CHAPITRE XLIII
liéunion de la Bretagne à la France. — Clément VII à Marseille. — Mariage du duc d'Orléans et de Catherine de Médicis. — Mort du cardinal de Gramont.
Ces honneurs rendus et ces devoirs remplis, le Roi poursuivit les grands desseins que la duchesse d'Angoulême avait conçus , et que le chancelier du Prat avait aidés , en recherchant et en favorisant son premier mariage avec Claude de France.
La Bretagne, contrairement aux intérêts du royaume, demeurait une souveraineté indépendante, dont le Roi n'avait que la jouissance. Ainsi l'avaient fixé les clauses des deux contrats qui avaient uni ses héritiers aux Rois de France. Trois Rois les avaient successivement épousées, et l'union du royaume et du duché n'avait point encore reçu la consommation nécessaire au repos de l'un et de l'autre. La Bretagne appartenait au second des fils du Roi, et ne devait jamais se confondre avec le royaume.
En 1532 le chancelier du Prat conduisit à heureuse fin cette grande et difficile réunion , entreprise dès 1514, el à laquelle s'opposaient également Pespritdes
Bretons et le texte même des derniers actes. La haute el juste ambition de certaines grandes maisons de ce grand duché , les droits légitimes de la maison de Rohan que ses alliances appelaient aux éventualités de cette succession, les intentions connues d'Anne de Bretagne , grande et vénérée princesse , formaient des obstacles que la volonté du Roi et la persévérance de son ministre pouvaient seules surmonter.
Longuement occupé de la recherche des moyens qui pourraient amener cet immense résultat , le chance! ier s'épuisait en expédients. 11 avait imaginé des projets, et le conseil du Roi en faisait l'objet incessant de ses délibérations. Indépendamment des difficultés et de l'instabilité que présenterait cette réunion si quelque acte solennel et légal ne venait pas la consacrer, le chancelier craignait des troubles pour chaque succession à la souveraineté de ce duché. D'autres agrandissements de territoire ont demandé plus de forces et rapporté plus de gloire éclatante à leurs auteurs ; mais jamais aucun d'eux ne donna plus de profit réel, n'exigea plus d'efforts d'habileté, et ne fut acquis avec plus de bonheur et de justice. Il ne coûta ni sang, ni trésors, il fut le prix de la persévérance et de l'adresse. Il rendit Français de cœur et de dévouement un peuple qui, tout en conservant intacts l'orgueil de son sang et la noblesse de son origine, témoigna dans la suite par sa fidélité à la glorieuse couronne de France, qu'il avait accepté son nouveau nom, et reconnaissait dans ses souverains les héritiers de ses anciens maîtres. Plus d'une fois la France put être fière des Bretons, de même que les Bretons le furent de leurs Rois : et si la force et le succès accompagnaient toujours le dévouement et la gloire,
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la Bretagne eût sauvé la France à l'époque de ses malheurs.
Il fallait à la consécration de ce nouvel ordre, un acte solennel et régulier pour le préserver de l'instabilité à laquelle tout en ce monde est sujet, même lorsqu'elles sont environnées des plus saintes garanties : à plus forte raison lorsque la prévoyance est exclue de leurs combinaisons. Le chancelier voulait que les états de Bretagne ratifiassent les actes que dans sa conscience et dans sa sollicitude la Reine Claude avait faits et renouvelés en faveur de la France, plus encore peutêtre qu'en faveur du Roi '. Par son conseil François Ier voulut visiter encore une fois la Bretagne 2. Antoine du Prat le suivit en ce voyage, il avait préparé des mémoires pour arriver a son louable but 3. Il se souvenait des graves embarras que cette même succession disputée par le comte de Montfort au comte de Blois, vers le milieu du xive siècle, avait attirés au pays. La sagesse de Charles Y et la valeur de Duguesclin n'avaient pas soutenu sans échec cette lutte dans laquelle prirent part les armes de l'Angleterre. Et lorsque quelques années plus tard le Roi, pour mettre un terme à ces débats, avait déclaré Jean de Montfort coupable de félonie, déchu de toutes ses dignités, et avait voulu réunir le duché au royaume, les Bretons les plus dévoués au service de la France avaient abandonné son drapeau et rappelé leur duc de l'exil, tant furent profonds et sincères leur désespoir et leur indignation de ce dernier coup porté à leur prince et à l'indépendance de leur patrie '.
