LIVRE VII
en flanc et en queae. Les Macédoniens enveloppés cherchent à se rallier dans une ile du fleuve ; les Scythes et la cavalerie de Spitamène les cernent; ils sont tous percés à coups de flèches ; on égorge le petit nombre d'entre eux faits prisonniers. Àristobule prétend que les Macédoniens donnèrent dans une embuscade disposée par les Scythes dans un jardin^ qu'alors Pharnuque voulut se démettre du commandement et le céder aux autres chefs^ comme s'entendant mieux au métier d'interprète qu'à celui de général^ mais qu'il réclama en vain les généraux macédoniens au nom de leur amitié pour Alexandre; qu'Ândromaque , Caranus et Ménédéme refusèrent de céder à ses instances^ soit qu'ils craignissent de désobéir au roi ou de se charger d'une si grande responsabilité^ n'ignorant pas qu'ils auraient alors personnellement à porter tout le poids de la défaite; que les Scythes^ profitant de ce trouble^ les avaient alors accablés et massacrés^ sans qu'il put se sauver plus de quarante chevaux et de trois cents fantassins.
ce Profondément affligé de ce revers, Alexandre veut conduire l'armée contre Spitamène.
Prenant avec Ini la moitié d^ ses hétaïres à cheval^ tous les hypaapistes^ les arehers, les Argiens et le eorps le plus léger de la phalange^ il marche vers Maracande^ devant laquelle Spitamène était retourné mettre le siège. Il par* court Tespace de quinze cents stades en trois jours; le matin du quatrième il arrive près de la ville.
<L Instruit de rapproche d'Alexandre^ Spitamène^ sans attendre son arrivée^ lève le siège et prend la fuite. Alexandre le poursuit vivement ; il arrive sur le théâtre de la défaite des siens ^ fait ensevelir les morts à la hâte, et pousse les Scythes jusque dans leurs déserts. Revenant ensuite sur ses pas^ il ravage tout leur territoire, extermine les barbares qu'il trouve sur les hauteurs et qui avaient pris parti contre les Grecs. Il parcourt ainsi tout le pays qu'arrose le Polytimèle jusqu'à l'entrée du désert oà ses eaux disparaissent , ce qui lui est commun avec plusieurs autres grands fleuves > tels que l'Épardus, qui arroee le pays desMardes, l'Arius^ qui donne son nom à celui des Ariens, et TÉtymandre, qui coule cbesi les Évergètes , fleuves qui ne le cèdent point en grandeur au Pénée,
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dont les ondes, après avoir baigné ia Thessalie^ se précipitent daM k mer. «
On voit par cette comparaison des historiens grecs avec le Pénée que ces fleuves étaient des cours d^eau descendus du Caucase^ souvent tariô , et sans rapport avec le Nil ou l'Indus.
Ce fleuve du Polytknèle^ en effets allait^ selon le géographe Strabon^ se perdre dans les sables. Ce Wi à la suite de ces revers, de cette vengeaBce et de um retour vers la Battriane , qu'Aletxandre envoya Bessus, tout mutilé de son presaier supplice, recevoir la mort à Ecbatane. Il avait réservé jusque-là cette satisfaction pu* blique aux amis de Darius.
Ce fut alors aussi qu'il reçut, selon le plus grand nombre de ses biographes^ cette visite en apparence fabuleuse, mais en réalité historique, de Thalestris, reine des AmazoAes, accompagnée de trois cents de ses héroïnes^ accourue au bruit de ses exploits.
Thalestris désirait , comme la reine de Saba , avoir un fils du sang de ce demi-dieu dont le nom remplissait le Caucase et VAsie d'un retentissement qui assourdissait la terre. On a révoqué en doute l'existence d'une peuplade de femmes
excluant les hommes de leur territoire^ ne s'en approchant que pour peupler leur société militaire , et faisant la guerre avec une virile intrépidité dans les crises de leur patrie. Cette incrédulité n'est que de l'ignorance. Tout se rencontre dans ces profondeurs de l'Asie sauvage , où les peuples vivent par tribus plus que par nation. Arrien est le seul des écrivains de l'expédition de Scythie qui dédaigne de parler de Thalestris, mais Arrien écrivait à une époque bien postérieure aux événements qu'il raconte^ et il est vraisemblable qu'en voulant trop éviter la fable il a manqué ici à la vérité. Tous les autres écrivains contemporains^ acteurs ou témoins de ces campagnes d'Alexandre en Scythie, en Tartarie^ en Sogdiane^ mentionnent la visite et la requête de Thalestris. M- de Sainte-Croix*, le moins crédule des érudits, rend l'autorité de la science à cette prétendue fable. Les voyageurs modernes constatent, dans ces régions voisines de la Tartarie , l'existence de ces tribus de femmes équestres et héroïques. Nous en avons vu nous-méme en Arabie des vestiges, et, dans la dernière guerre de Crimée, quand l'islamisme a appelé aux armes toutes les trihus ,
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nos soldats ont vu quelques-unes de ces hé* roHies conduire à eheral et en ârmes^ du fond des déserts , des guerriers tartares à la défense db leur rdigion.
