LIVRE V
Alexandre ne se pressait pas assez de la saisir au gré de son armée. Il ne voulait entrer à Persépolis^ comme il était entré à Babylone^ qu'avec son armée tout entière^ ralliée de toutes les par- ^ ties de la Perse sous sa main. Une poignée d'hommes lui suffisait pour aller combattre j il lui fallait une armée pour triompher. On comprend ses motifs pour agir ainsi : il devait frapper les yeux de ces vastes capitales par un appareil de force et de splendeur qui ne laissât pas mesurer sa faiblesse en nombre proportionné à l'immensité de son nom.
Le satrape qui gouvernait Persépolis au nom de Darius se nommait Tiridate. Il étjiit en même temps intendant général des finances de tout Tempire. Il répondait des trésors et des monuments non-seulement à Darius, mais à celui qui se présentait au nom de la victoire et des dieux pour hériter de la monarchie des Perses. Catas-* trophe pour catastrophe, il préférait livrer ces richesses et ces merveilles des arts au conquérant de la Perse, intéressé à les conserver, ne fûtce que comme trophées , qu'à la populace ameutée d'une capitale y qui ne respecterait ni la fortune de l'empire, ni les chefs-d'œuvre de l'art.
Tiridate n'avait qu'une poignée de troupes pour contenir la ville; il ne cessait d'envoyer des messagers secrets à Alexandre pour le supplier de hâter sa marche vers Persépolis s'il voulait la trouver encore debout.
Alexandre^ cédant enfin à ces instances^ s'avança d'un pas plus rapide que la masse de l'armée vers l'Araxe, qui couvrait Persépolis. Il franchit ce fleuve rapide sur deux ponts de bois, construits en une nuit, avec l'élite de sa cavalerie et de sa garde.
Les habitants de Persépolis, espérant \e fléchir ou le flatter par la voix de ses compatriotes, permirent à quelques milliers de Grecs depuis longtemps prisonniers dans leurs murs de sortir delà ville et d'aller au-devânt de leur libérateur. L'aspect de ces misérables, tous marqués au visage des stigmates de la servitude, attendrit Alexandre, mais indigna l'armée. On ne saurait douter que la soif de vengeance et les provocations à l'incendie et au pillage de ces quatre mille Grecs, hier esclaves, aujourd'hui affranchis de Persépolis, n'aient été les încitateurs et vraisemblablement les exécuteurs des incendies stupides de Persépolis, attribués sans aucune vrai-