‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 110 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

iBxes, les pompes et les délicatesses de TAsie.

Ces reoforts^ qui se succédaient presque sans interruption sur la longue route du Bosphore de Thrace à Babylone^ portèrent Tarmée du conquérant à un nombre qu'il est difficile de calculer^ mais qui rend tout à fait illusoire ce nombre de trente mille Macédoniens adopté chimériquement par les traditions historiques comme le nombre des conquérants de TÂsie sous Alexandre. La fable vit de merveilles^ mais Thistoire n'est instructive qu'à la condition de la vérité. Si Ton relevait le chiffre de tous les renforts de Macédoine^ de Thessalie^d'Épire^ de Grèce ^ de Thrace^ de Cappadoce^ de Cilicie^ de Syrie et d'Assyrie^ que les historiens militaires mentionnent successivement pendant cette campagne de dix ans comme arrivant à Tarmée du conquérant des Indes^ on trouverait que l'armée d'Alexandre s'était renouvelée au moins trois ou quatre fois tout entière et qu'elle dépassait toujours environ cent vingt mille hommes^ en y comprenant les détachements en marche et les détachements stationnaires dans ses conquêtes.

En quittant Babylone^ après trente-quatre jours de repos etde recrutement^ Alexandre laissa

Ut VIE D'ALEXANDRE LE GRAND.

miUe de ses Maeédom^[is dans la cHadelle sous le commattdemeiii d' Agatkon^ pour contenir la ville; deux de ses généraux grecs^ Menés et Apollodore^ furentchargés de gouvernerlaBabylonie. Il leur laissa deux mille Macédoniens et des sommes considérables pour recru ter et solder derrière lui une armée en réserve. U laissa^ s^n son uaage^ au satrape Mazôe le gouvernement civil^ pour que les Babyloniens fussent toujours régis selon leurs lois^ leur langue et leurs mceurs. Un autre satrape^ Mythrènes^ qui lui avait ouvert jadis la Phrygie sans résistance ^ reçut au ntéme titre de Persan le gouvernement civil de T Arménie. Ces dispositions prises^ il voulut que tous les chefs et tous les soldats de ^on armée fussept cointéressés à ses victoires par une large distribution des dépouilles et de l'argent du trésor de Babylone* Puis il marcha vers Suze^ autre capitale de TA^yrie qui rivalisait de grandeur avec Babylone.

Darius^ soigneux d'épargner des malheurs inutiles à ses peuples et à ses villes^ avait ordonné an satrape Abulttès^ gouverneur de Snze, de remettre sans résistance au vainqueur la ville et les prodigieux trésofô qu'eHe contenait.

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Les dépouilles de Suze dépassèrent encore celles de Babylone en or et en argent non monnayé^ en armes ^ «n éléphants et en dromadaires venus des Indes pour le service de Tarmée des Perses. Une circonstance touchante de la remise de ces dépouilles au vainqueur attendrit Thistoire dans Qainte-Gurce.

c Le roi, dit*il, voulant monter pour s'asseoir sur le trône de Darius^ qui était d'une hauteur disproportionnée à U taille d'Alexandre, oiv donna a un de ses pages de lui approcher une tahlepour qu'il s'en servit comme de marohepied . Mais le roi, s'apercevant qu'un eunuque qui avait été à Darhis s'était pris à pleurer, lui demanda la eause de sa douleur; à quoi l'eu* nuque répondit «c que Darius avait accoutumé de manger aitr cette table, et qu'il ne pouvait voir sans larmes qu'une chose si sacrée fût profanée de la sorte et employée à un usage si ah* ject. » Alej(andre fut touché d'une sainte honte de violer les dieux ho^italiers, et voulait faire ôter cette table, quand Philotas le pria « de ne le faire pas, mais de prendre plutôt à bon au* gure que la table où sotn euRemi mangeant et sacriûait aux dieux lui servit de marche^piéd. » ,

De SuM^ confiée comme Babylooe à un Per* san^ afin dWfacer d'avance tonte distinction de race et de nation dans ses serviteurs^ Alexandre s'avança vers la Perse proprement dite^ au pays de Fars. On :voit qu'il traînait toujours la mère de Darius^ Sysigambis^ et les deux filles du roi de Perse à sa suite.

a Et comme Alexandre^ dit ici l'historien, eut reçu de Suze et de Macédoine force belles robes à la mode du pays et quantité d'étoffes de pourpre^ il conmianda qu'on les donnât à Sysigambis, avec les ouvriers qui les avaient faites; car il honorait cette princesse comme sa mère et ne l'aimait pas moins tendrement que s'il eût été son fils. Il lui fit aussi dire que^ « si elle trouvait ces ouvrages à son gré, elle pouvait les faire apprendre à ses petites-filles pour se divertir et en faire des présents. » A ces mots les larmes tombant des yeux de Sysigambis^ firent assez connaître combien ce présent lui était désagréable et ce compliment injurieux y parce qu'il

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