‹ Vie d'Antoine Du PratChapitre 9 sur 71 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ancêtres et origine d'Antoine du Prat. — De quelques illustres personnages qui portèrent son nom sans appartenir à sa famille.

11 suffirait à l'honneur du chancelier du Prat de rechercher et de dire par quels actes il soutint la religion catholique, avec quels efforts et quels succès il agrandit l'autorité royale. Son zèle pour la défense de l'autel et du trône, son dévouement pour le Saint- Siège et pour son Prince, la persévérance et les talents qu'il mit au service de leurs causes forment une matière abondante pour le plus noble et pour le plus juste éloge.

Tout en réservant à ses dons personnels la première et la plus haute place qui ne peut leur être eontestée, la vérité réclame une parole en faveur des avantages qu'il reçut de ses pères. Ils passent en seconde ligne

il est vrai, mais cette seconde ligne ne doit point être retranchée de son histoire. Ils lui appartiennent en propre. La malignité publique en les lui refusant, en les lui disputant tout au moins, impose au biographe le devoir de les lui restituer.

Il faut le dire et le répéter, les bénédictions venues du ciel et de la chaire de saint Pierre, les satisfactions intimes de la conscience sont les premières récompenses de la vertu. Antoine du Prat sut les obtenir. Les titres et les honneurs reçus du Prince, les éloges et les richesses descendus du trône récompensent noblement celui qui dévoua sa vie au triomphe du bien, du droit et du vrai. Le chancelier fut comblé de ces dons. Mais la renommée que la postérité accorde à un grand règne, à de grands noms, est d'un prix plus élevé encore que les biens de la fortune et que les témoignages d'une reconnaissance personnelle , quelque royale qu'elle soit. Ces biens posthumes ne sont point encore le partage du chancelier du Prat. Cependant, celui qui réunit l'honneur de la nation à l'honneur de la couronne, qui confondit ensemble l'intérêt du peuple et l'intérêt du souverain, qui chercha leur éclat et leur force en les associant à l'intérêt de l'Église et à celui de la foi, mérite d'obtenir cette réparation tadive. Antoine du Prat ne méprisa jamais l'opinion publique, qui, même égarée, demande, sinon des faiblesses, du moins des ménagements, mais il dédaigna toujours les clameurs du moment pour arriver au succès conçu par son intelligence et poursuivi par son courage. Peu compris de son temps, il attendit la justice et l'éloge de l'avenir pour lequel il travaillait. Puisse-t-il être arrivé pour sa mémoire, et puisse la main respectueuse d'un neveu contribuera cet hommage si longtemps différé*

ANTOTNE DU PRAT. 3

Antoine du Prn t , malgré les contestations de la haine, portait un nom digne de ses emplois ; et cette considération accessoire, lorsqu'on la rapproche des dons de son intelligence et de ceux de son cœur, est cependant digne d'être enregistrée, non pour le relief de son vrai mérite, mais pour l'intégrité de son histoire.

Quelques auteurs ont refusé la noblesse à ses pères. Il est vrai que cette distinction fut obscurcie durant deux générations par les nécessités qu'entraîne l'infortuné. Magna documenta instabilis fortuna, dit Tacite. Un vieux dicton populaire applique cet enseignement et cette instabilité à l'existence des familles. Leurs changements et leur extinction en font le tableau le plus vrai et le plus visible de l'inconstance des choses humaines. Cent ans bannière cent ans civière, dit ce proverbe. Toutefois si les ancêtres d'Antoine du Frat éprouvèrent cette variation de la fortune, ou pour mieux dire subirent cette loi de la Providence, ni l'honneur, ni l'indépendance de son aïeul et de son bisaïeul n'en furent altérés. Ils surent résister aux vicissitudes qui les atteignirent, avec la dignité et l'habileté qu'ils avaient reçues de leurs pères, et qu'ils transmirent intactes à leurs descendants.

D'autres historiens, par une déposition contradictoire, ont multiplié les distinctions que la saine critique consent à accepter. Us ont donné à la famille du chancelier du Prat une origine italienne3. Moréri l'enregistre dans son dictionnaire et la combat par des raisons qui ne la détruisent pas. Il emprunte à Pierre- Antoine la dédicace de ses commentaires, et dans cette qualification Petrus Anthoni Isodorcnsis Arvernus,

1 Généalogie de la maison du Prat, provenant des papiers du baron de Viteaux.

Il VIE DU CJIANCELIEK

Anthonio de Prato Isodorensi Arverno, etc., il trouve la réfutation de cette origine, comme si plusieurs générations attachées à l'Auvergne et à Issoire ne permettaient pas de s'honorer du double titre d'Auvergnat et d'issoirien, sans démentir pour cela une première origine et un plus antique berceau.

