‹ Vie d'un compositeur moderne, 1802-1861Chapitre 11 sur 22 · ACADÉMIE DE MUSIQUE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DE MUSIQUE

LA FRONDE

Opéra en 5 actes.

a3 décembre i853.

Cet opéra nous a paru être, contre Tintention bien évidente des auteurs .et par la nécessité du sujet, imprégné d*un sentiment de révolte, qui nous semble -n'être pas sans inconvénient, même à l'Opéra ; de plus, nous regardons comme dangereux, sur tous les théâtres, la mise en scène d'émeutes, les cris : aux armes ! etc.

Dans cette position, nous ne croyons pas pouvoir proposer l'autorisation de cet ouvrage. Toutefois, comme il s'agit d'un théâtre hors ligne et d'un public d'élite, nous croyons devoir soumettre cette grave question à la haute approbation de S. Exe. M. le ministre, ainsi que la convenance de la présence sur la scène de religieuses et de moines.

Nous croirions cependant manquer à nos devoirs en négligeant de signaler l'influence que peuvent avoir, même hors de

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la scène de TOpéra, les chants des Frondeurs et les cris : aux armes t s'ils sont répétés sur d'autres théâtres, dans les cafésconcerts, ou chantés sur la voie publique.

Nous attendons sur tous ces points les ordres de Son Excellence.

Le ministre d'État, auquel appartenait le soin de prononcer en dernier ressort, paraissait fort enclin à partager l'opinion exprimée dans le rapport. Les auteurs furent appelés au ministère et on leur signifia Tordre de supprimer les scènes incriminées.

Un ami du compositeur, grand dignitaire à la Cour de Napoléon III, intervint auprès du souverain. L'Empereur se fit rendre compte de la pièce, dans laquelle les scènes d'émeutes ne sont qu'accessoires, et qui se termine par le châtiment infligé aux rebelles, force restant au gouvernement établi; il ne partagea pas les craintes pusillanimes de son ministre, et il voulut que la Fronde fût représentée.

Mais l'administration bureaucratique sait toujours

reprendre ses droits; aux dernières répétitions, elle

exigea des coupures et des changements. On dut

éliminer une partie du deuxième acte, et, tout en

conservant quelques morceaux, on le compléta par

les deux premières scènes du troisième qui s'ouvrit

par un changement à vue. Les scènes supprimées

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montraient les Frondeurs à Paris ; on fut inexorable pour le spectacle de l'agitation de la rue.

La première représentation eut lieu le 3 mai i853, en présence de TEmpereur, sans que la pièce provoquât le moindre regard suspect du côté de la loge impériale. Les feuilletons qui suivent nous diront l'effet produit par cet opéra; ils n'y mentionnent rien de subversif.

Cependant la censure ne voulut pas se déjuger; elle persista à voir un péril à l'ordre social, et prononça l'interdiction de l'ouvrage. Une huitième représentation fut encore donnée après la mise à l'in» dex, et l'affiche portait les mots Par ordre. On obéit, pour une fois, au désir de l'Empereur, mais le ministre eut le dessus, et la Fronde ne fut plus jouée.

Donnons l'avis des grands critiques : au Moniteufj^ p^pxiC^^ «L^ universel du 8 mai i853, le g ritiquc musical, XTde Rovray, rend ainsi compte de l'opéra :

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