CHAPITRE XL
Négociations pour le retour des Enfants de France. — Traité de Cambray. — Le cardinal du Prat reçoit l'évêché d'Alby. — Procès de François de Poncher.
Cependant le traité de Madrid, qui démembrait et mutilait la France, ne recevait pas son exécution. La nécessité l'avait imposé à François Ier, il lui avait dû sa délivrance. Aujourd'hui le refus de remplir ses conditions rallumait la guerre entre le Roi et l'Empereur. Mais dans cette lutte, de nouveaux revers avaient atteint les armes de France. La contagion ravageait les armées; la misère et la turbulence qui la suit dévastaient l'intérieur du royaume. La paix, mais une paix moins onéreuse que celle qu'avait subie le prisonnier de Pavie et qu'avait désavouée la France entière, devait être recherchée. Le Roi voulait la conquérir par les armes puisque l'ennemi la refusait à ses justes propositions.
L'Empereur connaissait les misères de la France, et sachant l'importance de la paix , imposait des conditions très-dures au Roi. Cependant, comme elles n'engageaient point son honneur, le chancelier
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du Prat ne cessait de conjurer François Ier d'y condescendre.
Parmi les maux auxquels il était urgent de mettre un terme, la captivité des enfants de France figurait au premier rang. L'honneur du pays aussi bien que la tendresse paternelle et la sécurité de l'avenir ne pouvaient pas en supporter une plus longue durée. Ce n'étaient pas seulement les ennuis de l'absence qu'il s'agissait de terminer par un retour, ni les alarmes d'un père qu'il était question de calmer. Les anxiétés de la nation tout entière, la conservation de la famille royale, la succession au trône s'y trouvaient intéressées.
Charles-Quint, quoi qu'on ait dit de sa magnanimité, traitait les jeunes princes, non comme de nobles otages, non comme des gages innocents remis entre ses mains, mais comme d'obscurs captifs, comme de coupables ennemis. Retenus prisonniers dans des appartements obscurs et pauvres, et non pas dans un palais digne d'eux et du vainqueur, ils étaient condamnés non-seulement à l'ignorance des événements et des simples nouvelles de leur auguste famille, mais encore à l'oubli de leur langue maternelle. Ceux que la tendresse et l'inquiétude du Roi François Ier envoyaient vers ses fils, non pas encore pour les délivrer, mais pour tranquilliser leurs cœurs et leur recommander l'espérance, étaient environnés de soupçons et d'une basse surveillance, et soumis à des retards qui les décourageaient dans leur mission, ou qui rendaient son accomplissement inefficace. Puis, arrivés au terme, ils ne pouvaient retenir leurs larmes en voyant le dénûment des jeunes princes, les privations qui leur étaient imposées; ce n'était qu'avec hésitation
et crainte qu'ils recevaient les cadeaux de leur père. Et pour que les sentiments du Roi et les hommages de ses ministres fussent compris de ces nobles prisonniers, il fallait les leur traduire de la langue française qu'ils avaient presque oubliée, dans la langue espagnole qui leur était imposée \
Le chancelier, après avoir envoyé des messagers vers les princes au nom du Roi et dé la duchesse d'Angoulême, après avoir reçu leurs véridiques témoignages, avait donc raison, selon l'honneur, selon l'humanité et selon la conscience, en suppliant le Roi de tout sacrifier pour leur retour.
En date du 7 octobre, et pendant les difficultés de la mission de l'évêque de Tarbes, il écrivait au Roi de son château de Nantouillet :
« Sire, hier matin vous envoyay la poste venant d'Espagne, que rencontray sur les champs, ayant ung pacquet de vos ambassadeurs qui s'adressoit à moy. Et après l'avoir ouvert, vous envoyai les lettres qui venoient à vous, à Madame et à Madame d'Alluye, et retins tout le demourant. H y a ung chiffre qui dure huict feuillets de papier que j'ay faict déchiffrer. Je vous envoie le tout par inventaire, ensemble les pièces que avoys par devers moy, des expéditions faictes à vos ambassadeurs par cy devant, affm que vostre plaisir soit de faire veoir si leurs réponses sont conformes à ce que leur aviez mandé pour offrir à l'Empereur.
» La dite poste à un pacquet adressant au Roy d'Angleterre, que ses ambassadeurs luy envoyent. J'ay veu
1 Bibl. im])., collection Fontetc, vol. 23. — Cabinet historique, t. n, lettre écrite à Madame, mère du Roi, par l'huissier Baudin. — Voir à l'appendice le n° 7.
