LIVRE II
flagellait le Bosphore^ limite maritime entre TEurope et TÂsie^ et qui était venue deux fois asservir et saccager le continent européen. Alexandre était donc Thomme du droit et de la patrie européenne contre Tusurpation et la servitude étrangères. C est ce qui inspire à Plutarque cette belle réflexion dans son parallèle admirable entre la coupable ambition de César et la gloire vertueuse du jeune Alexandre. Nous croyons devoir la citer ici : c'est une rare bonne fortune pour Thistoire d'être écrite par un philosophe.
a II n'est pas juste ^ dit d'abord Plutarque, de comparer le total d'une longue vie , au total d'une vie si courte, quia passé comme l'éclair. » Puis il examine la justice ou l'iniquité de ces deux gloires.
<c Quant aux motifs^ qui sont l'âme des actions^ et qui en font tout le prix au jugement des sages, Alexandre parait fort supérieur à César. S'il entreprend de conquérir l'Asie , c'est pour venger la Grèce des ravages que les barbares y avaient faits; s'il cherche à tout soumettre^ ce n'est pas pour faire des esclaves , mais pour rendre les peuples plus heureux. Ce caractère do-
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mine toujours en lui. Il n'a pas plus tôt défait Dt^rius et ne se voit pas plus tôt maître de Tempire des Perses^ que la Grèce recueille les fruils de sa yictoire. Son premier soin fut d'abolir toutes les tyrannies qui s'y étaient élevées; il rétablit toutes les villes dans leurs droits et leurs privilèges^ et leur rend toute leur liberté.
i On dira que César affranchit de même les Thessaliens après la bataille de Pharsale^ qu'il rendit la liberté auxCnidiens^ et qu'il déchargea les habitants de l'Asie de la troisième partie des impôts; mais ce caractère est mal soutenu ; partout ailleurs il paraît fort éloigné de cet esprit. Il sacrifie tout à son ambition particulière ; les plus grandes injustices ne lui coûtent rien pour s'agrandir. Il voit avec plaisir Catilina et ses complices prêts à renverser l'empire par les révoltes des nations et par les guerres étrangères y et à détruire Rome par le feu ^ et il se prépare à profiter des troubles et de cet embrasement pour régner dans cette ville réduite en cendres.
« Un reste de raison naturelle, qui condamne toujours intérieurement les forfaits^ a beau le remplir d'agitation et de trouble quand il est sur le point de passer le Rubicon pour se rendre