‹ Vie d'un compositeur moderne, 1802-1861Chapitre 9 sur 22 · MARIE STUART · texte numérisé non relu

MARIE STUART

Vers la fin de Tannée 1848, la direction de l'Opéra, qui était alors entre les mains de M. Léon Pillet, remit à Niedermeyer le livret de Marie Stuart.

La partition fut achevée en moins d'une année, et la première représentation eut lieu le 6 décembre 1844, en présence du roi Louis-Philippe, qui fit appeler l'auteur de la musique, et lui remit la croix de la Légion d'honneur. Le souverain, aux mœurs bourgeoises, était peu sensible aux beautés de l'art, mais la romance des ^liïawA:, si touchante et si plaintive dans ses accents d'amour pour le beau pays de France, l'avait attendri, et il voulut tenir compte à l'artiste de la douce impression qu'il avait éprouvée. Le public avait vu la reine Amélie pleurer d'émotion/ a^après avoir salué la loge royale d'une patriotique ovation, il rappela M""* Stolz, et la romance fut répétée au milieu d'un immense enthousiasme.

Quelques années plus tard, la famille royale était

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fugitive et s'embarquait furtivement à Trouville, pour un exil douloureux et sans retour. Plus heureuse était la reine d'Ecosse quand, s'éloignant avec regret de la cour de F'rance, elle allait occuper un trône qu'elle ne soupçonnait pas être entouré de périls.

Le sujet dont M. Théodore Anne tira les cinq / actes de l'opéra est trop connu pour que nous ayons à reproduire l'analyse de la pièce, et, nous ne donnerons, des feuilletons de l'époque, que la partie de critique musicale.

Voyons d'abord le Courrier des théâtres du 8 décembre 1844 •

Belle a été la représentation d'avant-hier soir à l'Opéra, où les amateurs privilégiés étaient réunis non pour juger, car on ne juge pas si vite une œuvre telle que Marie Stuart, mais pour y puiser les notions premières qui serviront à l'apprécier plus tard. Le poème seul , parce que la curiosité et rintérèt qu'il inspire ont été à Tinstant saisissables, peut être l'objet d'éloges donnés avec discernement. Il est mené avec toute la solennité que commandait le sujet, sans lenteur pourtant, et de manière à rendre l'histoire dramatique, ce qui ne lui arrive pas toujours. Les vers en sont écrits avec sentiment, avec une simplicité noble, qui leur prête beaucoup de charme. Le talent de M. Théodore Anne, l'auteur du GuerillerOy a visiblement fait un grand pas, nous l'attendons plus loin encore.

Le danger que courait le musicien était l'uniformité de la

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couleur; la vie des personnages de la pièce en a une particulière, tendre, mélancolique, chevaleresque, et qui se fond dans des nuances politiques, amalgame difficile à soumettre aux conditions de la musique. M. Niedermeyer ne s'en est pas eflfrayé, et Tévénement a prouvé qu'il avait bien fait. Sa partition est riche de mélodie et fraîcheur. La romance qui termine le premier acte, la villanelle du second, qui ont été bissées, la scène de la table, celle de Murray, le chœur des conjurés, le morceau du page, et la sombre et mystérieuse entrevue du dernier acte, sont autant de motifs d'éloges que personne ne contestera. S'il s'y trouve quelques longueurs , elles ont peu d'importance, et sans doute, en ce moment, leur suppression est opérée ; le notable avantage qu'elles présenteront est que le spectacle finira plus tôt. L'ouvrage chanté par Baroilhet, Levasseur, Gardoni, M»« Stolz, M»« Dorus-Gras, M^^® Nau, M"»* et M^i» Méquillet, se rehaussait encore dans l'opinion du public qui a fait à chacun sa part, avec une entière impartialité. La danse nous ramenait M^^^» Adèle Dumilâtre, que Londres vient d'applaudir à l'instar de Paris, et pour que le pas fût sans reproche, c'est M"« Sophie Dumilâtre qui était le partenaire de sa sœur; toutes deux y ont été parfaites. On compte dix décors dans Marie Stuart et de nombreux costumes très bien disposés; en sorte que rien ne manque aux éléments d'un succès qui ne fait encore que poindre, mais dont les rayons ne tarderont pas à envahir l'atmosphère musicale.

