‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 130 sur 233 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

de Darius, daDs la crainte qu'il ne lui révèle leur complot. A la fin Patron ^ s'adressant en grec à son maître^ lui communique ses soupçons; Darius^ qui parlait la langue grecque y cache sur son visage l'impression que cette révélation sinistre fait sur son esprit; mais un des complices de Bessus^ qui comprenait aussi le grec^ répète à voix basse à Bessus ce que le général de sa garde a dit au roi. Bessus se répand en dénégations de son crime ^ en imprécations contre le général étranger^ en serments d'un inviolable dévouement au roi. Darius fei/it de croire à ces témoignages d'attachement^ et du reste il dit à Bessus qu'Alexandre lui-même^ au lieu de récompenser un traître qui aurait livré son maître à la mort, vengerait le premier ce crime contre la fidélité et contre la majesté du roi.

A. la halte du soir les Perses et les gardes du roi s'éloignent imprudemment pour aller aux fourrages; Bessus et les Bactriens restent selils maîtres du camp et de la vie du roi. Darius^ pressentant son sort^ reste seul avec quelques eunuques fidèles jusqu'à la mort à leur maître. 11 fait appeler par eux Ârtabaze, lui confie ses inquiétudes^ le loue de sa constance, l'embrasse

comme pour an suprême adieu et le baigne de ses larmes en le congédiant. Il se dispose ensuite avec une courageuse résignation à se donner lui-même la mort, plutôt que de léguer un crime et un remords éternel à la Perse par le meurtre d'un roi assassiné par ses armées. Les eunuques se précipitent à ses genoux pour le conjurer d'épargner sa vie ; ils retiennent son bras^ ils lui dérobent ses armes. Tout est sanglots et lamentations dans la tente royale. Le bruit se répand au dehors que Darius s'est frappé lui-même. Â ce bruit y qui réjouit les conspirateurs^ Narbazane et Bessus se précipitent dans sa chambre ; ils trouvent à regret le roi encore vivant, s'emparent de lui, l'enchainent comme un criminel ou comme un insensé.

<c Ce grand roi, dit l'historien pathétique, ce monarque de l'Asie, qu'on avait vu naguère élevé sur un char superbe, servi et adoré de ses peuples comme un dieu, voilà que tout à coup, opprimé, non par une puissance étrangère., mais par les siens propres, il est fait esclave de ses esclaves, et jeté sur une vile charrette, couverte de méchantes peaux. Son argent et ses meubles furent pillés, comme par le droit

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