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naturellement. Les malheureux habitants de ce pays désolé, presque sauvages, vivaient surtout des fruits des forêts. On y introduisit en 1709 la culture des pommes de terre, ce qui fut un grand bienfait.
« L'extrême modicité du traitement attaché aux cures du Ban de la Roche, l'isolement de ce pays, les privations de toutgenrequ'ilimposait, le faisaient regarder comme un lieu d exil, quand le premier des réformateurs de ce petit pays, Jean-Georges Stuber, accepta par dévouement la cure de Waldbach. »
Il s'attacha d'abord à relever renseignement public qui existait à peine. En été , il n'y avait pas d'école ; en hiver, on mettait la place de maître à l'encan, au rabais, et il arrivait souvent que cette charge rapportait un peu moins que celle du pâtre. Stuber institua des maîtres d'école permanents , se chargea lui-même de leur enseigner les connaissances nécessaires et forma quelques bons instituteurs. Il provoqua en faveur de sa paroisse des dons qui lui servirent à encourager les maîtres d'école par des primes , distribuées en raison de leurs efforts et de leurs succès. Une disposition aussi juste que touchante attribue à l'instituteur une .récompense plus élevée pour les enfants en bas âge que pour les adolescents, et double la prime quand il s'agit d'élèves de peu de capacité dont on a cependant obtenu des progrès.
Il arriva ce qu'une juste persévérance ob-
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tient toujours ; les bons effets de l'instruction et de la moralisation des enfants frappèrent enfin les esprits. Les adultes et les parents mêmes eurent honte de leur ignorance et demandèrent aussi l'instruction. Stuber établit des écoles d'adultes où Ton compta bientôt près de 200 personnes de tout âge. Car ce petit peuple, si pauvre et si négligé, montre, il faut bien le dire, un sens juste , un goût des bonnes choses, qui seconde puissamment ses réformateurs. L'ignorance n'a point créé chez eux l'abrutissement ; ils sont bons, naïfs, ardents. Ils s'empressent aux leçons extraordinaires que donne le pasteur les dimanches et les jours de fête et pendant les soirées d'hiver. Le pasteur, il est vrai, fournit tout, encre, papiers, plumes, éclairage; mais il y avait aussi des cabarets au Ban de la Roche, et le peuple préfère l'instruction.
Stuber est une de ces âmes vraiment évangé-
liques chez lesquelles la bonté et la simplicité vont droit au vrai et le rendent aimable. « Je renonçai, dit-il, à la manière ordinaire de prêcher ; je m'abstins surtout de toute fleur de rhétorique; je pris, en leur adressant la parole, le ton d'une conversation amicale.
Je leur fis sentir quel bonheur serait le leur s'ils étaient un peuple innocent, consciencieux et plein de foi.... Je changeais souvent les formules usitées du culte; je ne laissais pas s'enraciner des habitudes routinières; je cherchais toujours à faire en sorte que le service divin fût constamment animé, plein de simplicité, de candeur et d'ingénuité." Je parlais à mes auditeurs comme un père parle à ses enfants, comme un frère parle à ses frères. »
Il appelle en aide, pour civiliser ses paroissiens, la douce influence de la musique, et forme [des chœurs d'enfants d'abord, puis
d'hommes et de femmes. « C'était toujours une grande jouissance pour moi, dit Stuber, lorsqu'allant à cheval d'un village à un autre, j'entendais dans les prés et sur les hauteurs ces chants que je leur avais appris; je distinguais souvent des voix très-belles et très-harmonieuses. »
Stuber fonda pour l'usage de ses paroissiens une bibliothèque d environ 100 volumes, qui fut plus tard considérablement augmentée par Oberlin. Il avait aussi tenté quelques essais en faveur de l'agriculture; l'impulsion enfin était donnée; mais la retraite de Stuber pouvait anéantir ces heureux commencements; aussi, quand le bon pasteur est obligé par la faiblesse de sa santé de quitter 1 apre montagne, cherche-t-il son successeur avec le même soin qu'un père, averti qu'il va quitter ses enfants, letir cherche un tuteur, et il a le bonheur de trouver Oberlin.
« 'Un pressentiment lui dit que ce jeune théologien, déjà connu par son savoir et son austérité, est le successeur qu'il lui faudrait. Il va le trouver. Il monte quelques escaliers et entre dans une mansarde. En ouvrant la porte, il aperçoit au fond de la chambre un lit caché derrière des rideaux de papier. — Voilà du Ban delà Roche, se dit Stuber tout bas. — Il s approche du lit; il plaisante avec Oberlin sur les rideaux. — Et que veut donc dire, lui dit Stuber, ce poêlon de fer suspendu au-dessus de la table? — C'est ma cuisine, répond Oberlin. Je dîne avec mes parents. Ceux-ci me permettent d'emporter chaque fois un morceau de pain; à huit heures du soir, je mets le pain dans ce poêlon; j'y ajoute du sel et j'y verse de l'eau; alors je place ma lampe dessous et je continue à étudier. Si vers dix ou onze