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la dépesche faicte au cardinal d'Yorck, laquelle attendu ce qui est venu d'Espagne, ne seroit à propoz, par ainsi ne l'ay envoyée; mais s'il vous plaist qu'il la veoye, se pourra envoyer avec ce qui est venu d'Espagne.
» Sire, vous trouverez qu'il n'y a grande différence de vos offres avec ce qu'ils vous accordent : le principal gist sur la renonciation de Milan, restitution de ce que aviez pris et de la seureté que baillerez pour accomplir ce que promettercz pour retirer Messeigneurs vos enfants. De ce que aviez prins n'avez guerres que Savosne et Ast entre vos mains, le demourant recouvrerez à mon jugement facilement. Par les lettres desquelles vous envoyé ung double, escriptes après la prinse de Rosa, avez gaigné sur vos dernières offres deux poincts : l'ung sur l'ayde de pied et de cheval que estiez tenu de faire en Ytallie à l'Empereur, et de deux cent mille escus que y deviez payer, qui seront pour le mariage de Madame Éléonore, et aussi la limitation du temps que vos galères le serviront en port et dehors. Et davantage la compréhension des Vénitiens et Florentins : mais du Pape ne s'en dit mot. Vous leurs offriés beaucoup plus de choses par Bayard , et depuis, par la dernière conclusion prinse avec le cardinal. Vray est que, au lieu de ce profïict avez despendu pour le soubtennement de la guerre, grosses sommes et deniers, qui vous reviennent à plus gros dommages, que icelluy proufïict ne vous sçauroit valloir.
» Sire, vous supplye si très-humblement que m'est possible, et comme vostre très-humble créature, mectre principallement devant vos yeulx de combien la paix est nécessaire pour le présent, pour éviter les meaulx
et inconvénients que occulairement voyons advenir ung chacun jour, pour lesquels éviter, pour l'amour et honneur de Dieu, vous soubmettrez à faire des choses que, autrement ne feriez. Le guerdon et rémémoration que vous aurez de Dieu, ainsy que j'espère, sera trop plus grand que tout ce que vous sçaurez perdre en ceste marchandise. D'autre part vous aurez Messeigneurs vos enfants, qui sont tant à estimer, et tels que chacun veoit. Ils sont entre les mains de vos ennemis : si leur advenoit quelque inconvénient, dont Dieu les veuille préserver, vous vouldriez avoir donné une partie de vostre royaulme, et les avoir racheptez. Aussy Sire, il fault penser la grosse des peines où vous estes, qui vous apouvrit et vostre royaulme, et dont vous trouverez plus difficillement à recevoir la rançon qu'il convient bailler, et si voyez et congnoissez que vostre despense est quasi frustratoire. D'autant que n'y gagnez ne pré ne terre : et y acquerrez pour autruy, qui en pourra faire son prouffit par cy après contre vous.
» Sire, je vous supplye très-humblement pardonner ma présomptueuse ignorance, en tant que me ose ingérer de vous dire mon petit advis ; l'affection et amour que je vous porte me servira, s'il vous plaist, d'excusation.
» Pareillement, Sire, fault considérer à quelles gens vous avez à besongner : je parle tant des amys comme des ennemys, où n'y a aucune foy ne seureté. Ce ne sont que toutes feinctes, déguisements et dissimulations : chacun tasche de faire son prouffict à vos despens. Et après qu'ils l'auront faict, vous abandonneront, et trouverez avoir despendu le vostre. Et Messeigneurs vos enfants seront où ils sont, et vous, seul,
sansamys. Et pour bien congnoistre si l'on veult faire son prouffict de vous, je ne réciteray que ung seul caz, que vos ambassadeurs m'escripvent : c'est à scavoir que vos finalles offres avoient été envoyées à l'Empereur, et par ainsy, sachant à quoy vous vouliez venir, toutes remontrances, arguments et prospérité d'Ytallie ont peu servi à advantager vostre affaire
» Sire, si cette voie vous semble bonne, le plustôt y mectrez fin sera le meilleur. Si autre chose ne se peut gaigner, pour les promesses que Monseigneur de Lautrec pourroit faire. Cependant, mais que vous ayez eu responce d'Angleterre, fauldra, s'il vous plaist, envoyer quelque bon et savant personnage en Espagne, et de ceulx qui sont près de votre personne, pour y mectre conclusion, et gagner ce qu'il pourra, etasseurer l'Empereur et Madame Ëléonore de ce que escripvent vos ambassadeurs par ledict chiffre. Et ne fauldra, Sire, oblyer le Pape. Il se pourroit dire plusieurs choses au contraire; mais cette voye est la plus seure, et trop mieulx vault une paix certaine, que une guerre dont l'advénement est incertain. S'il est vray que l'Empereur ait envoyé à son frère cent cinquante mille escus pour lever les Lansquenets, afin de les envoyer en Ytallie , ainsy que vos ditz ambassadeurs escripvent, il en lèvera une trouppe comme des tourneaux, qui espouvanteront toute l'Ytallie , et peut-être lors, n'aurez ce que, de présent, on veult faire. La cellérité y est requise, aussi n'avez-vous que trente jours pour y respondre.