Passons à la Gazette musicale du 8 décembre :

... Le compositeur est pour beaucoup dans le succès incontesté qu'a obtenu Marie Stuart. Le faire de M. Nieder-

meyer est» on le sait, fin, élégant, et bien senti; il excelle à peindre les vagues rêveries de Tâme; son style est plein de distinction. Si parfois il manque de force, d'énergie et d^éclat, son inspiration mélodique part du cœur; elle est vraie, et cette fois il s'est montré plus passionné qu'il ne l'avait été précédemment dans sa mélodie et dans son orchestre , toujours riche et abondant sans confusion. Son ouverture, surtout, réunit ces qualités qui deviennent de plus en plus rares par le temps de féroce instrumentation qui court.

Dès la première scène, M. Italo Gardoni, jeune ténor italien, qui s'est bien vite francisé, a chanté une romance assez jolie, qui rappelle, par la situation seulement, celle de Raoul de Nangis, dans les Huguenots, Ce n'est pas dans cette romance que le débutant s'est fait remarquer, mais dans le joli duo qui suit, et qu'il chante avec la reine, surtout lorsqu'il dit à Marie Stuart :

Ah ! dites-moi qu'un jour votre âme Pourra répondre à mon amour!

Le jeune ténor accuse là un la plein de force, d'éclat, d'aisance et de charme qui vaut mieux que tous les do de poitrine, qui font que l'auditeur a mal à la sienne propre, comme le disait M™« de Sévigné, quand il lui voit faire tant de pénibles efforts pour lui plaire.

Un joli chœur : Parions, mylord, à cheval , à cheval î imitatif et bien mouvementé, bien dialogué pour les voix, se fait entendre avec l'archet de M. Habeneck qui frappe un peu trop souvent son pupitre pour l'illusion scénique. Ce chœur est un galop, mais non un galop Musard. L'orchestre en est charmant, et M"« Nau, en paere, s'v dessine d'une manière agréable

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par une jolie vocalise qui domine la masse chorale. Ici se trouve la douce élégie des regrets sur les vers de Marie Stuart^ quittant la France. Cela est doux, suave, d*une mélodie pleine de mélancolie, dite avec un grand art par Wp^ Stolz.

Le second acte commence par un bon duo entre Baroilhet- Murray et Bothwell-Gardoni ; puis vient un bel air chanté par le premier qui se dévoile à lui-même toute son infâme poli* tique. Baroilhet s'y montre, comme à l'ordinaire, excellent chanteur et bon comédien. Un beau morceau d'ensemble ea mi-mineur, dit par Darnley , Ruthwen et ses complices sur lequel revient le motif de l'ouverture; une jolie sicilienne chantée par W^^ Nau, enfin une villanelle délicieuse -dite par Marie, Bothwell et le page, terminent musicalement ce second acte. On a fait répéter cette villanelle empruntée à l'Ecosse.

Le troisième acte offre un bel ensemble de conjurés chas* tant sans accompagnement : cela est large et beau; puis vient un duo entre Marie et Bothwell, morceau plein de grâce et fort bien chanté par M»® Stolz et Gardoni. Compositeur et chanteur se doivent mutuellement des félicitations*.

Le quatrième acte commence par un duo de scène entre le gouverneur du château de LochrLeven, Hamilton, le page et une suivante de la reine, morceau bien fait, mais qui ne brille pas par une grande variété d'idées. La scène d'abdication forcée est belle et grandiose, sous le rapport dramatique et mtt^ rical. Walter Scott a bien inspiré le poète et le compositeur. La fameuse entrevue des deux reines aa cinquième acte n'est pas moins belle, dramatiquement et musicalement. Les unis* sons puissants , les crescendo sur pédales y produisent de beaux et grands effets; n'était encore l'archet de M. Habeneck, marquant trop la mesure dans tout cela. An reste, nous

reviendrons sur cette importante partition, sur les acteurs et sur le débutant qui a joué et chanté de manière à se faire adopter tout d'abord par le public dont les encouragements vont sans doute aller crescendo.

M™« Stolz a été gracieuse, noble, fière, touchante dans le rôle de Marie Stuart, et elle Ta chanté avec autant d'inspiration lyrique que de pureté et d'expression.

L'ouvrage est monté avec un luxe éblouissant de costumes et de décorations qui ne peut qu'ajouter et contribuer au succès de la pièce.

