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mais il y avait laissé ses trésors^ son char et ses
armes ^ dont Alexandre s'empara*
Alexandre ne perdit dans ce combat que cent hommes et environ mille chevaux percés de coups ou excédés de fatigue. Presque la moitié de cette perte fut du côté des Hétaires. Du côté des barbares on compta^ dit-on^ trois cent mille morts^ et le nombre des prisonniers fut encore plus considérable.
Tel est le récit d'Ar rien ^ d'après Clitarque, qui assistait à la bataille. On en suit en effet tous les mouvements et tous les reflux. Le iipmbre seul des morts du côté des Perses y parait fabuleux. Comment une si faible armée^ dont une si faible partie avait été engagée contre les corps de Darius^ avait-elle tné^ sans artillerie et sans machines de guerre^ trois cent mille hommes, surtout dans une bataille qui fut presque exclusivement une série de charges de cavalerie ? Il est vraisemblable que les historiens de cette époque comptaient pour morts tous ceux qui
jetaient leurs armes sur le champ de bataille en fuyant. On ne peut expliquer autrement nonseulement les trois cent mille morts d'Arrien,
mais surtout les six cent mille morts de Calisthënes et de Quînte-Curce. Quant aux trois cent mille prisonniers, rien n'est plus vraisemblable que Tenveloppement en masse d'une telle multitude , qui suivait les armées et qui sentait la cour et le camp, par les ailes d'une cavalerie légère repliée sur ces bordes sans armes.
Darius cependant, ayant traversé Arbelles plusieurs beures. avant Alexandre, délibéra en pleine campagne avec ses ministres et ses gênéraux sur le parti qu'il avait à prenctre pour sauver sinon l'armée , du moins l'empire. La rapidité du vainqueur laissait peu de temps à la délibération ; la nécessité fut le meilleur conseil du roi de Perse. Il vit d'un coup d'œil que, s'il se repliait sur Babylone, et s'il s'y renfermait presque sans armée, cette immense capitale , séjour de luxe et de corruption, encore mal adbérente à la Perse, agitée de factions religieuses et politiques opposées, ne consentirait
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pas à s'ensevelir avec lui sous ses ruioes; que Id renommée de générosité d'Alexandre^ plus populaire déjà que lui-même dans Babylone^ ferait ouvrir les portes devant le vainqueur; enfin que, s'il était jnris dans cette capitale, toute la dynastie et tout l'empire seraient captifs d'un même coup avec lui. Il se décida donc à abandonner à la fois tous les grands sièges de son empire, Babylone, Persépolis> Suse, Ecbatane ; à se jeter avec la poignée de cavaliers fidëles (environ six mille hommes) dans le nord montagneux delà Perse; à fuir, s'il le fallait, jusqu'aux pyles caspiennes, défilés de rochers presque contigus et dominés par de triples forteresses qui ferment la Perse du côté de cette mer, à s'y confiera la fidélité des princes et dés peuples barbares, presque Scythes, qui peuplent les forêts de ce groupe de montagnes ; à y reformer une armée nationale avec tous les soldats fidèles qui lui arriveraient de la Perse ou des frontières de l'Inde; enfin à attendre que le torrent des envahisseurs fût à moitié tari , pour revenir avec les vainqueurs de l'Asie reconquérir sa nation , sa gloire et son trône. Le génie d'un
héros vaincu ne l'aurait pas ici mieux conseillé que la déroute. Si la trahison n'avait pas déconcerté ses projets en tranchant sa vie par Tassassinat j la mort d'Alexandre , peu d'années après Arbelles » aurait été indubitablement le signal de l'anéantissement de tous les Grecs et de tous lès Macédoniens en Asie.
Darius abandonna donc^ peu après Arbelles^ la route de Babylone, et se dirigea à marches rapides vers les montagnes du nord de la Perse.
