LIVRE II
maître de Tltalie^ la rage de dominer l'emporte sur ces remontrances^ et, malgré ses remords, il se jette tête baissée dans cette entreprise qui allait produire tant de maux. Dans tout l'empire romain il n'y a pas un seul citoyen à qui il ne fasse la plus grande de toutes les injures, puisqu'il lui ravit sa liberté , qui est le plus grand bien des hommes. Le caractère de tyran est si fort imprimé en lui que^ sous la feinte douceur dont il tAche de le couvrir, et Iwsqu'il parait servir le plus utilement sa patrie par ses grancU succès, c'est alors qu'il travaille et qu'il prend des mesures pour l'assujettir. Il s'exerce contre ses ennemis pour apprendre à dompter et à assujettir ses citoyens. Les offres et les propositions d'accommodement qu'il fait, et qui paraissent au dehors si justes et si raisonnable», ne sont qu'un leurre qu'il jette à ses rivaux pour les amuser. César parait né pour la ruine des hommes^ et Alexandre pour leur bonheur.
<c Dans le caractère de leur valeur il y a encore une différence essentielle qui donne à Alexandre un avantage infini sur César. Dans tout ce que fait ce dernier, on voit le grand homme, mais toujours l'homme; on ne trouve
rien qui soit au-dessus des forces humaines; au lieu que^ dans les grandes actions d'Alexandre, on entrevoit comme des rayons de divinité. Il ose des choses qui demanderaient, non pas un homme , mais un Dieu , et il les exécute comme Achille; il prouvé la vérité de la définition qu'Homère fait de la valeur, que c'est une inspiration divine, que c*est un Dieu qui s'empare de l'homme et qui agit en lui. César enlève notre estime, et Alexandre entraine notre admiration .
<c Cjet air de divinité ne se fait pas seulement sentir dans les actions de la guerre , il perce dans ses actions civiles. En partant pour l'Asie il donne tout son bien à ses amis et ne se réserve que l'espérance, et après ses victoires il donne aux rois vaincus ou soumis des royaumes plus grands que ceux qu'ils avaient avant leur défaite et les comble de présents. Tout ce qui l'approche ressent les effets de sa libéralité et de sa magnificence : Alexandre donne en maître du monde plutôt qu'en roi.
« La libéralité de César est une libéralité intéressée; il achète à grand prix des appuis et des suffrages; au lieu que celle d'Alexandre est l'ef-