» Sire, après m'estre recommandé tant et si trèshumblement que faire puis à vostre bonne grâce, prie-
ray le créateur vous donner bonne vie et longue avec santé et prospérité.
» A Nantouillet, ce 7me jour d'octobre. » Yostre très-humble et très-obéissant subject et serviteur,
» A., cardinal de Sens, chancellier de France'. »
En 1529, à la suite de ces difficultés et de ces négociations, la paix avec F empire reçut sa conclusion par le traité de Cambray , appelé aussi Paix des Dames, Marguerite de Savoie, tante de Charles-Quint, et Louise de Savoie, mère de François Ier, ayant eu la direction des conférences qui ramenèrent. Le duc de Suffolk qui avait épousé Madame Marie, douairière de France, assistait à ce traité au nom du Roi d'Angleterre. La cour était à Blois, et le chancelier du Prat fut dépêché à Paris pour y recevoir ce prince au nom du Roi et le ramener à Blois \ Puis ils se rendirent tous dans la ville de Cambray, où fut conclu et signé, au mois d'août , le traité qui rendait la paix à la France 3.
Le chancelier ne se bornait pas, au sujet de la paix et de la délivrance des enfants de France , à de stériles conseils; il y joignait encore des secours efficaces, Sans parler des autres sacrifices auxquels le pays et le Roi avaient dû consentir, on avait promis, par le traité de Cambray, de payer deux millions d'écus d'or pour la rançon des. princes. Le cardinal du Prat réunit de nouveau à Saint-Germain-en-Laye son concile provin-
1 Bibl, inip., fonds Dupuy, /|8G, p. 131.
2 Journal d'un bourgeois de Paris, p. 386. î lbid.
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cial, et il obtint des évêques assemblés que pendant deux ans de nouveaux décimes seraient levés, en forme de don gratuit, sur les biens ecclésiastiques des diocèses composant sa province, et seraient appliqués a la délivrance des fils du Roi. Dans ces nouvelles séances il ne s'agit que des intérêts temporels ; on peut les regarder comme appartenant au concile que le cardinal avait réuni contre les erreurs de Luther, et qui déjà s'était montré généreux des biens ecclésiastiques envers la France, et prodigue d'efforts envers la foi '.
Dupleix avance que le chancelier du Prat, non content des témoignages d'un zèle que la conscience doit diriger sans cesse, et que la loyauté doit accompagner pour qu'il demeure pur et estimable, aurait encore employé les calculs de la fraude, essayant d'alléger ainsi le payement des sommes stipulées. L'aloi de la monnoye envoyé pour la rançon, aurait été affaibli par ses ordres, ce dont, au moment de la vérification du poids, il aurait recueilli la juste confusion par la découverte de l'artifice, et par la nécessité de sa réparation 2. Après avoir rapporté ce fait pour l'exactitude scrupuleuse de l'histoire, on doit à la mémoire du chancelier d'ajouter qu'il repose sur une allégation, et non pas sur aucune preuve.
Le Pape et le Roi donnèrent à Antoine du Prat, en cette année 1529, des dispenses pour joindre l'évêché d'AIby à l'archevêché de Sens qu'il possédait déjà. Aymar de Gouffier , son prédécesseur , était mort le 9 octobre 3. Tout aussitôt la Reine de Navarre, pleine
1 Archives de l'archevêché et du chapitre de Sens. — Tarbë : Histoire de Sens, p. 455.
2 Gaillard, Histoire de François Ier, t. 3, p. 100. * Gallia tlirisliana, t. 1, p. 38.
d'estime pour le cardinal de Gramont, ce coopérateur dévoué de tous ses efforts pour la délivrance du Roi son frère, avait écrit au Roi sollicitant pour lui cette nouvelle faveur.
« Du château de Blois, octobre 1529.