Aussitôt qu'Alexandre fut informé^ par ses éclaireurs^ de sa fuite ^ il revint sur ses pas à Arbelles rejoindre son armée* enivrée de sa victoire, et s'empara des riches dépouilles du roi des rois. Le trésor de l'armée des Perses seul renfermait près de deux cents millions de notre monnaie. Les éléphants, les tentes^ les chariots, les ameublements d'or, d'argent, d'étoffes précieuses, s'élevaient à des valeurs fabuleuses aux yeux des soldats presque indigents de la Macé-
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doîne^ de la Thrace et de la Thessalie. Ce n'était là qu'nne faible image des richesses qu'on allait recueillir à Babylone^ k Sute^ à Ecbatane^ à Persépolis ; mais c'était une amorce suffisante pour ei^citer jusqu'au délire la convoitise des Etiropéens.
Alexandre^ sans perdre i Arbelles plus de jours qu'il n'était nécessaire pour ensevelir les morts, panser les blessés^ remonter sa cavalerie et disposer des prisonniers, par qui il se faisait suivre pour servir ses soldats , marcha en une seule colonne sur Babylone. Le riche territoire, couvert de villes, de villages, de cultures, de pâturages , qui s'étend entre le Tigre et l'Eu* phrate, était une proie toujours nouvelle sous les p9s de l'armée à mesure qu'elle la dévorait en passant.
Les historiens grecs de cette campagne, accoutumés au rude sol de la Macédoine et de l'Attique, font de ces plaines de la Babylonie des descriptions qui attestent leur étonnement et leur admiration. L'Asie leur apparaissait enfin avec toutes ses nierveilles d'art et toutes ses fécondités de végétation. Leur marche était une longue ivresse; bientôt elle fut un vaste triomphe.
YiE d'alex.oihie le CRAKB. — T. I. TL
Babylone n'attendit pw leor aj^ivoche pour leur ouvrir ses mun. Le même général persa»^ bdiumé Mazée^ qtti avait disputé qd moment l'Euphrate à Alexandre, avait été chargé par Darius, apf^ la défaite, non de défendre, mais de sauver Babylone, en capitulant à temps avec le vainqueur. Darius, prince doux €t paternel , n'était pas de ces hommes sans pitié qui veulent 4fat Fhumanité périsse pour leur cause. Il voulait sauver la Perse, mais il ne voulait pas Tanéantir. Mazée, par les ordres de son maître, sortit de Babylone avec ses enfants et ses proches, et vint se remettre, ain» que sa ville, à la générosité du vainqueur. Alexandre raccueillit comme un ennemi désarmé qu'on estime.
Ici Quinte-€urce, d'après Cléobule, décrit ea grand peintre l'entrée des Macédoniens dans Babylone.
« Il le reçut donc fort humainement, lui et ses enfants, mais il ne laissa pas de faire entrer son armée dans la place en bataillon carré, marchant
à la tète comme s'il fût allé au combat. La plupart des Babyloniens étaient montés sur les murailles, curieux de voir leur nouveau prince , et les autres étaient sortis au-devant de lui; enlre
lesquels Bagophanes^ gouverneur du château et gardien du trésor ^ ne voulant pas que Mazée eiU l'avantage sur lui à témoigner son aifection^ avait fait joncher les chemins de ieurs et dres^ serdes autels d'argent de chaque côté ^ qui ne fumaient pas seulement d'encens , mais de toutes sortes de prédeuses odeurs.
« Après hii suivaient ses présents. C'étaient des trosapeaux de hétes et des hordes de chevaus:^ avec des lions et des panth^es qm Ton portait dans leurs cages. Les mages marchaient ensuite^ entonnant des hymnes à leur mode; puis les Chaldéens^ les Babyloniens^ les devins et les mucisiens , chacun jouant de sa sorte d'instru-^ ment. Ce sont ceux qui font profession de chanter les louanges des rois^ comme les Chaldéens de montrer les mouvements des astres et Id vicissitude des saisons. La cavalerie babylo* nienne venait la dernière^ en un si pompeus: appareil^ hommes et chevaux^ que Fexcès en allait au delà même de la magnificence. Le roi^ au milieu de ses gardes , fit marcher le peuple à la queue de son infanterie^ et sur un chariot entra dans la ville^ et de là au palais^ comme en triomphe. Le lendemain il se fit représenter
tous les trésors et toutes les finances de Da-
rius.
