‹ Vie d'Artus Prunier de Saint-André: conseiller du roy en ses conseils dChapitre 9 sur 23 · PARALLÈLE DE PRTINIER SAINT-ANDRÉ ET DE LESDIGDIÈRES · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE PRTINIER SAINT-ANDRÉ ET DE LESDIGDIÈRES

La vertu du premier président n'estoit jamais sans exercice. Il n'estoit pas né pour le repos, ou certes il n'en avoit que dans l'action. Il estoit desjà dans la cinquante huitiesme annéedesa vie,et A peine en avoit-il vescu pour luy deux ou trois. L'enfance n'est pas une véritable vie à l'homme; elle n'en est quel'entrée. Il avoit donné toutes les au tresau service de son prince, aux affaires publiques, auxintéréts de sa patrie, et à ceux de ses amis. Il n'avoit pas mesme eu la liberté de se choisir la matière de ses occupations. Il falloil qu'il travail âtsur celleque la fortune luypréparoit; et il le faisoit tousjours avec tant de sagesse et le plus souvent avec tant de succez, qu'il sembloit estre d'intelligence avec elle. Rien ne le surprenoit, non plus que rien ne lefatiguoit, ny ne l'embarrassoit Son ame et celle de Lesdiguières avoient

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esté formées sur la mesme idée. On remarquoit dans toutes deux les mesmeî vertus et les mesmes qualitez. Il n'y avoit pas plus de constance, d'intégrité dans l'une que dans l'autre. Lesdiguièresauroit pu estre un Saint-André dans la robe, et Saint-André un Lesdîguiéres dans les armes. C'est ce qui avoir causé leur étroitte amitié, et ceste admirable sympathie qui faisoit si souvent que, sanss'estrc consultés l'un l'autre, leurs sentimens dans les affaires de la plus grande importance alloient au mesme point. Presque tousjours ils désapprouvoient ou ils vouloient, d'un commun consentement, les mesmes choses. Ceste conformité de pensées estoît sans doute l'effet de celle de leurs mreurs, et de leur génie. Quand je ne fèrois pas ceste réflexion, on ne laisseroit pas de la faire. Enfin Lesdiguières et Saint-André ont esté, dans ce siècle, des premiers hommes du royaume, et assurément les premiers de ceste province. Reprenons le fil de notre narration.

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1607, réconciliation du procureur général et

roi propose à LesdiguiireB de l'envoyer en

faisant valoir son &ge. — Ordonnance interd

tout commerce avec ceux du pape, dans le et

gués de la ville de Romans pour acquérir le

tell'm.— Mort de Soflrcy Calignon.— i5 mai

btent à Romans. — On y décide qu'ils seror

la Tille de Grenoble. — Gullion obtient la

Saint-André tombe dangereusement malade

à Vienne et à Romans. — Une commissi

Parlement. — Les habitants de Vienne ad

roi. — Une pension de douze cents feus esi

Prunier. — U reçoit le titre de commissaire

la Térification et à la 'réduction des dettes d

BCoiMS. — S septembre, mort du chancelier

Le procureur général estoit mal dep Lesdîguiires, le président n'approuvoit ligence et il avoit souvent dit à celluy.) Roy était que les ( gens de sa qualité», pour signifier les procureurs et les avoc ( fussent ny trop bien oy trop mal av( « celle de Lesdiguières, » c'est à dire a et les lieutenants de Rov dans les provi gardé ce juste tempérament. Le préside tant servy de l'entremise de Buillon poi

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Lesdiguières qui y avoit desjà de la disposition. Ce fut au commencement de l'année mille six cent sept.

Les affaires des Hollandois estoient alors en mauvais estât. On appréhendoit pour ceste République: sa ruine auroit accru la puissance de l'Espagne, et cet accroissement aurait esté un atfoib lisse ment à la France. Il n'y avoit pas d'homme plus propre à restablir lafbrtunecbancellantedes Hollandois que Lesdîguiéres. Le Roy luy fit connoistre qu'il avoit dessein de le leur envoyer, mais Lesdiguières s'excusa sur son âge dontilditqu'ilcommançoità ressentir les incommoditez. Il prévoyoit que si les armes des Hollandois prospéroient par sa conduitte, il irriteroit la jalousie du comte Maurice qu'il croyoit un des plus grands capitaines qui eussent jamais esté et que si son bonheur reiusoit de l'y suivre, il n'auroit fait que creuser luy-mcsme un tombeau à sa réputation dans ces pays-là.

Le connestable luy avoit envoyé une ordonnance qu'il avoit faitte par laquelle il interdisoit tout commerce aux sujets du Roy avec ceux du pape dans le comté de Venessin. Les parlemens de Thoulouse et d'Aix l'avoient vérifiée pour le Languedoc et pour la Provance, et il avoit espéré que Lesdiguières la feroit de mesme publier dans celluy de Grenoble pour le Dauphiné. Mais ayant esté portée à Morges, au lieu de la mettre d'abord dans les mains du premier président comme il le devoit, il l'avoit renvoyée à Lesdiguières en Cour. Il fallut qu'elle en revînt, Lesdiguières l'ayant renvoyée au président à qui le connestable en avoit aussy recommandé la publication qui en fut faîte sans retardement. (1 est vrai que ceste interdiction fut de peu de durée. Des nouveautez que le vicelégat avoit voulu introduire inconsidérément y avoient donné cause. Le repentir est le fruit le plus infaillible des changemens dans les corps politiques. Aussy elles n'avoient jamais de protection chez le président.

Il y avoit environ cinq ans qu'il s'estoit heureusement opposé à une qui auroit esté la désolation de la ville de Saint

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Marcellin, si elle avoit réussy à l'avantage de ses autheurs. Celle de Romans qui s'estoit enrichie par la marchandise et par le commerce, avoit, dez l'an mille six cent deux, entrepris de s'acquérir le bailliage quiason siège danscellede Saint Marcellin ; et dez ce temps, cclle-cy avoit recouru à la protection du président. Elle luyavoit esté si utile qu'elle avoit esté maintenue dans sa possession. Néantmoins ceux de Romans ne laissèrent pas d'espérer. Rien ne rebute ceux qui se promettent tout de leurs richesses et de leurs intrigues. De manière que les consuls de Romans reprirent ceste année ces mesmes poursuittes. II5 s'imaginèrent que les sceaux ayant esté donnez à Sillery (i), ce changement les favoriseroit. Mais leurs députez n'en trouvèrent pas dans les esprits : en effet, Saint-André sollicita pour Saint Marcellin et informa de nouveau par ses lettres fortes et animées le Chancelier quiestoit resté chef du conseil {2), et Sillery de son droit et de ses raisons. Sa protection en les appuyant fut le gain de la cause deceste ville perdant ceste juridiction, elle auroit tout perdu, et dez le moment que ce siège en seroit sorty, il n'y auroit laissé qu'une misère publique dans une triste solitude.Cesestablissemens appartiennent, ce semble, naturellement aux lieux qui n'onl ny d'autre honneur, ny d'autre bien à espérer. Ce bailliage ainsy asseuré à ceste ville luy est un bienfait du président

Il avoit perdu quelque temps auparavant un de ses plus vertueux et plus anciens amis, c'estoit Soffrey de Calignon (3), chancelier de Navarre, et président en la Cham-

(1) V. la Dote de la page 107.

<i) V. à ce sujet \n Lettre écrite, le 14. janvier 1607, par Prunier Sainl-André au chancelier de BeMièvre : Correspondance inédite de Prunier, n° 18.

(3) V. la note de la page i3. — ' Calignon (Soffroi), chancelier de Navarre, élaii un homme d'un si grand mérite, soit que l'on considère son savoir, son esprit et son expérience dans les afiaires, ou que l'on ait égard à la douceur et à l'hoDiiËieté de ses mceurs, que peu de

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bre de l'édit de ceste province. 11 en fut sensiblement touché ; aussy il avoît aydé, en sa jeunesse, à la vertu de cest excellent homme à s'élever en la soustenant, et depuis il y avoit tousjours eu entre eux une étroittc liaison. Mais Calîgnon avoit négligé d'asseurer à sa maison la noblesse que ses charges y avoit fait entrer. Sa mort impréveuë estoit un désespoir à sa famille Le Chancelier y fît réflexion et un arrest du Conseil la mit & couvert de la rigueur des règlemens : la noblesse luy fut confirmée. Le Roy mesme qui avoit dit en apprenant la mort de Calîgnon qu'il avoit perdu un fidelle serviteur, recommanda au président la vérification de cet arrest. Le Chancelier joignit ses prières à cet ordre et le président n'oublia pas ce qu'il devoit à la mémoire d'un amy si illustre. Dans les âmes généreuses, l'amitié survit tousjours à l'amy. Le procureur général pensa dez lors à s'acquérir l'office de président qui vaquoit par la mort de Caliguon , et à résigner le sien au conseiller Louis du Faure , son frère. Saint-André luy en avoit inspiré la pensée, et il ordonna â son firëre de ne tiire de résignation du sien à personne qui ne fut agréable au président. Mais avant qu'il y eut rien d'achevé, Lesdiguiéres et le procureur général furent obligez de revenir en Dauphiné. Ils n'y furent pas longtemps sans occupation.

Les Estats de la province s'assemblèrent dans la ville de Romans le quinziesme du mois de may : Lesdiguiéres et le président y assistèrent. De nouveaux commis furent subrogez à ceux qui estoient dans cet employ, et il fut résolu que la tenue des Estats, qui jusques alors avoient esté

personnes peuvent lui être compar^ee. Je travaillai avec lui pendant trois ans à dreiser l'édit de Nantes, et alors nous renouvelâmes l'amitié qui nous avait unis dans notre enfance. ■ — De Thou , Hist. uni»., liv. CXI XVI , année i6o6. — Anl. Teissier, Les Éloges des hommes savants, etc., t. iv, p 3io. — B. de Xivrey, litres missives, t. t, p. î38. ~ Brun-Durand , Ckamtre de l'édit de Grenoble, v Cali-

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ambulatoires, serait doresnavani dans Grenoble, sansqu'elle peut estre changée pour nulle autre ville. Le président ne s'opposa pas à ceste délibération, quoy qu'il n'en eût pas fait l'ouverture par des raisons qu'il seroit inutile de rapporter. Il eut le plaisir de voir en ceste ville la Torrette, sa iille, qui vint l'y visiter, liraymoittendrement et elleavoit pour luy tous les respects auxquels la nature l'obligeoit. Le procureur général estoit allé en Languedoc oU il fut l'un des députez du Parlement pour conférer avec les commissaires de celluy de Thoulouse sur divers points qui regardoient l'intérest de deux provinces. Cependant Bullion fut pourvu de la mesme charge de président que le procureur général avoît désirée. Il s'estoit acquis l'estime de Lesdiguières, et de Saint-André par son mérite, et leur amitié par ses services. Il fut receu et înstalé sans empeschement et sans retardement.

Peu de jours après, Saint-André fut attaqué d'une maladie dangereuse. On en craignit d'abord la violence. Toutesfois les soins de Villeneuve et de Fougerolles l'en garantirent. Si est-ce que le danger où il fut parut si grand qu'il y eut des maistres de requestes qui demandèrent sa charge au Roy. D'abord que sa santé fut restablïe, îl reprît le train ordinaire de ses occupations.

Il aymoit la ville de Vienne, et il la protégeoît en toutes sortes d'occasion. Il y avoit alors une division entre les babitans qui les rendoit ennemis les uns des autres. La plus basse et la plus foîble partie du peuple, qui estoit la plus nombreuse, estoit animée contre l'autre qui, estant la plus authorisée, s'estoit emparée de la direction de toutes les aSaires Elle l'accusoit de s'estre ezemtée des impositions, de n'en avoir supporté que ce qu'il luy avoit plu, et non ce qu'elle devoit, d'avoir fait son propre des deniers publics, et de se perpétuer dans le consulat et dans tes charges municipalles. Elle avoit pour chef Jean Guinet, procureur savant dans la pratique et dans l'art du palais. Les consuls qui estoient les chefs de l'autre, mettoient tout

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en usage, nor. pour accommoder ce différent, mais pour dissiper ceux qui l'avoient fait naistre. Ils les traittoient de séditieux et de perturbateurs du repos public Rognin, l'un d'eux, fut député au président pour le gaigner. Mais les grands magistrats ne sont pas sujets à préoccupation et ne se déterminent qu'après avoir ouy les deux partys. 1^ ville de Romans soufTroit une pareille discorde qui procédoit de mesme origine. L'avis du président Tut que l'on convint d'officiers du Parlement qui entendroient les intéressez, examineroient leurs raisons, verroient leurs actes et en feroient leur rapport à Lcsdiguiéres, et à luy. Ceux de Romans y obéirent, et mesmes Lesdiguières proposa au président de Taire que l'on y envoyât les conseillers Claude de Portes, et Claude de la Baume i estant seur, luy dit-il, t qu'ils s'en acquitieroient dignement, » Quant à ceux de Vienne, ils se pourveurent au Roy, et le président n'ayant pas voulu refuser aux consuls d'escrire pour eux au garde des sceaux, il le fît d'une manière qui tesmoigna seulement qu'il désiroit le repos de ceste ville, mais qu'il ne faisoit pas de préjugé. Ainsy la fin du procez que le tiers ordre avoit contre les deux premiers fut la naissance de plusieurs autres entre ceux de cet ordre. N'ayans plus d'ennemis à combattre, ils s'armèrent les uns contre les autres : tant la multitude est ennemie de son bien, lors mesme qu'elle se propose de s'en procurer,

Bullion ne tarda pas de donner au président des marques de sa gratitude. Il sollicita pour luy que la pension de douze cents escus de laquelle, depuis qu'il estoit entré dans la première présidence, il avoit esté payé des deniers de la gabelle de Dauphiné, luy fût assignée à perpétuité sur le mesme fonds : quelques difficultez s'y opposoient, néantmoins il l'obtint. Sully eut esgard au mérite de Saint-André dont Bullion luy fit une peinture qui respondoit à l'idée qu'il en avoit conceuë. Virieu estoit à Paris d'où il avertit le président, son père, de ce succez, et celluy-cy apprit à Sully, par ses remercimens, la reconnoissance qu'il en

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avoit, BuUion fut tou5)ours dans tous les intérests du président. Obliger un honneste homme, c'est se l'acquérir.

Presque en mesme temps, le président receut une nouvelle preuve de la bienveillance du Roy. De Vie estoit un des commissaires qui dévoient procédera la vérification et à la réduction des debtes des communautez de ta province, mais ayant esté jugé plus nécessaire ailleurs, tt fut tiré de ceste commission qui fut donnée au président. Le syndic Brosses le soubaitta, sçacbant combien il estoit inacessible à la haine et à l'avarice. La mort du Cbancelier qui arriva le cinquiesme du mois de septembre l'affligea extraordinairement, quoy qu'il y deût estre préparé. Mais on ne l'est jamais assez à la perte de ses amis, quand on ayme bien.

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R&iide la monde Bellièvre. — Virieuesi envoyai la veuve.— Sillery succËde à Bellièvre. — Mort de MIcha Burcin , vibailli et lieutenant général de Uraisivaudan. — La Croix Chevrières , sacré évéque , est dispensé de retourner à la Cour. — Les protestants échouent dan* leur projet d'établir un collège à Montélimar. — Plessis-Mornay recommande son gendre à Prunier Sainl-Andté. — Procès du conseiller Pierre de Fillan , son crime. — Sa condamiulion à mort. — Le préùdent s'oppose à la vérification de nouveaux éditi.

Bellièvre estoit tombé dans un si grand anéantissement de ses forces que Duret, son médecin, s'estoit cru obligé, il y avoit desjà assez du temps, de ne luy pas dissimuler qu'il n'eut à mettre ordre à ses affaires. Il le fit judicieusement, et mourut dans ceste extrême foiblesse, avec la mesme force d'esprit, et' la mesme constance qu'il avoit toUsjours euë.Saveuve,aprèsavoiressuyéseslarmes,tesmoigna au président combien elleauroit agréablequ'il St encorenn voyage à Paris en ceste occasion , Mais n'ayant ny assez de santé, ny assez de liberté pour l'entreprendre, il luy envoya Virieu qui luy fut un grand secours contre son affliction. Il luy fut très-utile dans l'embarras de ses affaires domestiques du poids desquelles elle avoit tesmoigné au président qu'elle appréhendoit d'estre accablée. Aussy elle voulut que Virieu logeât chez elle durant le séjour qu'il lit à Paris. Le président ne fut pas longtemps la proye d'une douleur inutile.

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Les hommes constans et forts considèrent leurs amis morts comme absens; les folbles les regrettent comme perdus.

Siltery succéda à Bellîévre et fut aussy un grand Chancelier. Ce fut une diminution de la douleur du président, comme il luy dit en le félicitant de soa élévation à ceste sublime dignité. II n'y eut pas un long intervale entre la mort de Bellièvreet celle de Micha Burcin, vibailli et lieutenant génénéral de Graisivaudan- Il y avoit de l*amitié entre le président et. Burcin qui estoit un homme de mérite, profond dans la science des loix, et par ceste qualité de mesme que par sa probité, un grand magistrat. Ses enfans ayans besoin d'une intercession efficace envers lecomte de Soissons pour la taxe de cet ofEce, le prés'dent les protégea et obtint du prince ce qu'ils désiroient.

La Croix Chevrières { i ) avoIt alors esté sacré évesque, et, estant dans la province, le Roy qui ne refusoit jamais de le gratifier dans les occasions, le dispensa de retourner à la Cour, Il y avoit nécessité de faire ce voyage pour prester le serment de âdélité, avant lequel il ne pouvoit prendre possession légitime de son bénéfice. Le président eut la corn mission de le recevoir, et ce fut le Creiziesmedu mois de décembre que l'évesque satisfit à ce devoir entre les mains du président. Peu de jours après, il servit avantageusement la religion catholique.

Ceux qui la isolent profession delà préterdue réformée dans ceste province, s'estoient proposé d'establir un collège dans la ville de Montélimar pour l'instruction de leurs enfans aux bonnes lettres. Ce dessein n'agréa pas au corps de la ville, les consuls et les principaux habitans prévoyans les fâcheuses suittes de ccst establissement, et combien il pourroit estre funeste à la véritable piété. Tellement que pour l'empescher ils députèrent au Roy un des leurs, et prièrent le président de recommander au chancelier leur

(i) V. I4 note de lap«gei35.

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intérest, qin en estoït un à tous les catholiques. Il le tît, et si heureusement, que ce dessein eschoUa. Ainsy il ne manquoit à aucun des devoirs d'un politique, homme de bien : il estoit fidèle à tous ceux de l'amitié.

Le Plessis Mornay avoit marié sa fille aisnée à un gentilhomme de Bourgogne qui avoit un procez important avec des parties puissantes. Ce procez avoit esté évoqué du Parlement de Dijon au Conseil, et renvoyé premièrement au Parlement de Paris, et enfin de ce Parlement à celluy de Grenoble. Ce fut une occasion au Plessis de faire souvenir le président, encore une fois, de leur jeunesse, en luy recommandant son gendre, u L'ancienne amitié que nous avons s eue enser.ible, luydit-il,m' enhardit de vousescrireen un a affaire que je n'affectionne moins que le mien propre. > Le président ne se démentit pas : il rendit au Plessis, en la personne de son gendre, tous les offices auxquels la justice consentoit. Il la consulioit en toutes ses actions.

L'amitié entre !es vertueux se fortifie en vieillissant, mais l'amour qui porte les désirs d'un sexe à l'autre, s'affoiblit par le temps, et souvent changeant de nature, se convertit en haine. Le conseiller Pierre de FUlon fut accusé d'avoir esté l'assassin de sa propre sœur après en avoir esté l'amant. Sa naissance, sa parenté, son mérite et sa charge le trompoient par de fausses espérances. Le Roy ordonna par une lettre de cachet qui fut mandée au président de tenir la main à ce que son procez fut Incessamment &it, parfait et jugé. On obéit, et le Parlement, pour remplir son devoir, n'espargna pas un de ses plus nobles membres. De Fillon satisfit par sa mort à la debte qu'il avoit contractée par son crime Quelle vertu est assez forte pour résister tousjours aux efforts impétueux des passions sans tomber : celle de Saint André sembloit leur esire inaccessible.

Il eut ceste année à l'exercer contre bien des nouveautez : c'estoient des cstablissements pernicieux. Le premier estoit un ordre et une commission aux baillifs, et aux séneschaux ou a leurs lieutenants de procédera la recherche des usures.

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Caton ne mettoit pas de différance entre l'usurier et l'assassin. Le président qui n'avoit pas d'autres sentimens consentit à la vérification des lettres patentes de ccste comm ission. Mais la création des offices d'auditeurs des comptes et d'experts jurez, de deux référendaires dans la cliancellerie, de chambres à sel et de leurs officiers, et d'un quatriesme président dans la Chambre des Comptes, choquoit l'ancienne politique de la province. Les édits en furent envoyez au Parlement, et le Roy qui en affectionnoitia vérification recommanda au président d'y tenir la main II satisfit également à son devoir envers le Roy, sonmaistre, et envers la patrie, sa mère. Les intérests du souverain et dessujets ne sont incompatibles que lorsque par les conseils d'une mauvaise politique, onles sépare, et que de ce qui ne doit cstre qu'un seul et mesme intérest, on en fait deux différens.

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i6oti : Paul V donne la l^ation d'Avignon au cardinal Borghtc«. — Le roi continue Jl la BSlie d'Allières la pension qu'il biïait à Fontaines, son frère. — Mort soudaine d'Albigny. ~ Différend des consuls de Cicst avec le visénéchal.— Le président et Lesdiguières parviennent à le régler. — i3 mars 1608, les Étala s'ouvrent S Grenoble. — Réconciliation de Gouverne! et de Lesdiguièrcs. — Rupture entre le Parlement et la Chambre des Comptes. — Préséance accordée par le chancelier aux députés du parlement de Grenoble — Eipilly fait des démarches i Paris pour se démettre de sa charge en faveur de lîresson, son gendre. — Le cardinal du Perron , son séjour à Grenoble. — Avril 1 608 , le premier président, au nom du roi, pose la première pierre du couvent des Recollels. — Ordre de Saint-Ru f. — Ses démêlés avec l'archevËque de Lyon —I.e vicomte Pasquiers est nommé chevalier d'h*nneur. — Le conseiller Cornu &it frapper des médailles d'argent et de bronze à l'eRi^e de Prunier Saint- André.

Cependant le pape Paul V (1) donna la légation d'Avignon au cardinal Borghèse, son neveu, qui y fit son vice-

(1) Paul V (Camille Borghèse), nd à Rome vers i55î., obtint la tiare en i6oE>. à la mort de Léon XI. Les premières années de son pontificat furent troublées par une querelle qu'il eut avec la république deVenise, au sujet de la juridiction, et qui fiit accommodée parHenri IV. Pendant les seize années de son règne , il embellit Rome qui lui doit de superbes monuments : ce fut lui qui acheva le frontispice de Saint-Pierre et le palais de Monte-Cavallo. Il mourut en ifi^i, âgé de soixante- neuf ans ~- Biofi. univ., t. iv, p. iii.

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légat, Joseph Ferrier, archevesque d'Urbin. Ce prélat estoit si agréable au Roy qu'il l'avoit honoré d'un brevet de conseiller d'Estat. Le président eut ordre de l'aller voir dans Avignon, â son arrivée, et de faire enregistrer sans retardement ses provisions et les facilitez de la légation. L'année mille sis cent huit ne faisoit que commancer. La Bastie d'Allières s'estoit mis à la suitte de Créquy, dez la précédente, et le président, son oncle, l'avoit recommandé au chancelier,à Villeroy, et â plusieurs de ses amis de ceste qualité : il n'en demeura pas là. Le Roy qui ri' estoit libéral que pour le mérite donnoit une pension à Fontaines pour luy ayder à subsister à la Cour. Le président fit en sorte, par ses sollicitations auprès des ministres, qu'elle fût continuée à la Bastie qui ne promcttoit pasmoins que Fontaines, son frère- En effet, il avoit autant de cœur, et il fut tué, quelques années après, en un combat sin;:ulier.

Albignyayantcstéarrestéà Turin, par le commandement du Duc, à lafin du mots de novembre de l'année dernière, mourut le mois de janvier de celle-cy à Montcalier, oU il estoit gardé par le marquis de Lullins. Un mal soudain et imprévu l'emporta dans peu de momens. La fortune n'est pas moins fortune pour les grands, quelque vertueux qu'ils soient, que pour les autres hommes. Le président qui estoit dans son alliance ne peut qu'en estre sensiblement affligé .Mais les affaires dont il estoit continuellement assiégé ne luy permettoient pas d'arrester longtemps son imagination sur des objets esloignez.

La ville de Crest commançoît â voir des partialitez entre seshabitans. Un différent que ses consuls avoient pour l'intérest de la communauté avec son visénescbal, en estoit la cause et l'origine. Il estoit irréconciliable; quelques soins qu'ils eussent pris de se remettre bien avec luy, ils n'y avoient pas bien réussy. L'entremise de l'abbé général de Saint Antoine qu'ils avoient prié d'estre leur médiateur, n'eut pas un meilleur succez. Enfin ils furent contrains de demander, par la bouche d'Arnoux et de Lole, leurs dé-

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putez, le secours du premier président contre l'obstination de cet homme. Ils firent la mesme prière à Lesdiguières, et ce fut par eux que le repos leur fut rendu, et restably dansceste ville.