1 M. le comte Rœderer, Louis Xll et François I". t. 2, p. 391.
2 Gaillard, Histoire de François /", t. 3, p. J23.
3 M. le comte Hoidei-cr, Louis Xll et François /''', (. 2, p. 391.
* Guyard de Berville, Histoire de du Guesclin, t. i , p. 32, et t. 2, p. 379.
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Cette expérience du passé el ces enseignements de l'histoire joints à l'étude du temps présent, à la connaissance des ambitions rivales, à cejle du patriotisme dont les fils avaient hérité de leurs pères, rendaient le chancelier du Prat ardent dans ses désirs, et tout ensemble prudent dans le choix des moyens. Il se rendit à Vannes ', et là il s'entoura des hommes que leur naissance et leurs lumières environnaient du respect des Bretons, et dont les noms attachés et dévoués depuis des siècles au service et aux intérêts du duché ne pouvaient être suspects de partialité. Pierre d'Argentré, sénéchal de Rennes, fut un des membres actifs et influents de ces conseils.
A son aide et avec l' assistance de quelques autres personnages non moins dévoués, Antoine du Prat établit et démontra l'urgence de la nécessité de la réunion, et chacun ne tarda pas à comprendre que nulle mesure n'était si profitable au maintien de la paix perpétuelle du pays. Le chancelier dit et prouva par l'histoire « que l'on devoit préveoir que jamais les Roys n'avoient cessé de tenir les ducs en querelles, sur plusieurs prétentions qu'ils avoient au duché; que de duc en duc, jusques au dernier, cela s'estoit veu par expérience : que tant qu'il y auroit chef en Bretagne, jamais cette occasion ne cesseroit, et ne falloit espérer nulle paix, et la guerre continuant, la Bretagne estoit un camp et terre de frontière pour estre pillée de l'Anglois, des François, et de leurs associez et alliez, habitans mesme, estant en guerre et en divers partis. Quant aux privilèges du pays et des seigneurs il y avoit moyen de s'en mettre en seureté, en stipulant
1 D'Argentré, Histoire de Bretagne, p. 1042.
une asseurance des libériez et privilèges de tous Estais, tant de la noblesse que de l'Église et du tiers estât, et en prendre lettres, que les princes particuliers du pays ne laissoient de faire semblables levées des tailles et impositions que l'estranger, et estoit bien forcé qu'ils en fissent s'ils estoient nécessitez de soustenir la guerre contre les plus puissants. Que jamais les seigneurs du pays n'avoient eu tant d'affection aux princes et ducs dupasse, qu'il n'y en eust toujours quelqu'un qui pour ses commoditez particulières ne s'adjoignist au party du Roy : qu'on sçavoit assez ce qui avoit travaillé les plus vaillants ducs, Pierre Mauclerc et Jean le Conquérant, ce n'estoient autres que les barons du pays, s' estant départis de leur obéissance naturelle pour s'adjoindre au party de France, et par tant de fois les plus aparants avoient abandonné leur party, pour suivre le plus fort : et quy n' avoit ouy, ou leu cela, aussy bien à l'endroict de ceux qui avoient succédé à ceuxlà, dont la mémoire étoit encore fraiche? Que le Roy de France estoit un grand Roy, qui ne souftriroil jamais cet angle de pays en repos, s'il n'en estoit seigneur irrévocable. Que les seigneurs du pays ne pouvoient estre tant esloignez de luy que faisant les services qu'ils pouvoient bien ils ne fussent aprochez et élevez , et au vray dire que l'asseurance de la paix qui se pouvoit avoir par l'union estoit à préférer à tout ce qu'on pourroit dire et opposer '. »
Appuyé sur de telles raisons que répétèrent et développèrent les vrais amis de la Bretagne ; servi et guidé tour à tour par des dévouements acquis à la couronne de France, le chancelier obtint, après bien des débals,