Le 'Moniteur universel du 11 décembre 1844, sous la signature H. P., rend compte de la représentation de Marie Stuart. Nous passons encore l'analyse de la pièce et en arrivons à l'appréciation de l'œuvre au point de vue musical :

La partition fait aussi beaucoup d'honneur à l'auteur de Stradella; plusieurs piarties témoignent d'un progrès réel dans l'art d'écrire de ce compositeur. Les morceaux d'ensemble sont en général écrits de main de maître. Les voix y sont merveilleusement développées, et l'orchestre y est disposé d'une façon très brillante. Mais M. Niedermeyer a, comme Ton dit, les défauts de ses qualités; sa mélodie, toujours marquée du cachet du bon goût, de l'élégance et de la distinction, manque souvent de vigueur, de mouvement et de Uberté î

Aussi, le premier acte qui oflFre une succession de morceaux d'une facture charmante, notamment deux romances, celle du ténor et celle des adieux de Marie Stuart, est-il un peu froid,

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ne ravive-t-il pas assez Tattention par des jets imprévus, échappés aux voix ou à Torchestre. Le second acte, de tous points le plus heureux, par la cavadne du baryton, par un chœur d'orgie, avec couplets, par une vocalise gracieusement placée dans la voix de M}^^ Nau, le page, est terminé par une viUanelle à deux voix (en quatuor au refrain), dont un des motifs, d'origine ancienne, serait de Rizzio lui-même, déUcieux nocturne dans lequel la phrase de ténor est surtout d'un ravissant effet.

Le troisième acte contient le plus beau chœur de la partition ; un duo qui le suit entre ténor et femme ne se recommande que par quelques jolies phrases; l'ensemble en est froid. Les airs du masque^ c'est-à-dire du divertissement, sorte de mystère chorégraphique ayant pour sujet le triomphe d'Esther, ont une couleur rêveuse et sentimentale qui contrarie le caractère exultant propre à la danse.

Dans le quatrième acte, le musicien a jeté, au milieu de trois morceaux d'ensemble remarquables par la beauté de leur style et la variété de leur coupe, un joU trio de fuite, qui, comme celui de Dont Sébastietiy n'est pas suffisamment approprié à la situation du drame.

Un air à roulades signale l'entrée en scène de M"« Dorus- Gras, Elisabeth. Au cinquième acte, la scène de l'entrevue, morceau capital de l'ouvrage, aurait dû, ce nous semble, être encadrée dans un duo de scène comme celui du quatrième acte des Hugenots. Le musicien a compris autrement cette partie de son œuvre ; il a traité avec beaucoup de soin la déclamation, et a déplacé le mouvement, l'intérêt, les transportant dans Torchestre.

Ce que tout le monde répète avec plaisir, c'est que, dans cet

ouvrage qui comprend les sujets principaux de la troupe, à l'exception de Duprez, l'exécution est parfaitement belle et soutenue.

Suit une appréciation favorable au talent des artistes M"' Nau, Gardoni, M"' Stolz, Baroilhet, Latour, Levasseur. L'article se termine ainsi :

Il ne manque d'ailleurs à Marie Stuart aucun des éléments accessoires de succès, à savoir un gracieux divertissement avec les meilleures danseuses, M"" Adèle et Sophie Dumilatre, et aussi M"e« Pleury et Mabille, de beaux décors et une riche mise en scène.

Dans la Presse du 9 novembre, après avoir raconté le sujet de la pièce, Théophile Gautier juge ainsi l'œuvre musicale :

Le compositeur auquel ce livret a été confié est M. Niedermeyer, musicien plein de science et de chant, qualités qui ne ^'excluent paa, auteur d'une mélodie dont la popularité a été immense, il y a quelques années, et de Stradella où se trouve un des meilleurs duos boufies qui existent.

M. Niedermeyer a fiiit sur Marie Sitiart une musique pleine d*art, de science, de grâce, et de mélodie. L'orchestre et les accompagnements sont traités avec un soin délicat, une finesse et une élégance rar^. Tout annonce le musicien consommé. Que manque-t-il donc à M. Niedermeyer? — Du style, de la force? — Il en a — quoi donc? — Un peu de désordre, un

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peu de fougue, et pour trancher le mot, un peu de brutalité. Oui, c'est là ce qui manque à ce grand ardste et à ce grand théoricien. Le théâtre est ainsi : 3 veut de temps en temps des touches violentes, des couleurs crues et tranchées. On ne doit pas s'y trop préoccuper des transitions et des ménagements; ce qu'il ne peut dénouer, il le coupe. •

Ce reproche que nous adressons à M. Niedermeyer n'empêche pas la partition de Marie Stuart d'abonder en motifs heureux, en morceaux excellents et d'ordre supérieur. Chaque audition en révélera de nouveaux.

