LITRE K
ce maitre non en Macédoine^ mais en Grèce.
Il y avait alon à Stugyre nn philosophe élève de Socratè et de Platon^ mais supérienr à Socrate en science et à Platon en logique; vertueux^ érudit^ éloquent^ politique à la fois , un de ces hommes universels que la nature fait naître à des intervalles de mille ans dans le cours des âges, comme pour faire une date dans Thistoire des idées , et pour éclairer pendant mille autresannées les voiesde l'intelligence humaine. Cet homme était Aristote.
Pour se faire une idée complète d'Âristotey il faudrait grouper en un seul homme de nos jours les cinq ou six hommes culminants dont un seul étonne par son génie notre faiblesse. Réunissez par la pensée Bacon ^ Machiavel^ Pascal, Leibniz, Descartes, Voltaire et Buffon, vous aurez à peine recomposé^ de toutes ces individualités , Tindividualité prodigieuse d'Aristote. Analyste, logicien^ expérimental comme Bâton, politique conmie Machiavel, géomètre comme Pascal, inventeur de principes des choses comme Leibniz, explorateur [de Tinfinî coinme Descaries, écrivain de bon sens et faisant la lumière sous sa plume comme Voltaire,
TIB D*ALn4IIMIR LE Ga4KV. — T. I.
!• YIE D'ALEXAMM£ LE GRAND.
pkysiden et naturaliste comtoe Bulfon y il n'y ^ttt jamais on miroir plus étendu^ plus net et plus profond de Tœuvre divine: Ajoutez, à tant dMn^ telligenee et à tant de culture^ la Tertu comme base et comme fin de toute philosophie^ de toute teience et de toute vraie gloire^ vous aurez compris Àristote. Il était alors dans la maturité saine des années^ à cette période où la vie a tout apporté sans que la vieillesse ait rien emporté encore. Tel était lé mattre que la Providence semblait avoir préparé à Alexandre. Alexandre était de son côté le seul' disciple digne d'un tel maître.
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Dès que Philippe songea à l'éducation virile et royale de Tenfant qui lui était né^ il jeta les yeux sur Aristote. Un prince moins éclairé et moins hardi que Philippe aurait pu craindre qu'un Grec Mt un mauvais instituteur pour un Macédonien , qu'un répubticaiii Mt un dangereux maître de pensée pour un roi , qu'un philosophe fût un funeste conseiller pour un don-
quértait« Il ne manqua vraiserablablemeiit pas de eoortiiians médiocre à la cour de Macédoine poar faire à Philippe ces objections contre le oboii qu'il se proposait de faire dans la personne d'Aristote; mais ce prince pensa ayec raison que le plus grand des philosophes devait être en même temps le plus grand des politiques^ et qu'en donnante son fils la grandeur d'Ame il lai don* serait en même temps le plus grand des titres à la conquête et au gouvernement de l'univers. Philippe écrivit donc à Âristote plusieurs lettres pressantes dont il nous reste ce fragment^ digne d'une éternelle mémoire t
« Philippe à Âristote, isialut I Je vims Mb savoir que j- ai un fi^s^ et je ne remercie pas tant les dieux de me Vavoir donné que de l'avoir fait naître pendant que vous vivez. J'espère que^quand vods l'aurezins^it et que vous aurefis pris smû de son éducation^ il sor-* tira de votre tutelle digne de Vous et de moi, et capable d'héHter d'un grand empire jxar j'estime qu'il vaut mieui^ n'avoir point de fils que d'avoir engendré pour son malheur et pour sa honte le déshonneur de son propre nom et du sang de ses ancêtres . »
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Ceite kitre Rappelle celle que Timpâratriee Catherine II de Russie écrivit; aux philosophes français d'Alembert et Diderot pour les conjurer de venir au fond de la Scy thie diriger Téducation de l'héritier du trône. Platon^ le maître d'Âristote^ avait reçu de Denys de Syracuse une mission aussi honorable pour le roi de Sicile que pour le philosophe d'Athènes.
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Aristote^ supérieur aux petites considérations de patrie quand il s'agissait de l'humanité tout entière^ n'hésita pas à accepter les fonctions offertes par Philippe. Il ne craignit pas^ en for* mant l'Ame d'un roi de Macédoine^ d'élever un ennemi plus dangereux pour son pays. Avec le tact souverainement politique dont il était doué^ il sentit que la Grèce anarchique et chancelante ne pouvait subsister sans appui^ et que^ puisqu'il fallait un tel appui à la Grèce ^ il valait mieux inspirer le patriotisme grec au fils de Philippe que de laisser des instituteurs étrangers élever dans Alexandre un barbare macédonien ennemi