» Monseigneur, je say bien que vostre bonté ne doit estre sollicité de faire du bien à vos serviteurs, mais pour ce que le nombre de ceux qui se disent tels est si grant qu'il n'est possible à tous satisfaire, je n'ay craint vous en ramentevoir ung que, j'en suis seure, n'a espergne ni ne fera jamais ce que vous lui donnerez pour le mettre en vostre service, et si suis seure qu'il ne demande nulle récompense que vostre benne grâce. Toutes fois, Monseigneur, il vous a pieu luy donner tant de connoissance que vous avez fiance en luy et que vous ne l'oublierez, que je say bien qu'il ne vous sollicitera point de ce qu'il espère venir de vostre libéralité. Toutes fois, si ainsy est que M. d'Alby soit trespassé, comme si souvent l'on dit, il vous plaira avoir souvenance de M. de Tarbes; et ce qui m'en fait prendre la hardiesse de vous en escripre, est que jamais je ne l'ai vu lassé de prendre peine à vous servir, et si ne luy ouïs oneques parler de vous demander riens. Qui me rendroit ingrate envers vous si je vous célois ce que j'en connois, veu que je sçay que par luy ny aultre n'en serez adverty ; et vous voulez bien que l'on vous parle pour vos bons serviteurs. Vous supplyant très-humblement l'avoir pour recommandé, et moy plus que très-humblement à vostre bonne grâce. Vous asseurant, Monseigneur, que tout vostre logis et crluy de Madame sera tout prest à la fin de cette semaine.
Et ne vous pouvant fère aultre service, ne fauldra à solliciter vos ouvriers jusques à votre désiré retour.
» Vostre très-humble et très-obéissante subjecte et grosse sœur, Marguerite '. »
La faveur du Roi pour le cardinal du Prat donna tort aux désirs de la Reine de Navarre pour le cardinal de Gramont. Le chancelier reçut l'archevêché d'Alby. Mais de génération en génération la grâce des descendants de Marguerite de Valois poursuivit les neveux de l'évêque de Tarbes. Lorsque naquit ce jeune prince, petit-fils de la Reine de Navarre, qui, sous le nom de Henri IV, devait être l'honneur de la couronne, l'amour de la France, une des gloires les plus éclatantes de son illustre maison, madame d'Audoins (Marguerite de Cauna), qui fut mère de la belle Corisande, mariée à Philibert de Gramont, tint sur les fonds, avec Jacques de Foix, évêque de Lescar, le royal enfant. Ils représentaient les Rois de France et de Navarre et la princesse Claude de France, parrain et marraine du jeune Henri2. Le fils de Philibert et Corisande, qui fut Antoine, comte de Gramont, vice-roi de Navarre, se ressentit de ce souvenir cher à sa famille et glorieux pour elle. L'amour que le Roi portait à sa mère, venant encore en aide aux recommandations de son mérite et de son nom, Henri IV voulut que ses premières armes se fissent sous ses drapeaux et sous ses yeux. C'est de lui que pendant le siège de Paris il écrivait à la comtesse de Gramont : « Je mené tous les jours votre fils aux coups et le fais tenir fort sujet auprès de moi ; je crois que j'y aurai de l'honneur. »
1 M. Géoin : Lettres inédites (te la reine de yavarre, partie 2, p. 100.
2 M. l'abbé de Montlezun, Histoire de Gascogne, t. 5, p. 2Ô2.
33i VIE DU CHANCELIER
Le succès d'Antoine du Prat, obtenu contre les vœux de la Reine de Navarre, ne dut point lui concilier la bienveillance de la princesse. Leurs dissidences religieuses , l' éloigneraient du chancelier pour ceux quelle protégeait, étaient une cause permanente de froideur entre eux. En cette même année 1529, au mois d'octobre, on retrouve les preuves de ce sentiment réciproque dans une lettre de Marguerite à son neveu, le grand-maître de France.
« Mon nepveu, Robinet m'a dit comme il avoit porté une nouvelle dont je ne l'ose advouer du tout'. Toutefois les signes en sont sy apparents que je la puis, ce me semble , espérer, et quant j'en eusse la sheureté qu'il a dite, dont je n'atends l'heure, ce n'eust esté sans vous en advertir.
» Le pauvre Lange m'a escript comme il ne peult partir de Paris pour aller devers le Roy, parce que tout son bien se perd et s'en va pour son service. 11 a remonstré son affaire à M. le chancelier, qui lui a faict une réponse si désespérée, que, sans l'ayde de ses amys, il ne voit moyen de sortir de son affaire. Je vous prie le vouloir remontrer au Roy, et faire qu'il luy plaise commander à M. le chancelier que ce qu'il a dépendu pour le service dudict seigneur luy soit alloué. Et croyez que vous ferez fort bonne œuvre, oultre le plaisir que ce sera à
» Vostre bonne tante et amye, Marguerite. »
« P. S. En me recommandant à ma niepce, je vous prye lui donner la maladie que je peux avoir2. »
1 11 s'agit de la seconde grossesse de Marguerite.
