‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 6 sur 71 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

avons apporté dans ce nouveau travail. Par un esprit de justice et de réparation, réparation pour le Roi autant que pour le chancelier, par un esprit de famille ensuite, il nous sera permis d'éclairer d'un jour nouveau la vie d'Antoine du Prat, et de célébrer dans sa foi, dans sa diplomatie, dans sa fermeté, la religion, l'habileté, la persévérance de François Ier. D'autres ont stigmatisé, dans les prétendus défauts de son caractère, les impérities de son administration, les cruautés de son tempérament, l'ineptie du Roi qui l'avait choisi, l'entêtement et tout à la fois la faiblesse du prince subjugué qui voulut le soutenir, et les fureurs d'un zèle fanatique qu'il ne servit, disent-ils, que trop fidèlement.

Trop d'auteurs considérables cependant par leur talent et par leur autorité, ont jugé le chancelier du Prat au point de Mie de leur siècle : et ceux-là mêmes qui se sont abstenus de toute passion, n'ont pas su se séparer entièrement de leur époque, et se transporter dans celle qu'ils étudiaient. Lorsque l'histoire apprécie lesfaits d'autrefois avec l'esprit d'aujourd'hui, lorsqu'elle

PRF.FACE. XIII

n'appelle point à son aide l'esprit du passé, elle s'engage dans d'étranges erreurs. Elle accepte des événements et des actes et rejette les opinions qui leur ont donné naissance. Le blâme des idées n'implique cependant pas leur oubli : il faut, sans les louer, s'en souvenir, et ne point les séparer de leur temps, si l'on veut juger sainement les hommes et les choses, et leur appliquer non pas toujours l'éloge que repousse les faits, mais l'indulgence que réclame leur époque. Les événements comme les caractères sont conduits par l'influence de leurs siècles, et les grands personnages qui les dirigent et les modifient le plus les subissent à leur tour. Quiconque isole un homme de son temps , ne lui laisse pour cortège que les actes de son pouvoir, et le sépare de l'esprit entrainant de son siècle, le charge d'une responsabilité qu'il ne doit pas porter tout entière, et renonce à l'équité de ses appréciations. Les fautes, les malheurs et les bienfaits conservent toujours, il est vrai, leur nom et leur caractère, mais quelquefois aussi ils y ajoutent celui de nécessité.

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