‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 161 sur 233 · LIVRE viî. «r · texte numérisé non relu

LIVRE viî. «r

connaîsses la nation scythe , voilà le» done que le Ciel nous a faits : une paire de bœufe^ une charrue^ des flèches et u«e coupe. Nous en faisons usage avec nos amis et c(Nitre nos ennemis. Nous donnons à nos amis le fruit du travail de nos boeufs, et la coupe nous serta faire avec eux des libations aux dieux. De loin nous frappons nos ennemis avec la flèche et de près avec la lance. C'est ainsi que nous avons vaincu le roi de Syrie, ensuite celui des Perses et des Mèdes , et que le^ihemitt nova a été ouvert jmqu'en Egypte* (c Et toi^ qui fais gloire de venir à la poursuite des bri^nds, tu es le brigand de toutes les nations oà tuas pénétré. Ta as pris la Lydie; tu as envahi la Syrie ; tu es maître de la Perse; tu as subjugué la Bactriane ; tu menaces les Indiens ; et aujourd'hui tes mains insatiables et cupides s'é* tendent déjà sur nos troupeaux. Qa'as*tu besoin de richesses qui ne font que t'affamw ? Tu es le premier de tous qui se soit procuré k &im par la satiété^ de manière que tu désires plus vivement à mesure que tu possèdes davantage. Ne te rappelles-tu pas depuis combien de temps tu es arrêté devant Bactres? Pendant que tu soumets les Bac^ triens , les Sogdiens commencent a se soulever^

et de tes victoires nait toujours la guerre. Quand tu serais le plus brave et le plus puissant des hommes^ sache qu'aucun peuple n'aime une domination étrangère. Passe aujourd'hui le Tanaïs^ et tu verras quelle étendue de pays occupent les Scythes; néanmoins tu ne pourras jamais les atteindre. Notre pauvreté sera plus agile que ton armée ^ qui traine après elle les dépouilles de tant de nations^ et^ lorsque tu nous croiras bien loin , tu nous trouveras dans ton camp ; c'est avec la même vitesse que nous poursuivons et que nous fuyons.

0 J'entends dire que les solitudes des ScyUies ont passé, chez les Grecs, en plaisanterie proverbiale ; mais nous préférons ces déserts incultes aux villes et aux campagnes les plus opulentes. Ainsi, tiens bien la fortune à deux mains; elle glisse facilement , et on ne peut la retenir malgré elle. La suite te fera voir, mieux que le présent , combien ce conseil est salutaire.

« Mets donc un frein à ta prospérité : il te sera plus aisé de la diriger. On dit, parmi nous, que la fortune est sans pieds, et qu'elle n'a que des mains et des ailes ; quand elle tend les mains, elle ne se laisse pas, en même temps.

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prendre les ailes. Enfia^ si tues un dieu^ ton devoir est défaire du bien aux hommes^ et non de ravir leurs propriétés. Si y au contraire , tu n'es qu'un homme y pense sans cesse à ce que tu es ; car il y a de la folie à t'occuper de choses pour lesquelles tu t'oublies toi-même. Tu pourras trouver de fidèles amis en ceux que tu n'attaqueras point; l'amitié la plus solide est entre les égaux ^ et nous regardons comme tels les, hommes qui n'ont pas fait entre eux l'essai de leurs propres forces.

« Ne compte jamais sur l'affection de ceux que tu auras vaincus : entre le maître et l'esclave , point d'amitié ; au sein même de la paix on conserve les droits acquis par la guerre. Ne crois pas que les Scythes jurent l'amitié : le respect pour leur parole, voilà leur serment;

cette précaution est digne des Grecs ^ qui signent des traités et prennent les dieux à té^

moin. C'est dans la bonne foi même que nous

mettons la religion. Qui ne respecte pas les

hommes trompe les dieux , et tu n'as pas besoin

d'un ami dont l'attachement te serait suspect.

« Au reste^ nous t'offrons d'être les gardiens

de l'Asie et de l'Europe. Sans le Tanaïs nous

toucherions à la Bactriane. Au delà de ce flenvB nous occupons tout jusqu'à la Thrace , qui coufine, dit-on, à la Macédoine. Voisins de tes deux empires , examine si tu veux que nous soyons tes amis ou tes ennemis. »

< Moins les peuples sont civilisés, observe ici M. de Sainte-Croix, plus leur langage est figuré, et quelquefois les métaphores sont •plus hardies dans leur conversation qu'elles ne le sont dans notre poésie épique. Leurs harangues doivent donc être remplies d'images et de mouvements, et en cela il y a beaucoup de rapport entre les Scythes et les sauvages du Nouveau-Monde. Presque toutes les pensées du discours des Scythes sont puisées dans la nature ; les comparaisons sont pour la plupart tirées des objets sensibles, tels qu'ils se présentent journellement aux yeux d'un peuple sativage. Tantôt c'est le coucher du soleil, la chute d'un arbre, la rouille qui dévore le fer; tantôt c'est la guerre déclarée aux bois, aux rivières ; enfin la crainte de gémir sous un joug étranger. »

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