Lesdiguières estoît alors à Grenoble pour la tenue des Estats auxquels le président assista comme l'un des commissaires du Roy. Ils Y avoient esté convoquez au quinziesme du mois de mars, et ils furent une occasion au président d'entreprendre la réconciliation de Gouverner avec Lesdiguières qui tesmoignoit d'en estre mal satisfait. Il mania l'esprit de l'un et de l'autre avec tant de dextérité qu'il obtint d'eux tout ce qu'il voulut : il les remit bien ensemble. Mais la rupture qui estoit entre le Parlement et la Chambre des Comptes n'estoit pas un mal d'une guérison aussy facile

Le président Audeyer (i) estoit un de ceux que le Parlement avoit députés au Roy contre la Chambre, et il rendoît fidèlement compte au président de ce qui se passoit en ceste affaire. Ils furent présentez au Roy par le chancelier dans la galerie du Louvre ob se rencontrèrent deux présidens et quatre conseillers du Parlement de Dijon envoyez pour justifier ou pour excuser la résistance qu'il avoit faitte à une augmantation du prix du sel. Elle avoit donné cause à un arrest du Conseil d'ajournement personnel contre le conseiller , rapporteur de la requeste du syndic des Estats et contre le président qui avoit alors présidé. Le chancelier présenta, les premiers, les députez du parlement de Dauphiné, € s'estant souvenu, dit Audeyer dans une de ses lettres à Saint-André, de son a ancienne institution (2). » Et ce président lui parle avec

(1) Guy-AlUrd, La Bibliothèque de Dauphini, p ib. Grenoble,

(1) Coiuulter: de Baitard d'Esung , Les Parlements de France, 1. 1, p. 187, - Bernard de le Roche Flavin, Treize livres des Parle-

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tant de respect par toutes ses lettres qu'il luy donne tousjours le tiltrede s monseigneur, s Expilly n'estoit pas de ceste commission, quoy qu'il fut alors à Paris. Le dessein qu'il ffvoit de remettre sa charge d'avocat général du Roy à Bresson, son gendre, l'y avoit porté. Le président l'appuya de son mieux, l'appelant son intime amy. 11 fit connoistre à Sillery, qu'il pria de lui estre favorable, la part qu'il prendroit à la grâce qu'il espéroit. Le mérite d'Expilly estoit desjâ connu, et la recommandation du président le mit dans son jour chez le Chancelier, qui depuis eut tousjours pour luy une estime très particulière. Expilly, quelques années après, pour se l'acquérir encore par soy-mesme, luy dédia ses plaidoyez, et le recueil des arrests du Parlement de Grenoble, augmenté autant de fois qu'il s'en est fait d'éditions. Ce fut un sensible plaisir à Saint-André d'avoir esté utile à Expilly, et, presque en mesme temps, ce ne luy en fut pas un moindre d'avoir pu s'introduire dans l'amitié d'un des plus grands hommes de nostre nation et des plus célèbres prélats de l'Eglise. Le cardinal du Perronii],ayant, Pan mille six cent quatre,

ment> de France, p. 14, i6ii.~ Pierre de Miraulmont, Lt» Mimoirtssur Forig. etinstit. des Courssouv. Paris, 1621. — S. Fayard, Aperçu historique sur le Parlement de Paris. Paris, Picard, 1878.

(1) Jacques Davy du Perron, fils de Julien Davy et d'Ursine 1c Coinle, était aé en i566 à Sainl-Lâ, où son père l'éleva dans la religion réformée. Il apprit, sans le secours d'aucun roaiire, le grec, l'hébreu, et ce qu'on nommait alors la philosophie. Du Perron abjura et entra dans les ordres. 11 fut lecteur du roi Henri lU. 11 s'attacha au cardinal de Bourbon , mais il abandonna bientôt son parti pour celu> de Henri IV. Cette défection lui valut l'évéché d'Évreux. Le roi le choisit pour mener à bien l'épineuse négociation de son absolution en cour de Rome. Il fut sacré par le cardinal de Joyeuse. à Rome, en 1596. Clément VIll le créa cardinal en 1604. Il assista au conclave pour l'élection de Paul V, aux États généraux en 1614 et mourut eni6i«- — B. de Xivrey, Lettres missives, t. v, p. 23 1. — M. l'abbé Féret, Le cardinal Du l'errm, orateur, confro>%riisfe,^crivfun. Didier, 1877.

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esté mandé à Rome, en ambassade extraordinaire, avait délibéré avec le chancelier de Beltièvre de passer à Grenoble, et celluy-cy en avoit donné avis au président qui s'estoit disposé à le recevoir avec toutes les honnestetez qui luy estoient deuës. Il avoit mesme préparé sa maison pour l'y loger, mais le cardinal avoit pris une autre route. A son retour en France, qui fut au mois de décembre de l'année dernière, il estoit venu de Turin à Grenoble, où les honneurs qui luy furent rendus par les soins du président ne luy laissèrent rien à désirer. Il luy entesmoigna les ressentimens qu'il en avoit, et dez lors il se forma entre eux une amitié qui Fut d'autant plus solide et plus syncére qu'elle fut fondée sur la connoissance réciproque qu'ils eurent alors du mérite l'un de l'autre. Elle ne fut pas inutile à la Bastie qui eut tousjours chez le cardinal tout sujet d'estre satisfait. Le président le luy avoit aussy recommandé avec beaucoup d'atTection, Ce fut le mois d'avril de ceste année, l'occasion s'en estant présentée, et ce mesme mois le président fit remarquer sa piété en une occasion solennelle.

Le Roy avoit introduit dans Grenoble l'ordre des Récollets par un couvent duquel il s'estoit déclaré le fondateur. Il honora Saint-André de la commission d'en mettre, en son nom,' la première pierre : ce qu'il fit dans les fondemens de l'église. L'assemblée fut grande par le nombre et illustre par la qualité de ceux qui ta composèrent. Jean de la Croix de Chevrièreset Antoine du Gros, l'un évesque de Grenoble, et l'autre évcsque de Saint Pol-Trois- Chasteaux, et plusieurs officiers du Parlement furent de ce nombre : celluy-!â avoit consacré la pierre. Il fît pour consommer la cérémonie un discours éloquent et dévot, qui participa du panégyrique pour le Roy, et du parenétique pour le peuple. Quand il l'eut achevé, le président prit la parole II loUa la piété et le zèle du Roy pour la religion catholique : il s'estendit sur les devoirs des bons sujets, et porta dans les cœurs de plus fortes résolutions de fidélité et d'obéissance. Il jugea mesme à propos de faire lire publi-

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quement la lettre que le Roy luy avoit escrite à ce sujet, et de le faire ainsy parler â ce peuple assemblé. La piété des souverains est la vraye splendeur de leurs couronnes, la fermeté solide de leur puissance et la base inébranlable de leurs thrones. Elle est l'ame des ordres religieux qui ne vivent qu'autant qu'elle les anime. Mais il n'y a rien qui Vy afToiblisse comme fait la discorde cT la dissension.

U y en avoit beaucoup dans l'ordre de Saint-Ruf Jacques de la Faye en estoit l'abbé général, et son alliance avec Bellièvre, archevesque de Lyon, ne permetroît pas à ce prélat de luy refuser son assistance. Il estoit en procez avec CCS leligieux, et la cause ayant esté playdée, parce que l'exécution d'un arrest auroît fait trop d'éclat au désavantage de celluy qui aurait esté condamné, le président l'avoit fait appointer au Conseil. Il en avertit l'archevesque, et luy conseilla de persuadera l'abbé de s'accommoder Les religieux le désiroient et estans entrez dans la pensée du président, ils envoyèrent à l'archevesque le prier de s'employer pour cella. On se régla. Et c'est une vérité que si l'on fait une exacte supputation, l'on ne gaigne jamais dans les procez, et que l'on ne perd jamais dans les accommodemens.

Le vicomte de Pasquiers fuit, par cestç raison^ d'entrer en contestation avec le Parlement. II avoit esté pourvu d'une charge de chevalier et conseiller. C'est ce qu'on appelle en d'autres Parlemens, chevalier d'honneur (i). Geste nouveauté qui pouvoit ouvrir la porte à d'autres, ne trouva pas le président favorable. Le Roy luy avoit escrit, luy tesmoignant qu'il luy feroit plaisir si, par son moyen.

(i) • Presque tous les Parlements rentraient le lendemain de la

Saint-Martin d'hiver. Immédiatement auprès des 'présidents k mortier siégeaient les deux chevaliers d'honneur , l'épéc au c6ié , en habit de velours noir, veste d'or, chapeau à plumes blanches. » — De Basiard d'Esians. Les Parlements de France, 1. 1, p. 1 52. — A. Chéruel, Dut. hist. des Inst., etc., 1. 1, p. 1 5o.

Pasquiers joûîssoit de l'effet de cesle gratification. C'estoit moins une récompense de ses services qu'une marque qu'on ne les ignorait pas. Pasquiers, qui avoit du vray mérite, ne voulut pas s'obstiner, comme auroît fait un bomme médiocre. Il conforma ses sentimens à ceux du président, à qui le Parlement est obligé de la suppression de ceste cbarge. Ce fut pourtant un grand honneur â Pasquiers que le Roy t'eàt jugé digne de cet honneur.

Le conseiller Cornu (n travailloît alors à la perpétuité de celluy du président, et à éterniser sa mémoire. II fit faire sa médaille en argent et en bronze. Le président y est très bien représanté, et ta devise qui en occupe le revers est un cube avec ces paroles dans l'ezergue : s Sic stat semper

< idem. > Cornu s'esioit acquis de la réputation par ses vers et par sa prose dans la république savante, et le président receut ce présent à Virieu oti il esto.it, comme une preuve de l'amitié de ce conseiller, qui luy envoyant plusieurs de ces médailles, le pria • de les recevoir comme f estant parties de la main du plus humble et dévotieux

< serviteur qu'il eut. > Il parle ainsy dans la lettre dont il les accompagna. Les médailles sont une monnoye au prix de laquelle les siècles A venir donnent bellement l'immortalité.

(i) Cornu (Pierre de), né à Grenoble dans la seconde moitié du XVI- siècle , publia en 1 583 un volume de poésies. S'il eût été bien inspiré, il n'eOt jamais rimé : &a réputation de poËte et de magisttit y auiail beaucoup gagné. Conseiller au Parlement, it épouaa,en i S87, une jeune veuve, Maraude de Baro, pour laquelle Eipilly avait tourna un volume entier devers. Les médaillei dont parle ici Choriernous sont encore iitconnues en dépit de toutes nos Techerchei. — Rochas, Biog. du Dauph., t. i, p. 276. — J. OUivier, Revue du Dauphiné, t. vi, p. 70. — J. D hort%, La Rifitrme, etc., p. 167. — G. Allard, Dicl. de Dauph., V* Cornu.

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Parallèle de Fougcrollea et de Cornu, — Toussaint de Villeneuve esaaye de m faire nommer maître général juré en chirurgie. — FougeroUe», grâce à l'appui du préaident, obiient ce titre. — Prunier s'oppose à de nouveau! édit».)— Ses protestaliona énergiquca.— Lettres de jussion. — Procis de Castagne et de Nobilibus. — Son reientiatement. — Commission du Parlement, — Béatrii Robert et Pierre de Cornu. — Nobilibus est accusé de magie. — Détails de l'instmction. — Subterfuge de Castagne. — Uvres d'Agrippa : m défense. — Supplice de NoUlibui.

Fougerolles estoït plus savant que Cornu, mais il avoir moins de connoissance du monde. II n'estoit pas toujours Iraittabie. Il estoit savant dans la médecine et dans la langue grectjue, et, A cause de son érudition, le président l'estimoit mais d'une estime qui n'estoit pas stérile. Toussaint de Villeneuve, chirurgien célèbre de la ville de Romans, avoit prétendu pouvoirobtenir du Roy la charge de maistre général juré en chirurgie, et avec elle le droit d'examiner tous ceux qui faïsoient profession de cet art dans la province. Les chirurgienssont les médecins dont Homère parle et qu'il dit mériter plus que plusieurs autres. Il s'estoit tnesmes promis la faveur du président, et la luy avoit demandée. Mais il s'estoit arrestéà la proposition, et n avoit rien fait davantage. Il fut un exemple à Fougerolles, qui se persuada que s'il engageoit le président dans son dessein,

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il réussiroit mieux que Villeneuve n'avoit fait dans le sien. il estoit bien visible qu'il se commettoit d'estranges abus dans la pratique de la médecine, par l'ignorance des uns et par la mauvaise foy des autres. Il n'y avoit pas déplus seur moyen d'y remédier, que de commettre quelqu'un qui eut rœil sur tous ceux qui exercent les trois principalies fonctions de cet art, c'esl-à-dire la médecine consultative, la pharmaceutique et chirurgique. Il n'y avoit pas de médecin plus savant que Fougerolles dans la théorie. D'ailleurs il avoit pratiqué longtemps, et il estoit fort bon homme. De manière qu'on luy persuada de demander au Roy ceste commission, mais il avoit besoin du secours du président. Maurice Bressius le demanda pour luy, il le pria aussy luymesme de le luy accorder, et le président s'engagea â faire agir pour cella les amisqu'il avoità laCour. Premièrement il l'adressa à Gdlle(i) le Bellier,frére delà Buisse, qui estoit à Paris, et qui a\ant des lettres fut bien aise d'obliger un savant homme, en faisant plaisir au président. Après il le recommanda au chancelier et ceste affaire fut ménagée si sagement que Fougerolles obtint ce qu'il désiroit. Il eut plus de peine à surmonter les difficultez qui se présentèrent,

(i) Galles, ancienne famille noble de Voiron, dont l'origine remonte au Xlll" siècle et qui s'eal éleinte.vers 1670. Elle a donnf naissance à trois frères dont^nos poètes et nos historiens ont célébré l'esprit et la bravoure.

10 Laurent, sieur Du Mesiral, n4 en i363, servit sous Le<diguières aux siègesde M oniélimar, d'Étoile, de Mîrabel, de Chorges et d'Eurre. Il fut tué devant Crémicu, en 1 Sgo, à l'âge de vingt'sept ans.

1' Louis, dit La Buisse, né ù Voiron en i565, assista aui combats dePonlcharra (i5gi) et de Grésillane (i.-ga), à la prise de Cavours (1 591) et du fort Barrauz (iSgSj. Créquy le choisit pour second dans son femeuï duel contre don Philippin, bâtard de Savoie. Il mourut le i5 juillet iâi6.

3» François, seigneur Du Bellier, né le 10 novembre 1567, suivit comme ses (tires le parti des armes , c'était un des personnages les plus polis de son temps. Rochas, Biog. du Dauph., t. i, p. 410.

— 23q — lorsqu'il s'agit de l'exécution. Le médeciaViileneuve nourrissoit dans son cœur une secrète jalousie contre Fougerolles. Il voyoit avec déplaisir sa bonne fortune. Le conseiller Baro estoit de ses amis, ils l'estoient tous deux de la chimie, ils opposèrent l'Agneau^ médecin de Sîsteron. qui s'estoit estably dans Grenoble, & Fougerolles qui avoit pour luy le dernier mespris II estoit de ces spagyriques qui D'ayans nul commerce avec Hyppocrate, ny avecGalIien, n'ont aussy rien de commun avec les médecins méthodique. Baro voulut persuader à Fougerolles de se l'associer. Il rejetta ceste proposition, comme une injure, ne croyant pas qu'il y eut de la justice à vouloir qu'il consentît qu'un autre qu'il n'aymoit point, et qu'il estimoit encore moins, partageât avec luy les fruits de ses soins et de ses labeurs.

Néantmoins îl iàliut qu'à la tin il y consentît après que le président luy eut tesmoigné qu'il le vouloit. Aussy ne désavot)oit-il pas qu'il ne deût ceste commission « à la fas veur du président, de Sillery, et du Bellier, auxquels îl € l'avoit recommandé. > C'est ce qu'il représentoit au président par ses lettres pour le dissuader de lu y oster en partie cet avantage qu'il luy avoit procuré. Ainsy le président descendoit des grandes affaires aux moindres, quand il falloit faire du bien à ceux qu'il aymoit. Ce n'est pas une merveille qu'un grand esprit paroisse tel dans les grandes choses, maisc'enesl utie qu'il ne le soit pas moins dans les petites.

Le président estoit toujours égal et quoy qu'il fit, on l'y voyoit tout. Il le montra souvent ceste mesme année dans des occasions diiBciles. Il y en eut qui regardoient de nouveaux édits qui auroient fait souspirerles peuples. L'un d'eux assujettissoit la vente du bestail à pied fourchu à une imposition inconnue et mesme inouye dans le Dauphiné et on remit encore sur le tapis celluy des regrattiers. Le Roy en ordonnoit la vérification et la recommandoit au président par ses lettres en termes forts et néantmoins très obligeans. Pour le premier, le président estoit persuadé que

le Roy avoit esté surpris ; et il en avoit la preuve en ceque le secours que l'Estat en aurait tiré estoit foible, et presque de nulle considération, et qu'il en seroit venu aux traîttans de grandes sommes, et à la province, une extrême désolation. Les meilleures testes du Parlement estoicnt de son avis, mais les trainans y avoient aussy des voix pour eux. Quelque bonne que soit une cause, tous les bons ne sont pas toujours pour elle. Il y en avoit qui opinoientpour la vérification. Ce fut alors que le président portant ses mains à son bonnet, le mit sur le tapis et protesta qu'il ne le reprendroit jamais, si un édit si nuisible estoit approuvé. Son feu ralluma dans les esprits l'amour de la patrie. Il luy gaigna par ce noble emportement ceux qu'il n'avoit pu surmonter par la raison. Le procureur desEstatsfi) s'estant opposé à cest établissement, il fut délibéré qu'il seroit fait au Roy de très humbles remontrances, et on ne passa pas outre. La connoissancc de la vérité conserva l'ïntérest de la province. 11 ncs'estoît parlé de l'édit des regrattiers, depuis pris de trois ans, et on se servit de nouvelles raisons pour fleschir le président. Villeroy etla veuve du chancelier de Bellièvre luy apprirent combien ils y estoient intéressez, le fonds qui en devoit venir estant destiné au payement des debtesdu roy Henry III, pour la seureté desquelles Bellièvre et Villeroy s'estoient obligez aux créanciers, en leur propre nom. Il y eut aussy de nouvelles jussions auxquelles le Parlement n'osa pas ne point obéir. Enfin cet édit fut vérifié. Mais le président porta le procureur et les commis du pays à s'accommoder. Ils le firent, et de ceste manière,

(0 Un des principaux membres des États était le Procureur du pays, chargé d'eiposer les vccux et le» besoins de la province et de faire adopter les améliorations jugées néceuairei. Les communautés, au commencement du XVll* siicle, obtinrent le droit de choisir un syndic spécial qui prit le litre de syndic des villages ou des communautés villageoises. — Pllot de Thorey, Stat. génér. du départ, de l'Isère, t. III, p. 569.

— 24r — quoy que l'exécution de cet édit eût esté ordonnée, il ne s'en tît point d'establissement .

Le vicelégat qui avoil contracté amitié avecle président fiit surpris , ceste année , de la hardiesse de Gabriel Castagne, et il le tesmoigna au président. Castagne, esunt venu à Avignon, luy avoit dit que le Parlement qui avoit condamné à mort François de Nobilibus, l'avoit mis en liberté, et qu'il alloit trouver le Roy pour l'avertir de bien des choses qui regardoient sa personne et son honneur. Il n'en estoît rien : mais il n'y eut pas alors d'affaire particulière dans le royaume dont il fut tant parlé que du procez de Nobilibus (i). Castagne et celluy-cy estoient de l'ordre des Convantuels de Saint François, le premier natif de Rome, et Castagne d'Avignon. Et ce procez, qui fut jugé à la fin de ceste année, avoit commencé au mois de mars de l'année mille six cent quatre. On s'estoit apperceu que des religieux italiens s'estoient chargez du service de quelques cures, et mesme Bernardin Rey de celle de Bresin, paroisse -voisine de la Coste Saint André. Ils ne vivoient pas seulement avec beaucoup de liberté mais aussy dans un grand libertinage, jusque$-)à qu'ils estoient accusez de s'appliquer à la magie, et de faire par elle bien des choses criminelles, Aussy Richer escrivit, dans le huitiesme tome de son Mercure françois, qu'ils trompoient les amants qui recouroîent à leur secours pour avoir la jouissance de ce qu'ils aymoient par le ministère des démons incubes ou succubes : c'est une fausse imagination.

ti) V. iproposde ce i'rocèjeitrfmement curieux (dJ>Hr« adressée par le partemenl de Grenoble au chanceliei de Bellièvre. à la date du zo août i6o5 : Bibl. nat. Ms Fr. i^.ligS. —M. J. Roman, un archëologue fort diaiiagué, a écrïi à ec sLqet un article inléressant quand il a publié ce remarquable documeni, ei nous l'avons inséré parmi noa appendices. — Rame du Daupk. , n' ii. Août 1877. Vienne. — Appendice Xll.

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Quoy qu'il en soit, leur peu de probité méritoit du cbastiment. Castagne, qui donnoildans la chimâredes curtositez queJa religion deffend, avoit fait venir Nobilibus en Dauphiné comme un homme qui y excelloit. Il n'y avoit guères plus de trois mois qu'il estoît arrivé, quand il fut arresté dansGrenoble où iln'estoit que depuis huit jours (i). Les commissaires du Parlement qui estoient Gaspard Béatrix Robert, seigneur de Boquéron, et Pierre de Cornu, l'ayant fait visiter, on trouva sur luy bien des choses qui d'abord le firent passer pour un grand magicien. Ce furent premièrement des bagues d'or, d'argent, de fer et de plomb, dans des enveloppes qui apprenoient que les unes estoient poir l'amour, les autres pour le jeu, d'autres pour se rendre invisible, et enfin elles estoient toutes destinées à quelque usage extraordinaire. On luy trouva encore des plaques des mesmes métaux, avec des caractères et des figures, et enfin des feuilles entières du livre de Corneille Agrippa, delà pbilosophieocculte,écritesâlamain. 11 n'en fallut pas davantage au jugement des commissaires : ce furent des convictions de magie.

Nobilibus fut mis dans les cachots, les fers aux mains et aux pieds, et ayant eu ou l'art ou la force de les rompre, cella acheva, dans l'esprit de plusieurs, ce qui auroit pu manquer à la preuve. Le bruît en fut d'abord porté par tout le roy.-,ume et vint mesmes aux oreilles du Roy. De sorte que le Chancelier écrivit au pré^dent de ne rien négliger, afin qu'un crime de ceste qualité ne demeurât pas impuny. Et quelques mois après, Boquéron estant à la Cour, le Roy voulut en apprendre de sa bouche les circonstances et le destail. Boquéron estoît persuadé contre Nobi-

(i) Consulter la Procédure : Bibliothèque de Grenoble, Manutcrit n* 952 ; le litre en est ainsi conçu ; Copie de la procédure de Nobilibus Cordelier, condamné comme sorcier pir te parlement de Grenoble en 1604, dont l'oTiginal esl à la fin du présent registre.

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- a43 libus. Castagne (i) que Ton avoit reconnu estre de concert avec luy avoit aussy esté emprisonné. Ayant épuisé toutes les subtilitez pour éviter d'estre compris dans les procédures, il s'estoit avisé de demander d'estre envoyé au Roy sous prétexte qu'il avoit à luy révéler dessecrets qui regardoient son honneur et sa personne. Ce fut alors qu'il rentra dans luy-mesme ; il s'ouvrit à Lesdiguières et â Du Vache, doyen des conseillers de la cour, et Lesdiguières jugea que le Roy mesme, s'il l' avoit ouy, n'y feroît aucune considération.

Lorsqu'on avoit voulu procéder à la perquisition que la Cour avoit ordonnée aux commissaires de faire dans son couvent, il avoit résisté autant qu'il luy avoit esté possible, et l'on y avoit trouvé tout l'attirail de la chimie pour l'altération des métaux. On surprit mesme dans sa chambre une preuve vivante de sa débauche : ce qui ne servit pas à leur concilier la bienveillance des juges, ny la pitié des peuples. Les philosophes ont raison de dire que la corruption de ce qui est très bon est très meschante. D'un religieux débauché, il ne se fait jamais de médiocrement vitieux. Le général de cet ordre n'osa pas d'abord venir à Grenoble, quoy qu'il eût passé les monts dans ce dessein. Il voulut laisser dissiper les premiers feux de l'indignation publique. Après il donna un successeur â Castagne, plus homme de tnen.

Néantmoins ni Castagne, ny Nobilibus, ne furent convaincus d'aucun autre crime, et dans le Parlement les plus savans, et en ce nombre estoient le premier président, et Expilly, tomboient bien d'accord que Nobilibus estoit un fourbe et un imposteur, mais ils doutoient qu'il fût magicien. On n'avoit vu aucun effet ny de ces bagues, ny de ces plaques magiques. Il y avoit bien des témoins qui

(1) V. Pilot de Thorey, Imient. som , 1. 1, B , 2049. Bibl. de Gren , Manuscrit n* 9^2. — Appendice XII.

