‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 47 sur 71 · CHAPITRE XXXVÏII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVÏII

Mort de Thomas du Prat, évëque de Clermont. — Guillaume du Prat le remplace sur sou siège.

En l'année 1528, le jeudi 19 novembre, mourut à Modène, Thomas du Prat, évêque de Clermont , né à Issoire. Il était frère du chancelier. Le 25 mars 1517, les chanoines de la cathédrale l'avaient élu et élevé sur ce siège. Il était alors un de leurs collègues, abbé de Mauzac et de Candeil , conseiller du Roi, docteur es droit. Les grandeurs de sa famille et l'avenir qui s'ouvrait devant lui n'avaient point ébloui son ambition ni troublé sa vertu. Il demeura toujours « l'ennemi des » superbes et des flatteurs. Il aima les pauvres, les » lettres, les arts, les sciences, if fit du bien à tous'. » Ce fut en l'église de Saint- Venant à Tours, que l'évêque de Lisieux, assisté des évoques d'Angoulème et de Castres , lui donna l'onction épiscopale. Vers cette époque, Jodocus Badins lui dédia, en les imprimant, les vers que, par ses ordres, Pierre Rosetti avait composés à la louange d'Antoine du Prat. 11 ne cessa pas

1 M. Aigueperse, Dictionnaire historique des personnages illustres de rAuvergne, t. 2, p. 149.

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de s'environner d'hommes éminents en vertu comme en savoir'.

Le palais épiscopal, le château de Beauregard où il se plaisait particulièrement, et celui de Mozun dont les évêques de Clermont devinrent possesseurs par ses soins2 , lui durent leur achèvement ou leur restauration, ainsi qu'une partie de leurs embellissements, et la richesse de leurs ameublements et de leurs tapisseries. Il s'occupa de l'amélioration des eaux de la ville de Clermont. Il introduisit dans son diocèse la fête de la Présentation de Notre-Dame , donna plus de solennité à celle de saint Thomas son patron, et, par une ordonnance en date du 5 mai 1528, il établit que la fête de saint Marius ou Mary , prédicateur de la foi dans la haute Auvergne, du temps de saint Austremoine, serait célébrée le 10 septembre.

Singulièrement attaché à la foi de ses pères , il appliqua tout son talent et tous ses soins à la conservation du catholicisme dans F Auvergne, province qui réunissait tout à la fois son diocèse et son berceau. Prélat instruit et éloquent, il le défendit par ses prédications, puis ensuite par les soins de son administration vigilante. Il donna pour curés aux populations les plus menacées par l'envahissement de l'hérésie, des prêtres qu'éclairait la science et qu'échauffait le zèle.

Le chancelier du Prat son frère l'employa souvent dans, des affaires et dans des négociations délicates : plus d'une fois ces missions ['éloignèrent de son diocèse ; inquiet des abus ou des lenteurs que son absence

1 Bibl. imp., Manuscrit d'Auàigié, Histoire de Clermont, t. 2.

2 Chabrol, Coutumes d'Auvergne, t. ft, p. 39/i.

pourrait entraîner dans l'administration, surtout en ces temps d'orages religieux, il confiait alors ses pouvoirs à de sages coadjutcurs' . De ce nombre furent en 152*2, Pierre, évèque d'Ascalon, et en 1525, Pierre le Blanc, chanoine de Glermont, « auquel, dans la mémo année, le chapitre de l'église cathédrale permit de faire des leçons tous les jours, à une heure après midy, sur l'Ecriture, dans l'église de Saint-Nicolas2. »

Sa foi, ses vertus et son nom le recommandaient à l'attention de François Ier. Le Roi choisit Thomas du Prat pour accompagner en Italie sa belle-sœur Renée de France , duchesse de Ferrare : mission pleine d'honneur par le haut rang qu'occupait cette princesse , et de difficultés par l'esprit dont elle était animée : c'était celui-ci qu'il s'agissait de combattre en le ménageant toutefois. Les doctrines erronées proclamées par Luther avaient eu du retentissement dans son intelligence ; elle penchait pour les idées nouvelles. Quelques années plus tard, en 1536, Calvin fit un voyage à Ferrare pour changer en conviction et en adhésion un ébranlement qui datait de loin déjà.

Thomas du Prat n'eut point à soutenir cette dernière lutte , à pleurer sur cette illustre défection. 11 mourut peu de mois après son départ, n'ayant pu remplir auprès de la princesse que la moindre part de sa mission, celle qui consistait à accompagner et à bénir son voyage, et laissant inachevée sa plus importante et sa plus auguste moitié, celle dont sa conscience et sa foi étaient l'objet. Il fut enterré dans l'église de Saint- Laurent à Modène , sans pompe, sans sonnerie, sans

1 Suppl. fr. : Manuscrit d'Audigié, Histoire de Clermont, t. 2.

2 Ibid.

luminaire. Une simple lanterne éclaira son humble convoi : ainsi l'avait-il prescrit par son testament, qui léguait une somme de mille francs à la cathédrale de Clermont, afin d'assurer des prières à son âme.

