‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 27 sur 233 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Alexandre^ tranquille désormais sur la sécurité de la Macédoine et sur son ascendant en Grèce^ ne s'occupa plus que de l'Asie. La perspective de son âme était en Perse. Jetons un regard sur le théâtre de la guerre qu'il allait entreprendre.

La Grèce^ àFépoque d'Alexandre^ considérant tout ce qui ne parlait pas sa langue et tout ce qui n'adorait pas ses dieux comme barbare^ était infiniment moins instruite que nous ne le sommes aujourd'hui de la géographie^ des mœurs ^ de la

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religion et de l'histoire de ce vaste empire. Les études récentes du sanscrit^ langue monumentale de rinde^ les poèmes persans de Firdousî^ les nombreux historiens arabes^ la navigation enfin et les voyages scientifiques nous ont initiés aux notions alors mystérieuses sur ces contrées des deux Âsies. Ces civilisations^ bien antérieures et bien supérieures à celles de la Grëce^ avaient découlé^ comme des fleuves aux sources cachées^ des Indes enTartarie et en Chine^ de la Tartarie et de la Chine en Perse, de la Perse en Assyrie, d'Assyrie en Egypte, d'Egypte en Crète et dans le Péloponèse. La Grèce, orgueilleuse et légère de sa nature, avait oublié ses ancêtres; elle avait perfectionné les arts et corrompu les idées de l'Orient.

Un étroit espace de mers les séparait.

Ce flux incessant et ce reflux alternatif qui porte éternellement les nations voisines les unes sur les autres, comme pour se refouler, se pénétrer et s'incorporer dans l'univers humain, avait répandu de nombreuses colonies grecques sur le continent asiatique de l'Asie Mineure, depuis l'extrémité de la mer Noire jusqu'au golfe d'Alexandrette et au littoral de la Syrie. La Perse à

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son (our avait reflué de ^ bassins et de ses monti^aes sur ces colonies^ les avait coiiqotses ou subordonnées à son vaste empire^ avait traversé plusieurs fois le bosphore de Thrace avec ses armées^ la mer Egée avec ses flottes, et menacé la Grèce continentale jusque dans ses foyers. Sar lamine^ Marathon, les Thermopyles étaient les grands trophées de la Grèce hérmque contre les armées, les flottes, les alliés des Perses.

Léonidas d'abord, Xénophon, Philippe de Macédoine ensuite, avaient eu l'audace d'aller attaquer le colosse sur sa base, en lonie , en Byihynie, en Cappadoce, en Assyrie. Alexandre, instruit par ces expéditions et surtout par son père de la faiblesse de l'empire des Perses sur son propre territoire, avait résolu d'y transplanter de nouveau la Grèce, d'y fonder, avec des éléments asiatiques, un empire retrempé dans le génie macédoni^i, ou de s'y ensevelir dans sa témérité avec un retentissement de gloire, qui effacerait toutes les renommées héroïques de la fable ou de l'histoire.

L'entreprise, profondément méditée par Philippe, éclairée par Xcnophon, née avec sa première pensée dans l'àme d'Alexandre, grandie

avec lui^ et devenue en loi nne seconde nature, était plus disproportionnée Au génie du héros de la Grèce en apparence qu'en réalité. L'empire des Perses^ presque sans limites^ avait plus de surface que de profondeur^ plus de prestige que de solidité* L'Asie fut de tout temps^ avant et depuis Alexandre^ la tentation^ la proie et le tombeau des conquérants .

Nous ne suivrons ici ni Diodore de Sicile^ ni Ârrien^ni Strabon, ni Hérodote^ écrivains étrangers très-peu initiés à l'histoire nationale des Perses. L'histoire nationale persane ou arabe nous éclaire mieux aujourd'hui. Les Grecs ont altéré jusqu'aux noms des souverains et des généraux qu'ils avaient à combattre; ils ont hellénisé les choses et les titres dans l'Inde comme dans la Perse. Nous ne continuerons à nous servir des noms de Cyrus, d'Artaxercès, de Darius, de Taxîle, de Porus, que pour nous plier un moment aux habitudes de l'histoire européenne et de l'oreilie des lecteurs.

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