‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 203 sur 233 · LIVRE Vlil · texte numérisé non relu

LIVRE Vlil

avec leurs voisins. Cette solitude achève de leur abrutir Tesprit^ qu'ils ont naturellement farouche. Ils laissent croître leurs ongles et leurs cheveux sans jamais les couper. Ils bâtissent leurs cabanes de coquilles et d'autres excréments de la mer^ s'habillent de peaux de bétes sauvages, et vivent de poissons sèches au soleil et de la chair des baleines que les tourmentes jettent sur leurs côtes.

« Les Macédoniens, après y avoir consume toutes leurs provisions, commencèrent à avoir disette, et dans peu de jours furent si pressés de la faim qu'ils cherchaient partout des racines de palmier; car il n'y a point d'autre arbre en ce pays-là. Mais, comme ce secours vint encore à leur manquer, il fallut manger les bétes de somme, puis les chevaux de service; et, quand il n'y eut point de quoi porter le bagage, on fut contraint de brûler ces riches dépouilles, pour lesquelles ils avaient couru jusqu'aux extrémités de la terre.

« Après la famine vint la pestç, qui s'engendrait de la mauvaise nourriture qu'ils n*avaient pas accoutumée , avec le travail du chemin et le chagrin, voyant qu'ils ne pouvaient marcher

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ni arrêter sans périr; car s'ils demeuraient il fallait mourir de faim, et s'ils pensaient avancer la peste s'enflammait davantage. Ainsi la campagne était couverte de morts et plus encore de mourants; même les moins malades ne pouvaient suivre, k cause que l'armée se hâtait tant qu'elle pouvait, chacun se persuadant que plus il s'avançait, plus il s'éloignait du danger et assurait son salut. Ceux donc qui demeuraient sur les chemins priaient et ceux qu'ils connaissaient et ceux qu'ils ne connaissaient point de les secourir; mais il n'y avait plus de voiture pour les emmener, et à peine le soldat pouvait-il porter ses armes , outre qu'étant sur le point de se voir au même état il ne songeait qu'à se sauver. Ils avaient beau crier et implorer du secours, on détournait les yeux pour ne les pas voir; cela pourchassait la compassion . Ces misérables ainsi abandonnés attestaient les dieux, réclamaient le roi , conjuraient leurs compagnons par les choses les plus sacrées de ne les point délaisser ; mais, voyant qu'ils parlaient à des sourds, leur désespoir passait à la rage; ils les chargeaient d'imprécations, et leur souhaitaient une pareille fin et do semblables amis.

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