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déposoient les uns que Nobilibus leur avoit voulu faire parler au démon, et qu'il avoit commancé des cernes pour les y enfermer; les autres qu'il s'estoit vanté de pouvoir faire sortir et naîstre pour ainsy dire un cheval du milieu d'une muraille, e: d'avoir fait une bride et une selle qu'il luy nnettroit, qu'il le vendroit effectivement comme un cheval véritable et qu'après, l'achepteur ne s'en trouveroit que la bride et la selle. Mais ceux-là avoUoient qu'ils n'avoient pas eu assez de courage pour en venir A l'effet, et les autres n'avoient veu non plus ce cheval magique; il n'en avoit point paru.

Et à l'esgard de ce qu'il avoit tiré d'Agrippa (i), on n'ignore prs qui sont ceux qui l'ont diffamé. Naudé l'a desjà justifié de cesie fausse accusation de magie. Il mourut à Grenoble dans une maison du président de Vachon, qui estoit son Mecenas et le protecteur des gens de lettres. Il fut enterré solennellement dans l'ancienne église des frères prescheurs, et mesme il fut honoré d'un éloge funèbre gravé dans une plaque de fonte, qui, après ki ruine de ceste église, a esté longtemps conservée dans le couvent. Et il a*y a pas cinquante ans que les curieux l'y voyoient encore. Son fils nommé comme luy, Corneille

(i) i Jean Wier, nou> dit de Thou, naquit dans la Zdande d'une famille noble, el, dès son enlance, apprit avec soin ta philosophie sous H CD r i Corneille Agrippa, ce docte et taneux magicien qui mourut i Grenoble, il y a environ cinquante ans. ■ De Thou , Hist. tui temp. Année 1 58S, Son commentateur nous donne sur cet étrange personnage de curieux renseignements : a Henri Corneille Agrippa nacjuit à Cologne le 14 septembre i486. Il fut secrétaire de MaiimiUen I, syn- , die et avocat à Metz, médecin de la duchesse d'Angoulème , et historiographe de Charles -Q.ui Ht. 11 fut l'homme de son temps le mieux versé en toutes sortes de sciences, il savait parler huit langues, et il entretint un commerce particulier avec Erasme, le Fcvred'Etaples, Trithemius et Mélanchion. ■ — A. Teissier, Let Éloget dei hommes Miww, 1. 111, pp. 437-4^8.

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Agrippa ayant esté inquiété par la petite^ville de Saint Antoine de Viennois touchant la noblesse de sa personne et la franchise de ses fonds, de laquelle son père avoît paisiblement joliy durant sa vie, il y eut un proce?, pour cela entre eux Les defTenses d'Agrippa y furent prliicipallement fondées sur le mérite de son père, sur la qualité de comte, dont l'empereur l'avoit honoré, sur son érudition et sur l'estime qu'il s'estoit acquise parmi les savans. J'ay encore lesescrilures qui contiennent ses exceptions. Et pour son ouvrage qui n'est composé que de trois livres, il le dédia à l'arcbevesque de Cologne Ce n'est qu'une physique des esprits, dans les principes des philosophes platoniciens qui croient que tout l'univers est habité, que le nombre des estres est inâny, que leur nature est difTércnte, qu'ils naissent et qu'ils meurent et que tous ces estres que nous appelions esprits ne sont pas de la qualité de ceux que nous appelions démons, et que nous, croyons ennemis de Dieu. Quoy qu'il en soit, Nobilibus fut condamné à la mort(i) qu'il souffrit sans rien dire, ny faire qui fût indigne d'un bon chrestien. La curiosité a fait naistre toutes les sciences, mais lorsqu'elle ne demeure pas dans les bornes que la religion et la politique luy prescrivent, elle les infecte et les déshonore. Elle est aux bons esprits un cardiaque et un poison aux autres.

(i) V. PilotdeThorey, /nvenf.s

i6oQ. du Cros est pourvu d'une charge de pr^tjdeni de la Chambre de l'Édit. — Aubery, gendre de Bellièvre, est nomme l'un deacommisMires pour la liquidation des dettes des communautés - Refuge écrit au préaident. — Amitié dt; Boissieu cl de Prunier, — Il lui envoie la harangue de Maurice Bresaieu. — 1 5 mars :6o9, les États de la provircc sont ouverts à Grenoble. — Jean de la Croix de ChevTtÈres les prcside. — Le premier président y prononce un discours. — Nouvel édit contre les duels. — Les ombres de Viltemor et de Fontaines par Chevalier. — Détails sur la fureur des duels. — La foudre tombe sur le chSteau de Sassenage : Marthe de Sassenage, filleule de Prunier, échappe i la mort comme par miracle. — Le provincial des jésuites, Louis Michaelis, envole à Vienne des professeurs de philosophie.— Lesdiguièrcs est créé maréchal de France. — Du Faure se démet de sa charge de procureur général en faveur de Mclchior de Fillon. ~ Dïsimieu, gouverneur de ta ville de Vienne. — Fuite du prince de Condé. — Bruno d'Af&ingues . général de l'ordre des Chartreux. — Les seigneurs de Vîrieu et Sylve Bénite.

Au commancement de l'année mille sis cent neuf, le président eut le plaisir de voir dans la province Aubery et du Gros. Le premier, qui estoit gendre du chancelier de Bellièvre, y avoit esté nommé l'un des commissaires pour la liqtjidation des debtes des communautez, et lautre avoit esté pourvu d'une charge de président dans la Chambre

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— 247 " des Comptes (i), créée pour luy. Ils y eurent des preuves de la bienveillance que Saint-André avoit pour eux. Il estoit tout à tous les intérêts des gens de mérite.

Refuge, son amy et son allié, comme lestoîtAubery, luy avoit escrit de Soleurre, et recommandé soigneusement les intérêts du capitaine Creder, et ceux des capitaines Jacob, Stoker et Hierosme Soler. Durant les dernières guerres civiles, ilsavoient servy dans le parly du Roy en Dauphiné, et on leur avoit donné des assignations sur des communautez qui prétendoient se servir contre eux des surséances obtenues pour elles à la poursuitte de Brosses {2). Mais ils ne s'y croyoient pas sujets Refuge, ambassadeur dans la Suisse, ne refusa pas de s'employer pour eux auprèsde Lesdiguiëres et du président. Caumartin, qui avoit eu ceste ambassade avant Refuge, les avoit desjâ favorisez de sa protection mais sans effet. Celle de Refuge fut plus utile.

(1) Plutôt de l'Édit. — Ducros (Charles), avocat au parlement de Grenoble, prit une part active et dévouée aux affaires des protestants pendant la premiite moitié du XVII» sîJcle. Henri IV l'ancblit par lettres du 14 avril 160g : il remplaça le président Marquei. En 161 1, il fut envoyé par Lesdiguières auprès de l'assemblée de Sommicres. En 1 612 il alla à Montpellier pour débattre avec le duc de Rohan des condiiLons de paix; là, des fanatiques, excités par un pasteur exailé, nommé Suffrein, l'assassinèrent (21 fév. 1612). — Rochas, Biog.du Dauph., t. I, pp. 336-337. - Brun-Durand, Chambre de VÉdit de Grenoble, v Ducros, Nous sommes heureux de signaler au lecteur le remarquable article qui lui est consacré.

{z) Brosse défendit dans les États généreux de 1614 les intérêts du tiers-état. Rien ne manqua à cette existence extraordinaire. Il fut pour ■ suivi au criminel comme perturbateur du repos public, mais un arrêt du Conseil du roi cassa celui du parlement de Grenoble et ordonna sa mise en liberté (6 mars i63 [). Enfin , après des sollicitations et des peines infinies, il obtint, te 3i mai 1634, un arrêt qui déclarait la taille réelle, arrêt confirmé par un règlement du 24 octobre 1639. — Rochas, Biog. du Dauph., t. I, p. 184. — Ch. Laurens, Le Procès des Tailles (iSZ-}-i6ig), pp. 66-fi7,

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Saint-André ne douta pas que ce qui leur estoit dû n'eut le caractère d'un privilège qui les exemtoit de ceste commune loy. Les Estais de la province, s'estant assemblez, l'un d'eux s'; présenta, le président l'avoit jugé nécessaire, et il estoit l'un des commissaires du Roy comme il l'avoit toujours esté. On leur y donna satisfaction. L'Advoyer et le Conseil de la ville et du canton de Soleurre avoient remercié le président par avance de l'heureux succez qu'ils attendoient de sa protection.

Boissieu ne se promettoit pas moins d'elle dans un pareil genre d'affaire. Il estoit créancier de la Buissiëre, terre qui appartenoit au président, et ceste communauté iuy opposoit la mesme surséance. Ce fut une occasion à Boissieu de faire, avecle président, une amitié qui dura depuis autant que Iuy. Ils estoient tous deux très savans, et il n'y avoit pas dans la noblesse d'espée, d'homme qui eût pénétré aussy avant que Boissieu dans les lettres hébraïques, grecques et latines. Il escrivit une lettre au président en ceste dernière langue où il voulut bien Iuy rendre compte de ses manières et de ses occupations, et mesme Iuy faire la description du caractère de son esprit. Plus un homme a de mérite, plus il a de syncérité et moins il se cache. 11 Iuy manda en mesme temps la harangue que MaiJrice Bressteu( I ) avoit prononcée solennellement le mois de décembre

(1) Maurice Bressieu, lîls de Pierre et de Clauda Paviolle, diqnita k Jean Stadius, savant maihématicien flamand . en i byb, la chaire de mathématiques fondée par Ramus au Collège de France et l'empona, Kn I S68, il obtint l'emploi d'orateur des rois de France à Rome vacant par la mort de Marc-Antoine Muret. Ce dernier, célèbre humaniste, né près de Limoges en i5i6, élaii à dlï-huit ans très versiîdansl'éiude des classiques anciens. Il professa ù Auch , à PoitierB et i Bordeaux où il compta Montaigne parmi ses élèves. — A. Lacroix, Vie de Maurice Bressieu, par Salomon de Merej. Valeirce, :8So. — Cet opuscule intéressant est tiré des archives de M. Amédée de Bouflier , un modeste érudil qui a la courtoisie de mettre ses trésors à la disposi-

- ï49 — de Tannée dernière, pour le duc de Nemours, ambassadeur extraordinaire au pape, pour [uy rendre l'obédiance (i) filiale au nom du Roy. C'est un devoir de piété et non d'obligation. Il ne fit pas mesme difficulté, comme il estoit incapable de dissimulation, de luy en dire son sentiment. Elle avoît esté publiée dans toute l'Italie et surtout dans lEstat ecclésiastique, et depuis elle a esté imprimée plusieurs fois, et mcsme avec les oraisons de Marc Antoine de Muret. Boissieu n'en approuvoit pas la latinité, la trouvant rude et peu coulante, Cella ne regardoit que la forme e<té< rieure, il en blasmoit bien plus la substance. Il ne goûtoit pas qu'il s'y fut estendu, comme il avoit fait, surles louanges du pape, et qu'il n'eut fait que toucher légèrement celles du Roy. D'ailleurs, il remarquoitqu'ilsembloit avoir affecté de manque de respects pour la Majesté royalle en l'abbaissant d'une façon trop humiliée aux pieds du pape qu'il avoit trop élevé Et c'est par ceste raison que lés ambassadeurs du Roy, et princîpallement le marquis de Brèves 2), lavoient blasmé de s'estre mal acquitté de son

tion de iet ami«. M A. Lacroix, archiviste, l'in&tigible savant à qui le département de la Drdme est redevable de sa propre histoire , livre remarquable et substantiel, a .enrichi de notes cette biographie de Maurice Bressieu-

Chorier a commis une erreur en citant • le duc de Nemours, • Bressieu, qui avait pour amis le poète Ronsard ei le président de Thou, demeura plus de vingt ans en Italie. La harangue à laquelle il est fait allusion fut prononci^e, le 17 mars 1608, lors de l'ob&iience piétie au pape Paul V par le due de Kevers. Né à Saini-Jean-de-Chtpié (Isttc), Maurice Bressieu y vint mourir le 1 5 juin [ G 1 7. — Rochas, Biog. du DaupA, 1 1. 1, pp. 176-177. — Chorier, Vita Boessatii,pp. 196-177.— G. Allard, La Bibl. de Daupk., p. 47. — Biog. univ , t. iv, pp, 327- 3i8, — Piloi de Thorey, Hist. de Grenoble, p. î3o,

(1) V. Chéruel, Dict. kilt., etc., t. 11, p. 880.

(1) Brèves (François Savary de), né en 1 S60, Ait nommé à diverses ambassades sous les règnes de Henri IV et de Louis }(lll. et résida vingi-deui ans à Consiantinople. Il mourut en 162^.

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- 25o devoir. Mais sa complaisance pour le Saint Siège luy avoir mérité une pension considérable de laquelle il a esté tîdelle< ment payé, non seulement durant sa vie mais encore quelques années après sa mort, en la personne de ses héritiers sur ses quittances antidattées

En ce mesme temps, les Estats généraux de la province qui avoient estéconvoquez à Grenoble au quinziesme du mois de mars furent ouverts. Le savant évesque, Jean de la Croix de Chevrières, y présida. Lesdiguières, le pn'sidenl, deux évesques, deux conseillers d'Estat, le premier et le troisiesme président de la Chambre des Comptes, cinq conseillers du Parlement, le baron de Sassenage, et plusieurs autres de la première qualité assistèrent à l'ouverture, qui en fut faitte par deux excellens discours, l'un prononcé par l'évesque, et l'autre par le premier président. 11 y avoit longtemps que l'on n'avoit pas veu des Estats aussy célèbres Ils finirent le neuviesme du mois d'avril.

Trois mois après fut publié un nouvel édit contre les duels. La mort de Fontaines, neveu du président, sembla y avoir contribué parle moyen d'un discours adressé et présenté au Ro; parChevalierdontellefutle sujet. Il eut pour titre, comme nous l'avons dcsjà remarque «les ombres de Villemor et de Fontaines, ■ et il rcnouvella dans l'espritdu Roy la douleur qu'il avoit eue de la mort de ces deux vaillans hommes, car, comme parte cet autheur, ils estoient tous f pleins de mérite, d'honneur et de courage. * La li> cence desduels estans devenue une rage, ces sortes d'assassinats passoient pour actions vertueuses Ce qui entretenoit ceste manie, c' estoient les grâces qu'on ne refusoit jamais dans la chancellerie. 11 s'y en esloit expédié plus de six mille depuis dix ans, et dans la seule marche de Limosins plus de six Vingt genrilshommes avoicnt esté tuez en duel. Ceste fureur estoit mesme passée de nostre sexe à l'autre; deux demoiselles de Poitou avoient vuidé une querelle qu'elles avoient, par les armes, l'espéeà la main. Il fallutà un mal si violent, un remède qui ne le fut pas moins. Cet

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édit estoit Tulminant et le Roy s'expliqua i Saint-André par une lettre particulière de sa volonté touchant l'exécution.

Quelques jours avant qu'il fut publié, on vit dans le chasteau de Sassenagedes effets merveilleux de la foudre qui y tomba. Marthe de Sassenage, lîikule du président, en fut effleurée plus tost que frappée. II estoit environ quatre heures après midy, quand un éclat de tonnerre fut ouy, et en mesme temps on vit de loin tout le chasteau comme en feu Ceste demoiselle estant sur une des marches de l'escalier, lavapeur delà foudre coulant du sommet de sa teste tuy descendit jusques aux pieds ; ny ses habits, ny sachemise n'en furent offansez. Son effet sur elle fut merveilleux et ridicule tout ensemble. 11 fut pareil à celluy que lepoëte philosophe, Salluste du Berlas (■)> ^ descrit dans les vers que j'ay rapportezdans l'Histoire généalogique delà maison de Sassenage oti j'avoue que de faux mémoires m'ont fait donner à Marguerite de Sassenage qui fut marîéeâ Horace du Rivail, seigneur de Blagneu, cet accident arrivé à Marthe, mariée à Pierre d'Albon, seigneur de Saint Forgeui (2). La peur la fit tomber pasmée, et l'on trouva bien loing d'elle un de ses souliers que la foudre avoit emporté! Elle alla après cella à une demoiselle dans une chambre voisine, et à un soldat qui gardoit des prisonniers qu'on

(i) Bartat (Guillaume de Saluste du\ né à Montfort en i S44, se distingua sous Henri IV par son talent dans les négociations et sa bravoure dans les combats. 11 chanta dans ses vers la bataille d'Ivry. — De Thou. Hist. lui temp. Année 1 Sço.— A. Teissier. Les Éloges, etc. t, n. p. 85.

(i)Cettï ancienne famille remonte à André d'Albon, seigneur de Curis au Monl-d'Or, près de Lyon, qui vivait de laSo à 1190. Bertrand d'Albon. seigneur de Saint -Forgeux, tint constamment le parti du roi contre la Ligue dans le Lyonnais. Une branche de cette maison a produit Jacques, seigneur de Sainl-André, marquis de Fronsac, plus connu sous le nom de maréchal de Sainl-André,

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avoit mis dans une Cour, s'estant promenée par un autre appartement. Néantmoins nul de ceux qu'elle avoit attaquez n'en mourut, ny mesmes n'en futmalade Ce fut un de ces jeux de la nature qui font trembler la sagesse la plus résolue contre la nature et contre la fortune. La philosophie apprend la cause de ces merveilles, mais elle n'apprend pas de mesme les moyens, ny ne donne la force de des mépriser.

Il y avoit deux classes pour elle dans le collège de Vienne, mais elles n'estoient pas encore remplies Le président, qui le considéroit comme son ouvrage, pria par ses lettres le général des Jésuites d'y envoyer des professeurs, du moins pour la logique qui est la clef de ce sanctuaire des sciences. Le général consentit à ce que dësiroit un homme si célËbre qui luy tesmoignoit tant d'estime pour son ordre et tant de zèle pour les lettres. Le provincial, Louis Michaelis, exécuta ses ordres, et les consuls en rendirent des actions de grâces au président, avolians par la lettre qu'ils luy escrivirentâ ce sujet: i qu'ils tenoientce bienfait de luy, comme < ils tenoient l'establissement de leur collège de son inter- « cession et de sa faveur auprez du Roy. » On pensoit ainsy dans Vienne à rendre les esprits plus raisonnables, mais la division qui estoit dans Valence les avoit effarouchez les uns contre les autres. L'élection des consuls yavoît allumé une dangereuse dissension

Lesdiguières, qui estoit à la Cour, pria le président de travailler à l'appaiser, et en mesme temps il l'avertit, et par iuy, le Parlement, du nouveau tesmoignage d'estime qu'il venoit de recevoir du Roy. 11 avoit esté fait mareschal de France,après la mort du mareschal Alphonse d'Ornano, et ceste charge estoit le degré qui l'approcboit de la plus haute des militaires, à laquelle sa vertu devoit l'élever (i).

Du Faure s'estoit défait de la sienne de procureur général

(1) V. Appendice XI.

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en faveur de Melchior de Fillon (t) qui la méritoît auiant que nul autre, par son profond sçavoir dans la jurisprudence et par sa longue ezpérîance en l'art du barreau : celluy-cy avoir beaucoup départ en l'amitié du premier président qui ne refusa pas de le luy lesmoigner en cesie occasion. Il le recommanda à Sillery comme un homme d'un mérite peu commun, et il luy procura ainsy par son tesmoignage l'estime de ce grand Ctiancelierqui luy fut favorable en toutes choses. Depuis le président eut sujet d'estre satisfait de sa reconnoissance quand il eut esté receu dans ceste charge auss/ illustre qu'importante. De Fillon et Boissat {2) estoient ceux qui dans Vienne tenoient entre les magistrats le premier rang autant par leur propre mérite que par celluy de leurs offices

Disimieu (3), comme nous l'avons desjà remarqué, avoit le gouvernement de cesIe ville. Le Roy n'avoit pas de serviteur plus fidelle, ny le Dauptiiné de gentilhomme qui

(1) ■ Melcbior Fillon, parent d'Estienne Fillon, jurisconsulte et *çavanl dans la langue grecque, fui juge de Vienne, puis procureur général au parlement de Grenoble ; c'estoii un homme de beaucoup de lettres, il a Uiasé de sçavanu mémoires de droit. ■ G Allard, La Bibl. dt Dmtph., pp. 103-104. — PHot de Thorey, In», som., t- u.

[1) Boissat (Pierre II de), naquit à Vienne en i556. Après avoir Audié le droit à Valence sous Cujas, il alla visiter les plus célèbres universités de l'Europe. A Vienne, il succéda à son père en la charge de vice-bailli. Lors des troubles de la Ligue, il contribua puissamment à la soumission de cene ville à l'autorité royale (1 Sg5). U fut alors anobli, et se livra avec ardeur aux éludes historiques. — Rochas, Biog. du Dauph. 1. 1, pp. i4çi-i5o.

(3) Disimieu (César de), d'une ancienne faniille noble de Dauphiné, joua un certain rôle dans les affaires de la province vers la lin du XV[" siècle. F.n tSgo, il fut nommé par le duc de Nemours, gouverneur de Vienne, pour le parti de la Ligue, mais Lesdiguières étant venu mettre le siège devant cette ville en iSgS, il s'empressa de lui en ouvrir les pones et de reconnaître l'autorité de Henri IV. De son mariage avec Catherine du Budos il eut Jérôme de Disimieu, ~ Rochas, Biog. duDauph , 1. 1, p. 3iit.

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-2S4eût plus de qualitez loUables pour la politique et pour les mœurs. Ilavoit l'honneur de l'alliance du prince de Condé qui estoit sorty du royaume sans en avoir eu la permission. Les princes du sang sont sous la tutelle perpétuelle du Roy; ils ne peuvent légitimement disposer d'eux, ny de leurs biens sans son ordre, et non-seulement sans son consentementexprez. Il y avoit apparence que dez lors tous ceux qui avoient des raisons pour estre plus étroittement attachez aux intérêts du prince seroient devenus suspects, et c'est cequeDisimieu appréhendoit. Le président estoit son amy depuis longtemps, et asseurément Disimieu estoit digne de son amitié, comme il t'estoit de son estime.

C'est pourquoy il le consulta sur ce qu'il avoit à faire dans ceste conjoncture, ayant à éviter de déplaire au Roy, et d'oSancer le prince : l'avis que luy donna le président fut < qu'il se rendità sa charge, i Ce fut comme il s'expliqua à luy pour avoir l'œil à ce qui pourroit survenir, et pour y pourvoir. Si est-ce qu'il jugeoit bien qu'il n'y avoit rien à craindre, le prince n'ayant pas esté porté à ceste faute par un esprit de révolte, mais par les conseils d'une jalousie qui n'estoit ny bien conceuë, ny bien fondée (i)- Disimieu ûl ce que le président luy avoit conseillé.

Bruno d'Affringues, général de l'ordre des Chartreux, suivit de mesme le conseil que le président luy avoit donné dans une occasion qui regardoit les devoirs d'une pieuse reconnoissance. Les anciens seigneurs de Virieu avoient esté des principaux bien&iteurs du couvent de la Sylve Bénite et les justes ressentimens des supérieurs de ceste maison les avoit portez à mettre au-dessus de leur grand

( i) Chorier a tort de tenir pour mal fondée la trop jutte lalousie de Henri II de Condé : s'il avait été le maii de Charlotte de Montmorency, il eût agi comme le prince, et l'eût soustraite aux coupables •Bûduités du roi. — M. le duc d'Aumale, Hittoire des princes it la maiton de Condé, t. u.

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portail les armes de ceste ancienne famille, qui soni d'azur à trois vires d'or l'une dans l'autre. Mais le prieur qui estoiien ce temps-cy ne conservant pas le respect que ses prédécesseurs avoient tous eu, pour la mémoire de leurs bienfaiteurs, les avoient effacées(i).Souventon tombe dans ce genre d'impiété par un principe de piété. Les plus dévots veulent que toutes les grâces soient entièrement rapportées à Dieu seul : ils ne peuvent souffrir que les hommes osent prétendre y avoir part. Ce zèle est bon et vertueux, les effets en sont mauvais et vitieux. Pupetières et Pointières, chefs de ceste Emilie, ne purent dissimuler leur indignation. Ils en portèrent leur plainte au président qui y avoit un double intérest, estant beau-pÈre de Montrevel, fils de Pupetières, et seigneur delà terre de Virieu. Aussy il ne négligea pas d'en avertir le général qui ayant joint à une grande probité une égalle érudition n'approuva pas ceste nouveauté qui panicipoit de l'ingratitude. Abolir ces monumens, c'est en gardant les bienfaits vouloir se défaire des bienfaiteurs.

([) V. G.Allard, Ùtct. de DMph.,v Sy\ve Bénite. 1684.

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i6io, Créquy convoque à Grenoble les Étais de ta province. — Savant discours deSaint-Andrë.— Il oblige le président Jeannin el Artus de Lionne. — Assassinat de Henri IV, - Profonde douleur de Prunier, — Tous les officiers prêtent sermenl de fidélité au nouveau roi.