1 D'Argentré, Ilisioire de Bretagne, p. 1042.
que cette réunion fût non-seulement accordée, mais encore demandée et comme souhaitée par les États eux-mêmes. Le Dauphin en fut reconnu le possesseur actuel; il fit, en cette qualité, son entrée solennelle et fut couronné comme duc « en grand triomphe dans la ville de Rennes '. » Le Roi en fut déclaré l'usufruitier et l'administrateur en vertu du testament de la Reine Claude, et la réunion à la couronne fut admise à perpétuité. « Tel fut le succès que , malgré de grandes résistances, la couronne de France obtint par le moyen de Monseigneur le légat qui étoit lors 2. » En récompense de ce service, Antoine du Prat, que la reconnaissance de François Ier et de Claude de France avait déjà nommé chancelier du duché après leur mariage, fut confirmé dans ce titre dont il venait, de la façon la plus importante, d'exercer les fonctions.
S'il est permis de tirer d'un fait aussi ^considérable les dernières conséquences qu'il produisit, c'est ici le lieu d'enregistrer que ce fut l'acte de 1532 qui prépara au Roi Henri IV la souveraineté de la Bretagne. Les Valois n'avaient que lui pour héritier de leur trône, mais ils avaient de plus proches héritiers de leur patrimoine. Si le duché n'avait pas été soumis, par le fait de sa réunion, aux prescriptions de la loi salique , en 1589, à la mort du Roi Henri III, il se fût trouvé séparé du royaume, et la maison de Rohan surtout,, descendue de Marie de Bretagne, mariée en l/i55 à Jean, vicomte de Rohan et comte de Perhoët, aurait opposé des droits réels aux prétentions de la maison de Bourbon. Ou bien encore les princes de la maison
1 Journal d'un bourgeois (le Paris, p. /|30.
2 ld.,lbid.
d'Est, issus de Renée de France et d'Hercule, duc de Ferrare , seraient venus remplacer, par l'aigle de leurs blasons, l'hermine sans tache dont la Bretagne conserva toujours la pureté et dont elle se souvient avec orgueil '.
Ces grands intérêts du royaume et de la royauté ellemême ne détournaient pas François Ier ni son ministre de détails plus vulgaires et de soins plus minimes. Le 3 mai 1532, le Roi étant à Coûtantes fit expédier des lettres datées des Landes, pour la foy et hommage que lui rendait Jean de Saussay « à cause de la fiéferme de Montchatou, dépendante de la vicomte de Coutances ; » voici les propres termes de sa conclusion : «... Entre les mains de notre très-cher et féal grand amy le cardinal de Sens, légat et chancelier de France (Antoine du Prat) a été rendu ledict hommage 2. »
En 1533 les négociations du cardinal de Gramont obtinrent le voyage du Pape à Marseille, et amenèrent le mariage de Catherine, avec le duc d'Orléans, depuis Henri II. Le Roi François 1er, la Reine Éléonore, les Enfants de France et toute la cour allèrent recevoir le souverain Pontife. En traversant la ville de Lyon qui déjà les avait vus passer tant de fois , ils obtinrent un accueil triomphant. « Le 26me jour de mai le Roy et la Reyne y firent leur entrée solennelle, le lendemain y fist aussi son entrée le Dauphin, premier fils de France, puis l'autre lendemain fut faicte entrée au chancelier du Prat, comme légat de Sa Sainteté en France3 On fut au devant jusques hors la ville,
1 P. Anselme, Histoire des grands officiers de la couronne, t. 1, p. 120.
2 De In Roque, Traité de la noblesse, p. 385.
• Claude de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, p. 30G.