« Au reste, la beauté de cette superbe ville, pleine des merveilles de l'antiquité, attirait à soi l'admiration de tout le monde. Elle fut bâtie par Sémir^Bis, non, comme plusieurs ont cru, par Bélus^ de qui le palais se voit encore. Les murs sont de briques cimentées de bitume et portent trente-deux pieds d'épaisseur^ de siorte que deux cbariots attelés de quatre chevaux de front, venant à Se rencontrer, y passent à Taise. Elles ont cinquante coudées de hauteur, et leurs tours sont de dix pieds plus hautes. L'enceinte est de trois cent soixante-huit stades, et l'on rapporte que la tâche était d'en faire un stade par jour. Les maisons ne touchent point aux murs, car il y a entre deux de grandes esplanades, de la longueur presque d'un arpent; même dans le corps de la ville tout n'est pas bâti. Il n'y a que l'espace de quatre-vingts stades d'habité, et encore les bâtiments ne tiennent point les uns aux autres, parce qu'on a jugé qu'il était plus sur de les séparer ainsi, et c'est, à mon avis, à cause du feu. lis labourent et sèment tout le reste, afin que^ s'il leur survenait un
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siëge^ ils aient de quoi se nourrir du fonds qui est dans l'enclos de leur ville.
« L'Euphrate passe par le milieu^ remparé de beaax quais et de larges et puissantes chaussées • Tous ces grands et somptueux ouvrages sont environnés de cavernes fort profondes, pour* servir de réceptacle aux débordements impé* tueux de ce fleuve^ qui^ franchissant ses barrières^ noierait la ville s'il ne trouvait à se décharger dans ces lieux souterrains. Ils sont tous revêtus de briques et cimentés de bitume. Pour joindre les deux côtés de la ville^ il y a un pont de pierre^ que Ton compte aussi entre les merveilles de rOrient; car, TEuphrate charriant quantité de limon ^ il y a grand'peine a le vider^ et à trouver le tuf, ou le fond vif, pour des fondements de cette importance. D'ailleurs, il s'y amasse des sables qui^ s'attachant par succession de temps aux arches du pont, arrêtent le cours de Teau^ dont la violence est« d'autant plus grande qu'elle est moins libre dans son canal .
<c Le château a vingt stades de circuit, et ses tours ont trente pieds sous terre et quatrevingts de hauteur.Sur le sommetdu château sont ces jardins suspendus que les fables des Grecs
ojDt fait passer pour un miracle^ égaknt le faite des murailles^ et merveilleusement agréables par la quantité d'arbres hauts et touffus qtii en couvrent les allées. Il y a de grosses colonnes de pierre qui soutiennent tout ce faix. Sur ces colonnes sont de grandea terrasses on platesformes pavées de pierres plates et carrées^ où Ton a jeté force bonne terre^ qu'on arrose par des pompes et des aqueducs setirets. Elles por^ tent des arbres d'une grosseur si prodigieuse qu'ils ont des troncs épais de huit coudées et cinquante pieds de hauteur^ et sont aussi couverts de fruits que s'ils étaient dans leur ten^oir naturel. Et^ bieoi que le temps mine peu à peu et détruise non-seulement ce qui est fait de la main des hommes^ mais les ouvrages mêmes de la nature , si est-ce que cette grande masse^ quoique pressée par les racines dé tant d'arbres^ et chargée du fardeau d'une si épaisse forét^ se conserve toujours en son entier^ sans qu'elle se démente nulle part. Car elle est soutenue de vingt larges et fortes murailles^ distantes d'onze pieds l'une de l'autre^ et toutes faites à voûtes^ si bien qu'à les voir de loin on dirait que ce sont des forêts penchantes sur la croupe de leurs