2 Bibl. imp., f, Béthune, n° 8549, f. 125.
ANTOINE DU l'HVT. 3o5
Ce fut encore en l'année 1529 que le procès de François de Pencher, dont il a été question plus haut, prit toute son importance et causa son triste scandale. Il occupait vivement le cardinal du Prat, qui, voulant donner à ses poursuites non-seulement toute la légalité, mais encore toute l'équité que réclamaient la justice dont il était le chef et le caractère du coupable, demandait à Rome un bref à ce sujet. Il écrivait à monsieur d'Auxerre :
«Monsieur d'Auxerre, j'ai par cy-devant toujours reçu vos lettres, et de ma part ne vous ay écrit, d'autant que je suis seur que de toutes choses estes amplement adverty, et vous entendez les grosses occupations quej'ay d'ailleurs, tellement que à peine trouve loisir pour dire mes heures ; toutes fois où il y auroit quelque chose d'importance, et qui fut pour vous faire sçavoir. je ne faudroye à le vous escrire.
» Au demeurant, j'ay veu ce que vous avez écrit par de ça , touchant la révocation des privilèges ; vous demandez mémoires, argent, et celuy à qui vous devez adresser. Quant aux mémoires, l'on ne vous en sçauroit faire bailler d'autres que ceux qui furent baillez en latin et en françois à vostre partement ; et quant il a nostre sainct-père faict expédier sa bulle purement et simplement, sans aucunes réservations, que le Roy ne trouve bonnes, ainsy que porte vostre mémoire, il n'y a rien plus aisé à faire. Au regard de l'argent, cela ne peut guères coûter. Les concordats ne coûtèrent riens : toutes fois, là où il fauldroit faire quelque argent, vous pourrez vendre la coupe d'or qui vous a esté baillée, et ce qu'elle se trouvera valoir davantage vous tiendra lieu et sera déduict sur ce que le Roy vous donne pour
vostre entretennement ; et touchant le personnage à qui vous devez adresser, ce sera à quelque bon appréciateur qui sache bien faire la bulle. Ce présent porteur, qui est abbréviateur, vous fera la minute si voulez, et prendra les causes de la révocation sur les mémoires qui vous furent baillez.
» Le bref qu'a esté cy envoyé pour le faict de monseigneur de Paris, n'a esté trouvé bon, pour deux raisons : l'une, parce qu'en iceluy est dict que monseigneur le révérendissime de Gramont sera toujours l'un de ceux qui feront le procès : il est du conseil privé du Roy et ne sçauroit estre à Paris où est ledict évesque, et en court. L' évesque de Maçon et le président la Barde sont gens de bien , quant l'un d'eux se trouvera en l'absence des autres, ce sera assez : ce sont personnages que l'on ne peut aisément fixer, attendu la grosse occupation où le Roy les employé d'ailleurs. L'autre poinct est en ce que le pape se réserve le jugement de la définitive. Il a esté octroyé commission contre évesques pour faire leur procès et les juger en deffinitive : l'on ne peut penser par de ça pourquoi l'on garde cette règle sur nous et non sur les autres : et si s'en trouve icy qui disent n'être besoin d'avoir bref du pape, attendu ce dont est question, et qu'il est besoin d'exemple : et cettuy-cy est le troisième qui a grandement délinqué contre le Roy, en sorte que si le premier eust esté bien puny, les autres y eussent prins exemples; et attendu les diiïicultez qu'on faict audict sieur, et le mal qu'en peut advenir, il vaudroit mieux que ledict sieur Roy fist sans autre commission, comme fist l'Empereur en Espagne contre certain évesque ; et monseigneur de Savoye, contre les deux principaux chanoines de l'Église de Genève. Si vous le pouvez avoir
ANTOINE DU PUAT. 337
sans réservation, ce sera plaisir au Roy, sinon envoyezle tel que le pourrez obtenir, et ledict Seigneur y avisera par après.
» A Abbeville, le xxvnr jour de décembre.
» Vostre bon frère et amy, A., cardinal de Sens » et chancelier' . »
La date de cette lettre rappelait ici sa citation. 11 faut attribuer à Poncher tout le scandale de cette triste a flaire. Les détails donnés sur ses causes et sur sa conclusion, lors de la nomination d'Antoine du Prat à l'archevêché de Sens, dispensent de revenir sur ce sujet 2.
1 Camuzat, Mélanges historiques, 2* partie, f. 110. Troyes 1619. 1 fuir plus haut, chapitre 3/j.