LIVRE IX
ans ; après quoi Ârridée^ presque abandonné à lui-même à Babylone par la dispersion des généraux, conduisit le cortège de son frère au temple d'Ammon en Egypte. Perdiccas seul accompagnait avec son corps d'armée Ârridéeet ce qu'on appelait les rois, e'est-à-dire le frère et les deux fils d'Alexandre , nés de Roxane et de Barsioe , dont Arridée était le tuteur^ hélas! impuissant.
Perdiccas déconseillait à Artidée de confier sa famille et lui-même à Ptolémée , maître alors de la route de Syrie. Arridée^ par obéissance aux dernières volontés de son frère^ éluda ces sages conseils; il livra dansDamas le corps d'Alexandre à Ptolémée. Ce général s'empara du cortège et conduisit les jeunes rois^ ainsi que Perdiccas^ en Egypte.
Perdiccas ne tarda pas à y périr^ sous les armes de ses propres soldats^ dans une sédition.
Arridée elles jeunes rois^ avec leurs mères Roxane et Barsine^ furent renvoyés en Macédoine à la merci d'Antipater, intéressé à leur mort.
Ptolémée devenu maître de l'Egypte ramena le char funèbre de Memphis à Alexandrie.
C'est'dans celte ville que le corps de son fondavie D*.\LEY ANDRE LE GRAND. — T. 11. 19
teur Alexandre fût enfin enseveli dtns un cer^ cneil d'or^ au lieu appelé. iS^/na^ c'est^i^dire le grand sépulcre.
Quelques années après ^ un autre Ptolémée> venu de Syrie pour disputer le trône d Egypte à son parent^ enleva le cercueil 9M grand sepulcre et tenta de le transporter en Syrie; mais, poursuivi dans sa retraite^ il fut obligé d'à* bandonner la glorieuse relique dans le sable du désert^ d'où elle fut ramenée à Alexandrie. Le cercueil d'or avait disparu ; il fut remplacé par un cercueil de verre ou de cristal^ à travers lequel Jules César contempla les restes embaumés qui avaient été Alexandre. On dit que descendu dans ce sépulcre il soupira tristement^ soit à la pensée du néant de la grandeur^ soit par l'envie déses-* pérée de pouvoir jamais égaler une telle mémoire.
Auguste à son tour^ étant à Alexandrie après Actium, voulut contempler le corps d'A* lexandre; il le fit extraire du cercueil de verre, posa la couronne du monde sur sa tète et l'aspergea de fleurs qu'il aurait voulu être immortelles. Après l'empereur iSiJi^èr^, qui fit sceller le ' caveau et qui y fit enfermer les livres mystérieux
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de l'antique Egypte , ou igttofê le ^rt de ce grand ceretiell.
« Pêut-étre , dit le savant Sainte-Croix , fut>il démoli, et le corpâ qu'il i^enfëfmait mis en piècea et pulvérisé dans une de ces émeutet
auxquelles le peuple d'Alexandrie «e portait si fréquemment et avéo taut de fureur. D'ailleurs les chrétiens n'auront pas laissé subsister un pareil monument, situé au centre du quartier du Bruchium , où ils venaient de changer en église le temple de Bacchus, et lorsque le Sérapéqn et les autres édifices de ce genre eurent ' été démolis. Aussi saint Jean Chrysostomè, qui vivait alors, parle du tomheau d'Alexandre comme ignoré de tout le monde, c^est-à-dire comme n'existant plus, à la fin du quatrième siècle.
« Cependant le paganisme n'était'pas éteint, et le héros de Macédoine jouissait enôôre des honneurs de l'apothéose. Après sa mort on lui avait consacré des jeux publics, des bois sacrés et des temples. Les peuples de l'Orient et de TOcdident l'avaient regardé comme un dieu et il eut des autels à Rome, dans le palais même des empereurs. Il n'y eut pas jusqu'aux femmes qui *
ne lui décernassent une espèce de cnlte en portant à la tête et aux pieds son effigie y comme un phylactère. Ce culte se perpétua jusqu'au sixième siècle dans toutTOrient. Il ne fut donné qu'au christianisme et à Tislamisme d'abolir cette superstition de la crédulité féminine; mais celle de sa gloire durera autant que l'homme.
De toutes les gloires du héros de la guerre celle-là en effet est la plus éblouissante; mais^ par un rare privilège du caractère d'Alexandre, cette gloire est en même temps la plus sympathique au cœur humain. Pourquoi? parce qu'elle fut sans crime, parce qu'elle fut honnête, parce que chez le héros de l'Asie le génie ne pervertit janlais la conscienceet n'endurcit jamais le cœur. Il n'y a rien de froid dans le rayon qui sort à jamais du nom d'Alexandre; sa gloire n'illumine pas seulement, elle échauffe et quelquefois elle attendrit. On ne sent pas seulement un calcul dans cette tête, on sent un cœur dans cette poitrine. Il aima, il compatit, il combattit pour une