A la mort de Thomas du Prat, son neveu, fils du chancelier, n'avait encore que vingt-deux ans. Il était abbé de Mauzac, archidiacre de Rouen, prieur de Saint-Pierre de Rueil et de Saint-Arnould de Crespy. Il n'avait reçu que le sous-diaconnat. « Quoiqu'il fust fort jeune , son amour pour la vertu et son inclination pour les sciences le faisoient distinguer du moins autant que sa naissance, luy qui estoit fils d'un père qui estoit l'âme de toutes les grandes affaires '. » Le crédit dont Antoine du Prat jouissait à la cour et l'autorité toute puissante que le concordat donnait au Roi et à son ministre auraient suffi pour assurer à Guillaume du Prat la nomination à l'éveché de Clermont. Le chancelier voulut cependant que son fils dût à l'élection un honneur que son frère avait reçu parla même voie. Était-ce par respect pour des privilèges particuliers, étrangers à la pragmatique, que le chapitre invoquait encore ? Était-ce habileté et désir d'une harmonie parfaite entre le nouvel évoque et les chanoines ? Était-ce enfin crainte des difficultés que pouvait soulever le jeune âge de Guillaume, et désir de voir le chapitre les écarter sans que l'on pût reprocher à l'auteur du concordat une infraction si sensible à l'une de ses plus heureuses lois ? La cause de cette modération n'a point été pénétré, modération, il faut en convenir, inusitée chez le chancelier lorsque le droit était acquis à sa cause, que ses mains y joignaient le pouvoir, et que le bien se révélait

1 Bibl. imp., Manuscrit d'Audigié, Histoire de Clevmont, t. 2.

a scs yeux. Toutefois en ménageant les susceptibilités

du chapitre , il disposa les choses pour se concilier sa faveur; et pour que les suffrages ne manquassent point à sa paternelle ambition. Ils lui furent tous acquis , et Guillaume du Prat, le dernier des évoques, élus de Germent, fut nommé à l'unanimité des voix du chapitre, le 17 février 1 529. « Sans doute la mémoire de Thomas du Prat, vénérée par le clergé du diocèse, contribua au succès de l'élection de son neveu : mais ce succès fut principalement obtenu par le grand espoir qu'on fondait sur Guillaume , qui était porté à l'étude et à la pratique de la vertu, à un âge où les jeunes seigneurs comme lui s'adonnaient aux plaisirs du siècle, espoir qui ne fut pas trompé pendant tout le temps que dura son épiscopat1.

Le Roi François Ier et la duchesse d'Angoulême avaient puissamment aidé cette élection et favorisé dans son élévation le jeune fils de leur fidèle ministre. Leurs démarches à son sujet appartiennent autant à l'histoire d'Antoine du Prat qu'à la biographie de Guillaume. Elles fondèrent la carrière de celui-ci, mais elles résultaient de la faveur constante et croissante dont le chancelier jouissait auprès de son maître.

Une première lettre du Pioi en date du 27 novembre 1528, interdisait aux chanoines de procéder à aucune élection en remplacement de l'évêque décédé, avant que ses vouloir et intention leur soient exprimés. Puis il leur prescrivait ensuite de lui dépécher deux des principaux du chapitre « pour lui présenter les actes par lesquels ils prétendaient fonder leurs pri-

1 M. le comte de Résie, Histoire de l'Eglise d'Auvergne, t. 3, p. 447.

viléges, afin qu'il put les faire examiner, et en faire reconnaître la valeur par les gens de son conseil '. »

Une seconde lettre en date du 31 janvier 1529 recommandait Guillaume du Prat aux chanoines avec une instance qui ressemblait à un ordre. Cependant elle s'exprimait avec une courtoisie qui permettait au chapitre de se croire libre en se soumettant, et qui laissait leur juste fierté envisager dans leur choix un retour de déférence plus qu'un effet de la contrainte.

Le Roi leur écrivait :

« De par le Roy,

» Chers et bien amez, après avoir fait veoir les privilèges que nous avez envoyez, et que prétendez avoir pour le faict de l' élection ou postulation de vos futurs pasteurs et évoques, quand vacation eschet en vostre église, et que avons très-bien entendu les causes raisonnables et bonnes par lesquelles iceulx privilèges se peuvent et se doivent contredyre et débattre, quand en vouldront user autrement que àpoinct, nous avons donné charge à nos amez et feaulx maistre Jehan Prévost, conseiller en notre court de parlement à Paris, et Antoine Dubourg, lieutenant civil en nostre prévosté dudict lieu, que envoyons exprès par devers vous pour cet elïect, vous faire bien au long entendre les difficultcz qui se sont trouvées sur vos dicts prétendus privilèges, et vous remontrer de nostre part le grand désir que nous avons à ce que V archidiacre de Rouen, fils de noslre très-cher et grand amy, le cardinal de Sens, chancelier, et nepveu de vostre dernier pasteur

1 M. le comte de Rêsic, Histoire de l'Église d'Auvergne, t. 3, p. Uhl.

et éveque, soit en son lieu pourveu dudict évêché, tant en considération des grands, vertueulx et très-recommandables services que nous faict chacun jour en grant soing, diligence et sollicitude ledict cardinal chancelier, en la conduite de nos principales affaires, comme pour le louable rapport qui nous a été fait dudict archidiacre de Rouen son filz, et de son sçavoir, bonnes mœurs , vertu , et grant honnêteté de vie : A ceste cause, nous vous prions bien à certes et sur tant que désirez nous obéir et complaire, que là où il se trouverait vos dicts prétendus privilèges estre tels que sans encourres les censures contenues en la révocation de la pragmatique, pouviez procéder à eslection et postulation de vostre futur évesque et pasteur, vous ayez à postuler en icelluy ledict archidiacre de Rouen, fils de nostre très-cher et grant amy le cardinal chancellier, les mérites duquel sont de telle recommandation à nous et à la chose publique de nostre royaume, que pour aultre personnage que son dict fils ne vous en vouldrions ne pourrions faire plus affectionnée prière et requeste, ainsi que vous diront de nostre part, lesdits Prévost et Dubourg, et aultres notables personnages qui vous seront par nous envoyez, auxquels donnerez entière foy et parfaicte créance comme à nous-mesmes.

» Et à Dieu qui vous ayt en sa garde.

» Donné à Paris le dernier jour de janvier \

» Franco y.

Et plus bas :

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