A la première représentation, on a déjà remarqué la romance d'amour, si bien chantée par Gardoni :

De nos dames de haut lignage Sans parure est le maintien.

et les adieux de Marie Stuart.

Mais pourquoi les auteurs n'ont-ils pas conservé le texte historique, les paroles si naïves et si touchantes :

Adieu, plaisant pays de France,

O ma patrie,

La plus chérie.

Qui a nourri ma jeune enfance!

Adieu, France ! Adieu mes beanx jours t La nef qui disjoint nos amours N*a eu de moi que la moitié.

Une part te reste... elle est tienne;

Je la fie à ton amitié Pour que de Tautre il te souvienne.

On a aussi fort applaudi un duo entre Bothwell et Murray, une délicieuse villanelle qui a obtenu les honneurs du bis^ un trio d'une excellente facture, un bel air de Marie Stuart, et beau-

coup de motifs très heureux, appréciés au vol et que nous ne pouvons désigner plus précisément.

La teinte générale est, peut-être, un peu triste. 11 est vrai que l'existence de Marie Stuart n'offre rien de bien gai; mais» cependant, il y avait un contraste à ménager entre la mélancolie légère et presque souriante des premiers actes, et le sombre dé'sespoir des derniers. Nous savons que Marie Stuart a eu la tète coupée, et ce col frêle et blanc est inséparable pour nous d'une hache à Téclair sinistre, et d'un billot recouvert de velours noir. Mais elle-même et les contemporains ignoraient ce sinistre dénoûment.

Dans Topera tout le monde a trop Fair de savoir dès le commencement que Marie Stuart est vouée à Téchafaud, et se sert de ce prétexte pour abuser du mode mineur. L'amour du comte de Bothwell qui, en réalité, épousa la veuve d'Henry Damley, nous semble aussi trop langoureux et trop plaintif, ou, du moins, telle est notre impression première et générale.

Le ténor Gardoni est un beau et grand jeune homme. Sa voix est étendue, facile, sympathique et d'une grande fraîcheur; il vocalise avec beaucoup de légèreté, et chose remarquable pour un Italien, il a peu d'accent et prononce d'une façon très nette. Ce jeune ténor a réussi complètement, et l'on ne peut que féliciter l'Opéra de cette acquisition.

Madame Stolz a fait des progrès comme chanteuse : sa voix a pris de la souplesse et de la douceur; elle module plus facilement, et soutient mieux la note ; son énergie accoutumée ne lui a pas fait défaut aux endroits dramatiques.

Levasseur, Baroilhet et M»* Dorus ont rempli avec talent des rôles nécessairement épisodiques.

Les décorations, au nombre de dix, sont fort belles.

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Une appréciation, dont la partialité pourra être suspectée, car elle émane d'un des plus intimes amis du compositeur, est contenue dans la lettre que lui écrivait, après l'audition de l'opéra, le prince Napoléon de La Moskowa, bon musicien et auteur de deux opéras comiques, le Cent Suisse et Yvonne.

Je vous écris encore sous le charme de votre adorable partition. J*ai entendu hier Marie Stuart depuis la première note jusqu'à la dernière. J'avais été bien désolé, comme vous pouvez croire, de n'avoir pu assister à votre première représentation; aussi, arrivé à Paris de la veille, j'étais à l'Opéra le lendemain. Je n'ai pas dîné hier pour vous bien entendre.

Maintenant, voulez-vous savoir ma pensée en fait. C'est que vous avez un immense succès, qu'artistes, instrumentistes, direction, musiciens, dilettanti, les femmes, les femmes surtout, sont enchantés, ravis de votre musique. Le profanum vulguSy qui ne se décide qu'après tout le monde, vous arrive déjà, et vous arrivera, soyez en sûr; ce sera un mémorable succès de l'académie royale de musique.

Je vous en réponds, vous devez être content, car je le suis énormément pour vous. Cette pièce fera de l'argent, elle est appelée à une très longue existence.

Maintenant, en droit, c'est ravissant, délicieux. Cela vaut mieux que tout ce que vous avez fait; vous vous êtes élevé de cent pieds au-dessus de vous-même. J'ai pleuré comme un enfant à la fin ; le retour de votre délicieuse mélodie doit prendre sur les nerfs de tout le monde.

