LIVRE IX. na
précipite dans sa tente^ et refuse pendant deux jours de voir ses plus intimes amis et même de prendre soin de lui-même.
Le troisième joyr^ ayant convoqué les prin* oîpaux des Perses^ il leur partagea le commandement de ses troupes^ n'accordant la faveur de Tembrasser qu'à ceux qui lui étaient alliés.
On entend dans ces magnifiques paroles^ plus belles qu'aucune des harangues de César^ le désespoir courageux de l'héroïsme qui ne peut faire comprendre sa grande pensée à des âmes communes. Alexandre^ en adressant ces sévérités à son armée et en se renfermant avec les Perses danssa tente Jouait sa vie contre l'empire d'Asie. Son intrépidité confondit ses soldats; ils n'acceptèrent pas le défi de se passer de lui et la menace de régner sans eux ; ils revinrent humbles^ soumis et suppliants, mendier^ le troisième jour^ aux portes de sa tente^ le pardon de leur sédition.
Le roi les embrassa tous à la manière des Perses. « Vous serez désormais tous^ leur dit-il
2;i4 VIE D'ALEXANDUE LE GRAND.
« en fondant en larmes, mespareota^ ma <c Je 06 voua donnerai fMii d'autre nom! 9 Ia conciliation fut scellée dana nn banquet de Tarmée, où Per sea, Macédoniens^ Gpeea^ Indiens^ Assyriens^ alliés de toute raee^ furent assis aux tables avec le roi lui-même. Les prêtres de tontes ces raees et de tous ces ciiltes eonsaerèrent^ chacun dans leur rite , cette immense fusion qu'Alexandre voulait opérer entre TEurope, F Asie et TAfrique. Un seul cri d'union et d'enthousiasme s'éleva à la fin dn banquet de cent mille voix : ce lo ! Péan t » le cri du triomphe du nouveau Bacchus dans le cri de triomphe de Tancien .
Les vétérans, licenciés deleurplein grélelendemain, laissèrent leurs enfants nés en Ferseà la tutelled'Alexandre.LeroileurdonuaCratèreponr les commander jusqu'à leur retour en Europe. -
Ce voyage de Cratère cachait sous cette apparence d'honneur fait à seis vétérans une mission plus importante. An tipater, à qui Alexandre avait confié la Macédojne pendant sa longue absence, voyant cette absence se prolonger indéfiniment, s'étaitpersuadé que le roi succomberait inévitablement dans un des périls qu'il allait chercher si loin et braver avec tant de témérité. Il corn-
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mesçait à nouer les pri)Oiierg ftls des tramés par l^BqœUes il espérait s'approprier lui-même l«f royaume. Une inimitié mortelle s'était envenimée entre Olympia^ et Antipaier. La mère et
le général ne cessaient pas de s'accuser l'un
l'autre dans leurs lettres au prince absent. Alexandre^ en fils tendre, ne pouvait s'empêcher de reconnaître quelquefois des torts à sa mère; maisw tendresse filiale, unedasvertuslesplu^naturelles deson cœur, iuifaisait excuser ces torts.
u Quelle accusation d'Aatipater, s'écria-t<-ii c un jouren lisant une justification d'Olympias, « la lettre d'une mère n'effacerait-elle pas ? »
Cette partialité du héros pour sa mère avait aigri davantage encore le mécontentement d'Antipater. Olympias, convaincue qu'il conspirait contre son fils, avait fini par s'exiler elle-même de Macédoine fet se retirer en Épire, entraînant dans son parti jusqu'à son'ancîenne rivale, Gléo-pâtre, seconde veuve de Philippe. Les factions des deux reines et celle du ministre déchiraient le royaume ; il fallait une main de fer pour tout comprimer. Cratèrje était l'homme qu'Alexandre avait choisi pour surprendre Antipater avant Fexplosion de son crime et pourrétablir Olym-
UM VIE D'ALEXANDIifi LE GRAND.
pifts dans le palais de Pella. La cdoBRe de vété* rants héroïques que Cratère ramenait en M aoé* doine devait faire céder à la force ceux qui ne céderaient pas à Tautorité.
Éphestion aurait été Thomme le plus propre à représenter le roi en Macédoine ; mais^ soit qu'il ne pût s'en séparer^ soit qu'il le réservât à de plus hautes destinées en Perse^ soit que la maladie dont Éphestion était déjà atteint fit craindre à Alexandre la perte prochaine du plus cher de ses amis^ il ne put se résoudre à l'expo* ser à un si long voyage.
Ces précautions furent vaines; Éphestion fut emporté^ pende jours après le départ de Cratère^ par la maladie. « Hélas! s'écria Alexandre en ce apprenant cette perte ^ combien n'ai-je pasi a accuser Esculape^ puisqu'il n'a pas sauvé celui <c que j'aimais plus que moi-même! v
Arrien parle, d'après Ptolémée^ de funérailles héroïques par lesquelles l'ami d'Éphestion chercha, sinon à consoler, du moins à immortaliser