l'aict nostre bon Roy et Maistre,

Me voyant loing de l'estatja fermé,

Jusques au jour qu'il sera deffonné :

Ce temps pendant à pâturer m'ordonne

Et pour trouver plus d'herbe franche et bonne,

M'a adressé au Pré mieulx llcuryssant

De son Royaume ample, large et puissant.

Là. sans argent je rimaille et compose,

Et quand suis laz, sur ce Pré me repose.

Là ou le trèfle * en sa verdeur se tient,

Et où le lys en vigueur se maintient ;

Là je m'allonds, là mon espoir se fiche,

Car si scellez mon acquit, je suis riche.

Mais on me dict, puisque le Moy l'entend,

Que le ferez : mon espoir qui altend,

Me dict après pour réplique finale,

Que de la grant'dignité Cardinale

Me sentiray. Car ainsy que les lloys,

De nouveau mys en leurs nobles arroys,

Mettent dehors en pleine délivrance

Les prisonniers vivans en espérance,

Ainsy j'espère, et croy certainement

Qu'à ce beau rouge et advènement,

Vous me mettrez sans différence aulcune,

Hors des prisons, de faillie de pécune.

Puis qu'en ce donc tous autres précellez

Je vous supply, très noble Pré, scellez

Le mien acquit : pourquoi n'est-il scellé?

Le parchemin a long, et assez lé :

Dites (sans plus) il faut que scellons,

Scellé sera sans faire procès longs,

1 Le chancelier du Prat portait pour armes : d'or, à la fasce de sable, accompagnée de trois trèfles de sinople, deux en chef et un en pointe.

28/j VIE DU CHANCELIER ANTOINE DU PUAT.

L'on ne le venlt d'avanturc sceller, Je puis bien dire en effecl que c'est l'air L'eau, terre et feu quêtons bonheur me cellenl Considère que tant d'autres se scellent : Mais si je touche argent par la scelleure, Je bényray des fois plus de sept l'heure, Le chancelier, le sceau et le scelleur. Qui de ce bien m'auront pourchassé l'heur.

C'est pour Marot, vous le congnoissez ly, Plus lc'gier est que Volucres Cœli, Et a suivy long temps chancellerie Sans profiter rien touchant scellerie.

Brief, Monseigneur, je pense que c'est là Qu'il faut sceller, si jamais on scella : Car vous sçavez que tout acquit sans scel ; Sert beaucoup moins qu'un potage sans sel, Qu'ung arc sans corde, ou qu'un cheval sans selle»

Si prye Dieu, et a sa douce ancelle Que dans cent ans en santé excellent Vous puisse veoir de mes deux yeux scellant1.

Touché des plaintes et des malheurs du poëte, peutêtre aussi de ses louanges, le chancelier du Prat lui fit obtenir l'objet de ses vœux. Il le conserva jusqu'à ce que la fortune toujours persécutrice, aidée par ses imprudences, par les soupçons dont son orthodoxie fut l'objet, par l'antipathie de Diane de Poitiers et d'Anne de Montmorency2, dont il avait été jadis le solliciteur, le contraignit de chercher auprès des princesses sœur et belle-sœur du Roi, un refuge contre les menaces de ses puissants ennemis.

1 OEuvres de Clément Marot, édition de la Haye, 1527, t. 2, p. 82. 5 Œuvres de Clément Marot, édition de M. Auguis. Notice historique, p. 42.

Page 1