‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 164 sur 233 · LIVRE VIF · texte numérisé non relu

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estropiaient leurs enfants mâles. Ârrien se contente de rapporter^ comme une chose peu certaine^ qu'elles avaient une mamelle plus petite que Tautre. Strabon se débarrasse de toutes ces. questions en traitant de fable l'existence des Amazones , et quoique porté ^ comme stoïcien ^ à justifier en tout Homère^ il réfute ce poëte sur le secours que les Troyens reçurent des Amazones. Suivant Strabon^ on voulait^ de son temps, retrouver ces femmes guerrières chez les Gargaréens^ peuple du Caucase. Les Tscherkesses^ qui habitent le même pays^ sont vrai* semblablement leurs descendants^ comme leur nom et encore plus leurs mœurs l'indiquent assez. Encore aujourd'hui ils vivent séparés de leurs femmes y et la plupart laissent élever leurs enfants par des étrangers. II ne serait donc pas étonnant y comme le conjecture un célèbre voyageur, qu'cm eût pris pour une nation particulière leurs femmes , qui restent seules sur les parties les plus élevées des montagnes, tandis qu'en certaines saisons les hommes mènent une vie de nomades et de brigands, dans les plaines qui sont au pied du Caucase. On pourrait d'après cela croire, avec assez de fondement , que

ces femmes^ abandoBoees à eliaa^méiDes ^ ont été forcées de pourvoir à leur propre défense y et que par là elles auront contracté Tesprit guer* rier. Où a prétendu que l'idée des Amazones n'est pas particulière à raaciea monde^ et qu'elle se trouve encore répandue dans une partie d« nouveau. Maisj quand mente oes femmes eussent existé, ou ne peut pas dire qu'elles aient fait une nation à part. Peut-^tre quelques-unes auront vécu parmi les sauvages^ où la dureté de leur condition les aura forcées à prendre , pen* dant un temps ^ un genre de vie qui devait tant répugner à leur cœur. Ayant besoin d'appui^ et créées pour aimer^ des femmes se seraient-elles isolées totalement^ e t n'auraient-elles a mbitionué que le nom ai AiorpatJies ^ ou tueuses d'hommesf D'ailleurs la nature ne leur a donné que le courage passif^ source en elles d'actions hé-* roïques^ et bien préférable à cette v&leui* meurtrière, si féconde en crimes.

« En regardant comme fabuleuse L'existence de la nation des Amazones, Strabon n'a point oublié l'ambassade de Thalestris, que les his-r toriens d'Alexandre faisaient arriver des bords du Thermodon jusqu'aux pyles Caspiennes^

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qttoiqtt'eUeB«Q fimeat éloigaéeade plus de mille stades. Il montre toute k feusseté et même TiQ* vraisemUtBoe de cette ambassade « imaginée par Atropate. Ce satrape de la haute Médie envoya cent amazones à Alexandre > qui leur ordonna de retourner dans leur pays et d'annoucer à leur reine qu'il irait bientôt Ty trouver. Arrien^ qui raconte ce fait^ conjecture, avec beaucoup de vraisemblance, que ce fut Atropate qui fit venir quelques femmes bar* bares habillées en Amazones, sans doute pour amuser son maître , et c'est cette espèce de co« médie qui aura donné lieu à Tépisode de Tha« lestris. d

Cette dwnière supposition nous semble à iiou&*mé«iie la plus vraisemblable. Le satrape, pour montrer à Alexandre une image des mœurs des contrées sauvages qu'il gouverne , lui aura envoyé^ dans la personne de la belle Thalestris, une des reines , ou des filles de reine des Amazones. Les traditions du Caucase parlent encore de la race royale qui descend de cette union momentanée de Thalestris et du Macédonien , comme les traditions de FÉthiopie parlent encore aujourd'hui de la descendance de Salomon

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et de la reine de Saba^ q»i était allée deman* der un fik à ce prince.

Revenons ans éyénements tie la go^PFe.

Alexandre^ après ces longues et vaines ex« eursions au nord de la Perse , dans le Caucase , dans la Tartarie^ excursions qui ne paraissent avoir eu pour objet que la gloire et la diversion de son armée ^ revint à Ecbatane et à Persépolis* 11 trouva encore une fois sur sa route de puissants renforts en infanterie macédonienne et en cavalerie thessalienne , qui recrutèrent et retrempèrent incessaoïmeiit ses troupes.

On voit de plus dans Arrien que des contingents de Perses, levés dans tout Tempire par les satrapes ralliés à lui, forn^aient à son. service des forces supérieures en Qombre, et presque égales désoi*mais en valeur, en discipline, en dévouement, à ses forces grecques et macédoniennes. Bientôt même ses troupes européennes furent en minorité dans la ï^erse. Il s'était créé

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ett cinq ans un empére propfre y où les soldats à Faide desquels iiritvait conquis ne paraissaient pins que des auxiliaires des vaincus. Les Péioponésiens et les Macédoniens disparaissaient insensiblement au milieu des Thraces^ des Ciliciens^ des Syriens^ des Égyptiens^ des Armé* niens^ des Assyriens^ des Perses^ et déjà même des Indiens^ qui rivalisaient d'obéissance au nouveau maître de TAsie. II s'en rapprochait lui-même par les mœurs ^ par le faste ^ par le costume^ par la langue^ afin d'effacer aux yeux lie TAsie sou origine étrangère.

