‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 198 sur 233 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

semblait rechercher des batailles au lieu de les éviter. Alexandre les harangua encore^ plus en suppliant qu'en roi. Son discours^ conservé par Quinte-Curce^ a Faccent désespéré de son âme. <c Le roi^ en grande peine^ non pas pour soi , mais pour les siens , les assemble et leur remontre : — ce Que ces peuples, qu'ils redoutaient <£ tant^ n'étaient point aguerris^ etque^ celafait^ <c il n'y avait plus rien qui empêchât qu'après tt avoir traversé toute la terre ils ne se vissent au « bout du monde et de leurs travaux ; que^ s'étant « effrayés du Gange et du nombre des nations « qui étaient au delà;^ il l'avait quitté pour Faa mour d'eux^ et pris une route où la gloire était « égale et le péril moindre; qu'ils voyaient <c déjà l'Océan et commençaient à sentir l'air ce de la mer; qu'ils ne lui enviassent point une ce louange où il aspirait en passant les bornes ff d'Hercule et de Bacchus; qu'ils pouvaient^ sans ce qu'il leur en coûtât beaucoup^ acquérir un c renom immortel à leur roi; qu'au moins ils (( souffrissent qu'on les retirât des Indes avec CL honneur^ et qu^ils n'en sortissent point en CL fuyant. »

a C'est la coutun^e d'une multitude^ surtout

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des gens de guerre, de tourner au premier vent qui la pousse; c'est pourquoi, comme il ne faut rien pour Témouvoir, peu de chose aussi esl capable de Tapaiser.. Jamais rarmée n'avait fait un cri de joie pareil à celui qu'Ole fit alor», disant : — « qu'il les menait à la bonne hcrure , et a qu'il égalât la gloire de oetix qu'il voulait îmi- « ter. » — Le roi , fort aise de ces acclamations, marcha de ce pas contre les ennemis, qui étaient les plus vaillants des Indes et qui faisaient toutes sortes de préparatifs pour le bien recevoir. Ils avaient élu un chef de la nation des Oxydraques, plein de valeur èl d'expérience, qui s'était campé au pied de la montagne et avait fait allumer quantité de feux de toutes parts, pour faire montre d'une grande multitude, avec des cris et des hurlements à la mode des barbares, dont ils pensaient étonner les Macédoniens.

« Dès la pointe du jour le roi, gaî et délibéré, voyant ses gens en bobne disposition, leur commanda de prendre les armes et de se mettre en bataille; mais les barbares, soit que la peur les saisit , ou plutôt que la division se mît parmi eux, gagnèrent les montagnes écartées, et le roi

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le§ povraiiivit en vain , n'ayant po attraper qne l« bagage.

« Tout d'un train il tira vers la ville des Oxydraqties, ot la plupart s'étaient retirés^ quoiqu'ils s^assurassrat moins sur la bonté de la place que sur leurs armes et leur courage. Comme il faisait ses approches, un de ses devins le vint avertir -^ <c qu'il quittât cette entreprise, ou du «r moins qu'il la différât^ parce qu'il était mece nacé d'y perdre la vie. » — Le roi, regardant Démophoon ( c'était le nom du' devin), lui dit : — « Lorsque tu es fort attentif à ton art et à (c contempler les entrailles des animaux, si <c quelqu'un te venait troubler, ne le tiendrais- « tu pas pour un fâcheux et un importun ?» — a Oui, sans doute, » dit Démophoon. — « £t ne « penses-tu pas, répliqua le roi, qu'étant maintec( nant occupé, non pas à des entrailles de bétes, (f mais à une des plus grandes affaires du monde, « rien ne me puisse être plus importun qu'un <c devoir plein de superstition? » Et en achevant de dire cela il fait planter les échelles, et, comme on tardait trop à son gré, il monta le premier.

a Le cordon du mur était fort étroit, et il n'y avait point de créneaux, comme il y en a d'ordi-

naire aux autres; ce n'était qu'un simple rebord couvert qui régnait tout autour pour en défendre rentrée , de sorte que le roi n'eût su s'y tenir debout; mais il s'y était accroché^ recevant dans son bouclier tous les coups qu'on lui tirait de loin de dessus i^ tours. Ses gens aussi ne pouvaient monter sans être accablés des traits qui pleuvaientde toutes parts; néanmoins^ pour grand que fût le péril, quand ils virent que^ s'ils ne se hâtaient , le roi était perdu , ils s'efforcèrent tous à l'envi de l'aller dégager^ et chargèrent si fort les échelles qu'elles rompirent sous le faix et laissèrent le roi sans espérance de secours.

(c Cependant il était à la vue de toute son armée^ abandonné comme s'il eût été seul^ ayant le bras gauche si las de parer les coups qu'il ne s'en pouvait plus aider. Les siens lui criaient du pied de la muraille qu'il n'avait qu'à se laisser couler et qu'ils le recevraient, quand il entreprit une chose incroyable^ et qui passe plutôt pour un prodige de témérité que de valeur. Il sauta dans la place remplie d'ennemis, ne pou* vant attendre autre chose que d'être pris ou tué avant que de se relever, sans avoir moyen de se défendre et de venger sa mort; mais, par bon-

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