LIVR6 VII. IS
plus redouté d'Âlexaiuire^ parce qv'jpl était nonseulement orateur, mab historien de IWpéditiim. Autant qu'on en peut jugera une telle distance de temps et de mœurs, il jouait auprès d'Alexandre en Asie à peu près le même TÙ\e que Racine et Boileau jouaient auprès de Louis XIV en campagne, ou plutôt le m^e rôle que Voltaire jouait à Berlin dans la cour et dans la faveur littéraire du grand Frédéric. Les mêmes dissensions intestines qui agitaient à Berlin les convives du héros lettré de TAUemagne agitaient à Persépolis la cour et la table d'Alexandre« Cette conspiration, ou platôt cette opposition importune de Callisthène, qui devint tragtque à la fin, de philosophique qu'elle était au commencement, rappelle exactement la colère du grand Frédéric contre Voltaire , la fuite de ce philosophe français de la cour et du royaume de son ami couronné, son arrestation à Francfort et les ressentiments qui aigrirent si malheureusement le roi et le poète. Rien n'est plus obscur et plus contradictoire dans les historiens d'Alexandre que cette prétendue conspiration deCaliisthène. M. de Sainte-Croix seul l'éclaircit parla comparaisonde tous ces textes, et il prouva
jusqu'à révîdtoee que Jamais le saog du phîb* soph^ ne tacha k» mains d'AleMiidre.
<c Les rkéteurs de la cour du roi^ et surtout Tûrateur Anaxarque^ ennemisdeCaUisthène^ pri' rent un prétexte pour le perdre. Des Macédoniens lui ayant demandé un discours à la louange de leur nation y il parla sur ce snjet avec beaucoup d'éloquence. <r Rien n'y prête davantage^ lui dit Alexandre, citant Euripide; mais si vousvoules, ajouta<-t-il, que nous admirions la supériorité de vos talents, censures hardiment ces mêmes Macédoniens, y*-
Cailisthène n'aperçut pas le piège ^ et> après avoir attaqué tous leurs vices, il soutint que Philippe était moins redevable de sa puissance à la valeur de ses troupes qu'aux funestes divisions qui troublaient alors la Grèce; et il finit par cette réflexion^ malheureusement trop vraie, d'un ancien poëtci que, dans les temps, de désor* dre, les lâches et les. scélérats ont seuls part aux honneurs et aux récompenses. Ce trait et plusieurs autres du mtoie genre indisposèrent beaucoup Alexandre. Au lieu de les rapporter, Arrien se contente de nous représenta* Cailisthène comme jayant des mœurs très-;&auvage^» et