— L'Edit de Nantes est encore confirmé et publié. — Le président Priinier envoie à Viiille son fils Virieu. — Faure Verdecy, premier huissier de la Chambre des Comptes, a recours à sa protection. ~ Jean-Baptisie Verdecy, avocat au Parlement. — Saint-André s'oppose i la vérification de l'Édit sur l'hérédité des offices de notaires.

— Le comte de Soissons lui dépêche Marcieu. — Le cardinal BeUarmin. — Les capucins bâtissent un couvent dans Grenoble. Leur provincial : Natal de Pupeliïres. — Saint-André écrit à la leine. au comie de Soissons, i Sillcry, à Beaulïeu-Ruzé, afin de les engager à favoriser l'établissement des religieux par leurs gratifications. — Il pose la première pierre.

Créquy, lieutenant de Roy, ayant convoqué les Estats de la province, ils s'assemblèrent à Grenoble. L'ouverture en fut faitte le dernier jour du mois de décembre, et la dosture le vingt sixiesme du mois de janvier. Ce fut l'année mille six cent dix. Le président y fit un savant discours à son ordinaire. Il naissoit entre les ordres de nouvelles dissensions : les semances n'en manquent jamais, et elles produisent tousjours leur fruit sans estre cultivées, si les sages ne s'y opposent. Créquy, et le premier président, voyoient les maux qu'elles causeroient dans les misères qu'elles avoient desjà produites. C'est pourquoy ils exhor-

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tarent gravement et éloquBmment les assemblez de penser au moyen de se conserver en ne s'arrestant pas avec opiniastreté â toutes les pensées que l'amour propre leur suggéroît. On ne conserve jamais mieux son droit dans ces occasions qae lorsqu'on en relasche. Le président savoit que les divisions ruinent ceux mesmes qui en reçoivent tous les fruits.

11 eut presque en mesme temps occasion d'obliger la Tourrctte, son gendre, et le président Janin (i). Il obtînt pour celluy-là du duc de Bouillon une faveur qu'il luy demanda et servit utilement Chamilly que Janin luy avoit recommandé dans une affaire qui l'avoit amené à Greno* ble. Il n'eut pas moins d'empressement pour Hugues de Lionne(2)pourvud'unoflice de conseiller clerc au Parlement de Grenoble. Il estoit fils de Sébastien de Lionnequî estoit

(0 Pitire Jeuuiin, un des hommM dont l'honore la France, naquit en 1 540 à Autun, où son pËre eier;ait la profecaion de tanneur et te iDUidat d'échevin. Il poas61ait d^à asaez d'influence en 1 ^71, lorsque arriva l'ordre du nuusacie des protestants, pour décider le lieutenant général de la province à un sursis, grtceauquelleconlre^rdre, envoyé de Paris, parvint k temps. U entra néanmoins dans le parti des Ligueurs et s'attacha au duc de Mayenne dont il tempéra souvent U fougue. Après l'avinementde Henri IV, il se rallia franchement à ce prince qui lui fit don de la charge de premier président au parlement de Bourgogne. Entré au Conseil , il y fut sur le m£me pied que Villeroy et Sully. Set principales négociations furent pour la paix de Savoie en 1601, conjointement avec M. de Silleiy; puis de 1601 il 1609 la reconnaissance des États de Hollande par l'Espagne. Marie de Médicie le nomma surintendant des finances ; il conserva cette charge jusqu'à sa mon(3i octobre t6ii).— B. de Xivrey.Lenrefinùiivej, t. v, p. 459.

(i)Uonne (Hugues de), fila d'Artus, né i Grenoble en 1611, fut l'un des plus grands diplomates français. Par la date de sa naissance, an voit auisitât que Chorier a commis ici une erreur dans les prénoms, il a voulu parler du père de l'illustre homme d'Étal. En effet Artus de Lionne, né le ("septembre 1 583 de Sébastien de Lionne et de Bonne Des Portes, fut conseiller. Ayant perdu sa femme, Isabeau Servienen 161 1, il entra dans les ordres, et fut nommé évéque de Gap en 1637. — Rochas, Biog. du Dauph., t. », pp. 84-85.

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redevable au président comme l'effet l'est â la cause. Le Parlement avoit fait difficulté de le recevoir par la considération de lanaturedecetoffice,n'yen ayantpaseu encore de pareil. Mais enfin la forte volonté du Roy qu'il tesmoigna par une troisième jussion et l'opinion du président, à qui le Roy en avoit escrit, l'emporta. Ce fut la dernière action dece grand monarquequi regardât le Daupbiné. Un exécrable parricide le ravit à son Estât et à la gloire de nostre nation. Disimieu donna au président le premier avis de ce malheureux accident par Pesieu, son lieutenant au gouvernement de Vienne, qu'il luy envoya. Le président lotia son zèle et sa fidélité dont il l'avoit asseuré pour le service du Roy. Il ne différa pas de donner au nouveau Roy et à la Reynedesasseurances de la sienne, n'ayant pas attendu leurs lettres qu'il ne receut que quelques jours après que les siennes furent parties. On ne sauroit concevoir combien sa douleur fut violente, car estant estimé comme il l'estoit d'un aussy bon maistre 1,1), il ne se peut qu'il ne regrettât infiniment sa perte. Le chancelier de Sitlery, Phelippeaux, conseiller d'Estat, et secrétaire des commandemens, Créquy et les plus grands de la Cour en furent persuadez par ses lettres. Il n'avoit pas d'autre moyen de s'en consoler qu'en l'exhalant par ses plaintes.

La régence ayant esté déférée â la Reyne, son premier soin fut de fortifier l'obéissance des sujets du secours des précautions nécessaires. L'une fut le serment de fidélité, et l'autre la publication de l'édit de Nantes. Le président eut ordre pour l'un et l'autre. Le Parlement, les chambres assemblées, et Lesdiguiéres, marescbal de France et lieutenant général, et les gens des Comptes y eslans, commença par la prestation du serment de fidélité qu'il ordonna. Le mareschal, et tous les officiers de ces corps, après luy, y satisfirent, et promirent obéissance à la Reyne régente.

(1) V. ApptttdiiXsXm et XIV.

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Par l'arrest qui en fut fait, la forme de ce mesme serment pour les prélats, pour les autres ecclésiastiques, pour les communautez, pour les corps, et pour les particuliers fut prescrite, et toute la province y obéit Quand on sait bien commander, l'obéissance n'est pas difficile à qui le commandement est fait.

Les huguenots cbercboient dans les malheurs publics leur bien particulier, et ils l'y avoient tousjours trouvé. Us ne manquoient pas de supposer bien des choses qui n'estoîent point pour s'en faire accorder d'injustes qu'en d'autres temps, ils n'auroient pas osé demander, lisse récrioient hardiment sur diverses contraventions â l'ëdit dont ils accusoieni les catholiques Pour leur oster ce prétexte de querelle, il fut confirmé, et publié de nouveau. On ne pouvoît pas mieux lesrasseurer contre les imaginations de leur mauvaise foy. Les commis du pays ayant conféré avec Lesdiguières, il fut délibéré de députer au Roy pour luy rendre les devoirs de la province, et pour obtenir la confirmation de ses privilèges. Le Parlement n'y consentoit point. Néantmoins l'authorité du lieutenant de Roy qui approuvoit la députation, fit qu'il n'y résista pas. Mais il voulut qu'elle ne fiit que de trois députez et qu'ils ne pussent demander des vacations que de quinze jours pour aller, d'autant pour le séjour et encore d'autant pour le retour. Le président en avertit Lesdiguières qui n'approuva pas ceste réduction, et on eut pour luy de la complaisance. Il estoit alors à Visile et le président luy avoit envoyé Virieu, son fils, pour l'informer plus particulièrement de ce qui s'estoit fait à cest égard. Ceste manière estoit un honneur qu'il rendoit à Lesdiguières, et il s'estoit servy aussy de certains termes dans sa lettre qui marquoient trop de respect pour un amy envers son amy. Lesdiguières le pria par sa response d'en user avec luy dans ces occasions, comme il faisoit auparavant. ■ Au reste, Monsieur, je vous • supplie bien humblement, luy dit-il, me faire la &veur t de m'escrire comme vous avez accoustumé sans user de

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— 36o — t plus grande cérémonie avec moy, qui vous veux honorer c et servir sans y en apporter aucune, mais vivre francbe- ■ avec vous, tout ainsy que doivent pratiquer les amys. > Ce n'estoit pas son génie de s'humilier, mais ce qu'il rendoit de respect à Lesdiguières il savoit qu'il le rendoit au Roy mesmes. Et par ces honnestetez, il s'estoit formé dans l'esprit de Lesdiguières et des ministres une authorité qu'ils reconnoissoient avec plaisir. Personne n'en avoit plus sur celluy du Chancelier, tellement que ses recommadations ne l'ennuyoient jamais.

Faure Verdecy, premier huissier de la Chambre des Comptes y eut recours. Il estoit issu d'une race noble, mais il y avoit eu de la dérogeance dans sa branche. Il prétendoit estre restably dans la noblesse de son origine, n'ayant pas dérogé. Les lettres de sa réhabilitation ayant esté présentées au Chancelier,on luy avoit objectéque ceste charge d'huissier estoit une dérogeance, et le sceau luy avoit esté refusé. Le président qui le protégeoit le recommanda au Chancelier de la &çon la plus obligeante du monde, le lotlant comme un homme de beaucoup de mérite, et qui s'estoit tousjours si bien gouverné dans sa charge et mesme dans celle de clavaire et de garde des archives de la Cham* bre des Comptes, qu'il estoit digne de cet honneur, quand mesme il ne luy seroit pas un biCEifait de son origine. Jean Baptiste Verdecy, l'un des plus savans et des plus éloquens avocat du Parlement de Grenoble est son neveu, et il peut seul estre à soy-mesme et à sa postérité un légitime tiltre de noblesse. Les ràglemens du Conseil âiits en ce temps-U sur les diffërens des trois ordres de la province furent un juste motif à Verdecy de suspendre le cours de ses poursuittes. Mais ces règlemens n'estoient pas un obstacle â un nouvel establissement que le comte de Soissons espéra de surmonter. Les offices de notaire avoient esté rendus héréditaires par un édita l'exécutionduquel il s'estoit opposé. En effet c'estoit autant deretranché des droits de sa charge, celluy de pourvoir â ces bas offices estant un des plus

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utiles. Mais les traittans l'ayant gagné, il s'estoit départy de son opposition et il pria le président par Sanguin, l'un de ses domestiques qu'il luy envoya exprez, de procurer que cet édit fût promptement vérifié. Mais le président n'avoit pas changé d'esprit pour ces nouveai^tez; il ne changea pas aussy de méthode. Le procureur des Estais du pays s'y opposa et tint ferme. II fallut que Sanguin s'accommodât et cet establissement n*a esté fait que longtemps après, n'y ayant plus au tïmon des affaires d'affie assez forte pour résister à de lasches inspirations Le comte de Soissons Rvoit une affection très particulière pour Saint- André et il avoit voulu que Marcieu (i), qu'il avoit chargé à. son retour dans la province d'une lettre pour luy, l'en asseurât encore de vive voix. La Cour estoit alors dans une parfaitte tranquillité : les princes et les grands sembloient ne se proposer que la gloire de l'obéissance qu'ils dévoient au Roy.

Le Parlement de Paris ne put mesme pas souffrir que le cardinal Bellarmin eût voulu donner au souverain pontife quelque authorité sur le temporel des souverainetez. Le zèle qu'il avoit pour l'indépendance de celle du Roy luy fit foudroyer par un arrest ceste dangereuse et pernitieuse doctrine, qui, les offençant toutes, ne l'exceptoit pas. Il fut

(i) Marcieu est une branche de la famille Emé dont nous avons parlé a propos des guerres de religion : voici à quelle occasion elle prit ce nom. Guy Ballhazard l*'de Monleynard avait iponsé, en 1 558, Joachime de Guiffrey, fille et unique héritière des biens de ce chevalier de Boutières, compagnon d'armes de Bayard. De ce mariage naquit un fils, Guy-Balthazard II, lequel laissa une lille unique, Virginie. Celle-ci épousa, en i6zï, Ennemond Emé de Saint-Jullien, son cousin germain, et lui apporta la terre de Marcieu et celles de Boutiires et du Touvet, provenant de son aïeule De ce mariage naquit un Ëli, Guy Balthazard 111, qui obtînt, en 1676, l'érection en marquisat de ses terres de Boutiires et du Touvet. Mais au lieu de porter le litre de marquis de Boutières, il prit celui de marquis de Marcieu. — Rochas, Biog. du Dauph., t. 11, p. ijo.

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~ 262 — prononcé le vingt neuviesme du mois de novembre. Mais l'évesque de Montepulcian, nonce auprès du Roy, obtint par ses prières et par ses plaintes que la publication qui en avoir esté ordonnée dans les sièges subalternes, en fût surcise par arrest du Conseil du dix septiestne du mois de décembre suivant. Il fut envoyé au président pour faire que l'exemple du Parlement de Paris ne sollicitât celluy de Grenoble à l'imiter, le Roy avouant néantmoins la justice de cest arrest. Mais ce qui est juste n'est pas toujours utile, et c'est l'utilité qui anime les conseils de la politique. La religion pouvoit aussy beaucoup dans ceux du ministère, la Reyne la favorisoit, et les ministres secondoient sans chagrin ses désirs.

Les capucins avoient esté introduits dans Grenoble, le président l'ayant souhaitté par bien des raisons, et ils avoient cor; mancé d*y bastir un couvent. Natal de Pupetiëres (i), leur provincial, avoit donné un prédicateur de son ordre â ceste ville pour le caresme, et l'on en estoitfort satisfait. Ses sermons excitoïent la charité, mais les moyens n'égalloient pas le zèle qu'elle înspiroit. Le provincial estant venu luy-mesme pourvoir leprogrezde cet ouvrage, le président ne dissimula pas qu'il n'eut besoin de la libéralité du Roy pour l'achever, U luy conseilla de luy envoyer un de ses religieux et il luy promit son assistance, et celle des amis qu'il avoit à la Cour. Le provincial s'y estant résolu jugea bien que le succez dépendoit de l'entremise du président qui tint bien sa parole. Il agit à sa manière, c'est à dire avec esprit, et avec cette loilable addresse qui n'est propre qu'aux personnes consommées dans l'art de la

(1) <t Natal de Virieu de Pupetières, l'une des plus anciennes làmilles de Dauphiné et d'une branche de laquelle est Charles de Virieu de Pupelières, garde des sceaux du Parlement, a eue le premier de son ordre en cette province qui ait esW Provincial, n G. Allard, Bibl. de Dauph; p. 21g.

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vie. II persuada par ses lettres à la Reyne de leur faire part et à la ville de Grenoble, de ses gratifications, comme elle avoit fait â celle de Vienne pour la construction du collège des jésuites. Il escrivit avec mesme soin, et mesme force au comte de Soissons, au chancelier de Silieiy, à Villeroy, à Beaulieu-Ruzé, et à Phelippeaux (i). Villeroy et Beaulieu esloientsecrétairesd'Estat. Ilsappuyèrentde leurs conseils,et ses prières luyaydèrentainsyôobtenJrdela piété delà Reyne ce qu'il s'en estoit promis pour un dessein si utJleà la religion catholique. Après quoy, il n'y a pas moyen de nier qu'il ne doive estre considéré comme le principal autheur de ce saint establissement. Aussy ce futluy qui mit la première pierre à l'église de ce nouveau couvent, ce qu'il fît solennellement: ces saints religieux se croyans obligez de )c considérer comme leur vray fondateur et de luy en donner tous les honneurs. Les ordres religieux sont des troupes auxiliaires que Dieu envoyé de temps en temps à l'Eglise militante. Elle leur est redevable de la plus part des victoires qu'elle a si glorieusement remportées sur l'impiété et sur l'hérésie et ils ne contribuent pas moins à sa gloire qu'à sa force.

(1) Phdlippeaux , ancienne famille de robe qui a donn^ à la France pendant cent soiianle-cinq sns des ministres et des secrétaires d'Élat, descendait de Paul Phéiippeaux, nommé secrétaire d'Élat par Marie de Médicis en [610. Elle se divisa en plusieurs branches, celles des Ponlchartraîn, de Seini-Florentin, des Maurepas, des La Vrillière.

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i6(i, duel de Gimar e( de la RouUlïre : ce dernier esttué. — hnergique intervention de Prunier pour sauver la vie à Gimar. — 3 février, les Étals de la province sont convoqués à Valence. — Jean de la Croix de Chevrièrec les préside : Lesdiguières et Prunier y aswsteni. — Dissentiments entre le Parlement et le corps des États. — Démêlé de Philippe de Cbabo de Lescheraines avec un sénateur de Chambéry. — Seint-André écrit à Faure, président du Sénat et père de l'offensé. — Le duc du Maine écrit au président Prunier, à l'occasion du procès du marquis de Villats. son gendre. — Anoblissement de Fougerolles. — 1 1 octobre , incendie du couvent de la Grande-Chartreuse. — Le président envoie son lîls Virieu au général de l'ordre, Bruno d'Affringues. — Différend entre le Parlement et la Chambre des Comptes. — Mort de la mère d'Expilly. — Prunier détourne Bressieu et Boissieu de leur projet de s'eipatrier. — li consulte le président Faure sur des questions de droit. — Mort du comte de Soissons. — Le gouvernement du Dauphiné est donné i Louis de Bourbon, son h Is. ^ Lesdiguières est créé adminis'trateur du gouvernement jusqu'à sa majorité. — Des princes étrangers choisissent la Chambre de l'Ëdit du Datiphiné pour lui s différend.

Le président ne réussit pas avec le mesme bonheur dans ses sollicitations pour Gimar, neveu de la Tourrette, son gendre. Gimar et la RoQillère estoient ennemis, s'estans rencontrez, ils se battirent, et le dernier fut tué dans le combat. Le juge de Valence ayant informé de ceste action elle luy parut criminelle; par le jugement qu'il en fit, il condamna Gimar à la mort. Il ne pouvoit l'éviter que par

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une grâce ou par la fuilte. La Tourrette eut recours au président pour la grâce et le président la demanda au Roy, et au Chancelier sur ce fondement que ce n'estoitpas un duel n'y ayant ny cartel, ny appel : jamais affaire ne luyavoit donné plus d'inquiettude. Il fallut qu'il employât tout son crédit et tout celluy de ses amis, et ce fut avec une difficulté incroyable que ceste grâce fut accordée à ses prières, ce qu'elle n'auroit pas esté à l'action. Mais elle donna lieu à une déclaration particulière contre les rencontres : elles furent assujetties aux mesmes peines que les duels Qui souhaitte de rencontrer son ennemy, le trouve tousjours. Les Estats de la province avoient esté convoquez à Valence au troisiesme du mois de février : c'estoit l'année mille six cent onze. Le Parlement en avoit permis l'assemblée dans ceste ville, mais c'avoit esté sans conséquence, prétendant que Grenoble estoit la seule où il falloit nécessairement qu'ils se tinssent. Félix (i) de la Croix, évesque de Grenoble, y présida : Lesdiguières et le premier président y assistèrent. Celluy-cy ayant harangué comme il avoit coustume de l'aire ; ce fut en ceste ville que la femme de Gimar le vint voir pour conférer avec luy de ce qui luy restoit encore à faire pour son mary, la vérification de la grâce qui luy avoit esté accordée ayant esté renvoyée à la Chambre de l'édit de Grenoble. Ce fut après la tenue de ces ^ Estats que partirent ceux de leurs députez que i'arrest du Parlement qui régloit leur nombre, et leur séjour, avoit retenus dans la province. Ils n'avoient pas voulu suivre plustost ceux d'entre eux qui s'estoient mis les premiers en chemin. Le président n'avoit pas donné sa voix à cet arrest, parce qu'il en prévoyoit bien les suittes, et qu'il ne serviroit qu'à faire concevoir aux ministres des scntimens peu avantageux à ces deux corps. En effet les commis des Estats s'en estans plains au Roy, on ne douta pas, lorsqu'il

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fut eiaminé dans le Conseil, que ceste division naissante ne pût produire de mauvais effets, si ceux qui avoient l'authorité du gouvernement dans ta province, ne s'employoîent à restablir l'union et la concorde. Phelip[)eaux en donna avis au président de la part du Roy, et il empescha que rien ne se fît contre les députez en exécution de cet arrest que l'on n'avoit pas voulu casser, mais dont on vouloit encore moins l'exécution II a}ousta : qu'on ne tomboit pas d'accord au Conseil du Roy avec le Parlement que les Estats fussent obligez de luy rapporter leurs conclusions avant que de les envoyer au Conseil. Voilà comme dez lors commançoient à naistre entre le corps du Parlement et celluy des Estats les causes funestes de tant de changemens. Le Parlement vouloit se sousmettre les Estats, et ceux-cy résistoient à ceste dépendance, et enfin dans la haine réciproque que ces contestations ont engendrée, la liberté publique ayant esté foiblement défendue, la province a esté contrainte de recevoir d'autres loix, d'autres usages, et une autre politique. De sorte que l'on peut dire qu'elle a esté si bien métamorphosée en une autre qu'il ne luy reste plus rien d'elle-mesme. Si tous avoient toujours eu la modération du président, et aymé leur patrie comme Lesdiguiëres et luy faisoient, le Dauphiné seroit encore Dauphiné, et ne seroit pas devenu un juste sujet de risée à la sagesse des uns et à l'envie des autres.

Le président estoit occupé à ces choses, quand il apprit queChabo L'Escheresne, son neveu, avoit eu un démêlé avec un sénateur de Chambéry qui avoit donné lieu à un arrest de prise de corps contre luy. Ce sénateur estoît le fils du président Faure illustre chef de ce noble corps. Les deux présidens s'estimoient l'un l'autre extrêmement, et par conséquent ils s'aymoient beaucoup. Mais le Sénat se croyoit oSansé en la personne d'un de ses sénateurs qu'il jugeoit l'avoir esté. Saint-André ayant intercédé pour l'Escheresne, Faure luy avoit responduque s'il estoit le maistre absolu de l'affaire, elle seroit dez lors mesme terminée pour

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sa satisfaction, et qu'il tascheroit de porter tout à la douceur. Il luy dit aussyque n'ignorant pas que L'Escheresne ne fût son neveu t il avoit desjà à sa considération esté « traitlé plus favorablement que n'avoit jamais esté mar- € quys, ny comte en ce pays là, * Dans les actions criminelles le temps iàit souvent pour les accusez plus que leurs raisons n'auroient pu faire, s'ils avoient esté jugez dans la première chaleur des poursuittes. Donc le temps, la bonté naturelle du président Faure, et l'envie qu'il avoit de faire plaisir à Saint-André mirent L'Escheresne hors d'affaire, et servirent à sa réconciliation avec celluy qui s'estoit plaint de l'injure qu'il luy avoit faitte. Les esprits vertueux et élevez pardonnent facilement, parce qu'ils n'appellent pas injure tout ce que le vulgaire croit l'estre,

Il estoit mal aisé de refuser rien à Saint-André qui aussy avoit une complaisance pour ses amis et pour les gens de ■ mérite qui le leur rendoit infiniment cher. C'est pourquoy ils cullivoient son amitié. Le duc de Vantadour (i)s'estant avancé jusqu'à la Voulte luy envoya de ses nouvelles par un de ses gentilshommes. « Ce n'est que pour vous asseurerdc « la continuation de mon très-humble service, luy dit-il « dans sa lettre, et du désir que j"ay de savoir de vos nouc velles que je vous fais ces lignes. > Le duc du Maine eut une autre occasion de luy donner des siennes. Ce fut un procez du marquis de Villars, son gendre, renvoyé à ce Parlement. Il le luy recommanda et commanda son compliment par une déclaration fort obligeante, c Je mesuis

(i) Anne de Lfvis, duc de Ventadour. comte de la Voulte, baron de Dompnsc, Boussac, Annonay, Cornillon, pair de France, sénéchal el gouverneur du Haut et Bas Limousin , puis lieutenant général au gouvernement de Languedoc en 1622. II avait leprésenté le comlede Champagne au sacre de Henri IV en 1 3g4. Il mourut au chfiteau de laVoultele 3 décembre 1622. 11 avait épousé. le i5 juin i5g3, Marguerite de Montmorency. — H. Lafayolle, Rtvue du Dauphini, p. 344. Année iHtj : Vienne, Savigné.

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< tousi'ours beaucoup promis de vostre amitié, luy dit-il, • de laquelle j'ay receu aussy tant de bons effets, que je ne ( m'en sens pas moins obligé que désireux de m'en rea vencher, et vous tesmoigner combien je vous honore et

< estime. » Une fut pas inutile au marquis.

Fougerolles recevoit, en mesme temps, de nouvelles

preuves de sa bienveillance. Il avoit la noblesse morale que chacun peut se donner â soy-mesme par le savoir et par 1^ vertu, mais la civile qui est un caractère que la seule volonté du souverain imprime à qui en est digne, luy manquoit. Le président se proposa de luy procurer cet honneur. Il le demanda pour luy au Chancelier et l'obtint. Mais quelque temps auparavant, il l'avoir prié pour l'intérest du tiers ordre de la province de considérer que le grand nombre d'annoblîssemens estoit une surcharge qui l'accabloit. Il respondit à ceste objection que le Chancelier luy auroit pu faire par des raisons qu'il tira du mérite non commun de Fougerolles, des services qu'il rendoit au public depuis tant d'années et de l'amitié très-particulière qu'il luy portoit. L'amitié qui a tant de circonspection n'aguère de feu. II participoit à tous les maux de ses amis.

