LIVRE II
ce nous peur de FAsie, à qui un petit nombre « de ceux que nous avons toujours vaincus ont « fait souffrir tant de pertes? î>
On voit par ce discours de jeune homme que son héroïsme savait admirablement s'appuyer sur sa politique. Un homme d'Etat consommé, tel qu'Aristote ou Machiavel^ n'aurait pas mieux découvert dans le fond réel et profond des choses les raisons qui devaient, contre tout raisonnement^ emporter Alexandre au delà de la prudence de ses conseillers. Tout ce que lui conseillaient Parménion ou Antipater était juste, tout ce que lui conseillait son propre génie était grand. Quand il s'agit d'héroïsme la vérité est dans la grandeur.
Soit élévation d'esprit, soit ambition secrète de gouverner en l'absence de son fils, Olympias, dans ces délibérations, parut être de l'avis d'Alexandre. Elle ne lui avait pas donné assez avec la vie et le trône, elle voulait lui donner l'immortalité. La vie et le trône étaient en Macédoine, l'immortalité était en Asie. C'est dans son cœur qu'Alexandre avait puisé l'héroïsme. Le départ fut résolu pour le printemps.
LTiiver fut employé par Alexandre à réunir les différents corps qui devaient composer l'armée et à leur^assigner leurs cantonnements les uns en Macédoine^ les autres en Thrace sur les lieux les plus rapprochés de la Propontide. D'après les historiens de cette grande époque , unanimes et précis sur le nombre et sur la composition de cette armée ^ elle se composait en totalité de trente-trois mille hommes d'infante-, rie^ dont treize mille Macédoniens, cinq mille mercenaires enrôlés dans les montagnes d'Illyrie, cinq mille cavaliers thessaliens, pays renommé pour la vigueur de ses chevaux. Le reste comprenait les contingents thraces, triballes, albanais et Grecs, fournis par les différents États du Péloponèse et commandés par des officiers d'élite de leur nation.
Quand on compare ce petit nombre d'hommes aux millions de soldats qu'Alexandre allait affronter en Asie, on s'étonne de sa témérité ; mais, quand on réfléchit, on s'étonne de sa sagesse.