LIVRE IX
sa douleur ; oiais il n'attribue pas, comme Plutarque^ Texpédition d'Alexandre contre une province révoltée de la Médie au désir cruel de sacrifier des victimes humaines aux mânes de son ami. Plutarque fait au reste des funérailles d'Épkestion un tableau qui concorde avec la mention d'Arrien et de Ptolémée.
a Alexandre ne se servit nullement de sa raison pour supporter modérément cette perte ; il s'abandonna tellement à sa douleur qu'il ordonna d'abord que l'on coupât les crins à tous les chevaux et à tous les mulets pour marque de deuiU qu6 l'on abattit les créneaux de toutes les villes des environs^ et que l'on mit en croix le médecin d'Éphestion^ comme si Éphestion ne fût mort que par sa faute. 11 défendit aussi les flûtes et toute sorte de musique dans son camp pendant longtemps. Cela dura jusqu'à ce qu'il eut reçu un oracle de Jupiter Ammon^ qui lui ordonnait de révérer Éphestion et de lui sacrifier comme à un demi-dieu. Après quoi^ cher-
chant dans la guerre la consolation à sa douleur^ il partit comme pour la chasse des hommes^ et, ayant subjugué la nation des Cusséens^ il les passa tous au fil de l'épée^ jusqu'aux femmes et
aux enfants, et il appela cette boucherie le sacrifice de la consécration d'Épfwstion. Et voulaiit employer dix mille talents à la dépense de son tombeau^ de ses funérailles et de sa pompe funèbre, et surpasser encore cette excessive dépense par la beauté du dessin et par la ûngularite et la magnificence des décorations etde tous les ornements, il désira d'avoir pour entrepreneur Stasicrates, grand architecte et grand i»a- (hiniste, qui dans toutes ses inventions et dans tous ses dessins faisait paraître non-seulement beaucoup de magnificence, mais une hardiesse surprenante et une grandeur dont rien n'approchait. C'était le même qui, s'entretenant avec lui quelque temps auparavant, lui avait dit que, de toutes les montagnes qu'il connaissait, le mont Athos, dans laThrace, était le plus propre à être taillé en forme humaine; que, s'il voulait donc lui en donner l'ordre, il lui ferait de ce mont la plus durable de toutes les statues et celle qui serait la plus exposée aux yeux de l'univers. De sa main gauche elle soutiendrait une ville peuplée de dix mille habitants, et de sa droite elle verserait un grand fleuve qui irait porter ses eaux dans la mer. Mais il refusa c^s offres. »
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Alors il était occupé^ avec les trois miiie artistes et ouvriers qui luiétaient venus de Grèce^ à imaginer et à ébaucher des monuments plus sensés et aussi grandioses. ^
Le rang suprême de lieutenant du roi dans larmée^ qui distinguait Éphestion de tous les autres généraux^ fut aboli par la mort de ce Pa* trocle d'un autre Achille. Le commandement général de la cavalerie des Hétaïres , principal corps de la garde du roi^ fut divisé entre plusieurs généraux secondaires. Nul n'était plus digne de répondre à lui seul de la vie du roi ; il se défiait de la fidélité même; il ne s'abandonnait qu'à l'amitié.
C'est sous le poids de ce deuil qu'Alexandre rentra triste et se défiant même du ciel dans Babylone. Il destinait cette ville à devenir la capitale du monde asiatique. Persépolis^ Suse^ Ecbatane ne lui assuraient que la terre ; Babylone^ à causedei'Euphrate navigable jusque dans ses murs^ lui assurait la mer Persique et par là
la mer les Indes. Babylone lut permettait de plus r Arabie, presque limitrophe de laBabylonie, empire déjà annexé dans sa pensée à deux autreig empires.
Des députations du monde entier, Africains^ Grecs, Carthaginois, Juifs, Scythes, Ibères, Romains même, Tattendaient pour le féliciter à Babylone ; ils le proclamèrent à Tenvi. non-seulement le maître, mais l'arbitre de TAsie. Jamais mortel n'exerça un ascendant si universel et si unanime sur le monde. Il n'avait plus besoin de force pour régner partout; le bruit de son nom courait devant lui et lui assujettissait par l'admiration tous les rois et tous les peuples. Son nom était devenu son titre ; la nature , la Providence et la victoire Pavaient couronné monarque universel. Il songeait cependant encore à élargir la part de cette monarchie déjà conquise.
C'est de Babylone qu'il envoya sur le bord de la mer Caspienne l'ingénieur Héraclide, pour construire un vaisseau avec les bois de l'Hyrcanie et pour reconnaître les rivages de cette mer par un périple ou par une circumnavigation de la mer Caspienne. Les écrivains conGdents^ de ses pensées à cette époque de sa vie lui attribuent.