Le vingt unicsme du mois d'octobre une partie des bâtimensde la Grande Chartreuse fut réduite en cendre par un grand et violent incendie. Bruno d'Affringues, général des Chartreux, ne pouvoir pas estre plus affligé qu'il ne le fut dans cet accident {i} Le président, jugeant de la douleur

(i) ■ Le monastère Ait renversé et détruit par une avalanche, cînquanle ans après sa fondation , ce qui détermina les survivants à ce désastre à venir s'éiablir là où il s'élève actuellement. L'ordre des Chartreux prenait de jour en jour uo accroissement plus grand lorsqu'un incendie vint détruire le couvent en i izo. 11 le fut encore, soit entièrement soit partiellement, en liji, 1474, i5io, ib6». Pendant les guerres de religion, comme nous l'avons déjà vu (p. 83-84), '* féroce baron des Adrets envoya des soldats pour le piller. En 1611 un nouvel incendie détruisit plus de la moitié des bâtiments construits :

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par la grandeur de la perte, luy envoyaVirîeu, son fils, pour luy tesmoigner combien il en estoit sensiblement touché. Il n'y a pas d'autre consolatioa A donner dans les grands déplaisirs que de montrer qu'on les partage. D'Affringues (1) l'en remercia, et luy dit par sa lettre ; que comme l'odeur des roses devient plus douce et plus agréable quand on sème des oignons auprès, de mesme la vertu devient et plus illustre et plus forte dans les déplaisirs et dans les malheurs.

L'Escheresne, niepcedu président, estoit alors chez luy à Grenoble. Elle estoit venue le consulter sur diverses affaires de sa maison. Il estoit l'oracle de sa parenté, de mesme qu'il en estoit l'ornement et le soutien. La Tourretle, son gendre, etChambaudestoîent joints de parentéet d'alliance, mais divisez par un grand procez. Il estoit traitté au Parlement de Thoulouse, et le président apprébendoit leurs emportemens. 11 n'y avoit pas de plus seur moyen d'éviter tout malheur que de les accommoder. Il pria le duc de Ventadour, lieutenant de Roy, de s'y employer. On commança dez lors à parler d'accommodement, et il n'y a que l'ouverture entre les gens de qualité qui en soit le plus difficile.

Un différent d'une autre nature, et par ceste raison d'une décision plus malaisée, avoitportéExpiUyet quelques autres officiers du Parlement à la Cour, et ce différent estoit entre ce corps là et la Chambre des Comptes On demandoit uo

enfin en 1676, un dernier sinistre les anéantit pretque compléteiiient. Le MasEon les fil rebâtir tels qu'ils existent aujourd'hui, u — Jules Taulier, Guide à la Grande-Chartreuse, pp. 87-H8.

(1) Bruno d'Affringuea, né à Saint-Oiuer en i556, avait de grande» connaissances dans l'histoire ecclésiastique et dans les langues. D'abord chanoine de l'église de Carpentras, il prit, en i ^7 1 , l'habit de chartreux, fut nommé deux ans apris prieur delaChartreuse d'Avignon, et devint général de son ordre en 1601. — La Vie de dom Jérôme Marchand, p. 106.

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règlement au Conseil, maïs le président le négotia luytnesme, et il fut conclu par son entremise Expilly luy rendoit compte de tout ce qu'il faisoit, et sa mère estant morte â Voiron où il estoit né, et où elle habitoit, le président le consola obligeamment de ceste perte, qui luy ostoit la personne du monde pour laquelle il avoit le plus de piété. Lesdiguiëres estant alors arrivé à la Cour donna d'abord au président des nouvelles de son arrivée, et luy offrit tous ses soins pour luy en son particulier, et pour toute la province : il suivoit, à cest égard, son train ordinaire.

Un tumulte arrivé à Saint Jean d'Angely fît soupçonner que ce fut un prélude de quelques tragiques émotions. On avoit dans ceste crainte deffendu toutes sortes d'assemblées et principallement à ceux de la R. P. R. Lesgouverneurs et les consuls des villes eurent ordre de tenir la main à l'observation d'un arrest publié pour les empescher. Le président escrivoit au Roy et aux ministres qui se reposoient sur luy, pendant l'absence de Lesdiguières, de tous les soins du gouvernement. Il y estoit tout : mais il leur déroboit avec plaisir, et autant qu'il le pouvoit, sans blesser son devoîr,des moments qu'il donnoit â ses amis.

Bressieu qui avoit un domaine dans le mandement de Tullins, et Boissieu (i) qui en avoit un de plus de dignité et d'estenduë dans, celluy de Vourey, avoient conceu du chagrin contre leur pays Ils avoient offert au président de les luy vendre et il ne tint qu'à luy de les achepter 11 con-

(1) Charles de Salvaing de Boissieu était un geiuilhomrae versé dans pluswurs genres d'érudition. U savait le chaldéen, l'hébreu, l'arabe, le grec, te latin, l'italien, l'espagnol, l'anglais et l'allemand. Ce savant homme étudia le droit à [tourges, sous Cujas, vers 1584. H mourut te 6 janvier t6i5, laissant de son mariage avec Charlotte d'Arces, neuf enfants. L'un d'entre eux fut Denis de Salvaing de Boissieu, premier président de la Chambre des Comptes, l'un des plus savants hommes de notre province. — Rochas, Biog. du Dauph., 1. 11, p. 384. — G. Allard, la ^blioth. de Dauph., p. 197.

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sidéra l'intérest de sa patrie et non le sien : il ne voulut pas la priver de ces deux excellens hommes. Le Dauphiné luy a l'obligation de tout l'honneur que Denys de Salvaing de Boissieu, premier président delà Chambre des Comptes, luy a depuis acquis par son esprit, par son savoir et par ses emplois.

On avoit proposé au président la vente de la Bastie de Veurey, et il y avoit du penchant. Mais ayant voulu voir les testamensdes prédécesseurs du propriétaire, il s'y trouva des clauses qui luy firent appréhender l'effet de quelques fîdéicommis qui nëantmoins n'y estoient pas bien exprimez. Pour se résoudre, il envoya Virîeu, son fils, au président Faure, et il luy demanda son sentiment sur la difficulté. Faure satisfit à ce qu'il désiroit par une docte consultation qui fit que le président ne passa pas outre. Il l'en remercia, peu de temps après, par le célèbre père Arnoul, jésuitte, qui se chargea de sa lettre et de ses complimens. Ceux qui sont médiocrement savans d'ordinaire se contentent de s'estre consultez eux-mesmes, mais ceux qui ont fait le plus de progrez dans les lettres, semblent n'avoir des lumières que pour voir les raisons que l'on a de douter en toutes choses, et mesme de toutes choses.

Le comte d« Soissons (i) estant mort en ce temps U, le

(i) Soi SGons (Louis de Bourbon, comte de), &ls de Chartes de Bourbon, né à Paris en 1604, avait seize ans quand il fut entraîné par sa mère dans les cabales de la Cour. 1] prit part en 1612 à l'eip&liiioQ contre les protestants, et déploya devant la Rochelle autant d'habileté que de courage. La paix conclue , il se déclara l'ennemi de Richelieu, entra même dans la conjuration de Chalais, parce que le ministre s'oppo&ait à son mariage avec M"' de Montpensier. En 1641, il fut entraîné par les ducs de Bouillon et de Guise à prendre les armes contre la France : il gagna sur le maréchal de Chitillon la bataille de ta Marfêe, mais il périt aprts sa victoire , frappé d'un coup de pistolet. — Biog. uni»., u V, p. 579. — Pilot de Thorey, Statut, gin. du dip. d€ l'hère, t. m, p. 577.

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gouvernement de Dauphtné fut donné à Louis de Bourbon, aussj' comte de Soissons, son fils. Mais son bas «ge donna lieu à la création d'une nouvelle dignité en faveur de Lesdiguiêres. Il futincontinent aprâsfaitadministrateurdu gouvernement pour en faire les fonctions jusques à ce que le prince en fut capable. Le nom des gouverneurs, par un droit inconnu dans les autres provinces, estoît alors mis à la teste des arrestset des lettres de iustjce{i). llsy parloient comme le Roy fait maintenant. Le Parlement avoit souvent éclatté, et toujours murmuré contre cet usage. De sorteque le président se creut obligé d'en informer la Heyne, et le Chancelier, estant persuadé que l'honneur de la souveraineté les porteroit à le corriger. Mais la qualité du gouverneur et le mérite extraordinaire de l'administrateur ne permirent pas que l'on y apportât du changement. On n'en voit guéres arriver aux grandes charges, non plus qu'aux grandes maisons^ que lorsqu'elles sont dans les mains de gens que l'on estime peu, et que par ceste raison, on ne craint pas.

Enfin ceste année finit par un illustre tesmoignage de la vénération en laquelle estoit le Parlement de Grenoble sous la présidence de Saint-André. Les archiducs Albert et Isabelle, comtes de Flandre et de Bourgogne, estoient en dif. fërentavec Henry Jean Frideric, duc de Vuirtemberg, et comte de Montbelliac. Ils convinrent par un compromis fait de l'agréement du Roy, de la Chambre de l'édit de Dauphiné, pour le décider (2), La Reyne régente en donna avis au président par une lettre de cachet du trantiesme de

(i) Cet ueagc dura jusqu'à la mort de Lesdiguiêres. — E. Berger Le Parlement de Dauphini , p. 77, — G. Allard , Dict. de Dauph , pp. 3oS-3i3. ~ A. Chéiuel , Hiitoire de l'Administration monarch-, t. Il, p. i3z. — Bulletin de l'Acad. delph. : séances des 10 et 17 décembre i86g.

(1) V. Delphinalia, Éloge de Jean de la Croix, p. 5o.

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-a?'décembre etiuy recommanda de veiller sur les juges, afin que ces princes eussent sujet de se lotier de leur intégrité, et de leur justice. Il le fit avec application, et ce procez fut jugé defBnitivement par arrest du quinziesme de juillet de l'année qui suivit celle-cy. Ces grands princes aymérent mieux se fier à la probité des sages magistrats de ceste Chambre qu'au sort des armes qui suit toujours la force et rarement la raison.

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i6i3, les Ëuis de la proviDce sont asBemblés, le i5 janvier, à Grenoble. — Mort d'Honoré du Laurens. archevâque d'Embnin. — Guillaume d'Hugues lui succède. — Relations du président Prunier avec les jésuites Coton, Arnoux, Goniier,' Séguiian, Jaquinoi, J. Binet, Jacques Georges, — Portrait de ce dernier. ~ Témoignage de reconna'ssance que lui rend Aquaviva. — Lettre de Créquy. — Le marquis d'Ancre. — Le prince de Condé & MéïiÈres. — Ferme attitude du Parlement. — L'Édit de Nantes est de nouveau publié. - Voyage du Président et de Lesdiguiëres à Valence, à Montélimar, sus Baronnies, à Die. — Prunier sollicite de la reine la faveur de résigner sa charge de premier président à son fils. — Grave différend entre Saint-André et Lesdiguièrcs. — Le colonel Allard. — Enneroond Matel est assassiné.

Les Estais de U province (i)estans assemblez dezlequinziesme du mois de janvier dans la ville de Grenoble, le président receut encore un nouvel ordre de bire publier l'édit de Nantes avec les articles secrets qui avoient esté ac-

O) Consulter : H Gariel, Delphinalia: États du Dauph.,^.ii. « Pour le rang que tenaient ceui qui estoient appelez ; l'évesque comme président, l'abbé de Saint- Antoine, son lieutenant, le baron de ClermonI, celuy de Sassenage, ceux de Bressieux et de Maubec alternativement, et celuy de Montmaur; ce sont eui qu'on appelle les quatre barons de la province et qui, dans toutes les assemblées, précèdent tous les autres seigneurs mesmet titrez, i — V. G. Allard, Dict. de Dauph., V Estats.— Piloi de Thorey,St(rt. du dép. de l'Isère, t. in.

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cordez par le royHenry IV et les déclarations du nouveau Roy qui en ordonnoient l'observation sans n-.odifîcation et sans restriction. Il y fut satisfit, et le président en rendit compte à la Reyne régente. C'estoit des précautions dont le party de ceux qui faîsoîent profession de la religion P. R. feignoîent d'avoir besoin, pour avoir occasion de se plaindre et de demander.

Honoré du Laurens (i\ arcbevesque d'Ambrun, estant mort au commancement de l'année dernière, Guillaume d'Hugues qui luy avoit succédé, vint prendre possession de cet archevescbé au commancement decelle-cy. Il avoit eu beaucoup de part à l'estime du roy Henry IV qui l'avoit employé utilement dans des affaires importantes. Aussy la Reyne régente pour l'acquérir entièrement à son service luy avoit donné ce noble bénéfice. Elle l'accompagna de ses lettres de recommandation à Saint-André qui apprenoient qu'il se plaignoit des entreprises qui se faisoient sur sa jurisdiction avant mesme qu'il y fût entré. Les plaintes et les précautions anticipées sont presque ton jours des déclarations de guerre et des prognostiques de haine. Mais ce prélat qui estoit aussy bon qu'il estoit savant seut depuis s'accommoder et vivre paisiblement. La bonne intelligence des puissances entre elles est le bonheur dessujets : cet exemple leur enseigne et leur persuade l'union entre êhk.

Le président estoit de ceus avec lesquels II est aussy facile d'estre bien qu'utile de n'estre pas mal. Les jésuites, savans dans les connoissances nécessaires à la vie chrestienne et à la vie politique, s'estoient aussy proposé d'entretenir avec soin la bienveillance qu'ils n'ignoroient pas que le président avoit pour eux. Les principaux estoient de ses amis particuliers, et entre autres, Cotton (2), Arnoux, Gontier, Se-

(1) V. Ch. de Ribbe, Um/amille au XVI' siècle, p. i^g. (1) Coton (Pierre), j£»uiie, né en 1 564 à Néronde en Forei, de Guichard Coton, seigneur de Chenevoux, et de Philiberte de Champrand.

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guiran, Jaquinot, Binet, et Jaques Georges. Ils estoienC alors tous â Paris, à la réserve d'Arnoux et de Gontier qui avoient esté appeliez en Allemagne pour ayder à la conversion d'un prince. Ils y avoient esté arrestez pour prescher le caresmedans les principalles églises. Jaques Georges devoit prescher dans celle de Notre Dame et ne voulant pas que le président pût s'imaginer qu'il l'avoit oublié, il Tasseura, en ce inesme temps, des respects qu'il avoit pour sa personne, comme tout le monde en avoit pour sa dignité. Il luy offrit les services de Cotton en tout ce qui dépendoit de son crédit à la Cour, et celluy-cy ayant esté le confesseur ordinaire du Roy et l'estant encore de celluy qui régnoit,y avoit une authorité qui n'estoit pas de petite considération.

Jaques Georges avoit presque toutes les qualitez d'un parfait orateur. Il n'y avoit pas de plus bel homme, ny de meilleure mine. Le son de sa voix flattait agréablement les oreilles ; son expression estoit noble et pure, son imagination n'avoit que de grandes idées dans ses discours, son savoir avoit plus d'estendue que n'en a d'ordinairecelluy des meilleurs prédicateurs et sa bonté estoit celle d'un vray honneste homme. Et toutes ces excellentes qualitez avoient pour suppôt une probité à quil'envielaplusmalignen'osoit rien reprocher. Je l'ay connu dans le collège de Vienne, et alors il estoit desjà dans la profonde vieillesse sans en ressentir les foiblesses et les incommoditez. J'entrois seulement dans les premiers jours de la jeunesse, et je luy suis obligé de plusieurs bons offices qu'il me rendoit et de cequ'il m'estimoit assez pour me communiquer ses ouvrages. 11 travailloit à des problèmes en nostre langue ; on a négligé de

[1 acquit la confiance de Henri IV, fit signer à ce prince le rappel des jésuites, refusa l'archeiËché d'Arles et le chapeau de cardinal et fut enfin nommé confesseur du roi. Il mourut à Paris en 1626. — Rtvtie des Questions historiques. Ann^e 1S76. — A. de Backer, Biblîoth. des écrivains de ta Compagnie de Jésus, t. 1, pp. I4i4-i4z3. Paris, 1879,

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les conserver après sa mort. C'est une perle que je regrette. Cependant je suis bien aise que l'occasion se soit présentée à moy de iuy rendre ce tesinoignage de mon souvenir et de ma reconnaissance.

Les jésuites ne tardèrent pas à donner au président une marque plus convaincante de la leur. Ils le rendirent participant du mérite de toutes les bonnes œuvres qui se font dans leur ordre où il n'y a que mérite, piété et savoir. Ce fut par des lettres authentiques d'Aquaviva que le recteur du collège de Vienne Iuy fit tenir. Il en remercia l'un et l'autre d'une manière qui leur fit assez connoistre qu'il consîdéroit ce bienfait comme une.grace d'un grand prix. Il envoyoit ses pensées avec plaisir vers Vienne.

EÎoissat avoit quelques démeslez dans sa Emilie qui avoient fait de l'éclat. Il en eut du déplaisir, et Iuy ayant proposé l'exemple de Socrate qui ne permettoit pas que l'on sent rien hors de sa maison du bien, ny du mal qui s'y falsoit, il s'offrit de les régler, s'il l'y jugeoit propre- Alors il méditott un voyage à Lyon et le sujet qui l'y obligeoit estoit la vente de la terre de Septéœe et de Diesmeque Colombier, son gendre, négotioit en sa faveur auprès du marquis de Saint Chamond. Il en avoitdesjàfaitunjusques & Saint Prief, Ceste mesme année, pour la conclure, et il en avoit, en celluy-cy, ofTert quarante cinq mille escus- Depuis des empeschemens s'y opposèrent qu'il ne voulut pas entreprendre de surmonter.

Il donna presque toute ceste année, comme il avoit failles deux précédantes, aux affaires particulières de sa maison et s'y attacha avec plus d'application qu'il n'avoit encore fait. Elles l'appellèrenl à Virieu après la closture du Parlement et là il receut unelettre deCréquy pleine d'honnesteié. Il esK>it sur le point de son despart pour la Coun c Je vous « dis adieu par ceste cy, Iuy dit-il, et je vous supplie de ■ m'honorer de la continuation de vostre amitié. Elle m'est « toujours bien fort chère, et à vous. Monsieur, mon ser- « vice très-asseuré Si vous me voulez commander quelque

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c chose àParis, j'y serai le dîxiestnedece mois, s C'estoit celliiy d'octobre. La fortune et la faveur du marquis d'Ancre (i), et le mauvais usage qu'il faisoit de l'une et del'au- Ire, avoient dez ce temps-là, excité des troubles ô la Cour qui menaçoient i'Estat Le prince deCondé (z) s'estoit retiré à Mesiéres et moins pour se justifier que pour irriter les puissances contre le marquis II avoit envoyé au Parlement des lettres qui tendoient à montrer que ce qu'il faîsoît ne visoit qu'au bien public : c'est la couleur que dans ces occasions on donne aux passions particulières. On sait bien qu'elleest toujours fausse et on ne laisse pas d'en estre souvent trompé. Le Parlement de Grenoble ne Je fut pas. La lettre du prince et un manifeste îœprîméqui y estait joint, luy furent apportez par un gentiltiomme envoyé exprez. Mais le président ne permit pas que le pasquet fût ouvert ; son avis fut Je le mander à la Reyne et tous furent de ce sentiment. Ce procédé ne put que plaire extrêmement à la Reyne, aussi elle le fit connoistre par des dépescbes à Lesdiguiéres, au président et au corps du Parlement qu'elle

(1) Ancre (Concino Concini, marfchal d') , premier n jeune roi Louis XIII, et maréchal de France, était filïd'uii notaire de Florence, et dut son élévation à sa femme L4onore Dori , dite Galigal, fille de la nourrice de Marie de Médicis.

(a) Le prince de Condé Était né posthume le )■■' septembre 1 388 de Henri de Bourbon, prince de Condé, cl de Charlotte de la Trétooille, Il prend dans cette branche de la maison de Coudé )e nom de Henri 11. Sea titres furent prince de Condé, premier prince du sang , premier pair et grand maître de France, duc d'Enghien, de Montmorency, etc. Henri IV le maria 6 Charlotte de Montmorency. Bien que grisonnant! le roi s'éprit d'une passion coupable pour l'éblouissante fille du connétable : c'est une page qu'on aimerait arracher de sa vie. Henri II de Bourbon s'enfuit avec sa femme i Bruxelles , puis en Italie d'où il ne revint qu'après la mon de son trop galant parrain. Il mourut en 1646 et fut père du grand Condé. — B. de Xivrey, Lettres mitsives, t. m, p. ï II. — M, le duc d'Aumale, Histoire des princes de la maison de Condé. — Revue des Qjieations Mstoriques, Année 1 tt61t.

voulut infistmereUe-mesme de l'esut des affaires. Et de* puis s'estani traitté un accommodement avec le prince et les grands qui estoîent entrez dans son party, elle en donna avis aussy au président, mais le party des huguenots estoit plus redoutable à la royauté que celluy du prince qui n'en vouloit qu'à un favori. 11 estoit puissant dans le Dauphiné, et si la fidélité inébranlable de Lesdiguières ne juy enavoit inspiré, il y auroit esté à craindre. C'est par ceste raison que l'édit de Nantes avoit de nouveau esté publié deux fois dans le Parlement et qu'il avoit esté jugé à propos dans le Conseil du Roy que les commissaires députez pour cella se portassent dans tous les lieux de la province où il auroit pu souffrir quelque infraction.

Ces commissaires estoient LesdiguiëreSj le premier président, le président Da Cros, Frère, maistre des requestes et Expilly. Lesdiguières et le premier président partirent pour l'effet de ceste importante commission, le neuviesme du mois d'avril et descendirent à Valence, d'oii ils allèrent à Montélimar. Ayant satisfait aux désirs de ceux des deux religions dans le bas Dauphiné et dans les baronnies, ils vinrent à Die. Le président eut le plaisir d'y voir le fameux Jean Baptiste Ferrarius, l'un des plus savans hommes qu'eut la religion P. R. Il luy promit son amitié et sa protection, et ce savant homme en avoit besoin dans le dessein oti il estoit de rentrer dans la religion de ses pères. Après ils remontèrent vers Gap, et ils s'appliquèrent avec les mesmes soins dans les villes de ceste haute partie du Dauphiné à régler tous les différens qui regardoient la religion et l'édit. Enfin ils visitèrent toute la province, portans en tous lieux, avec la paix, la concorde et l'union. Chacun fut content, et il ne resta plus de chagrin ny de meffiance dans les«sprits. Le président qui voulut que Vîrieu, son fils, l'accompagnât dans ce voyage qui fiit de prez de deux mois, l'envoya aussy à la Reyne pour luy en dire les particularitez et pour luy apprendre le destail du succez. Et ceste occasion luy en fut une de saluer, par ses lettres, te Chancelier,

Créquy, Bellièvre, Refuge et Phelippeaux. U aToîI rendue l'Estat des services considérables pour se promettre avec raison ce qui fut depuis accordé â ceux de son successeur- Il se voyoit avancé dans l'âge, et quoy qu'il n'en ressentît pas encore les foiblesses, il les prévoyoit comme inévitables. Dsns ceste veuë, il pria la Reyne, en luy représentant qu'il avoit servy durant quarante trois ans grattuitement et sans s'estre jamais rendu importun par aucune demande, de luy permettre de résigner sa charge de premier président à son fils, et en tout cas, sous ceste condition qu'il l'exerceroit luy-mesme pendant sa vie, et que son fils n'y entrerolt qu'après sa mort.

Mais un différent qui survint presque en mesme temps entre luy et Lesdiguiéres fui un obstacle à ce dessein. Le duc de Savoye avoit envoyé â Lesdignières le colonel Allard pour faire en Dauphiné une levée de quelques trouppes, et Lesdiguiéres attendant responce de la Cour, estoît allé â la Vulpillière, une de ses terres dans le Viennois. Marie Vignon (t), femme d'Ennemond Matel, estoit sa maistresse comme depuis elle fut sa femme, et alors elle avoit pris le tiltre de Moîrenc. Un des domestiques du colonel avoit as* sassinéce malheureu<c mary, presque aux portes de Grenoble, et s'estoit sauvé. La présomption estoit forte que cet assassin n'avoit fait qu'obétrau commandement du colonel.

(i) L«ad]guiëres avait épousé, par contrat du ii novembre i56G , Claudine de Bérenger, quatrième iîlle d'André de Bérenger, seigneur du Gui. Elle mourut en 1608. Il se remaria en 1617 avec une de ses mattresBCB, Marie Vignon, qui avait su prendre le plus grand empre sur son esprit. Le grave Videl s'est efforcé de donner une agréable tournure à cette affaire, mais Thistoire n'a pu accepter sa narration- Louis Videl, Wi'rf. delà nerfu Connert., pp. î3S^î3q.— Rochas, yiog. du Dauph., t. II, pp. 63-64. — Les synodes protestants du Dauphiné ne ciaignirent pas de censurer, avec une indépendance vraimenl admirable, la conduite privée de Lesdiguières, laquelle en effet prétait fort à la critique. — Comte Douglas et Roman, Actes et Corresp., etc..

son maistre : tellement que le Parlement ayant décerné une prise de corps contre luy, elle fut eiécutée.