Quant aux témoignages historiques de Tantiquité sur cette visite de Tkalestris à Alexandre^ voici comment M» de Saihte^roix les apprécie et lés discute. Les mœurs sont aussi diverses que les contrées et que les races. En histoire il est aussi dangereux de tout croire que de tout nier.
ce Les victoires d'Alexandre^ dit41^ avaient rei^du don nom célèbre dans tout TOrient. Thatestris^ reine des Amazones^ ayant envie de voir ce prince et d'^en avoir un enfant^ vint elleméffie le trouver^ accompagnée de trois cents de ses sujettes. Quinte-Curce et Justin fixent Tépoque de son arrivée après la réduction de rfiyrcanie. Le premier emprunte son récit de Ctitarque^ qu'il traduit ou embellit à sa manière ; Dtodore la fixe au retour d'un second voyage que fit Alexandre dans cette contrée; Plutarque^ après le passage de Tlaxarte , et Arrien en fait mention parmi les événements qui suivirent l'expédition des Indes. Les trois premiers
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historiens que je viens de citer regarlmt le voyage de Thalestris comme certain^ %i prêtent les mêmes motifs à cette reine.
<t Le nom des écrivains qui^avtiient adi^[»té cette aventure^ où la galanterie^ sdoa eux, avait beaucoup de part, nous a été conservé par Plutarque. Les principaux de ces écrivains étaient Clitarque^ Onésicrite^ Polyoite, Aatt<gènes et Ister. Les plus judicieux, tels qu'Àristd)ule, Charès, Ptolémée, Antidide, Phîlon de Thèbes, Philippe llsangèle^ Hécatée d'Érétrie, Philippe de Chalcis et Duris de Samos , la rejetaient comme une fable. Alexandre même , dans une lettre qu'il écrivit à Antipater, parlait de la proposition que lui avait faite le roi des Scythes de lui donnw sa fille en mariage ; mais il ne disait rien des Amaxones ni de leur reine. Plutarque ajoute qu'Qnésiorite ^ récitant un jour, devant le roi Lysimaque^ le quatrième
livre de son histoire, où il faisait mentioo de l'aventure de Thalestris, ce prince, en éclatant de rire, s'écria : « Où étais» je donc alors! » « Arrien assure encore que Ptolémée , Aristobule et les auteurs les plus dignes de foi n'avaient point consigné daiHi leurs écrits ce
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simff/eàiw éfénemefit. Poirr d^ootrer que les Amuones n'existaient plus au siècle d'Alexandre il s'antoriae du silence de Xénophon^ qoi ^ danfi son ouvrage sur la retraite des dix mille ^ parle des habitants de la Colehide et des bords du Phase sans nommer les Amasooes^ qu'on croyait ayoir fixé autrefois leur demeure dans cette contrée. Cet argument n'est que négatif^ et conséquemment ne décide point la question qu'Arrien généf alise. ^ Il me parait invraisemblable^ <t dit-il^ que cette nation de femmes ait jacc mais existé^ puisqu'un grand nombre d'éa crivains attestent qu'Hercule fit une expédi-- « tton contre elles^ et qu'il enleva à Hippolyte^ <r leur reine ^ son baudrier^ qu'il emporta en <c Grèce. Ces écrivains ajoutent que les Athéff niens , sous la conduite de Thésée , vainqui* <c rent les Amazones^ qui avaient fait une inva- « sion en Europe, et qu'ils les repoussèrent. >> Fêtes, monuments, tout rappelait à Athènes cette dernière tradition, qu'on ne peut entièrement rejeter. Peut-être étaient-ce seulement des femmes qui accompagnaient leurs maris, en habit militaire , ou y en avait-il quelques-unes qui commandaient les troupes des barbares de
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TAsie? Quoi qu'il ea soit^ Hippocrate ne pandt pas douter de lexistenoe des Amazooes^ mais il ne fait d'elles ni une nation ni une année. Selon lui elles étaient Sauromates et habitaient autour des Palus ^Méotides. « Ces femmes^ (( ajoute-t41^ montent à cheval^ tirent de rare, <c laficent le javelot de dessus le cheval > et se a battent contre les ennemis tant qu'elles scmt « filles. Elles ne se marient pmnt â elles n'ont « tué trois ennemis^ et ne vont point habiter <( avec leurs maris avant que ^d'avoir offert ce <c sacrifice prescrit par la loi. Dès qu'une fille <i est mariée, elle cesse d'aller à cheval, à ce moins qu'une expédition générale ne l'oblige « à marcher avec tout le corps de la nation. » Rien n'est incroyable dans ce récit que l'obligation de tuer trois hommes avant de se marier; car il en serait résulté qu'un grand nombre seraient restées filles, et que la nation, d'abord très-affaiblie , aurait fini par disparaître entièrement. Hippocrate prétend que les Amazones brûlaient à leurs filles, dans l'enfance^ la mamelle droite, au moyen d'une machine de fer fortement chauffée. Je crois que ce fait n'est pas plus vrai que la manière dont ces femmes