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recevoir sa bénédiction avec les troupes spécifiées en pareil cas, harengue que luy fist le prévost des marchands, poésie sous lequel les eschêvina loconduisiront jusques à Porte-Froc, accompagné du lieutenant du Roy et des gentilshommes et prélats de sa suite. Lequel poésie aussi bien que pour ceux de Leurs Majestés, si on n'est prompt et habile pour les sauver, si tôt qu'ils sont hors de dessous, la populace se rue dessus et les met en pièces '. » Lorsque, selon le devoir de sa charge et les désirs du Roi, le cardinal du Prat joignit ses empressements et ses hommages aux respects que lui rendait toute la cour de France, la jeune princesse le traita et l'accueillit, non-seulement comme l'exigeaient ses titres, mais encore comme l'y conviait la faveur dont il avait joui près des Papes Léon X et Clément VII, et comme l'y invitait le souvenir des services que son entremise et son influence avaient rendus à la Toscane lors des guerres d'Italie. Rome et Florence saluaient avec reconnaissance le nom et le pouvoir du chancelier du Prat.
A l'époque de ce voyage de Marseille, le Roi parcourut les provinces intérieures de son royaume. A Toulouse, il reçut un accueil plein d'enthousiasme et de magnificence. Le 31 juillet 1533, lendemain du jour où le Roi et la Reine Éléonore avaient été reçus avec toutes les pompes imaginables, le cardinal-légat fit son entrée avec une solennité qui ne le cédait qu'à celle qui avait accompagné les souverains. Puis le Roi tint son lit de justice et le chancelier prit la place que lui assignaient ses grandes dignités 2.
* Claude de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, p. A00. 2 Histoire (lu Languedoc, par un bénédictin de Saint-Maur, 1. 5.
L'Auvergne fut au nombre des provinces qui méritèrent et qui obtinrent une môme attention et une égale faveur. L'un des fils du chancelier, Guillaume du Prat» alors évêque de Clermont, était encore seigneur, à ce dernier titre, des ville et comté de Clermont, dont les évoques furent dépouillés en sa personne en 1551. Le cardinal-légat accompagna le Roi dans ce voyage, et les comptes de la ville en date du jeudi 10 juillet. 1533, tiennent note des dépenses qui furent faites pour la réception d'Antoine du Prat et des honneurs personnels et considérables qui lui furent rendus '.
Peu de temps après ces événements et ces voyages le fardeau des années et des infirmités commençant à peser sur le chancelier, le Roi, sans lui rien enlever de ses dignités ni de sa confiance, donna des ordres précis pour qu'aucune décision ne fût prise dans les affaires d'État, sans que le cardinal du Prat, Jean de Guise, cardinal de Lorraine, Anne de Montmorency, alors maréchal de France, en eussent conféré entre eux.
Au mois de juillet de cette même année 1533, le cardinal du Prat, en sa qualité de légat, donna, étant à Saint-Germain-en-Laye, des dispenses de parenté pour le mariage de Marie de Lorraine, fille de Claude, duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon, avec Louis d'Orléans, duc de Longueville2.
Tout en respectant les droits de l'Eglise, le cardinal du Prat ne sacrifia jamais la dignité royale et ses prérogatives à des prétentions de personnes ou de lieux, quelque consacrées qu'elles fussent par des faiblesses précédentes et souvent répétées. En cette année 153/|,
1 M. Bouillet, Tablettes d;Auvergne.
2 P. Anselme, Histoire généalogique <l< la maison de France, p. 218.
l'évêque de Châlons voulait recevoir l'hommage du Roi pour la moitié du comté. Les ducs et deux Rois de France avaient donné cette satisfaction à ses prédécesseurs. Le chancelier du Prat en détourna François 1er, au rapport do Saint-Julien, p. 4ft6. « Par saint Antoine! dil-il en grognant, tous tiennent du Roi, le Roi ne tient de personne '. »
Ce fut le 2/j. mars 1534 que mourut au château de Raima, près de Toulouse, allant prendre possession de cet archevêché, le cardinal Gabriel de Gramont. Ce fut une dernière conformité avec le cardinal du Prat qui lui survécut un peu plus d'une année seulement. Avec des titres différents , quant au pouvoir politique, ils rivaient partagé à un égal degré et justifié par de mêmes succès la confiance de leur maître. Antoine du Prat avait bien servi la France et le Roi en mêlant à toutes les affaires difficiles le zèle et le talent de Gabriel de Gramont. Rivaux une seule fois dans leur vie, par leur concurrence à i'évêché d'Alby, le cardinal de Gramont avait facilement oublié une ambition qui était celle de la Reine de Navarre plus que la sienne, et le cardinal du Prat s'était fait pardonner son succès en appelant sur son collègue de nouvelles faveurs. Évoque de Couserans, puis de Tarbes, dès le début de la carrière qu'il avait embrassée , vocante Deo spretisqué mdœ ac nuptiarum delîcïis quibus à parente destinai ilur2, il fut nommé évoque de Poitiers en 1532, archevêque de Bordeaux en J 533 ; enfin, la même année, il fut promu à l'archevêché de Toulouse3. « La cour perdait en lui un ministre fidèle et un politique adroit,