Lesdiguiéres, à son retour, apprit à deui lieues de Gre noble nu'il estoit en prison, et se creut fort offansé de ce procédé, car le colonel, estant l'envoyé d'un grand prince, etemployéàune négotiation auprezde luy, il estoit persuadé qu'on n'auroit dû rien ordonner sans sa participation. Avant que d'entrer chezsoy, il jugea qu'il y allolt de son honneur de le mettre en liberté, et il l'y mit ayant commandé à ses gardes, si le geôlier ne le rendoit, d'enfoncer les portes de la prison. Cette viol ance n'otlançoit pas seulement les droits sacrez de la justice mais aussi l'authorîté du Roy, en celle du Parlement, si indignement traittée.

Le président, accompagné de quelques conseillers et du procureur général, sans attendre la délibération des Chambres, dans une occasion si pressante, courut d'abord chez Lesdiguières. Il luy portoit les plus vifs ressentimens dont un grand magistrat soit capable, et les plus fortes expressions dont il puisse les expliquer. Lesdiguières qui l'evoit préveu estoit seul dans son cabinet, quand le président y entra, s'imaginant bien qu'il ne le ménageroit pas, il avoit jugé sagement qu'il ne falloit pas des témoins dans une conférance de laquelle il ne seroit pas le maistre. En effet, ce ne furent pas des remontrances que le président luy fit, mais des reproches : son discours fut animé de tout ce qu'une juste indignation peut avoir de feu, dans une occasion où il n'est pas permis d'estre froid. Lesdiguières ne s'eschauffa pas moins. Ils en vinrent à des paroles qui n'estoient pas sans aigreur, et ils les poussèrent d'un ton qui participoit de la menace. Le président se souvînt qu'aprez que Monibrun eut fait piller le bagage du roy Henry III qui passoit dans quelques vallées des Alpes qu'il occupoit, Gordes ayant taché de luy persuader de le rendre et de s'excuser, il ne luy avoit respondu quepardestesmoignages de trop de mespris, Gordes, qui voyoil qu'il s'en prenoit au Roy mesme par sa fierté inconsidérée, s'estoit expliqué .de

sa pensée par ces vers d'une chanson qui estoït alors fréquente dans la bouche du peuple : i Nous verrons Bergère Rosene, qui premier s'en repentira > (i).

Le président les dit aussy à Lesdiguières en sortant de son cabinet, et il ne follut pas d'interprète à Lesdiguîères pour luy faire entendre ce qu'il vouloit dire. Si est<e que le Roy s'estant fait déclarer majeur avotta ce que Lesdiguîères avoit fait et l'en déchargea. C'est de la manière de laquelle s'expliquent les lettres qui en furent expédiées, le mois de novembre suivant, et qui depuis furent vérifiées au Parlement. Mais il en avoit esté donné avis au président par une lettre particulière. La justice est la base de l'authorité et quand les grands l'offansent ou permettent qu'elle le soit impunément, ils donnent un exemple contre eusmesmes à la violence et â la désobéissance.

(0 V. concernant les rapports de Prunier a cette tfhire i Corresp. ùtid., n° 16.

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Le roi k décUre majeur. — Deul filles du Président prennent le voile au couvent de Montfleury. — l^ terre de Lemps entre dans le patrU moine d'Adrien de Prunier. — Valencin , tiis de Colombier, gendre de Prunier, Et bjt capucin. — Inquiétude du Président pour son plus ieune âls. — tl s'oppose à un nouvel édii. — Le vice-l^t et la terre de Solérieu. — Saint-André passe ses vacances à Virieu. — A ta rentrée du Parlement, il prononce son dernier discours. — FrËte aspire i la premiÈre présidence. ~ La santé de Prunier donne des alarmes. — i6 janvier 1616, il fait l'ouverture des Ltats et prononce un discours. — La maladie du Président fali de rapides progrès. — Douleur que lui cause le procia de l'un de ses proches. — 3 mai 1616, mort admirable d'Artus de Prunier de Sainl-Andrét premier président. — Il est enseveli dans l'église de Saint-André. — Regrets universels. — Perte irréparable pour le Dauphiné.

Le Roy se déclara majeur dans le Parlement de Paris, le second jour du mois d'octobre, et le président receut quelques jours aprez la lettre qui l'en avertit, avec une déclaration contenant plusieurs chefs tirez des anciennes ordonnances. La publication en fut faitte. Il eut aussy la satisfaction d'apprendre celle que le Roy avoit des services qu'il luy avoit rendus dans sa minorité et que la Reyne l'en avoit informé. Ce luy fut de mesme un plaisir de voir Créquy d Grenoble. Il avoit pour luy une affection syncëre, et il savoit qu'il n'entroit pas si bien dans tous les sentimens de I^esdiguiéres, qu'il ne s'en réservât de particuliers qui ne leur estoient pas tousjours conformes La complaisance

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qu'il avoil pour son beau-père n'estoît ny servile, ny aveugle. De sorte qu'encore qu'il n'ignorât pas que l'ancienne amitié de Lesdiguiéres pour Saint-André avoit souffert quelque altération, il ne laissa pas de raymcr comme il avoit tousjours fait, et dejuyen donner des preuves Estant obligé de retourner à la Cour, il avoit résolu de passer du costé de Virieu, oti estoît le président, seulement pour luy dire adieu Mais sa femme, ayant voulu l'accompagner jusqu'à Saint-Georges, avoit rompu ce dessein. Il s'en excusa par une lettre < le suppliant de ne le tenir pas moinsen ses < bonnes grâces et de regarder en quoy il vouloit qu'il le « servit â la Cour, » Ceste offre estoit plus agréable au président par la considération de sa cause que par celle des effets qu'il en deut espérer. Il estoît assez connu à la Cour par luy-mesme pour s'en promettre tout ce qu'un autre auroit attendu du secours de Créquy. En effet ayant acquis la terre de Lempsqui sortit ceste mcsme année delà maison de Montoison pour entrer dans la sienne, le Roy, à la simple demande qu'il en fit, luy en donna les lods. Il voulut que la plus jeune de ses deui tilles qui estoient dans le monastère de Montfleury (i) pour y prendre l'habit de religieuse, eut dez lors le tiltre de Lemps, pour se distinguer de sa sceur, qui y avoit desjà fait profession. Mais depuis ceste terre est devenue bien de la branche dont Adrien de Prunier, son fils puisné a esté la tige, ayant esté une partie de son patrimoine. Il estudioit en ce temps-cy au collège de Vienne, et on le destinoit à l'Eglise, mais le président

(1) Le monastère de Montfleury, pris de Grenoble, de l'ordre de Saint- Dominique, fui fondi par Humben II , en 1 34a (i3 décembre). Lucrèce de Prunier y avait déjà pris l'habit en i6ot : m meut, Freoçoise de Prunier, y fit profession en 1617.- G. Allard, Fondation du monasl. rqy. df Montfleury, à la suite de l'hUtoiie de Humben II.— H. de MallUraud , Reche ches histoi iques sur le monast. de Montfleury,^. 184. GrenoUe, 1867.

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n'auroit pas consenti qu'il se fût dévoilé à aucun ordre religieux.

Colombier avoit un de ses tîls avec luy et le président leur avoit choisy Hugon pour les gouverner : c'estoit un homme d'esprit et d'érudition. Le âls de Colombier qu'on appelloit Valencin, s'estant persuadé que son salut dépendoit d'estre capucin, avoit déclaré son dessein; trente jeuaes eschoUiers avoient la mesme inspiration, ils parloient atnsy. Ce qui fit peur au président pour son fils, qu'on commançoit à distinguer de son firère aisnë, par le tîltre de la terre de Lemps : ce luy en estoit une espice de prise de possession anticipée. Le président ne luy dissimula pas son appréhension. < Gardez-vous, luy escrivit*ii, d'estre de

< la troupe des trante qui parlent à Vienne de se faire 1 capucins, s Mais il s'en expliqua plus clairement à Hugon, son gouverneur, c II le pria d'y veiller, et de le détourner

< de toute opinion de se faire jésuite ou capucin, ou d'au-

< tre religion. » Il réitéra encore ceste prière dans la mesme lettre qui néantmoins est de peu de lignes • Je

< vous prie derechef, luy dit-il, d'avoir soin de mon fils, ■ ne incidat in casus, auxquels notre fils Valencin est « tombé. > Ce fiil une douleur très sensible à Colombier de se voir privéd'unfîlsdel'espritetdesbonnesqualitezdu. quel 11 s'estoit promisun merveilleux secours pour l'honneur et pour la fortune de sa maison. Il luy en restoit unautreque le président, son ayeul, fit agréer au comte de Soissons, gouverneur du Daupbiné, pour estre l'un de ses pages. Il fut présenté par une personne de la première qualité, au nom du président, à ce prince qui le récent avec tous les tesmoignages de bienveillance que méritoieot les services que le président luy avoit rendus, et au feu comte de Soissons son père. Le prince et la princesse, sa mère, la luy firent encore mieux paroistre par les lettres qu'Us luy escrivirent sur ce sujet. On ne pouvoit trouver à ce jeune enfant une meilleure escho'e de générosité. Aussy ceste province n'a pas eu de gentilhomme mieux fait, ny plus

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digne de son rang. Cest luy qui a esté si connu, et si estimé des gens de mérite dans tous les ordres, sous le nom de Valencio.

Le comte de Soissons demeura ferme dans lesinouvemens de la pluspart des grands qui avoient le prince de Condé à leur teste. De nouveaux mécootentemens l'avoient armé pour empescher le voyage du Roy en Guyenne. Ce n'est pas de mon sujet d'entrer dans les particularitez de ces divisions pour en remarquer les caus^j les fins que l'on s'y proposoit, et le succez. Je diray seulement que les ministres eurent tousjours un soin très particulier d'apprendre par leurs lettres au président tout ce qui s'y passoit. Comme les grands vaisseaux dans )e corps humain sont les dépositaires du sang dont ils font, pour leur conserver la vie, une juste distribution aux moindres, de mesme dans le corps politique, les grands magistrats sont les dépositaires naturels des secrets de l'Estat, qu'ils communiquent à leurs inférieurs A proportion de ce qu'ils jugent nécessaire pour le bien public. Les cbastellatns sont de 1h qualité des derniers dans la politique françoise : ils n'ont de jurisdiction que jusques A soixante sols dans le Daupbiné. Mats le feu Roy en ayant attribué par un édit fait pour ceste province une de plus d'estendue, cet édit n'avoit pas esté présenté. Le Roy en ordonna par ses lettres patentes l'exécution et l'enregistrement, et pria le premier président de les procurer Ceste nouveauté ne trouva pas les esprits dans le Parlement (i) disposez à la recevoir. Le procureur du pays s'y opposa et le président ne changea pas de méthode ne pouvant pas changer d'inclination.

Il ne s'oublia pas non plus dans une occasion de plus d'importance et de plus d'éclat. Bani, archevesque de

(i) V. sur te rang occupé parle parlemeDl du Dauphiné dans les difTérentea aBsembléei des Noubles : G. Allard, IXct. de Daupk., v Parlement.

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Patras, nouveau vicelégat dans Avignon ayant esté chargé avant que de partir de Rome, de s'appliquer principalle* ment au recouvrement de tout ce qui appartenoit au comté Venessin, reprit en ce mesme temps l'affaire de la souveraineté de Solérieu. 11 envoya pour cella au premier président un de ses otHciers : ce fut Otram, vicetrésorierdela Chambre apostolique. Il ne s'y estoit rien fait depuis la commission du conseiller BaiUy, et les émotions que ressentit alors l'Estat dans ses principalles parties en destoumèrent les pensées et les portèrent à des choses plus pressantes et plus importantes.

Les vacations estans venues, le président les passa ft Virîeu. 11 y donna quelques heures à la composition du dernier discours qu'il prononça le troisiesme jour du mois de novembre, à l'ouverture du Parlement. Frère, maistre des requestes, estoit alors dans Grenoble, oti l'occupoicnt diverses commissions que Lesdiguières, qui s'en vouloit faire une créature affidée, luy avoii procurées : et c'estoit par ses mains que le premier président recevoit la plus part des ordres qui luy venoient de la Cour. Il en receut un, i la fin de ceste année, de faire publier une nouvelle déclaration en faveur de ceux de la religion P. R. pour l'observation de l'édit de Nantes : leurs mouvemens y donnoient lieu, le Roy ne voulant pas leur laisser de prétexte qui pût excuser leur rébellion. Ce fut Lesdiguières qui se trouvant alors à Moiranc la luy ât tenir, et luy donna en mesme temps la nouvelle de l'arrivée de la Reyne à Bourdeaux.

Il n'y avoir pas de rupture apparente entre eux, mais ceux qui avoient de la pénétration voioient clairement que Frère aspiroit à ceste première dignité de la robe dans la province que Saint-André soustenoit si noblement. On s'appercevoit assez que Lesdiguières travailloit à luy en ouvrir le chemin par les emplois, que l'autborité qu'il avoît dans le ministère, luy acquéroît.

La santé du président s'affoiblissoit, et faisoit tout espérer à ceux qui avoient des desseins sur sa charge. Si est-ce que

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la force de son esprit suppléoît â celle de son corps. Nonseulement il assista aux Estats généraux de la province de l'an mille six cem seze, mais aussy il et) ât l'ouverture le seziesme de janvier par un discours aussy fort et aussy savant qu'aucun de ceux qu'il eût faits. Cesceviolencequ'il se fît acheva de ruiner sa santé. Elle déclina dez lors sensiblement, et on ne tarda pas à estre persuadé que ce qui luy restoit de vie ne laîsseroit pas longtemps en suspens l'espérance de ceux qui se promettoient de luy succéder. Lesdiguîéres estoit si puissant dansla province, si autborisé dans le party huguenot, et sî estimé des princes étrangers qu'il n'y auroit eu ny sagesse, ny seureté de le mécontenter. Il commança â ne pas dissimuler la passion qu'il avoît de favoriser Frère. Pour cella, il ne négligea rien et les ministres ne trouvans dans la personne qu'il protégeoit qu'un mérite excellant, et une grande habileté dans l'art de gouverner, furent facilement persuadez. Cependant la maladie du président croitsoitde jour à autre. Elle estoit un anéantissement qui ne luy causoit ny douleur, ny inquiétude. Il ne doutoit pas qu'elle ne iùt mortelle, et dans ceste connoissance, il considéroitlafin de sa vie comme le commencement d'une meilleure.

Il avoît souvent dans la bouche ces paroles de saint Pol : < constitutum est omnibus hominibus semel mori. > Et ne prétendant pas comme font les foibles que la nature luy eût fait tort de l'assujettir à ceste loy, il s'y soumettoit sans peur, et sans murmure. Pour mourir courageusement, il faut plus du héros que pour vivre généreusement. II se voyoit mourir chaque jour : sa mort ne fut pas l'œuvre d'un moment, elle luy dura près de six mois. Ne pouvant plus agir avec liberté, comme il avoit fait infatigablement depuis les premières années de sa jeunesse, il se jugeoit plus mort que mourant, et se croyoit ensevely dans soy-mesme.

Enfin ce qui acheva sa mort, en mettant fin à sa vie, fut un accident auquel il ne seseroit jamais imaginé qu'il deût se préparer. Un de ses proches descendu de Louise de la

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Colombière fut accusé d'avoir commis un crime des plus atroces. Il y eut arrest de prise de corps contre )uy, et on luy foisoit son procez en sa contumace. Le président voulut savoir la vérité de sa bouche, et ce malheureux, luy ayant persuadé son innocence, ne fit pas de difficulté de se remettre dans les prisons de la Cour pour se justifier. Comme l'on procédoil à l'instruction du procez, le président fut averty que cet accusé pourroit bien se tromper soy-mesme : ce qui fit qu'il commanda au concierge de le luy amener. U le pressa encore de luy avotier la vérité, luy promettant qu'il travailleroit à luy sauver la vie, s'il estoit coupable. L'obstination de cet homme fut telle qu'il désavoua, plus fortement qu'il n'avoit encore fait, l'action qu'on luy împutoit : comme s'il eût mieux aymé paroistre criminel aux yeux de tout un peuple, par le chastiment, qu'à ceux du pré&ideot par son aveu. Les criminels s'aveuglans eux'mesmes, comme il arrive souvent, s'imaginent aussy que leur aveuglement passe d'eux aux autres et que comme ils ne veulent pas voir leur crime, personne ne le verra. Celluy-cy souffrit la peine de son opiniastre dissimulation dans celle du sien. Ce fut au président une affliction si violente qu'elle achevât ce que la maladie avoit commancé.

II mourut le troisiesme du mois de may, âgé de plus de soixante neuf ans, après avoir receu tous les sacremens de l'Eglise très chrestiennement, et avec un zèle et une piété digne de luy, c'est-à-dire extraordinaire. Il receut les honneurs de la sépulture dans la chappelle des anciens Dauphins, c'est l'église Saint-André de Grenoble. Un éloge funèbre gravé dans une table de marbre, ayant esté mis au-dessus de son tombeau, y aydera à conserver sa mémoire.

Tout ce que la France avoit d'illustre et de vertueux le regretta pour l'intérest de l'Estat qu'il avoit servy si utilement durant tant d'années (i). Mais le Dauphiné ressentît

(i) u La mort violente et précipitée de Henri IV qui le

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cette perte comme un des plus funestes malheurs qui pût l'affliger. Il reconnut bientost après que la barrière, que l'amour de )a patrie avoit mise entre elle et les nouveautés, estoit abattue. Les affaires prirent un autre train, et dans ce changement la gloire de Saint-André trouva de nouvelles lumières et de nouveaux admirateurs. L'envie et les intérests particuliers s'opposent souvent à ceste unique récompense des bons tandis qu'ils vivent, mais leur mort les réconcilie avec leurs ennemis. On n'est jamais mieux avec tout le monde, que quand on est plus.

et qui Mvoît son pris, l'empescha de pousser plu* avant lu avantages qu'il auroit pu iustement espérer d'un si bon maître, quoj qu'il ne les eût iamais souhaitiez. Il ne laissa pas d'estre tousj ours extrêmement considéré sous le nouveau Roy et eut l'avantage, malgié les désordres de la minorité, le mécontentement des princes qui estoient sous les armes, le renouvellement des prétentions de* huguenots, qui estoient plus forts en cette province qu'en aucun endroit du Royaume, de la conserver tranquille et dans l'obéissance, pendant que le feu estoit allumé aux quatre coins de la France. *— Manuscrit de Mi A. de Bouffîer, p. li.

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Portrait de Prunier. — Ses qualités physlqties et morales. — Son caractère intime. — Comment il comprenait le rôle et les devoirs du magistrat. — Ses éludes ei ses lectures. - Sa science : sa bibliothèque. — Ses discours comparés à ceux de Pibrac et de d'E&peisses. — Ses sentiments religieui. — Sa fidélité et son dévouement anvere la religion, la patrie et le roi. — Son désintéressement dans ses hautes fooctions. — Son affection pour tous les membres de sa bmillc. — Son courte, sa perspicacité, sa prudence dans les a&ires . — Ses dernières paroles, sa Termelé à l'heure de la mon. — Sa générosité à l'égard de ses ennemis. — Son administration et sa fortune.

La nature avoit donné à Saint-André une ame bien saine dans un corps bien sain. On ne saurait estre capable des grandes actions sans l'un et l'autre. Il avoit une taille robuste, et avantageuse quoy que médiocre : il avoit le visage large, un peu ovale, et bien formé, le fi-ont grand, les yeux vifs, les cheveux un peu crespez, et moins noirs que chastains avant que l'âge les eût blanchis; la barbe assez époisse, touffue et longue comme on la portoit alors, le nez uny et médiocrement grand^le leint blanc etcoloré, et leslëvresvermeillesmesmesdanssesderniéresannées. Enfin il avoit un sir grand, noble et sérieux qui Imprimoit du respect à ceux qui l'abordoient. Il estoit né avec beaucoup de santé, s'il en avoit eu moins, il n'auroit pas suffi si longtemps à soustenir, presque seul, le poids de tant d'a^ires publiques et particulières qui auroient sans doute accablé tout autre que luy. Il ne fut jamais attaqué d'aucune

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— ïg^ — maladie qui se fit craindre, qu'une seule fois, et encore ce ne fut qu'au déclin de son âge. Caria dernière qui le porta au tombeau fut plustost un anéantissement qu'une maladie.

Ce qui contribua principallement à le rendre sain fut sa gayeté naturelle qui alloit quelques fois jusques i l'enjouement. Il savoit maistriser les chagrins et gouverner les ennuis ; ils n'agissoient sur luy qu'autant qu'il le leur permettoit. La tristesse est la nuit de la raison : on ne voit jamais bien les choses quand la raison, pour aller à elles, a à percer les ténèbres de la mélancolie. Elle est la pire ennemie qu'ayent lecorpset les esprits. Elle sèche ceux-là, et offusque et trouble ceux-cy. Quand il se sentoit trop apesanty par l'impression des occupations sérieuses, il avoit dans sa maison, pour se divertir, une espèce de fou, qui néantmoins ne manquoit pas d'esprit. Il l'appelloit Victor. C'estoit alors la coustume des grands d'avoir de ces facétieux : ses discours libres et souvent extravagans, ses raisonnemens sans raison, le faisoient rire. Il luy estoit un remède et un domestique par ceste raison aussy utile qu'agréable. Ce qui relasche l'esprit, le rend plus fort. Mais l'enjoQement du président n'avoit rien qui offiinçât la gravité d'un grand magistrat, ny qui ne s'accommodât bien à sa dignité. Il savoit luy donner des bornes, et le mettre dans la retenue : tous lieux et toutes heures ne luy estoient pas propres. Il n'estoit pas de ceux qui ne distinguent point la gayeté bonnestede la boufoanerie comique, qui semblent courir tousjours après des pensées ridicules, pour le devenir eux-mesmes, et qui affectent des manières qui dans le rang qu'ils tiennent , ne sont jamais ny louables, ny lotlées des honnestes gens. Il gardoit tout cet enjouement pour la maison. Il n'en paroissoit rien dehors, et on ne voyoit jamais dans Saint-André qu'un magistrat sérieux et tousjours vénérable. Le sage magistrat peut se donner bien des choses dans le particulier, mais il doit à sa dignité toutes ses actions, toutes ses paroles, et toutes ses

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pensées dans le public. Saint-André revenoit plus fort et plus dégage à ses occupations ordinaires , aprâs ses excursions de peu de momens. H n'en avoit pas de plus agréable ny qui ne luy fût plus naturelle que l'estude, la lecture, et la méditation. De son cabinet, i;t des savans dont il avoit les ouvrages, il s'estoit fait une espèce de seconde patrie. Il y estoit dans un parfait repos, et comme dans son centre. Il n'y avoit pas de science où il n'eût pénétré, et quelques années avant sa mort, Fougerolles luy acheta par son ordre les œuvres d'Hyppocrate et toutes celles de Gallien ; Fougerolles luy estoit un bibliothécaire qui avoit soin d'ouvrir l'entrée desa bibliothèque aux bons autheurs qui méritoient cet honneur. Aussy il n'y en avoit pas de plus nombreuse, ny de plus savante dans la province, de sorte qu'ayant esté partagée à ses petits fils, il s'en est fait deux fort bonnes lia laissé diversouvrages, oti,àla réserve de rexpression,toutestexcellent.Nostre langue n'estoit pasencore danssapuretéet dans sa perfection Lesharangués qu'il prononçoît, aux ouvertures du Parlement et des Estats généraux de la province , sont semées de divers passages grecs et latins, tirez des meilleurs autheurs de ces deux langues. C'estoit l'usage de ce temps-là : on préféroit la louange de savant à celle d'éloquent, leschoses aux paroles, le corps à l'habit. Si elles estoient données au public, on les jugeroit comparables aux meilleures de Pibrac(i|, de

{i) Pibrac (Guy du Faur, seigneur de), aé en 1529a Toulouse, commença ses études dans cette ville, les continua à I^is, puis alla se perfectionner dans la jurisprudence, à Padoue, tous André Alciat De retour dans ta patrie, il y fut nommé conseiller au Parlement , et ensuite juge-mage. Choisi par Charles IX, en i563, pour Etre l'un des ambassadeurs de France au concile de Trente, il y défendit les intérêts de la couronne et les liberiâs de l'église gallicane. Nommé, en 1 565, avocat général au Parlement de Paris, il devint, cinq ans plus tard, conseiller d'Étac, Pibtec eccoropagna, en tS-ji , le duc d'Aniou en Pologne. A son retour il négocia un traité de paix entre la Cour et

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d'Espesses (i) et d'Orléans (2). Il escrivoit tris bien notre langue : son style est solide , fort et concis. H n'y a rien de barbare, nyi qu'alors on eut accusé de n'estre pas François. Il conservoit les originaux de toutes ses lettres : le caractère en est tel qu'il ny a rien qui ne soit sage, judicieux et très propre à leur sujet et à ceux à qui elles estoîent addressées. Celles qui sont aux roys, aux grands et aux ministres conviennent aux personnes et à la matière. On y voit tous les sentimens d'un fidelle sujet, d'un zélé patriote, et d'un politique aussy désintéressé que savant dans l'art de gouverner.