Je n'ai entendu qu'une fois tout cela, mais malgré le plaisir

que votre musique m'a causé, j*ai prévu le plaisir ultérieur, et c'est là le cachet de la bonne musique. Oh! que vous avez été heureusement inspiré, mon cher Niedermeyer, et cependant vous aviez bien peu de temps à vous, et une perte douloureuse est venue vous affliger pendant ce court espace de temps.

Je crois pardieu bien que les chanteurs sont contents ! vous les faites briller tous : chacun d'eux a son succès. Il n'y a que Levasseur qui ait un succès de cuirasse et M^i® Méquillet une robe de satin d'un vert admirable. Mais l'air de Baroilhet, je le mets au niveau de tout ce que je connais de mieux, et les vocalises de M^'« Nau, et son contrepoint de la villanelle de Rizzi, et les chœurs î

Je n'ai pas le temps de vous énumérer et je garde la romance de Marie Stuart pour la bonne bouche. M'^e Stolz chante et joue admirablement; je suis très content de tout le monde. Gardoni se ménage trop dans le médium, ce n'est pas lui qui a fait votre succès. M™<^ Dorus chante faux quelquefois, et les choeurs ne savent pas encore leurs parties. Dans quatre ou cinq représentations, surtout si ce froid affreux n'enrhume pas toutes vos voix, cela ira bien mieux encore. Nous recauserons en détail de tout cela; je veux rentendre Marie Stuart ^ tant que je pourrai.

Encore donc bravo; croyez bien que je ne suis pas influencé par mon afl^ection pour vous; je vous parle en âme et conscience...

L'opéra de Marie Stuart resta au répertoire depuis le mois de décembre 1844 jusqu'au mois de février 1846, et la moyenne des recettes s'éleva à quatre mille neuf cents francs par représentation.

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La critique allemande a eu aussi loccasion de prononcer son jugement sur Marie Stuart^ cet opéra ayant été mis au répertoire au théâtre royal de Stuttgard, où il fut joué pour la première fois le 17 novembre 1877.

A cette époque, l'école Wagnérienne était à l'apogée de son succès en Allemagne, et nous éprouvâmes quelque étonnement d'apprendre par MM. Choudens, éditeurs de la partition, la demande qui leur avait été adressée par l'intendant du théâtre royal, d'autoriser une traduction du poème et de fournir toutes les parties d'orchestre et de chant, avec les documents nécessaires pour la mise en scène.

Nous étions trop enfant lors des représentations de Marie Stuart à l'académie royale de musique pour y assister; le désir bien naturel de voir et d'entendre cet ouvrage, même sur une scène étrangère, et dans une langue inconnue, nous fît entreprendre le voyage de Stuttgard. Nous vîmes la première représentation en simple spectateur, n'ayant à nous immiscer en rien dans une affaire qui ne regardait que les éditeurs, propriétaires de la partition.

Cependant notre présence fut connue, et l'accueil que nous reçûmes fut plus que courtois ; les applaudissements, avec quelques rappels après les principaux morceaux nous donnèrent la satisfaction de

voir l'opéra de Marie Stuart apprécié et goûté par un public difficile et épris d'un genre de musique tout différent.

Après notre départ, l'intendant des théâtres nous fit parvenir les comptes rendus de la pièce :

Moniteur du royaume de Wurtemberg, 21 novembre 1877. — L'opéra de Marie Stuart n'est pas une nouveauté I Pour en comprendre la portée, il faut remonter à Tépoque où il a paru. La mode était alors aux opéras historiques où Meyerbeer a excellé. Louis Niedermeyer, né à Genève en i8o3,estderécole de Meyerbeer; il a fait son éducation musicale à Naples, il a séjourné à Bruxelles et à Paris, et est mort dans cette dernière ville en 186 1. Parmi ses opéras (// Reo per amore. Casa nel boscOy etc.), c'est Marie Stuart qui a eu le plus de succès. Cet opéra a été donné souvent à l'opéra de Paris. Stuttgard est la première ville allemande où un opéra de Niedermeyer ait été donné. Jusqu'ici le nom de ce compositeur était peu répandu en Allemagne ; on ne connaissait que le Lac.