«c Quittant la bonne discipline^ Thabit simple et la forme de vivre réglée des rois de Macé* doine^ comme des choses trop basses pour sa grandeur^ il affecta le faste des rois de Perse , dont rorgueilieuse pompe osait s'égaler à la gloire des dietrx. Il voulait que les vainqueurs de tant de nations se prosternassent à ses pieds^ les aècQutumant à des services vils %i abjects et les traitant en esclaves; de sorte qu'il s'environnt le front d'un diadème de pourpre mêlé de blanc^ comme Ta vait porté Darius^ et prit la robe peràienue^ sans craindre même le présage^ qu'on croit fatal auvainqueur, de prendre Tha*

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bk da vaincu. U se maDq««jl pt9 de dite, potir le hïte trouTer boii> qu'il ae parait dea dé* pouilles de sea euuemia ; maia le mal eat qu'il ae revêtait auaai de leurs mceura , et que Forgueil de rhabit et de Tesprit se auiiraieiit. Aprèe^ aux dépêches qu'il faisait eu Europe il y apposait sou cachet; mais en celles d'Asie il se servait de l'anneau de Darius^ montrant par là qu'uae seule tète a bien de la peine à s'ajuster avec deux grandes couronnes.

c II obligeait aussi les grands de sa omir et ses capitaines de s'habiller à la persienne; i qiH>i ils avaient grande répugnance > mais pas un ne lui eût osé contredire. 11 avait fait on sérail de son palais^ Tayaut rempli de trois cent soixante concubines^ autant qu'en avait eu Darius^ ainsi que de troupes d'eunuquee* Les vieux soldats de Philippe ^ novices aux vo* luptés, détestaient tout haut ces dérèglements et ces mœurs corrompues par k contagion des barbares; môme c'était un langage tout com^ mun dans l'armée^ « qu'on avait plus perdu que gagné par la victoire; que c'était eux^ en effets qui se pouvaient dire vaincus^ de se sou^ mettre ainsi aux vices des étranges; qu'enfin

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ce serait là toat le fruit de leur longue ab<^ MAee^ de retourner eu leurs msiaons équipés comme leurs esclaves; que déjà ils avaient boute de voir qu'Alexandre > le roi dé Macédoine^ fût devenu satrape de Darius, i» Ce prinoe n'ignorait pas les mécontonten^nis de sa cour et de son armée > qu'il essayait de re«ga^er par ses bienfaits; mais je n'estime pas que le prix de la servitude , quelque grand qu'il soit 9 tente une àme généreuse. De peur donc que la chose n'allât plus avant ^ il fallait les occuper. »

La Perse, TArménie^ Babylone, la Syrie ^ l'Egypte > la Cappadoce^ la Cilicie^ la Phrygie, la Lydie, l'Iojiie, administrées par les satrapes, les. lieutenants^ les gouverneurs; les trésors de Babylone, d'Ëcbatane, de Persépolis, les palais et les tentes du roi de Perse lui fouraifr* saient, parleurs richesses entassées ou par les tributs réguliers, un trésor public qui centrali-* sait^ à Tharse sous Haspale, ou à Persépolis so^us sa propre main , l'opulence de trois coo^ tinents* U avait conquis eo trois batailles l'or nécessaire à solder le monde. Sa cour surpassait déjà en luxe et malheureusement en voluptés

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celle des rois de Perse. L'Asie était éblouie^ rarmée corrompue y la Grèce vendue; les vieux Macédonieus seuls^ se rappelant les mœurs sauvages de leur patrie^ s'indignaient d'une mol* lesse qui semblait rougir^ dans Alexandre et dans ses fevoris^ de leur origine. Ils se sentaient humiliés de leur isolement en Asie; ils commençaient à comprendre qu'ils n'étaient que des instruments de victoire rejetés avec mépris après la conquête. Les étrangers , et surtout les Perses^ partageaient les faveurs et les grades avec eux^ sans avoir partagé les périls. Le sort et la justice paraissaient retournés ; les vaincus étaient caressés^ les vainqueurs négligés : vicissitude ordinaire de tous les rois qui changent de partie comme Henri lY^ ou qui changent d'empire^ comme Alexandre. Cette transformation^ difficile^ périlleuse^ mais nécessaire^ était évidemment la grande anxiété d'Alexandre en Perse après la pacification. Son embarras perce dans tous ses actes^ Vun asiatique, l'autre grec ou macédonien. On voit qu'il accomplissait tantôt timidement, tantôt témérairement sa métamorphose, sans oser l'avouer et sans pouvoir la nier à ses compagnons. Ses prétendus