Celles qui sont aux gens de lettres sont pleines d'érudition, et il y a de l'hébreu, du grec et du latin meslés, si à propos, qu'il semble quelesautheursd'oti il a tiré quelque chose ont pensé et escrit pour luy. Mas dans celles de ses amis on remaïque un certain épanchement de tendresse et de syncérité qui fait avouer ; qu'estre aymé de luy, ce n'estoit pas un médiocre bonheur. La pluspart des hommes veulent qu'on les ayme comme si c'estoit un devoir, mais ils ne veulent pas aymer comme si c'estoit un abaissement, tyran niquement injustes en l'un, sottement orgueilleux en l'autre. La philosophie et la pratique de la vie luy avoient enseigné en quoy consistent les devoirs de l'honneste

les protestants. Pour rfcompenser ses services, Henri 111 lui conlïni une charge de président à mortier et il [fut aussi chancelier de la reine de Navarre. — Biog. univ., t. iv, p. 588. — E. Cougny, Pibrac, ta vie et ses écrits, pp. '7-10, 1869.— Ph. Tamîïey de Larroquc, VitdeGuy du Faur de Pibrac, par G. Colletet, pp. ii-ig. - M. le M" de Noailles, Henri de Valois et la Pologne en 1S7Z, t. u, p. jb.

Il) V. la note de la page 11.

(1) Dorléans (Louis), né à Paris en 1542, l'un des plus fougueux partisans de la Ligue choisi pour remplir les fonctions d'avocat général, fut obligé de prendre U fuite i l'entrée de Henri IV. Il obiini son pardon après neuf ans d'exil ei mourut en 1619, laissant un grand □ombre d'ouvrages parmi lesquels : Ouvertures des Parlemens ; Rouen, 1610.

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— agS — homme et luy en avoient facilite l'usage. Pour estre un grand homme, il faut ne pas ignorer ce que l'on doit à la religion, à l'Estat, à la patrie, à ses proches, à ses amis et à soy-mesme, et le mettre en pratique.

Le président avoit toute la piété d'un vray catholique mais son zèle estoit judicieux et ne devenoit jamais une frénésie Dans l'exécution de l'édit de Nantes, il establit la religion catholique en tous les lieux d'où elle avoit esté chassée. Il donna la hardiesse à des prestres d'accepter des cures de paroisses oli il ne restoit plus de catholiques, en leur promettant de les protéger comme il fit en toutes les occasions ob ils eurent besoin de son secours. Et par ce moyen la religion commança d'y renaistre : il en a esté le restaurateur. Tous les ordres religieux, et principal lement les jésuites, estoient seurs que dans les besoins il ne leur manqueroit pas. Il faisoit pour eux, ayant en veuë la religion, tout ce qu'il jugeoit nécessaire pour les authoriser, et pour leur conserver ceste liberté apostolique qui est l'ame de leurs fonctions. Les capucins et les recollets luy ont l'obligation de leur establissement dans Grenoble, de mesme que les jésuites de Vienne, et dans Ambrun II orna depeintures et de tableaux l'église du célèbre monastère des religieuses de Montf!eury(i}. Toutes celles de ses terres ont eu de ses bienfaits, et les chapelles de leurs chasteaux que les guerres civiles avoient maltraîttées, ont esté réparées par eux. Il a mesme establi des chapelains en quelques. unes par les fondations qu'il y a faittes.

Comme il estoit très dévot au culte de la religion, il l'estoit de mesme au service du Roy et de l'Estat. Mais dans sa politique, il ne mettoit pas de différence entre l'intérest du Roy et celluy de l'Estat. Durant les plus dangereux mouvemens de la Ligue, le Roy n'eut pas de plus lidelle

(0 Henri de Maillebui], ^Reck. hist. sur le moiuut, roy. de Montfitury.p. iiq.

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sujet, ny de plus bardy à faire agir sa volonté. Il ne se promettoit pas la récompense, comme un mercenaire, mais l'honneur et la satisfaction de sa conscience comme un héros. Il a presque lousjours tout fait gratuitement, et ses grandes et illustres commissions ne luy ont esté que des occasions de dépenser. 11 est vray de dire que jamais ministre n'a acheté la gloire si chèrement, si est-ce qu'il n'a tenu qu'à luy de se faire acheter soy-mesme. Il estoit si utile à l'Estat et à la province que pour le leur acquérir, tout n'auroit passemblé trop. Mais la vénalité n*estoit pas venue jusques à luy : les grands hommes se donnent et ne se ven* dent pas; il s'estoitainsy donné à sa patrie, et ilneluyvendoit pas ses soins bien loin qu'il la vendît elle-mesme. En efiet il estoit l'ennemy irréconciliable des nouveautez : la crainte, ni l'espérance ne glaçoient pas son cœur, quand il falloit combattre contre elles pour sa patrie. 11 y eut mesme de ces porteurs de patentes accordées à l'importunité ou i la . faveur, assez téméraires pour l'actualiser : ils prétendoient se le rendre moins contraire par ces actes menaçans. Mais quand on n'a pour but que le bien public et l'honneur, rien n'épouvante, ny ne rebute : ses ennemis, (car la vertu en a tousjours], s'imaginoîent que sa fermeté prendroit un autre nom dans le Conseil du Roy. Ils se trompoient : on y estoit bien persuadé qu'il n'avoit que des motifs innocens et les sages minîstresestiment la vertu, lors mesme qu'elle n'a pas pour eux une aveugle complaisance

Enfin la patrie perdit premièrement en luy, et après en Lesdiguières, ses deux bras. Elle fut dezlors, exposée sans deffense,à toutes sortes d'attaques et sans action aux fourberies et aux entreprises des âmes vénales, auxquelles rien n'est sacré que leur impiété (1).

(1) Pendant près de trois cents ans, le Dauphiné avait conservé des buts particuliers et une réelle indépendance. Depuis Louis Xlll, cette province en fut réduite à se contenter de la satisfaction nominale qu'on

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L'amour des proches ne cÈde qu'à celluy de la patrie : le président ea avoit un extrême pour les siens; il les considérait tous, comme s'ils avoient esté une partie de sa famille. Il estoient à tous leurs intérests, et il se croyoit obligé de les soustenir et de les deffendre avec plus d'ardeur que les siens propres : il s'en faisoil un point d'honneur. Sa maison estoit leur logis, quand ils venoient à Grenoble : ce luyesloit un plaisir de les posséder librement dans la conversation familière. Ils avouoient tous qu'il n'y avoit pas de meilleur, de plus franc, ny de plus utile parent : l'affection qu'il avoit pour eux s'estendoit encore pour l'amour d'eux. Il en aymoit et il en servoit, sans se lasser, les parens et les alliez. Ainsy il ne passoît presque pas de jour qu'il ne fît du bien ou du plaisir à quelqu'un d'entre eux : il auroit cru manquer à son devoir, si en ayant l'occasion, ill'avoit perdue. Il estoit impossible d'en mieux user, ses amis avoient bien autant le sujet d'en estre satisfaits. Il n'attendoit pas en repos les occasions de les obliger, il les soUicitoit et les recherchoit. Ceux de la province qu'il aymoit le plus, dans son alliance, estoient Colombier, et Saint Jean, ses gendres ; dans le Parlement, les conseillers Baro et Cornu, du Faureet Expilly (i), le premier procureur général, et le second avocat général ; et entre les savans Boissieu, Bressieu et Fougerolles. Il voyoit ceux-cy deux ou trois fois chaque année à TuIIins, lorsqu'il y passoit pour aller en ses terres. Ilsestoient avertis du jour, et ils le passoient ensemble dans une conversation agréable et sa-

lui accorda en mamlenanl le titre de Dauphin, t Celle province, dit G. Allard, est un pals d'Estats, mais, en 162^ , on commença d'«n surseoir les asserobléeE. Ilsestoient convoqués au commencement par les gouverneurs, et alors c'eatoit le plus souvent dans la ville de Romans, mais à la suite ils le furent tousjours dans celle de Grenoble et au Palais Episcopal où il y a encore une salle qu'on appelle des Estats.i— G Allard, nicf. ieCuupA ,v'' Eslats et Parlement, 16A4. — E.SergfiT, Le Parlement de Dauph, p. S5.

(i) V. les notes des pages 187, igo, 33û.

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vante. Après qu'Us s'estoient séparez, ils ne laîssoient pas d'estre longtemps ensemble par le plaisir qui leur en restoit. Enfin qui avoit part à son amitié avoit en cella une preuve de son mérite, et un ferme appui pour tous ses intérêts. Il y avoit de l'honneur et de l'utilité : l'amitié qui ne produit que de l'honneur est un arbre qui ne produit que des fleurs et celle qui n'est qu'utile est un de ces biens qui ne plaisent qu'aux stupides et qui ignorent ce que c'est que levraybien. Le président en connoissoit la nature, la cause et les effets. Le vray bien estcdluy qui contente l'esprit : la méditation est la cause, une joye indépendante des accidens et un calme tousjours sans trouble et sans orage, en sont les effets.

Le président avoit une égalité admirable : l'assiette de son esprit respondoit parfaitement à celle du cube dont il avoit fait sa devise. On ne le vit jamaîsqu'une fois emporté de colère et encore fut-ce dans une occasion qui ne Tintéressoit pas, mais qui regardoit l'authoritédela justice et la dignité du Parlement. La prudence modère les mouvemens des passions, et quand elle les authorise, ils sont vertueux. Celle du président estoit vraiment la science des bonnes et des mauvaises choses pour aller à celtes U et pour éviter celles-cy : elle n'estoit pas un artifice trompeur, une fourberie dissimulée, un vice déguisé H avoit pour elle une pénétration dans les occasions les plus difficiles qui luy en faisoit remarquer d'abord toutes les circonstances, et l'on avoûoit dans le Parlement, qu'il sembloit toujours voir clair dans les plusépoisses obscurîtez des affaires : on admiroit sa perspicacité. Elles ne pouvoient rien lui cacher, et jamais homme n'a mieux sceu cacher ce qui n'en devoit pas paroisire. Le secret en est l'ame, il n'y en avoit point qui fût trop pesant pour luy. C'est ainsy que ses desseins estoient imperceptibles à ses ennemis, et que l'on en voyoit le succez et l'exécution avant qu'on pût s'imaginer qu'il les eût formez Quelques difficultez qu'il y rencontrât, son courage les méprisoit et sa sagesse les surmontoit.

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On n'a pas veu d'sme plus forte, ny de constance plus ferme. Rien ne l'intimidoit, rien ne l'esbranloît. 11 ne craignoit pas mieux lesmenaces de la nature que les efforts des hommes. La foudre est ce qu'il y a de plus à craindre dans la nature. Il luy est arrivé de la voir, sans émotion, tomber auprès de luy et mesme une fois sur un de ses domestiques qu'elle tua^ c'estoitdans leçbasteau deVirieu.

La qualité de sa maladie ne luy permettant pas d'espérer d'en guérir, il ne sortit jamais des paroles de sa bouche qui ne montrassent qu'il ne craignoit nullement la mort qui est le plus redoutable des maux, quoy qu elle soit la fin de tous. Le Parlement, pour luy tesmoigner le regret qu'il avoit de le perdre, luy députa, quand il fut à l'extrémité, un président et quelques conseillers auxquels se joignirent tous les plus vertueux et les plus raisonnables de ceste auguste compagnie, oli il n'entre jamais rien que de vertueux et de raisonnable. Il écouta avec plaisir leur compliment qu'il savoit bien n'estre qu'un adieu qu'ils venoient luy dire. Il leur respondit obligeamment, et parla de sa prochaine fin d'une manière qui ht connoistre qu'il ne la considéroit que comme une entrée à une meilleure vie. On n'eut pas sujet de douter que dans la mortelle foiblesse où il estoit, il ne conservât toute la force de son esprit. Aussy il disoit que c'est ignorance et lâcheté de craindre ce qui est inévitable.

A l'esgardde ses ennemis, sa sagesse en éludoit les efforts et sa fermeté les émoussoit. Nul d'eux n'a jamais eu l'avantage d'arracher des plaintes de sa bouche, ny des tesmoignages de crainte de son coeur. Il les lassoit sans leur Ëitre du mal, et enfin il les gagnoit en leur faisant du bien J'en pourrois donner des exemples. Un des plus grands hommes de la province estant sur le point de se voir élèvera une dignité sublime et éclattante, certaines considérations qu'on n'avoît pasencore préveues, estoient capables de l'en esloigner: le président n'avoît pas sujet de le croire son amy. Néantmoins il escrivit au Roy et au

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— 3oo — Chancelier, pourluy, de sos propre mouvement. Il leur tesmoigna qu'on ne pouvoit pas &ire de choix plus lotiable, ny mesttre dans ceste dignité une personne plus savante, plus vertueuse, ny plus utile au service du Roy et au bien de la province : son tesmoignage persuada.

Un autre, que la protection de Lesdiguiéres portoità tout oser, avoil prétendu luy disputer son rang : il n'estoit pas encore dans la première présidence, et entre les grands avoir voulu faire du déplaisir, c'est l'avoir fait.

Ils estoient en froideur, mais le président ne savoit pas haïr et ne vouloit pas estre hay : cet envieux , mais d'ailleurs homme de mérite, eut besoin de son secours et il n'attendit pas qu'il luy fût demandé La réconciliation est syncére qnand elle se fait par l'entremise des services qui ne tfompent jamais, et non par celle des amis qui souvent sont trompez : il n'y a pas de plus noble moyen de se venger de ses amis. Saint-André ne se faisoît pas de la violence en ceste sorte de vengeance.

Il estoit bon, et aussy éloigné de toute malignité que la malignité l'est de toute vertu : aussy il paroissoît tousjours sensible aux misères publiques et encore plus aux misères particulières. Il savoit tirer de ses biens le service auquel la nature les destine : ceux qui n'en usent point ou qui en usent mal, l'ignorent. Il estoit libéral , quand il jugeoil le devoir estre.

Le Roy estant à Lyon, après que la Ligue en eut esté chassée, il ne put se dispenser d'aller luy rendre ses respects. Il rencontra dans la plaine d'Erieu, à deux lieuësde ceste ville, de jeunes gens bien faits et bien montez qui le prièrent de les gratiner de quelque présent. De telles demandes, en ces Iteux, les armes à la main, sont des complimensqui menacent. Il estoit assez fort estant accompagné pour y respondre de manière à leur faire essuyer la moitié du péril. Mais les ayant considérez hardiment et fièrement, il reconnut qu'ils estoient sans doute personnes de qualité, de la suite de la Cour, que le jeu ou la débauche

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— 3oi - «voit ruinée. Il kur parla fortement, et il leurfit comprendre en peu de mots l'infamie et le danger oti ils se plongeoient. On ne persuade jamais mieux que lorsqu'on ne prérend pas tirer avantage de la persuasion. II leur fît présent de trente ducatons, et ils se retirèrent aprâs l'en avoir remercié, satisfaits de sa libéralité, et résolus de ne rien feire à l'avenir d'indigne d'eux. A quelques années de là il fit un voyage à Paris : la fortune les luy présenta. Ils le reconnurent et luy rendirent de nouvelles actions de grâces avec la somme qu'il leur avoil prestée , qu'ils luy portèrent dans son logis. Ils estoient effectivement gens de qualité.

Son œconomie, dans la conduite de sa maison, n'estoit pas une sordidité blasmable mais un ordre sage et judicieux : elle s'accommodoit avec l'honneste et l'agréable. II les consultoit, et ne déiibéroit pas de toutes choses avec la seule utilité : de sorte qu'il estoit splendide où il le &Iloit estre, et retenu et réservé ob il y auroît eu du blasme de vouloir paroistre peu épargnant. On ne voyoit rien dans sa famille qui ne respondit à sa qualité Pour tout dire, il donnoit tousjours â l'honneste tout ce qui luy estoit dû, et il ne refusoit jamais rien à cet éclat qui fait honneur aux dignitez. Il usoit de ses richesses et n'en abusoît pas. Elles estoient si grandes, qu'après sa mort, Lesdiguières ne fit pas de difficulté de dire au Roy et aux Ministres qu'en luy estoit mort le plus riche des magistrats du royaume: il est vray que son père luy avoir laissé de grands biens, il en laissa moins à son héritier, mais aussy il tuy laissa plus d'honneur et d'estime dans le monde. Dans les grands emplois qu'il avoit eus, en des temps malheureux, il avoit fait des despenses extraordinaires dont il ne demanda jamais le remboursement : il avoit presque tousjours servy le Roy et l'Estat gratuitement, dans la Provance, dans le Languedoc, dans le Forests , dans le Lyonnois, dans le Dauphiné et à la Cour. Il ne connoissoit d'autre intérest que son devoir, et comme il auroit, pour y satisfaire, pro-

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digue son sang et donné sa vie, il n'estoit pas avare de son argent. Néantmoins il mourut avec le plaisir de voir dans sa Maison un office de conseiller duquel son fils aisné estoit revestu , de grandes terres et des ûeb spécieux : c'estoient Vlrieu, Saint- André, Bochene, la Buissidre, Lemps, Bellecoinbe, Agniéres, la Cluse et Monuvit. II importe â Testât que les bmilles auxquelles la probité et l'amour de la patrie sont des attributs naturels, comme elles le sont à celles-cy, n'ayent jamais sujet de se plaindre de la fortune. Les biens qu'elle y foit entrer et qu'elle y conserve sont la plus seure partie du trésor public.

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Généalogie de la maison de la Colombiire. — Généalogie de la famille de Prunier et «es alliances jusqu'en i68ï.

Mais le plus grand bien qu'il eût receu de la fortune et qu'il ait laissé à sa postérité, c'est la noble naissance : l'origine donne presque toujours la qualité de loUable ou de blasmable au prdgrez de la vie. La noblesse éclattoit dans la maison de son père depuis un temps immémorial, et elle estoit entrée dans celle de sa mère depuis plus de trois cents ans. *

Ce n'est pas mon dessein d'en faire icy, en destail, une description généalogique. Guy Alard(i), desjà assez connu

(i) Allard (Gu^), historien et généalogiste, naquit à Grenoble le t6 septembre i635. Quoiqu'il occupe une place asaez importante dons notre histoire littéraire, on connatt peu Jes circonstances de sa vie. U se lit recevoir de bonne heure avocat au Parlement de Grenoble. En 1671, il débuta par un ^oiiljotre. Peu après cette première publication, il acheta une charge de^préùdent en l'élection de Graisivaudan dont les titulaires se décoraient du titre de conseiller du roi. Ses nombreux ouvragcB envers lesquels la critique pourrait se montrer sévère, contiennent cependant de très curieuses recherches. Il mourut le 34 décembre 1716, doyen des avocats. Chorier écrivait la vie du président Prunier en 16S2 ; le désir qu'il émet ici, se réalisa, dix ans plus tard, mais en partie seulement. En eftct, G. Allard, à la mort

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— 3o4 — par le grand nombre de généalogies qu'il a données au public, a encore dressé celles de ces deux familles desquelles je ne doute pas qu'il ne fasse un jour présent aux curieux : mais il ne manqueroit beaucoup à mon ouvrage, si je n'en disois pas tout ce qui pourra servir à l'orner et à l'éclaircir. Je commenceroy par celle de la Colombiëre, parce qu'elle est entièrement esteinte, et qu'elle a besoin de mon secours pour paroistre encore une fois aux yeux des hommes.

Son premier nom estoit celluy de Gaude , et Gaude est un tîef proche de Châlon qui luy appartenoit. Elle fut portée de Bourgogne en Dauphiné, environ l'an mille trois cent, par Guiot Gaude, dit la Colombiëre, qui s'establit & Valence. Son père avoit eu l'honneur d'estre chancelier duduc de Bourgogne, et ses armes se voient encore dans l'église Saint-Estienne de Cbàlon. Il portoit d'azur, ft trois colombes d'argent, deux et une, becquées et onglées de gueules. Il eut un fils et une fille : le fils fut Guiot second de la Colombiëre qui épouu Jane Perollier. l'an mille trois cent quatre vingt dix-neuf. D'eus naquirent Jean, premier de ce nom , Catherine et Florie. Jean épousa Jane Chappuis de Coindrieu, l'an mille quatre cent vingt-sept, et eut d'elle plusieurs enfans. Hierosme de la Colombiëre fiit l'un d'eux : il fut pÈre d'Aimar et ceUuy<7 le fut de François et d'Antoine.

Le premier épousa Marthe Gaultier, fille de Louis Gaultier, gouverneur d'Orenge, et eut d'elle Jane delà Colombiëre. 11 contracta de secondes noces avec Marguerite de Beaulieu qui le fit père de Guigonae et de Louise. L'aisnée de ces deux fiit mariée à Gabriel de Morges de la Morte,

de Nicolas de Prunier, publia, au mois de eeptembre lûyî el dans le Mercure galant, la génda](^e de cette illustre Emilie. Nog» reproduisons 6dèlement le travail de ce rival de Chorier, cl nous sointnes persuadé que ce parallèle ne sera pas dénué d'intérêt. — Rochas . Biog.du Dauph., t. t, p. 14.

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gouTeraeur de Grenoble qui eut d'elle Bertrand de Morges et deux autres âls : ce sont Gommiers et Pauliane desquels j'ay fait mention. L'autre entra dans la maison de Bourchenu ayant épousé Balthasar deBourchenu, seigoeurde Cbamprond.

Mais Antoine de la Colombiirefut maryde Jane Faure et pAre de Charles qui, de Gatheiine Ghastel, eut deux fils et deux tilies. Louise,rune d'elles, épousa Jean de Veines, seigneur de Cbessiilienne : Pierre, Louis de Veines, ooseigneur de Veines, et conseiller au Parlesient de Dauphioé, estoit 8on petit fils .

Revenons à François de la Colombiére (i) : il mérita par son esprit et par sa fidélité la charge de trésorier général unique de Dauphiné que Jane, sa fiUe aisnée, porta à Artus de Prunier, seigneur de Saint-André, son mary, avec la terre de Peirios. Et d'elle naquit nostre illustre premier président.

Du chef de son père, sa noblesse estoit encore plus qua* liôée(2): Prunier est un fiefûtué dans la paroisse de Saint- Martin de la Place en Anjou, il a donné son nom à ceste famille, et il n'y a pas de preuve plus tn&ilUble d'une ancienne n<ri>lestc dans les femijlcs qu'une pareille origine de

(i) G. Vallier, Nott tur wu mééaiUe de Fratfoii da la Calombière. GrenobU, 1X72.

(a) u Saiomille, diiGujr Allard, «t originaire d'Anjou et porte de gueules à la tour d'argent, ponillfe et crénelée de hUc, surmontée d'une auUe tour de mesme.

•1 Pierre de Prunier, seigneur de Prunier en Anfou, ot de la Bresche- Persey, pràsdel'îale Bouchard, vivoil l'an 14S0 et eut pour feouDe Rjoleltede Beauneide Semblance)' en Tourainc.

• Jean de Prunier, conseiller du Roy et général de justice des Aides de Languedoc, et seigneur de la Bresche, fut son fils, il vivoît l'an 1460. U épousa Peronne de Bouhaille, fille de Jacques de Boubaille, |uge général de Touraine, et de Jeanne de Brïçonnet. » — G. Allard, Mercure galant, p. 109. Septembre 1691.

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leursnoms Comme te président estait descendu des puisnez, les principaux titres qui sont tousjours du partage des aïsnez ne sont pas demeurez à sa branche. 11 ne s'en est conservé qu'autant qu'il es &ut pour remonter avec certitude jusquesau règne de Charles VI, par six degrés.

Pierre de Prunier en fait le premier. Il épousa Marie de Rets, del'ancienne et illustre famille des premiers seigneurs de Rets. D'eux naquit Jean de Prunier, premier de ce nom, qui fut général de la justice des Aydes dans le Languedoc, sous le roy Louis XI : c'estoit le tiltre d'une grande et im; portante jurisdiclion. Perrine de Bouhaille fut sa femme. Elle estoit tîUe de Jean de Bouhaille, lieutenant général de Touraine, et d'tme sœur du cardinal Briçonnet,et Fut mère de Jean de Prunier, second, d'un autre Jean de Prunierdit le Clerc, parce qu'il fut ecclésiastique, et de Marie de Prunier. Celle-cy épousa Guillaume de la Rocbecoheu (i), abbé de Saint Volusîen de Foix. Nous avons eu aussy occasion de parler de luy comme d'un homme digne d'estre recommandé à la mémoire. Mais Jean de Pruaier, aisnéde ces deux, etsecond de ce nom, fut capable des plus grands emplois. II fut maistre d'bostel de la maison du roy Louis XI qui l'envo^ avec Guyaot de Boussiéres, aussy l'un de ses maistres d'bostel, et avec quelques autres à Ferdinand I, roy de Naples, avec la qualité d'ambassadeur pour obten'^r de ce prince une grâce de laquelle le Roy espéroit le recouvrement desa santé. Saint François de Paule, autheur de l'ordre des Minimes, passoit desjà en ce tempslà, pour un grand saint. Le Roy, qui estoit atteint d'une maladie que Coctier, son médecin, jugeoit mdrlelle, sepromettoit tout du secours des prières de ce saint homme, n'ayant plus rien â espérer de celluydes remèdes humains. Il le demandoit à Ferdinand, et c'estoit le sujet de ceste

<i) Voir la note de la page iSi.