Dans leurs rêves et peut-être dans leurs romans de bienveillance inutile, les écrivains favorables à l'opinion d'une origine italienne font venir les premiers auteurs du chancelier d'une petite ville de la Toscane nommée le Prat, à Prato, ville qui l'année l/i89 fut prise et saccagée par les troupes de Cardone, et dont la chute amena le retour des Médicis à Florence '.

A ce titre ils le rattacheraient à Nicolas du Prat, Pratensis, ou à Prato, Toscan , de l'ordre des frères prêcheurs, l'un des membres du sacré collège les plus dévoués à la France. Ce fut son influence et celle des cardinaux du parti qu'il dirigeait, qui amenèrent l'élection au souverain pontificat, sous le nom de Clément V, de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux. Ce fut lui qui couronna à Bologne, au nom du Pape, rEmpereurIIenriYll.il mourut à Avignon , où l'on voyait encore au xvnc siècle son épitaphe et son tombeau \

D'autres relient à la famille du chancelier du Prat, Pierre du Prat, archevêque d'Aix, chancelier du Saint- Siège, cardinal du titre de Sainte-Pudentiane sous le pontificat de Jean XXII, en 1320. Étant légat, il s'était employé à la paix entre Philippe de Valois et Edouard III. Ce prélat était connu par sa dévotion

1 Auhéiy, Histoire générale des Cardinaux, t. '', p. 599.

2 Itiid., t. l, p. .'isô ; EggSj Purpura docla,t. l, p. 27ft; Généalogie de la maison du Vrai, provenant des papiers du baron de Vite&ix.

A.NTOINK DU PUAT. 5

envers la sainte Vierge et par ses travaux en son honneur1.

Pour continuer cette illustre et vaine nomenclature, en Jo70 Guillaume du Prat, né dans le Gévaudan, religieux franciscain , docteur en l'université de Paris, fut nommé archevêque de Rambalu (Pékin) par le pape Urbain V, et son légat auprès de l'empereur des Ta rt ares 2. Une généalogie dont l'auteur est incertain, en fait un arrière-grand-oncle du chancelier du Prat.

Enfin pour épuiser non pas les apparences de liens, mais les similitudes de noms, en 1378, sous les pontificats d'Urbain VI et deBoniface IX, .un autre cardinal du Prat, de Prate ou de Prata, évêque de Padoue, puis archevêque de Ravenne, fut légat en Bohême, en Allemagne, en Angleterre, prit une part active aux troubles qui affligèrent l'église, et s'agita pour ranger sous l'obéissance d'Urbain VI les princes et les peuples3.

Ces rapprochements de noms, de personnages, de carrières, satisfont la curiosité, mais n'établissent point une conviction. Elles favorisent les conjectures et ne fournissent point des preuves. Antoine du Prat n'a pas besoin pour sa grandeur d'aller chercher son nom et sa noblesse ailleurs que dans les faits irrécusables. Cette faiblesse de se rattacher pour s'élever à des ancêtres impossibles, n'est pas seulement de ce siècle et des siècles qui l'ont précédé. Elle fut de tous les temps cl de tous les pays. Cicéron remarque cet abus en son temps : il le relève autour de lui, et il en rejette l'em-

1 Michaud, Biographie universelle; Traité de l'origine des Cardinaux du Saint-Siège, Cologne, 1CG5, p. 132.

2 Abrège chronologique de l'histoire erclésiasti<iue, t. 2, p. 170.

3 Aubéry, Histoire générale des Cardinaux, t. 2, p. 170 ; Eggs, Purpura docia, t. 1, p. 'i7'i.

ploi pour lui-même. « Cum homines humiliores, dit-il, in alienum ejusdem nominis infunduntur genus , ut si ego me à Marco Tullio esse dicerem qui patricius cum Servie Sulpicio consule, anno decimo post exactos reges fuit. »

Sans accepter et sans rejeter les opinions qui attribuent au chancelier du Prat l'origine et les aïeux indiqués en ces lignes , il convient de les abandonner à l'étude et à la critique, et de s'arrêter à ceux que les titres recommandent à l'histoire.

Robert du Prat, chevalier (miles) vivant en 1243, est le premier des ancêtres du chancelier dont l'existence soit justifiée par des titres incontestables. Antoine du Prat formait la septième génération descendue de lui '. 11 est bon d'insister sur ce fait, non pour mettre l'origine au-dessus du mérite personnel, non pour prétendre qu'il soit plus noble d'être le fils inutile et quelquefois dégénéré de ses pères, que le fils toujours illustre de ses œuvres ; mais pour porter à la vérité l'hommage qu'elle exige, pour conserver et restituer à l'histoire les faits qui lui appartiennent.

1 Titres originaux aux archives de la l'amille.

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