LIVRE VIII. m
« li6 roi^ aussi honteux qu'affligé d'être la cause d'une si grande misère, dépêcha vers Phratapherne ^ satrape des Parthéniens^ pour faire apporter des vivres tout cuits sur des chameaux et des dromadaires. Il fit aussi savoir ses nécessités aux gouverneurs des autres provinces^ qui firent toutesleursdiiigences; de sorte que l'armée^ étant au moins garantie de la famiiie/fut enfin conduite sur les oonfins de la Gédrosie^ pays gras et abondant ^ où il séjourna quelques jours pour la refaire. Là il reçut des lettres de Léonnatus^ par lesquelles il lui mandait qu'il avait combattu et défait huit mille hommes de pied et cinq cents chevaux des Horites; et eut aussi nouvelles de Cratère, qui avait surpris Ozinès et Zariaspe , deux seigneurs persans, tramant une révolte, et les avait arrêtés.
a Après il établit Sibyrtius gouverneur du pays, en la place de Ménon, qui était mort de maladie depuis peu, et tira vers la Carmanie, dont Aspaste était satrape, soupçonné d'avoir voulu remuer pendant que le roi était aux Indes. Kt, comme il fut venu au*devant de lui, il lui fit bon accueil sans lui témoigner aucune défiance,
ir».
ns VIE D'ALEXANDRE LE GRAND.
et le laissa dans sa charge jusqu'à ce qu'il se fût éclairci de la vérité. Cependant les gouverneurs des Indes lui ayant envoyé y par son ordre^ quantités de chevaux et d'autres bétes de somme ^ de toutes les provinces de son obéissance^ il remonta et remit en équipage ceux qui en avaient besoin^ et leur donna à tous des armes aussi belles que les premières; ce qui ne lui fut pas malaisé , étant proche de la Perse ^ qui était alors paisible et abondante en toutes choses.
« Or, comme il s'était proposé de longue main d'égaler en tout la gloire de Bacchus^ il affecta de l'imiter, non-seulement aux victoires qu'il avait remportées sur ces peuples, mais aussi en la forme de son triomphe. Car, soit que ce fût un triomphe véritable que Bacchus eût lui-même institué le premier, ou que ce ne fût qu'un jeu d'ivrogne et une pure momerie, tant il y a qu'il suivit son exemple, voulant passer pour dieu comme lui. 11 fit joncher de fleurs et de festons les chemins par où il passait, et ordonna que devant les portes des maisons on rangeât force coupes pleines de vin , et que par les carrefours il y eût des pipes défoncées , où l'on puisât largement à boire. Après il fit équiper des chariots