LIVRE II
car soD génie militaire^ éclairé par Texpérience de Philippe et de Parménion^ lui avait révélé qu'une armée concentrée^ disciplinée et maniable comme un seul homme^ avait sa force dans son organisation et non dans son nombre. Xénophon , en traversant avec dix mille hommes la Perse et l'Asie Mineure pour rentrer en Grèce , en fendant le» flots des barbares sans en être submergé, lui enseignait assez la faiblesse de ces multitudes qui couvrent la terre, mais qui ne la défendent pas. Clairvoyant comme César, qui, selon Polybe, ne conduisit jamais que des armées de trente à quarante mille combattants contre des nations plus aguerries que les Perses; mieux: inspiré que Napoléon lui-même , qui ne périt en Russie que sous le poids de sept cent mille hommes de ses propres armées, nombre de soldats, de chevaux et d'équipages plus grand que la terre n'en peut porter et nourrir, à moins de les disséminer sur des espaces où le commandement, le ralliement, la stratégie sont impossibles; Alexandre ne s'attacha pas à la multitude, mais à l'aptitude et a l'héroïsme de ses soldats. Il calcula avec justesse qu'une plus grande masse de troupes exigerait une masse
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proportionnée de chariots^ de machines de guerre^ de bagages^ de ce que les Grecs et les Romains appelaient embarras de guerre, impe^
dimenta.
Éclairé d'avance sur la nature montagneuse^ infrayée et souvent aride des contrées qu'il allait avoir à parcourir aussitôt qu'il aurait quitté les bords de la mer ; ayant sous les yeux les cartes du mont Taurus^ qu'il fallait franchir le premier pour pénétrer en Syrie; du montÂmanus^ qui s'élevait comme une citadelle à l'entrée de cette province; du mont Liban, rempart presque perpendiculaire qu'il fallait gravir et redescendre pour entrer dans la Syrie creuse; de F Anti-Liban, qu'il fallait traverser pour atteindre Damas et Palmyre, capitales où plutôt portes du désert do la Mésopotamie, de ce désert sans eau, de quarante jours de marche , qu'il avait à traverser pour arriver à Babylone; des groupes montueux, des défilés profonds de la Perse à travers lesquels il aurait à chercher Suze et Persépolis; des portos de fer caucasiennes, qu'il aurait à forcer pour aborder la mer Caspienne et la Scythie; enfin des solitudes du Caboul et de l'Afghanistan, qu'il lui fallait contourner pour arriver à l'Indus et