LIVRE VIII
sang, parée que c'était une trop grande flèche, dont le coup était profond et qui semblait avoir offensé les parties nobles.
<c Critobule , un des premiers hommes de sa profession, étonné de la grandeur du péril, n'osait y mettre la main, de peur que sa tête ne répondît de l'événement; et, comme il pleurait et était demi-mort d'appréhension, le roi, s'en apercevant, lui demanda — « pourquoi il le faisait tant languir, et à quoi il tenait qu'il ne le délivrât promptement de ses douleurs, puisqu'aussi bien c'étaitfait delui^ets'il craignait d'être accusé de sa mort, sa blessure étant mortelle ? » Enfin Critobule, n'ayant plus de peur ou faisant semblant de n'en plus avoir, le pria — « de se laisser tenir pendant ^'il lui arracherait le fer, parce que le moindre mouvement du corps lui pouvait beaucoup nuire. » Le roi l'assura — ce qu'il n'était point besoin de le tenir ; » et de fait il demeura ferme, comme on lui avait ordonné, sans remuer en aucune; façon .
<c L'incision étant donc faite et le fer hors de la plaie, il en sortit une telle quantité de sang que, ne le pouvant étancher quoi que l'on sût faire> le roi tomba en syncope; de sorte qu'ils se
2ia VIE D'ALEXANDRE hf, GRAND.
mirwt tous « cv'ydt et è pleurer^ croyant q«'il fût mort« Mais le «ang «arrêta, et il revint peu à peu et commença à reconnaître ceux qui étaient auprès de lui. Tout le jour et la nuit d'après, l'armée fut sous les armas autour de sa tente, c>onfessant qu'ils ne vivaient tous que par lui ; et jamais ne voulurent partir de là qu'ils ne fussent assurés qu'il se portait mieux ^t qu'il commençait un peu à reposer- »
L armée, aveooet instinct desmnltitudes^ sentit que le seul homme qui l'avait conduite dans ces hasards pourrait l'en tirer maintenant. Chacun crut sa vie assurée ou perdue dans celle d'A^ lexandre. Il se montra le septième jour après sa blessure aux troupes, à demi couehésur la poupe de son vaisseau. Les soldats défilèrent devant lui en poussant des cris d'admiration et de joie. Quinte-Curce fait tenir ici aux généraux et à Alexandre de longs discours en «ontradictîon avec le lieu , le temps et les forces même physi* ques du mourant; Ptolémée, plus véridique, ne