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vices , dont on l'aeouM tant à cette époque de sa vie^ n'étaient on réalité que des voiles qu'il jetait sor ses pensées pour dérober aux Macédoniens son changement prémédité de -royaume. Il caressait les Perses en les imitant^ il cherchait à corrompre les Macédoniens en les assouvis*sant de délices. On ne peut expliquer autre-ment les luxes, les pompes^ les débauches de €» second séjour d'hiver à Persépolis dans un jeune hcMnme en apparmice ivre et efféminé jusqu'au scandale^ et qui allait se retrouver toute coup 9 un an après ^ le plus sobre ^ le plus actif, le plus intrépide et le plus maître de son génie de tous les héros. Les historiens, presque tous du parti grec ou macédonien , c'est-à-dire du parti mécontent, semblent avoir pris ici pour des vices ce qui n'était encore que de l'emba;rras> de l'artifice et de la politique dans Alexandre.

Il venait d'épouser Roxane, fiUed'un roi barbare des bords de l'Oxus. Roxane avait . paru

dans «I fwiia de^nt le roi ali milwli d'un groupe de trente femvies barbares d'me éclatante beauté, plutôt en coqrtiaane qu'en mM, les effaçant toutes par ses oharaies et par les sé^ duotionsdeson esprit. Les liltes mêmes deDartus, qui passaient pour les merveilles de la Perse^ ne régalaient pas. Alexandre les traitait en reines plutôt qu'en captives; il méditait d^en épouser une. Son mariage avec Roxane était un premier gage donné par lui aux peuples auxilîatres de la Perse; c'était en même temps un prélude de son union avec Théritière du sang du roi des rois; enfin c'était un exemple qu'il donnait à ses gé* néraux et è ses compagnons macédoniens^ pour encourager entre les deux races grecque et asiâ-<^ tique des unions sur lesquelles il basait la grande fusion des deux empires dans sa personne. La passion prompte et irrésistible que lui in^lra Roxane fut sans doute le premier de ces motifs. Cependant l'amour seul pouvait se satisfaire par un enlèvement ou par une violence; ce fut la politique qui décida le mariage ; il fut le prétexte et l'occasion de fêtes triomphales qui éblouirent l'Europe et r Asie.

Ce fnt dans une de ces fêtes que le vin , qai

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délie les langues , laissa édaier parmi lea ^ràté^^ ranfi macédooienfi^ eompagnom habituels et ttétiie favoris d'Âlexaadre^ ces mécontoatemants plus OB moim soutes qui travaillaient d^nis qiielqye temps^ l'esprit de TanBée. Arrien^ Plutarque^ Quinte-Curee, tous d'après les autorités et les témoipages d'écrimins présents à ces soèDes, raoonteiit ainsi la plus trtfpqae et la plus reprochée de tm débauches commencées dans la |oie^ contiattées dans l-ivnesse^ terminées dans le sang* Nous . laisserons ici parler Muturque; nul ne Tégale en naïveté et en sailUes des personnages dans Ise anecdotes , ces ameu*hkments de l'histoire.

« Peu de temps après arriva encore le meurtre de Clitos^<|tti^ à l'entendre raconter simplraient^ parait encore plus cruel et plus étrange que le supplice de Phiiotas; mais^ quand on vient à joindre ensemble et la cause de ce aieurtre et l'occasion où il fut hit, on trouve que oe ne fut pas un dessein prémédité^ mais l'effet d'une fa^ taie aventure^ le roi ayant malheureusemeut feorni pour prétexte à la mauvaise destinée de Clitus l'ivresse et la colère. Et voici comme cela arriva. Il était vmu du e6té de la m^ des

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gens qoi avaient a]^porté à Âlemidfe des fruits de la Grèce ; le roi^ admiraiit la beauté et la fleur de ces fruits^ fit appeler Œtns , à qui il voulait les montrer et en faire part. Clitns faisait, par hasard ce jour4à un sacrifice ; il quitta doui^ seo sacrifice pour aller trouver le roi. Trois des moutons^ sur lesquels ou avait dé}À fait les offusions sacrées , le suivirent, Alexandre , infornié de cet accident^ le communiqua aux devins Aristandre et Uéomantis le Lacédémonie»^ qui assurèrent qu e c'était un très-mauvais signe. Sur cela Alexandre ordonna qu'<Hi sacrifiât promptement ces montons pour le salut de Gii* tus, d'autant plus qu'il y avait trcHS jours que lui-même il avait eu en songe une vision assez étrange. 11 lui sembla qu'il voyait ClitQS, en robe noire^ assis à satable avec les fils de Parménion^ qui étaient tous morts.

<K Cli tus n'attendit pas kt in de son sacrifiée ; il alla souper chez le roi^ qui, ce jour-là , avait sacrifié à Castor et à PoUux. Dès que la débauche ftit échauffée et qu'on eut commencé ii boire, quelqu'un se mit à chanter quelques vers d'un certain Pranicfaus, ou, selon d'autres, de Piérion , qui étaient faits contre les capitaines

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