Dans Marie Stuart, on sent l'influence de la musique italienne : cela fait un effet un peu banal, par exemple à l'entrée du page au premier acte, et à l'ensemble qui suit le duo du troisième acte. D'autre part l'opéra contient souvent des mélodies d'un très grand charme et d'une grâce harmonieuse qui gagnent le cœur de tout auditeur impartial. Tel l'air touchant de € Adieu, ma belle France », qui revient plusieurs fois travaillé con amore : les vocalises du page, le duo de Bothwell et Marie, l'air à boire du deuxième acte, entre autres, sont des perles musicales pleines d'attraits. L'air d'Elisabeth est un

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excellent air de bravoure. Pour les grands effets dramatiques, le compositeur n'a pas tout ce qu'il faudrait. Pourtant, il est dramatique dans les duos (Marie et Bothwell), acte troisième, entre les deux reines, acte cinquième, dans Tensemble qui au deuxième acte succède à Torgie et dans le beau sextuor du quatrième acte.

Le librettiste a ménagé les effets les plus variés, les décors sont superbes et font honneur au peintre de la cour,, M. Schwedler. Les costumes sont parfaits.

M"« Lôwe a trouvé en Marie Stuart un de ses meilleurs rôles, elle a été rappelée plusieurs fois. Bothwell a été excellemment interprété par M. Uko. Madame Hanfstângl-Schroeder a chanté avec maestria; elle aurait pu se grimer plus modérément. W^"^ Sâger, le page, a été satisfaisante. MM. Schutky, Bertram et Pockh ont bien tenu leurs rôles. Louons M. le maître de chapelle de la cour, Abert, le machiniste de la cour, l'orchestre et les chœurs.

Cet opéra a gagné la faveur du public et demeurera longtemps au répertoire.

Autre article du Mercure de Souabe, en date du 21 novembre 1877. Après une dissertation sur le livret et la difficulté de résumer en une soirée la vie de Marie Sluart, on lit :

Niedermeyer est un nom si allemand qu'il faut pardonner au public d'avoir cru en partie qu'il allait entendre de la musique allemande. Il est donc nécessaire de dire que Louis Niedermeyer est né à Genève, et a passé la plus grande partie de sa vie à Naple^et à Paris. Il importe aussi de dire qu'il a vécu de i8o3

74 *^^^ d'un Compositeur moderne.

à 1861 et que, parmi beaucoup d'autrea conapositioiie, il a écrit plusieurs opéras, parmi lesqi^els Marie Stuart a eu un très grand succès. C'est donc de la musique italienne avec quelques parties françaises. Le point capital est que la mélodie qui flatte le plus Foreille et est répétée dans tout f opéra contient une apothéose de la France, et devait donc doublement charmer un public parisien.

n y a plusieurs endroits agréablement tournés dans Topera, comme le duo du deuxième acte, et la villanelle. Au cinquième acte vient à propos un grand air de bravoure, que M»« Hanfstângl a admirablement dit. Le quatrième acte atteint les hauteurs de )a musique dramatique, mais parfois le compositeur saute du style d'église à des airs de valse.

M. Abert a fait étudier la pièce avec soin, etc.

Voici encore rapprécîation du Journal de Stuttgard du 2 1 novembre :

Marie Stuart ^ grand opéra en cinq actes, de Théodore Anne, musique de Louis Niedermeyer, a été donnée dimanche soir pour la première fois à notre théâtre royal et a été reçue chaleureusement par le public qu'elle a su intéresser et captiver pendant les trois bonnes heures et demie qu'elle a duré. Si le compositeur ne suit pas une très grande allure, si sa musique n'est pas transcendante, elle est pleine de grâce et de variété et elle sait pénétrer jusqu'à notre cœur par une agréable et mélodieuse flatterie. Nous n'avons qu'à rappeler le charmant motif final du premier acte, c Adieu, belle France > qui accompagne tout l'opéra et devient vraiment saisissant dans la scène d'adieu du dernier acte par la façon discrète et pleine de goût dont

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l'auteur la traite. On ne peut contester au compositeur l'esprit, le goût et le discernement. En résumé la musique, surtout les chœurs, et aussi le libretto, nous ont beaucoup rappelé Meyerbeer. Comme chez Meyerbcer, c'est de l'histoire mise en musique.

M"* Lowe s'est surpassée dans le rôle de Marie Stuart, etc.

En résumé, pour les critiques allemands, Marie Sluart, bien accueillie par eux d'ailleurs, est de la musique italienne. On voit du reste, par les articles reproduits que pour ses compatriotes, Meyerbeer est aussi un Italien, quoiqu'ayant fait son éducation musicale à Darmstadt et à Vienne.

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