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— 3o7 — ambassade,qui eut le succez que les prières du saint pour la santé du Roy n'eurent pas. Quand nous naissons, Dieu compte les jours que sa providence éternelle a déterminé de nous donner, et il n'y a jamais de changement à sa détermination, non plus que d'erreur à son calcul.

Les ambassadeurs allèrent avec le saint, comme il leur avoit esté ordonné, saluer le pape Sixte IV et luy baiser les pieds de la part du Roy.Ce fut alors que divers privilèges furent accordez à Prunier pour la chapelle de son chasteau de Foucfaaut, qui estoît une partie de la dot de Marie des Rollands(i), sa femme. Cet employ fat suivy de bien d'autres sous les roys Charles VIll et Louis Xll.

Le cardinal Briçonnet, son oncle, ayant eu toute l'authorité du ministère et du gouwrnement durant le règne du premier, il eut entre autres celluy de trésorier et de receveur général dans le l^nguedoc, dans la Guyenne, et dans le Poitou. Comme son père avoit de l'ancien chasteau de Prunier fiiît un nouveau bastiment non-seulement plus

( • Jean-Pierre de Prunier, Kigneur de la Bresche-Persey et de Fouchaux en Touraîne, naquit de ce mariage en 1496. U eui deux reromes : l'une nommée Marie des Rotlans, dame de Fouchaux, fille de Cleriardua de» Rollana , vicomte de Gisors, et l'autre appellée Marie de Reti , d'une fcmille d'Anjou. Il eut de la |;reniière Jean de Prunier qui continua la branche aisnée, Philippes qui mourut sans alliance, et Anne qui, en 1 Si i , épouaa Gilbert de Fillol, seigneur de la Fauconnière ; et du second lit, il tut pire d'Artua qui a &it lea branches de Dauphinf.

' Jean de Prunier, II* du nom, seigneur de Fouchaux et d'Ecouscieux enForeat, vivoifl'an i53o. U prit pour femme Lfonarde Foumier, dame d'Ecouesieux, d'une tamille de Lyon, de laquelle il e|it Jean de Prunier et Claudine de Prunier, épouse de Jean Henry, bwon de la Salle en Uonnoia.

« Jean de Prunier, III* du nom, seigneur des meamee lieux, fut l'époux de Jeanne de Renoard, dame de Vemey, etk pire d'Artua de Prunier qui mourut jeune et de Marie de Prunier, épouse de Pompone de Bellièvre, chancelier de France. ■ — Mercure galant , pp. 11 0-1 11.

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— 3o8 régulier, mais plus saperbe et plus magnifique, i) rebastit aussy presque à neuf celluy de Fouchaut. De sorte qu'encore aujourd'hui c'est une des plus belles maisons, de mesme qu'elle est assize en un des plus beaux lieux de la Touraine. Cette terre est aujourd'hui dans la maison du marquis de Fourilles. Les armes de la maison de Prunier qui paroissent élevées sur des pierres aux lieux les plus émînens,etlesp]usen veuë du chasteau, et de celluy de Prunier, y sont des preuves qui conservent à ceste famille l'honneur de les avoir et possédez et mis en Testât avantageux où on les voit : mais outre ces terres, elle possédoit encore en ce temps-la celle de la Bresche et de Puichard.

Marie des RoUands eut une heureuse fécondité : elle rendit son mar)- pire de quatre fils, et de deux filles. Jaques fut l'aisné des masics, les autres furent Jean, Artuset Philippe ; les filles furent Anne et Marie.

Philippe porta les armes avec honneur et se distingua en Italie au siège de Milan, cl dans le Levant en celluy de Rhodes : il mourut des blessures qu'il avoit receuës en un combat. Les trois autres furent mariés et tiges d'autant de branches, mais il ne reste que celle d'Artus.

Jaques, son frire, eut deux fils : l'aisné eut le nom de Jaques et l'autre celluy de Jean. Celluy-cy survescut à son frère, et mourut ayant esté pourvu d'un office de conseiller au Parlement de Paris. En luy prit fin la branche de l'aisné.

Jean de Prunier s'establit dans le Forest où le roy François I" l'avoit feit trésorier et receveur général, et il épousa Léouarde Fournier, dame d'Escoussieu, d'Argoire et de Grigny sur le Rhosne, k deux lieues de Lyon, Sa branche est finie en Marie de Prunier qui fut mariée à Pompone de Bellièvre, c'est le grand chancelier de Bellièvre.

Artus(i) futredevabledeson éducation à Jean de Pru-

(i> u Anusde Prunier, fils du second lit de Jean-Pierre de Prunier,

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nier, son frère, aux espérances duquel il respondit heureusement pour son honneur et pour sa forlune. C'est luy qui épousa Jane de la Colombîère.et je n'ay rien à ajouster à ce que j'ay dit dans ceste histoire. Ce luy seroit mesme un éloge qui suffiroit pour sa gloire d'avoir donné l'estre au célèbre président qui en est la matière. Il eut, avec luy, encore un tits et deux tîlles: Lanrent, Magdelène et Bonne.

Laurent, seigneur de Montavit, de la Buîssière et de Bellecombe, estoit l'aisné de tous. Il mourut dans k âeur de la jeunesse ayant laissé de Claude de Bulfion, allé d'Antoine de BuUion, deux filles seulement. L'une fut mariée à Claude de la Porte, de ta branche de l'Arlaudière, et l'autre à Philippe de Chabo, seigneur de J'Escherène (2), et de Villeneuve. Magdelcine de Prunier épousa Jean de Bellièvre qui, «prez avoir esté ambassadeur dans la Suisse, fut fait premier président du Parlement de Dauphîné. Diane de Bellièvre fut leur fille unique, et Ennemond de Rabot, seigneur d'IUins, fut son mary. Il succéda à son beau-père

vinien Dauphiné, où il épousa Jeanne de la Colombière, fille unique de François de la Colombièrc, trésorier et receveur général unique de cène province, dont il eut sa charge après luy, et fui seigneur de Saint>André, de Viiicu, de la Cluse, d'Agnières, de la Bussière et de Bellecombe. Il eut deux filles et deux Jils : Anus et Laurent.

t Ce dernier épousa Claudine de Bulllon , fille de Jean de Bullion, surintendant' des finances, et en eut deux filles: Lucrèce, mariée â Philippe de Chabo, seigneur de l'Escherenne en Savoye, et Louise qui eut pour mary Claude de ta Porte, seigneur de l'AnaudiÈre en Dauphiné. Madclaine de Prunier fut la fille aisnée d'Arlus et eut pour mary Jean de Bellièvre ; Bonne de Prunier, autre fille d'Artus, épousa Laurent Alleman, seigneur d'Alliùres. n — Mercure galant, pp. 1 1 2ii3.

(li V, Comte A. de Foras, Armoriai et Nobiliaire de Savoie. Grenoble, Allier, 1S78. — Cet ouvrage fort remarquable, où l'auteur a déployé toutes les ressources de la science héraldique, est un chefd'teuvrc de lypt^raphie et sera l'honneur de la Maison qui l'imprinic.

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— 3io en la charge de premier président. Mais il ne laissa aussy qu'une fille qui, estant entrée dans la maison deHarley, par son mariage avec Christophe de Harley, comte de Beaumont, fils d'Achille de Harley, premier président de Paris, y porta ses biens.

Bonne eut pour mary Laurent Alleman, seigneur d'AIlières et de Rochefort, neveu de Du Puy Montbrun, si fameux par le succez de ses armes pour ceux de la religion P. R. et par son malheur qui en fut la récompense. Quatorze enfans, six mssles et huit filles, naquirent d'eux. Artus Alleman, seigneur de Fontaines, en futl'aisné : ilestoit né le cinquiesme de février de l'an mille cinq cent soixante quatorze.

Innocent Alleman, sieur de la Bastie, naquit onze ans après et il est fait aussy mention de ces deux-cy dans ceste histoire. Le dernier avoit autant de cœur que Fontaines, mais il avoit infiniment de l'esprit et savoït beaucoup ; Blanche Alleman ayant survescu à ses frères et à ses sœurs, recueillit la succession de tous qu'elle porta dans la maison de Périssol par son mariage avec Sansom de Périssol, président au Parlement de Grenoble dans la Chambre de l'édit.

C'a esté un honneur aux ancestres de nostre premier président(i) de revivre dans luy et c'en est un à sa postérité d'avoir receu la vie de luy. 11 eut deux iîls et sept filles

(i> (■ Anus de Prunier, II* du nom, seigneur des mesmes lieux, premier président au parlement de Grenoble et en celuy de Provence, prit alliance avec Honorade de Simiane de laquelle il eut : Laurent qui continua la branche aisnée; Adrian qui a fait celle du seigneur de Lemps; Anne, femme de François Pascal du Colombier; Guigonne, ^use de Gilbert de Vausèche, baron de la Tourette ; Claire eut pour mary Gabriel de Montchenu, seigneur de Thodure; Marie-Pamphyle fut alliée à Adrien de Bazemoni; Gasparde à François de Virieu, seigneur de Pupetières, et Lucrèce el Françoise fuient religieuses A Montfleury. » — Mercure galant, p. 114.

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- 3ii d'Honorade de Simiane, son épouse. Sesfilsfiirent : Laurent et Adrien, et les filles, Anne, Guigonne, Marie-Pam< phiie, Claire, Gasparde, Lucrèce et Françoise.

Anne fut mariée à François de Pascal, seigneur de Colombier, et d'eux naquirent trois fils, deux furent capucins et eurent dans cet ordre les premières dignitez sous le nom de Jean François et de Natal. Guy de Pascal de Valencin en fut le troïsiesme.

Guiberl de Vauséche, baron de la Tourrette et lieutenant de Roy dans le Vivarais, épousa Guigonne, et eut d'elle un fils qui fut tué d'un coup d'arquebuse par le valet d'un gentilhomme, son voisin, qu'il avoit désarmé dans une rencontre : la chasseavoit donné cause à la querelle.

Marie-Pamphyle eut pour mary Adrien de Basemont, qui fut depuis un des présidents delà Chambre des Comptes deGrenoble.FrançoisedeBasemont,Ieur fille unique, fut mariée à Jean Audeyer^président au parlement de Dauphiné.

Claire de Prunier le fut à Gabriel de Montchenu, baron deThodnre et seigneur de Saint Jeat^d'Octaveon, petit fils d'Atnard de Montchenu, lieu tenant de Roy en Lyonnais et après en Berry. Ils eurent trois fils égallement bien faits et généreux, mais un mesme mois les ravit â lear père et aux espérances deleur patrie : ils furenc tuez dans leservice.

Françoisde Virieu, seigneur de Puppetières et de Montrevei, épousa Gasparde et eut d'elle Charles de Virieu, seigneur des mesmes terres, conseiller et garde des sceaux au mesme Parlement.

Lucrèce et Françoise s'estans dévouées à Dieu sont mortes religieuses de l'ordre de Saint Dominique dans le célèbre monastère de Montfieury (i). I] a d'extrêmes obli-

(i) t Cee dames profiiireni avec prudence des moments les plus favorables, pour obtenir d'Henri IV, par lettres patentes données à Dijon le 23 juin iSq^, la somme de 6,000 livres sur l'imposition des sis deniers établie sur chaque^inot de sel qui se débliail en Dauphiné, pour le rétablissement des églises el des monastères ruinés pen-

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gâtions à la dernière par les réparations et par les embellis^ semens qu'elle y a faits où elle a employé plus dediz mille escus.

Adrien de Prunier |i) ayant épousé Isabeau le Roux, filJe de Philippe le Roux, conseiller en ce mesme Parlement, est la tige d'une branche de ce noble nom. Ayant eu en la succession de son père un riche partage , il a eu encore celle d'Honorade de Simiane sa mère et de Guignonne de Prunier, damedelaTourrette.sasœur, qui survescut à son fils. Celluy-cy a laissé en mourant un fils et une fille : Adrien et Marie. Adrien a épousé Marie de Montchenu et Marie, Aimar de Blanville, seigneur de Bisonnes et d'Armanats. Cette branche n'a rien encore perdu des qualités de son tronc.

Mais celle de Laurens dePrunier (2)a plusd'éclat et de dignité. Il a eu dans leParlementde Grenoble, durant plus de trante ans, la place de second président, et il n'y a pas eu de magistrat plus judicieux, plus attaché aux devoirs de

dant les guerres de religion. Elles obtinrent la continuaiion de ce don, par lettres patentes données à Chambéry. en 1600. -n — H. de Maîlleftud. Rech. hiat. sur le monast. roy. de Montfteuty, p. 44.

(1) t Adrien de Prunier, autre iïls d'Anus II , a ét£ seipieur de Lemps, d'Agnières et de la Cluse, conseiller au mesme Parlement, et d'Isabeau Roux, sa femme, il a eu Adrien qui suit et Marie de Prunier, épouse d'Ahnar de Blanc, seigneur de BJanville.

t Adrian de Prunier, second du nom, seigneur des mesmes lieux, a épousé Marie de Montchenu dont il a des enfants. Deux serretil le Roy dans ses armées et un autre est chevalier de Malte. • — Mercure galant, pp. 117-118.

(1) K Laurent de Prunier , seigneur de Saint-André , de Virieu, de Beauchesne, de Bellecorobe , de la B|iiaEiire, président au mesme Parlement, a eu pour. femme Marguerite de Bellièvre, fille de Pompons , chancelier de France, et de Marie Prunier. Il en a laissé pour enfans : Nicolas, qui vient de mourir; Gabriel de Prunier; Honorade dePrunier, mariée à Ennemond de Vachon, seigneur de Belmont, conseiller au mesme Parlement, et Marie de Prunier, épouse de Henry de la Poype, baron de Corsant. ■ ~ Ibid., pp. ii5-ii6.

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- 3i3 sa cbarge, plus fidelle au service du Roy, plus 7è)é pour la patrie et moins inaccessible à tout autre intérest. De Marguerite de Bellièvre, il laissa deux fils et une fille : Nicolas, Gabriel et Honorade. Ennemond de Vachon, conseiller au Parlement, a esté le mary d'Honorade, et elle a eu de luy Joseph Jean François, seigneur de la Roche ; François de Vachon, seigneur de Belmont; Jean Baptiste de Vachon, chevalier de Tordre de Saint Jean de Hierusalem; Anne de Vachon et Marie de Vachon. Le premier quiestaussy a>nseiUer au mesme Parlement est homme d'un mérite qui n'en voit point auquel il doive céder. Anne de Vachon est entrée dans la noble maison de Chaponnay par son mariage avec Alexandre Eléonor de Cfaapponay, seigneur de Cbapponay et de Feisins, et Marie dans celle de Briançon, par le sien avec Jean Baptiste de Briançon, seigneur de Vaises.

Celluy-là est conseiller en ce mesme Parlement.

Nicolas de Prunier (i), seigneur de Saint André et marquis de Virieu, et Gabriel de Prunier, baron de Bochioe, seigneur de la Buissiére et de Beltecoipbe, y sont aujourd'hui présidens, l'un le premier, et l'autre le quatriesme.

Je n'entreprens pas de &ire leur éloge, la vénération que Ton a pour eux publie ce qu'ils sont mieux que je ne saurois le dire. Pour eux; dans une province qui semble estre le lieu natal de l'envie, il n'y a qu'admiration. Quand la

(i> ■ Nicolas de Prunier, teigneur de Saint-André, marquis de Virieu, avoit épousf Marie du Feurc, fille d'Antoine du Faure, président au même Parlement, et de Laurence Frère, fille de Claude Frère, premier président au mesme Parlement, i — Mercure galant, p. ii6. — Et G. Allard ajoute dans un autre endroit de sa généalogie : < Le 21 du mois d'aoutt 1691, à onze heures du soir, est mort i^ de soiiante-trois ans, Messire Niçoise de Prunier, 'chevalier, marquis de Virieu, seigneur de Saint-André, conseittcr du roy en tous ses Conseils, premier président au parlement de Grenoble , commandant dans le Dauphiné , en l'absence du gouverneur et du lieutenant général, cydevant ambassadeur povr 1« Roy, auprès de U République de VeniK' >

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- 3,4vertu a la force d'imposer silence â l'impudence maligne de l'envie, ce silence la loue ; l'éloquence n'a pas des expressions qui puissent parler d'elle plus avantageusement, il esgalle les applaudissemens et les acclamations.

L'ambassade du premier à Venise fut d'autant plus agréable à ceste république qu'elle luy fut une assurance infaillible d'un secours puissant et digne de ceUuy qui le promettoit contre les inlidelles. S'il ne fiit pas assez fort pour abattre l'orgueil des Othomans, du moins il sufBt pourl'estourdir.Le grand visir quîpressoit lacélébreviHede Candie, fut contraint d'accorder â la république une composition qui luy arracboit des mains presque tout le fruit de sa victoire. Des masures et une solitude effroyable furent le prix du sang de plus de cent mille hommes et de sommes immenses que ceste conquestea coustées. Les Vénitiens ne perdront jamais le souvenir de ce que nostre premier président a fait pour eus en ceste occasion. Ils admirèrent son zèle pour la religion : il en vovoit les intérests confondus dims les leurs, et il jugeoitque toutes les actions qui tendoient à les protéger estoîent autant d'actes de piété. Mais ils n'admirèrent pas moins son courage et sa prudence â soustenir avec éclat la dignité de son caractère. Ces deux qualités séparées neformeot jamais celle de grands hommes d'Esiat ; estant unies, elles n'y laissent rien & désirer.

Gaspard de Teve, marquis de Fuentes qui s*estoit oublié au choix du rang, éprouva à sa honte combien celluy de France estoit habile i cacher sa résolution et hardy à l'exécuter (i).

Le sénat de Venise n'a jamais veu d'ambassadeur qui en eut comme ce)lay-cy, à si haut point, toutes les qualités et toutes les vertus. Souvent, en le voyant agir et en l'oyant

(i) Amelot de la Houseaie a raconta cet événemeni dans ses Mémoires.— Rochas, Biog. du Daupk.,t.u,p.3i3.

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— 3i5 — parler, il a tesmoigné de l'admiration et mesme de l'estonoement Sa bonne mine, son esprit fort, vif et pénétrant, son jugement solide, son savoir, sa dextérité, sa fermeté et son désintéressement ne pennettoient pas aux ennemis du nom français de ne pas aymer ou du moins de ne pas révérer ce digne ambassadeur. Pour tout dire en peu de mots, les Vénitiens l'ont estimé extraordinairement, et Louis le Grand a esté parbittement satisfait de sa conduitte. Cest par ce chemin difficile et peu frayé que la vertu héroïque l'a mené au siège élevé de la première présidence, et au faiste de la gloire. Il n'a pas sollicité, il n'a pas mesme fortement désiré l'honneur qu'il méritoit. 11 est redevable au seul choix du plus sage monarque du monde de la dignité dont il est revestu, et ce choix luy en est une plus satisfaisante que celle-là, quoy que moins éclattante : celluy de la province, si elle avoit dû se nommer un premier président ne seroit pas allé à un autre. Aussy son élévation à cCste sublime charge a esté une joye publique comme estant un bonheur public.

Le soleil porte en un moment sa lumière dans tous les yenx,ce bonheur de mesme porta tous lesmouvemensdejoye dans tous les cœurs. Cet illustre premier président a esté receu comme un présent qui nous venoit du ciel : d'abord tout le monde y a applaudy. L'excellent mérite s'acquiert &cilement les bons esprits, mais il y a de l'art à gagner les foibles et les malins. Rien n'a échappé à sa conqueste. Ceux qui ne sont pas susceptibles des impressions que font les vertus éminantes n'ont pas résisté à sa bonté syncère, à son affabilité charmante, à ses manières douces et civiles, à son humanité bienfaisante. Enfin jamais magistrat n'a esté ny plus estimé, ny plus aymé Que la subordination aux puissances iâit du pfaisir, quand elles veulent bien que ce leur en soit un sensible d'aymer et d'estre aymées. On adore les intelligences qui font du bien, et on déteste celles qui ne savent faire que du mal.

De Marie du Faure, hlle d'un président du Parlement

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- 3i6 dâ Dauphiné, et petite fille d'un autre président qui eut aussy l'intendance de ia justice, police et finances en Languedoc, nostre premier président a eu un fils et quatre filles (i). Deux ont survescu à leur frère et à leurs sœurs. Justine est le nom de l'aisnéc, Marie Honorade est cellny de la puisnée. Elles ont tout l'esprit et toutes Us vertus qui font le plus admirer leur sexe, et pour mieux dire elles ont tout le mérite qu'il falloit ()u'elles eussent pour estre digues de toutes les tendresses de leur père.

La premiàre a épousé^ depuis quelques jours seulement, Joseph Louis Alphonse de Sassenage, baron de Sassenage, marquis du Pont, et second baron de Dauphiné, dans qui on voit revivre les excellentes gualitez de générosité, de bonté, de syncérité, de zèle pour la religion, de fidélité pour le Roy, et d'amour pour la patrie qui ont, depuis plus de sept cent ans, rendu si illustres ses ancestres entre les plus célèbresde leur rang. Les grands hommes n'assujettissent pas tousjours leur jugement aux volontez aveugla de la nature.

Le président de Bochéne (2), qui esta son frère un autre luy-mesme, partage aussy admirablement avec luy ces glorieux avantages. Ce n'est pas le flatter de dire qu'il peut estre considéré comme une idée vivante du parfait magistrat. Un sophiste grec dit qu'il est malaisé de faire un portrait fidelle du véritable magistrat, parce qu'il faut qu'on y voyereprésentez avec luy bien des dieux et bonsdesmons des-

(1) ■ Il n'en a laissé que deux filles : l'une, Justine, mariée à Joseph- Louis-Alphonse, marquis de Sassenage. .La cadette n'est pas encore mariée. • — Metxure galant, p. 116,

<i) Ce uiBRistrat remit à Nicolas Chorier, qui désirait écrirepa tic de son grand-père , Anus de Prunier, des notes précieuses et fort détaillées dont le titre ûtail ainsi conçu ; " Mémoires de la vie d'Artus de Prunier-Saint-André , premier président au parlement de Grenoble, par Monsieur le président de Bocliesne. » — Manuscrit de M. A. de Bouflîer, — V. V Avant-propos.

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- .^17 quels la seule eschole de Socrate apprend à bien faire la peinture. Celle du savant et vertueux président de Bochéne ne peut estre fidelle que dans le portrait des plus excellentes vertus de la morale et du christianisme.

Le Parlement n'a pas de meilleur jurisconsulte, ny de plus universel dans les lettres et dans les sciences. Sa généreuse curiosité l'a promené heureusement dans toutes ; et de chascune, il a tiré ce qui luy estoit propre. Ces corps sont mal composez qui ne peuvent souffrir qu'une sorte d'alimens ; ces esprits sont bien foibles qui ne sont capables que d'un art ou d'une science.

Il a épousé Anne de la Croix de Cbevrières (i), fille de Jean de la Croix, marquis d'Ornacieu, comte de Saint Vallîer et de Vais, baron de Qérieu, seigneur de Chevrières et président au Parlement de Dauphiné.

Dieu a bény ce mariage : il en est desjà né six masles et plusieurs filles. Les noms de ceux-là sont Jean Pompone, Nicolas, François, Alexandre, Victor et Alexis.

François est dévoué à l'Eglise et Alexandre a esté receu, depuis quelques mois, dans l'ordre des chevaliers de Saint Jean de Hierunlem (s). On voit en eux pousser et pululer heureusement les semences de toutes les vertus convcna*

(i) u Gabriel de Prunier, seigneur de Beauchesne, de la Buissiire et de Bellecombe, frère de Nicolas, est aujourd'hui président au meame Parlement, il s'est allié avec Anne de la Croix de Chevrières, fille de Jean de la Croix de Cherriires, président au meame Parlement, de laquelle il a eu des enfiuis.

< L'un est mort conseiller en ce Parlement et il 7 en a deux au service du Roy dans ses armées et quelques filles. • — Mercure galant, p. i[7.

(2) Consulter sur la généalogie de la maison de Prunier : Rochas, Biog. du Bàupk., 1. 11, pp. 3n-3i4. — Chorier, De Pétri Boessalii vita amieisque litteratis, libri duo. 1680, — P. Menestrier, Origine des armoiries, v Prunier. Paris, ;68o. — G. de Rîvoire de la Bâcie>. Armoriai de Dauphiné, p. S64. Lyon, 1867. — Delà Chenaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la nobUste, t. ivi, v* Pninier. Paria, 1870.

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- 3i8 blés aux gens de qualité. Qu'il leur est utile d'avoir dans leurs familles les grands exemples que la nature mesme y a formez, mais qu'il leur est difficile de se former euzmesmes sur eux d'une manièrequi remplisse les espérances, etquileségaleâleurs hérosdomestiques! C'est unestupide malignité de douter que la robe et les lettres n'ayent leurs héros aussy bien que les ormes ( >)•

(i) E. MaigTûen, Cénialogiti et Armoiries dauphinoises. Grenoble, 1870. D'après l'auteur, Guy Allard serait n^ à Varces, et non à Ore-

PtN DB LA TltOISIÈHE PARTIR.

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