‹ Vie d'OberlinChapitre 7 sur 15 · PRIX POUR · texte numérisé non relu

PRIX POUR

« 1° Il y aura pour chaque paire de bas tricotés dans ma paroisse, et qu'on me montrera, depuis le 1 er janvier 1781 jusqu'au dernier décembre de la même année, un prix qui consiste en : ,

« Un sou , pour les bas au-dessous d'un pied de longueur;

« Deux sous pour les bas d'un pied et plus ;

« Trois sous pour les bas d'un pied et demi et plus ;

« Quatre sous pour les bas de deux pieds.

« 2° Le premier de ma paroisse qui apprendra le métier de sellier, chez des protestants, aura pour chaque année d'apprentissage un écu de six livres, à charge de me présenter

chaque fois un certificat de bonne conduite.

Il aura encore un autre écu, dès que l'accord sera fait avec un maître, et qu'on me le montrera, soit en original, soit en copie. .

« 3° Tout apprenti de maçon, de serrurier, de menuisier, ou d'autre métier rare ici, que j'approuverai, aura, au bout de chaque année d'apprentissage, un petit écu de présent, dès qu'il pourra me présenter le certificat de bonne conduite. »

Est-il trop minutieux, ce bon Oberlin? Mais la vie ne se compose pas seulement de grandes choses, et c'est le soin des petites qui, par l'ordre et le travail, élève le niveau de letre et le rend plus accessible aux hautes pensées.

Sans doute, il est plus aisé de déblatérer de loin contre l'incapacité, la sottise et les vices du pauvre; de jeter çà et là de dédaigneux conseils, que nul ne ramasse, et de vivre au

milieu des gens des campagnes sans créer entre eux et soi d'autres rapports que des relations inévitables et tout extérieures. Seulement, dans cette mesure, les rapports du riche et du pauvre, de l'instruit et de l'ignorant, dégradent le second plus qu'ils ne lecivilisent. Ils n'excitent que l'envie, la servilité, le goût du luxe, sans celui du travail. Oberlin réussit parce qu'il se mit à l'œuvre de tête, de cœur et de bras. Il se fit croire en se faisant aimer. Il s'occupait de tout, parce qu'il avait tout à cœur, et que dans ces pauvres foyers nul petit coin ne lui était indifférent. Rien ne nous semble plus touchant dans sa simplicité que ce plan intitulé Société des fonds, où le conseil est tout imprégné de prière. Il nous paraît plus sérieux qu'un discours officiel en cravate blanche, fût-il rempli des meilleures intentions et des théories les plus pompeuses.

A coté de ces choses, mentionnons la fondation d'une bibliothèque. Oberlin y place beaucoup d'ouvrages religieux sans doute, mais aussi les livres d'agrément et d'éducation les plus remarquables du temps : Robinso?i, Berquin, Mme de Beaumont. Il y joint des ouvrages d'histoire, de géographie, d'histoire naturelle. Il s'abonne à plusieurs journaux instructifs et intéressants, qu'il fait circuler et que, au besoin, il explique et commente.

On dit qu'il communiquait dans ses instructions et en chaire les événements contemporains et les découvertes scientifiques. Le cabinet d'histoire naturelle commencé à Strasbourg, il l'augmentait constamment et en fit un musée à l'usage du Ban de la Roche. Il y joignit des appareils de physique, à l'aide desquels il démontrait à ses paroissiens les principaux phénomènes de cette science. Tout ceci se passait à la fin du dix-huitième siècle. Près

d'urt siècle après, peut-on citer en France beaucoup de communes où de pareils éléments

d'instruction, de bien-être et d économie so- . ciale aient pénétré ?

Oberlin pressent déjà la puissance de l'association et s'efforce d'enrôler les habitants de sa paroisse en des sociétés qui ont pour but le crédit mutuel ou l'amortissement des dettes,

1 « Il créa une caisse d'emprunt dont lui et ses amis firent les fonds. Vers 1789, le capital de cette caisse fut de 800 fr. Avec ces modestes fonds, Oberlin fit un bien infini. Il prêta de petites sommes de 5,10, 15, 20, tout au plus 50 fr., sans intérêts, sans gages ni caution, et remboursables à terme. Il y eut rarement de l'argent comptant èn caisse ; Oberlin tenait registre de chaque nécessiteux qui se présen-

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