‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 121 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Mais^ leurs orateurs ayant refusé en leur nom de retourner dans une patrie où ils ne trouve* raient que le dégoût ou l'oubli ^ Alexandre tripla la somme qu'il leur avait allouée^ il leur fit donner à chacun dix robes persanes des magasins de Persépolis^ des troupeaux et des terres pour fonder une colonie grecque sur la rive fertile de l'Âraxe. lUentra ensuite^ à la tête de la phalange et suivi de toute Tarmée, dans la ville • presque désertée par la terreur des habitants. Il affecta pour la première fois devant ses troupes un visage sévère et un langage irrité/ disant^

pour complaire aux Grecs^ qu'aucune ville du monde n'avait été aussi coupable envers la Grèce

et ne subissait plus justement la trahison de ses crimes contre leur commune patrie. Pouvait-il parler autrement au milieu des Athéniens et des Argiensqui remplissaient sa cour militaire et devant quatre mille Péloponésiens esclaves et suppliciés qui semaient leur ressentiment parmi ses soldats? Mais son caractère jusque-là si supérieur à ces vengeances nationales , son intérêt personnel de flatter la Perse pour l'attacher à son nom^ et enfin le besoin qu'il avait pour jses desseins et pour sa gloire de préserver les ri-

chesses de Persépolis et le plus magnifique de ses trophées dans ses monuments ,. tout rdv^ dans Alexandre une autre pensée que celle exprimée dans ses paroles. Venger la Grèce était dans son rôle , mais cette vengeance n'était déjà plus la première de ses ambitions.

Les richesses que Tiridate lui remit, avec les palais et les temples , dans TAcropole de Persépolis, auraient suffi pour acheter dix fois toute la Grèce. Les évaluations qu'en font les hîstoriens du temps font monter Tor et l'argent monnoyé accumulé depuis des siècles dans les souterrains du trésor à plus d'un milliard de notre monnaie. Ce fut sans doute la possession d'une telle masse d'or et d'argent qui lui fit concevoir la possibilité de solder avec les dépouilles perses une guerre des Tndes?

La vue de l'or enivre comme le vin. Ses soldais, excités par leur convoitise au pillage et par les Grecs affranchis d'esclavage au meurtre, selîvrèrent impunément pendant quelques heures à tousles excès d'un assautdansla ville inférieure.

« Mais ce ne fut pas seulement l'avarice qui s'assouvit au sac de cette misérable ville; la cruauté y fit de bien plus grands ravages; car les

Page 1