‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 168 sur 233 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

Pour faire diversion à ces mécontentements de Tarmée macédonienne^ Alexandre laissait déjà emporter son imagination et portait lui-même f imagination de ses généraux grecs et perses vers les Indes. La Perse et les camps d'Alexandre étaient pleins des réalités^ des merveilles et des fables que les rumeurs populaires répandaient dans l'esprit des soldats sur les richesses, les arts, les monuments de THindoustan.

Ce pays, selon les voyageurs ou les conteurs de Perse, était le plus opulent de l'univers, nonseulement en or , mais en perles, en pierres précieuses. On assurait que les boucliers des soldats y étaient d'or etd'ivoire. « Alexandre, qui voulait, ditDiodore, n'étresurpassé par personne, fit garnir les boucliers des siens de lames d'argent, mettre des mors d'or aux brides des chevaux, et enrichir les cuirasses les unes d'or, les autres d'argent. Cent vingt mill^ hommes ainsi armés et montés se préparaient par ses ordres dans toutes les villes de la Perse pour cette expédition, »

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On verra bientôt que ces cent vingt mille soldats d'élite^ préparés ainsi par lui en apparence pour Texpédition des Indes^ avaient aussi dans sa pensée une autre destination plus secrète. Us devaient i^mplacer insensiblement sous ses ordres les vieilles troupes macédoniennes ou grecques lassées par la guerre , corrompues par le repos ^ décimées par les caQipagnes et par les armées* Il ajouta bientôt après à ces cent vingt mille hommes trente mille jeunes Perses pris dans les familles les plus élevées et les plus riches de l'empire^ pour former un corps d'élite sous sou commandement^ mais surtout pour lui servir d'atagee contre la révolte ou la désaffection de leurs parents^ et pour lui garantir la fidélité de leurs provinces pendant la longue absence qu'il préméditait aux Indes. Napoléon , avant ses campagnes de Russie et de Saxe^ eniploya exactement le même artifice et la même violence en enrôlant en corps d'élite dans ses armées la jeunesse noble et riche de la France , de la Hollande^ de l'Italie^ de tous les pays conquis. Il y a un certain génie des nécessités de situation qui inspire à tous les hommes les m^mes mesures dans les circonstances semblables^ quoique dans

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des époques diverses. C'est le pléoaasme des évémeiits*

Ces mesures^ doot le» Macédoniens commen^ çaient h percer le vrai sens^ les aliénaient de plus en plue d'un maître cpii paraissait rougir de ses soldats. Méis> ce qui porta jusqu'à la sédition l'es^ prit likre des Macédoniens^ ce fut une puérilité d'étîquetteaffeetée^ à l'exemple des rois de Perse, par celui qui régnait maintenant sur le trône et qui voulait régoer avec la même majesté et avec la même divinité que le roi des rois. C'est dans cette pensée, téméraire si Ton considère son armée européenne, politique si Ton considère sou empire asiatique^ qu'Alexandre se lit proclamer, en vertu de l'oracle d'Hannor, descendant de Jupiter^ investi de son droit divin , et qu'il ordonna aux Européens comme aux Perses de /'arforer, c'est-à-dire de se prosterner jusqu'à (erre quand ils paraissaient en présence du roi. Cette adoration^, dont les écrivains ignorants ont fait une idolâtrie^ n'était en réalité qu'un cérémonial de la cour des Perses; elle n'impliquait nullement la divinité du prince. Les Espagnols d'une autre époque, qui ne parlaient qu'à ^noux à leurs monarques, ne voyaient pas

desdieax dang leurs rois ^ mais ils affectaient de* vant eux^ par respect pour la majesté royale, Fattitade qu'on prend devant la Divinité.

Alexandre n'attachait certainement pas une autre idée à ce cérémonial imposé à Tarméeetà Tempire; mais ce cérémonial, auquel les Perses étaient habitués par leurs usages^ humilia jos* qu'à l'opprobre l'àme fière et libre des Mnoédo* niens.

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LiesGrecs^ néanmoins^ plusaccoutumésou plus flexibles aux usages de la servitude^ se prêtaient avec complaisance à cette étiquette de la nonvelle cour militaire d'Alexandre. Les philosophes^ les sophistes^ les poètes de la Grèce qui suivaient l'armée^ célébraient dans leurs discours ou dans leurs vers les droits de ce demi-dieu mortel aux respects extérieurs réservés aux dieax immortels. Un seul d'entre eux^ le stoïcien Callisthène^ contrastait^ par la sévérité de son opposition^ avec la souplesse des autres philosophes qui entouraient le roi. Callisthène était

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