1 Abbé Courtépée, Description du duché de Bourgogne, t. 4, p. 432.
2 Eggs, Purpura docla, lib. 3, p. 470.
3 /(/., Urid.
le sacré collège un de ses principaux ornements, la France L'un des plus habiles avocats de ses intérêts et des meilleurs soutiens de sa gloire, la religion un de ses plus austères défenseurs. Mais enlevé par les soins de la politique aux églises qui lui furent confiées, il ne fit rien pour mériter leurs regrets. Son corps fut transporté à Bidache dans le tombeau de sa famille '. » On ne sait auquel du Cardinal de Gramont ou du cardinal du Prat convient le mieux cet éloge obtenu par l'archevêque de Toulouse. « Il fut, dit un autre auteur, fort regretté par le Roi de France, duquel il était singulièrement aimé pour sa prudence, diligence, loyauté et sçavoir, et aussi des princes du sang2. » Le chancelier du Prat perdit en lui le coopérateur le plus habile de ses nombreuses négociations, le défenseur le plus constant et le plus sincère de ses innovations hardies.
L'erreur naissante avait vu l'archevêque de Sens présider à sa condamnation; l'ignorance et l'imposture ne rencontrèrent pas auprès de lui plus d'indulgence et de miséricorde. Le zèle d'Antoine du Prat pour la conservation et pour l'intégrité de la foi n'était pas seulement un zèle plein d'ardeur et de feu, c'était encore un zèle plein de raison et de lumières. 11 repoussait également et le mensonge qui la diminue et celui qui l'amplifie et qui l'exagère. Comme il avait châtié l'hérésie, il flagellait à son tour la superstition. Celle-ci, par l'influence des temps, des lieux et des hommes, cherche quelquefois à se mêler à la vérité. Non pas que la foi l'appelle jamais à son aide, ou la supporte même à ses côtés; mais à des époques de perturbation, et par le
1 M. l'abbé de Montleznn, Histoire de Gascoijnc, t. 3, p. 102 et 214.
2 Jean Boucbet, Annales d'Aquitaine.
calcul de quelques esprits faux et déviés, il arrive que le mensonge cherche à s'imposer à la foi. Il ne saurait ni la corrompre ni la ternir, mais du moins il l'obscurcit et la voile passagèrement.
En 153i, dans un couvent des cordeliers d'Orléans, des frères, d'une piété fausse et fatale, poussés par des influences plus viles et plus coupables encore, avaient feint le retour et l'apparition d'une vieille femme morte dans les doctrines protestantes. On faisait revenir le simulacre de son esprit et de son ombre, avec des gémissements sur son sort et des malédictions sur son erreur. Le chancelier, le Roi lui-même, s'émurent de ces représentations sacrilèges, qui jetaient sur la vérité le ridicule et la profanation. Le Roi nomma une commission, le cardinal-légat lui en adjoignit une autre, et toutes les deux, d'après leurs instructions, étudièrent les faits, reconnurent l'illusion, et furent d'accord pour châtier sévèrement les auteurs et les instruments de cette criminelle comédie. Le couvent réclama ses immunités, mais les juges passèrent outre, et les coupables furent condamnés à des réparations aussi publiques que l'avait été leur imposture'.
Sleidan, Histoire de la réforme, t. 1 ; traduction par le Courrayet.